‹ La généralité de Tours au XVIIIe siècleChapitre 30 sur 69 · DU MAINE · texte numérisé non relu

DU MAINE

Totaux

Bibl. mun. de Tours, Tableau de la généralité de Tours, p. 575.

Ces pépinières étaient entretenues par des entrepreneurs qui s'engageaient à fournir un certain nombre de

i Biblioili. mun. do Tours, Tableau de la généralité de Tours, ms. 1212, p. 573.

i44 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIH^ SIÈCLE

pieds à un prix déterminé (1 sol le pied), moyennant une subvention annuelle '.

A peine arrivé dans la généralité, Du Cluzel publia un règlement dans le but d'améliorer les produits des pépinières^. Les entrepreneurs ne purent employer que les meilleures graines des pays méridionaux. Les semis devaient être faits en avril ou au début de mai. Les jeunes plantes qui en provenaient et qu'on nommait pourettes ne pouvaient être transplantées que lorsqu'elles auraient acquis la grosseur du petit doigt dans le bas de la tige. Les pourettes de mauvaise espèce devaient être supprimées, l'entrepreneur était tenu de faire bêcher les pépinières trois fois par an, au printemps, à lin juin et au début de l'automne. Les travailleurs employés étaient payés à la journée et non à la tâche. L'entrepreneur ne devait délivrer que des arbres de bonne qualité; il était obligé de faire greffer un vingtième des arbres de sa pépinière en feuilles de grosse espèce ou mûriers d'Espagne, pour fournir, par la suite, des sujets propres à donner de bonnes graines. Un inspecteur, sous les ordres de l'intendant, visitait les pépinières. En 1770, il y avait dans les pépinières royales de la généralité 555,000 pieds de mûriers 3. L'imposition établie sur la généralité pour l'entretien de ces pépinières était de 17,440 livres.

A partir de 1750, beaucoup de particuliers avaient créé des pépinières et avaient contribué à multiplier les mûriers. Aussi Du Cluzel, persuadé que les mûriers étaient assez nombreux ou qu'ils pouvaient le devenir à l'aide des pépinières des particuliers, songea-t-il, dès

- Arch. dép. d'Iudre-et-Loire, G, 89.

' Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C., 87.

l'année 1771, à supprimer les pépinières royales, à cause des subventions qu'elles exigeaient. 11 procéda graduellement, supprima d'abord les moins importantes et conserva celle de Tours jusqu'en 1778 ^ Afin d'encourager les agriculteurs à continuer la culture du mûrier, Du Cluzel fit distribuer gratuitement des graines provenant des provinces méridionales; de plus, il fit établir, par les Sociétés d'agriculture de Tours, du Mans et d'Angers, des prix en argent qui seraient adjugés à ceux qui auraient les établissements les plus beaux et les plus nombreux. Deux prix, l'un de 100, l'autre de 80 livres, étaient proposés pour les semis de mûriers blancs. Les concurrents devaient semer une once de graines de mûriers. Trois prix : le premier, de 500; le second, de 300; le troisième, de 200 livres, étaient donnés à ceux qui réussiraient le mieux à la plantation d'une pépinière de 3,000 pourettes de mûriers blancs ^

Les plantations de mûriers avaient amené nécessairement le goût de l'élevage des vers à soie, alors surtout que l'Administration faisait distribuer gratuitement de la graine de vers à soie, qui provenait, en général, de Valence ou d'Italie'. En 1760, il y avait quinze fois plus de personnes élevant des vers à soie qu'en 1750 •^. En 1750^, quarante-sept cultivateurs apportèrent au tirage royal des soies 834 livres 12 onces ; en 1706, cinq cent quatre cultivateurs firent tirer 26,138 livres de soies. La progression fut plus sensible encore de 1766 à 1789. Du Gluzel évalue le produit de la récolte

1 Arcb. dép. d'Indre-et-Loire, Lettre à Joly de Fleury, 3 décembre 1781. C, 87.

2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 87.

3 Arcli. dép. d'Indre-etLoire, C, 107.

* Bibliolh. mun. de Tours, Tableau de la (léncvalité de Tours, p. 570.

146 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVllf SIÈCLE

des soies, en 1766, à 200,000 livres et, en 1781, à un million ^

La soie produite dans la généralité était filée dans le pays même. Le Tableau de la province de Touraine nous donne des détails précis sur cette opération si importante. Jusque vers le milieu du xvni" siècle, le filage de la soie se faisait à la bobine et au grand tour et ne produisait que de la soie grosse et irrégulière. Plusieurs fabricants, ayant observé que les soies du Piémont avaient un degré de perfection qui leur donnait un crédit très avantageux sur toutes les autres soies de l'Europe, formèrent le projet, en 1740, de mettre en pratique la façon de tirer les soies suivant le principe du Piémont. Ce fut \k pour ainsi dire l'origine et l'établissement du tirage à la croisade. Pour seconder le zèle des habitants, l'intendant, M. de Magnanville, proposa au Conseil, en 1743, d'établir un tirage royal pour former une école d'ouvriers capables de tirer la soie suivant les meilleurs principes. Le Conseil acquiesça à sa demande et un arrêt du 19 août 1750 créa une filature de soie à la croisade. « L'entrepreneur qui serait chargé du tirage de la soie ne prendrait de chaque livre que 25 sols et l'excédent de cette façon, qui fut évalué à 2 livres 5 sols, lui serait payé par le roi. » L'établissement de cette filature et surtout les avantages accordés au public contribuèrent à augmenter la production de la soie. La preuve en est fournie par le tableau suivant qui nous fait connaître le nombre de cultivateurs et la quantité de soie façonnée au tirage royal depuis 1750 jusqu'en 1769.

1 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 87. Lettre à Joiy de Fieury, 3 décembre 1781.

NOMBRE

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