PONT DE TOURS
Au début, quelques travaux furent faits en régie; mais, en 1772', Trudaine donna l'ordre d'avoir uniquement recours à l'entreprise. Les dépenses devaient être réglées par quinzaine, mais les entrepreneurs firent des avances considérables ; en 1784, suivant un état fourni par M. de Montrocher, ingénieur en chef de la généralité, les avances des entrepreneurs s'élevaient à 1,905,965 livres 4 sols 6 deniers, portant intérêt à 5 0/0. Les pierres employées pour la construction furent prises dans les carrières d'Athée et du Bois- Raguenault^ Les piles du pont sont creuses et construites sur pilotis; des pieux à pointe de fer sont fixés sur le tuf qu'on rencontre à 18 ou 20 pieds de profondeur 2.
Au mois d'avril 1773, Trudaine vint à Tours pour examiner les travaux du pont, il descendit dans l'île Saint-Jacques et félicita les ingénieurs de l'habileté et de l'activité dont ils avaient fait preuve^. En juillet 1770, le duc de Choiseul vint à son tour visiter le nouveau pont ^; en juin 1777, les frères du roi, le comte de Provence et le comte d'Artois, accompagnés du corps de ville, viennent aussi admirer ce bel ouvrage"^.
Le pont était à peu près terminé quand, le 28 aolît 1777, à onze heures du matin, la huitième pile du côté de la ville s'enfonça de 3 pieds 6 pouces 9 lignes à favant-bec et de 4 pieds 5 pouces 6 lignes
1 Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre de Trudaine à de Bayeux, 29 décembre 1772. C, 239.
2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 239.
s Arch. dép d'Indre-el-Loire, C.,'241. Pour la partie technique du pont, voir Annales des Ponts et Chaussées, juillet et août 1839. * Arch. mun. de Tours, Reg. des délib., 5 avril 1773. ^ Arch. mun. de Tours, Reg. des délib., 29 juillet 1776. fi Arch. mun, de Tours, Reg. des délib,, 12 juin 1777.
224 LA GI-.NÈRALITK DE TOURS AU XVIll" SIÈCLE
à l'arrière-bec, de telle sorte que la masse de la pile s'avança en amont de plus d'un pied; elle entraîna, en baissant de celte hauteur, la chute d'une moitié de la huitième arche; l'autre moitié, restée en l'air, était aussi sur le point de tomber. La neuvième arche que portait cette pile fut lézardée en deux points, baissa en raison du tassement de la pile et menaça une chute prochaine. Du Cluzel se transporta sur les lieux; il donna l'ordre à l'ingénieur en chef M. de Limay, qui était en tournée, de rentrer immédiatement; il écrivit à Necker qu'il était péniblement affecté de cet accident et le pria instamment de lui envoyer des secours pour réparer ce désastre qui demandait un prompt remède ^. Le premier ingénieur du corps, Perronet, vint à Tours pour faire une enquête sur les causes de ce sinistre. Les travaux de précaution et de consolidation qu'il proposa furent exécutés en 1777 et 1778 et h; passage du pont put être livré au public en 1779. Il ne restait à faire que les abords et les ouvrages accessoires de décoration qui étaient à peu près terminés en 1786'.
Le pont avait été adjugé, en 1765, pour la somme de
1 Arch. dép. d'Iadro-et-Loire, C, 240.
2 A la suite de la débâcle du 25 janvier 1789, les quatre arrhes voisines delà culée seplenlrioi-ale s'écroulèrent : D'après le rapport de l'ingénieur en chef, M. de Moniroclier. ce fut huit heures et demie après la débâcle, qui élail complètement terminée vers midi, que les deux premières arches, la quinzième et la quatorzième furent renversées ; les deux autres s'écroulèrent entre minuit et une heure. Aussitôt après la chute des» quatrearches, on employa d'abord au passnge trois bacs dont la flottaison fut assurée par le barrage d'un bras de la rivière, eu aval du pont. On éleva ensuite un pour provisoire en charpente, dont Vd\e était dirigé parallèlement à celui du pont de pierre, à 14 mètres de distance en amont; il joignait la culée nord à la onzième pile sur laquelle il débouchait par un raccordement oblique. Les travaux de reconstruction des piles écroulées commencèrent en 1790, ils furent interrompus en 179'i, repris en 1802 et terminés en 1811. Ils nécessitèrent une dépense del,30U,000 livres.
3,578,057 livres. Les prévisions furent sensiblement dépassées. A la lin de 1788, les dépenses atteignaient 4,300,000 livres. Il est vrai que les états eomprennent dans les dépenses du pont la construction d'une partie des quais, de la place Royale', des pavillons d'octroi, du pavage de la rue Traversaine^ le traitement des ingénieurs, des subventions diverses, notamment à jyjme (jg Voglie, veuve de l'inspecteur général, qui obtint une gratification de 20,000 livres à prendre sur les fonds du pont de Tours ^\ tous les travaux accessoires et les neuf réverbères éclairant le pont.
Rue Neuve''
Le pont construit sur la Loire donnait accès dans la ville de Tours du côté du nord ; en face du pont on avait pratiqué une percée dans le coteau Saint-Symphorien qui borde la rive droite du fleuve. Pour aborder la ville du côté du sud on avait construit, quelques années auparavant, un pont sur le Cher et ouvert une large avenue, l'avenue de Grammont, allant du pont du Cher aux portes de la ville. La traversée de la ville entre le pont sur la Loire et l'avenue de Grammont se faisait par trois rues très étroites : la rue Traversaine, la rue du Bac et la rue Saint-Louis, de telle sorte que l'aspect de la ville n3 correspondait pas du tout aux embellissements extérieurs ; il fallait de toute nécessité ouvrir
1 Aujourd'hui place de rHôtel-de-Ville.
2 Aujourd'hui rue Nationale.
3 Arch. dép. d'Indre-el-Loire, G. , 240. Lettre de Trudaine à Du Cluzel, 29 juin 1777.
* Aujourd'hui rue Nationale.
226 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIIl" SIÈCLE
dans Taxe des deux ponts et de l'avenue de Grammont une nouvelle rue dont la largeur et la beauté fussent en rapport avec les travaux déjà exécutés. C'est ce qu'on avait fait à Orléans'. Les renseignements fournis par l'intendant d'Orléans à celui de Tours nous font connaître que la ville emprunta 700,000 livres pour payer les maisons qui furent abattues ; on construisit ensuite des deux côtés des façades uniformes; ce dernier ouvrage coûta plus de 230,000 livres ; le roi y contribua seulement pour 100,000 livres. Pour faire face aux dépenses, la ville obtint la prorogation pendant quinze ans d'un doublement d'octroi qui lui avait été accordé précédemment et dont la perception était sur le point de cesser.
La ville de Tours espérait bien être aussi favorisée que la ville d'Orléans, elle s'adressa à son naturel et puissant protecteur, le duc de Choiseul. Le 5 mai 1765, Ghoiseul informa le corps municipal que le contrôleur général était disposé à accorder à la ville de Tours, pour la rue Traverse, l'excédent du don gratuit établi en août 1758. En vertu de l'édit de 175S, la ville de Tours devait payer 40,000 livres par an pendant onze ans ; des diminutions furent accordées à partir de 1764: le produit de ces diminutions s'élevait à 153, 326 livres et formait l'excédent du don gratuit -. Au mois de novembre, le contrôleur général avait changé d'avis; il écrivit aux officiers municipaux qu'il était impossible de songer à l'élargissement de la rue Traversaine, un pareil travail devant entraîner de trop grandes dépenses ^. Il informe en
' Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre de M. de Cipierre, intendant d'Orléans, à Lescalopier, intendant de Tours, 19 janvier 1765. G., 55. 2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, .322.
s Arcli. luun. de Tours, Reg. des délib., 14 décembre 1765.
même temps l'intendant Lescalopier ' que les échevins de Tours ne doivent pas compter sur l'abandon du don gratuit et des droits d'octroi du roi pour établir la nouvelle rue. « D'ailleurs, ajoute-l-il, le désordre est trop grave dans les aftaires de cette ville pour lui laisser entreprendre une dépense évaluée à 600,000 livres ; on peut espérer que cette rue se formera peu à peu, comme elle doit être. » C'était un refus formel opposé à la demande des officiers municipaux. Tel était l'état de la question quand Du Gluzel fut nommé à l'intendance de Tours.
Quelques jours après son arrivée ", il demanda à Trudaine l'autorisation de faire une enquête sur la rue Traversaine, afin d'apprécier à combien s'élèveraient les indemnités dues aux propriétaires. Il joignait à sa demande un projet d'arrêt fixant à 42 pieds 6 pouces la largeur de la nouvelle rue, et obligeant les propriétaires à construire sur la rue des façades uniformes. La largeur proposée était celle du pont entre les parapets. Trudaine désirait aussi vivement que Du Cluzel donner satisfaction à la ville de Tours, mais il lui paraissait bien difficile de se procurer les secours nécessaires pour exécuter ce beau projet, surtout au moment oîi l'on faisait de si grosses dépenses pour le nouveau pont, il conseilla donc à Du Cluzel d'ordonner que la largeur de la rue fixée à 29 pieds par les arrêts du 16 septembre 1679 et du 4 décembre 1752 serait portée à 42 pieds 6 pouces. Les officiers du bureau des finances donneraient l'alignement, d'après cette largeur, aux pro-
1 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, Lettre du 28 novembre 1765. C, 222.
2 Arch. dép. d'Indre-el-Loire. Lettre du 31 mars 1767. C, 222. Nommé en novembre 1766, il vint prendre pos3ession de son poste le 23 marB 1767.
228 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIlf SIÈCLE
priétaires qui seraient dans le cas de bâtir le long de la rue ^ Celait revenir au système du contrôleur général L'Averdy; toutefois, Trudaine termine sa lettre du 14 avril 1767'^en disant que cet arrêt ne doit pas empêcher M. de Bayeux, ingénieur en chef du pont, de s'occuper des projets dont la traverse de Tours peut être susceptible, afin que, dans le cas où on pourrait se procurer quelques ressources pour presser l'exécution du projet, rien ne pût y apporter de retardement. L'arrêt fixant la largeur de la rue fut rendu le 14 mai 1767 3. En l'envoyant à Du Gluzel, Trudaine lui promet^ de se prêter très volontiers aux arrangements que les officiers municipaux pourront proposer pour effectuer plus promptement l'élargissement de la rue, au moyen d'un octroi dont le produit sera employé à dédommager les propriétaires des maisons qu'il faudra démolir. Les efforts que fera la ville lui fourniront une occasion de représenter au Conseil la nécessité de venir à son secours pour que « cette traverse qui se trouve entre les plus grands ponts et les plus belles routes du royaume réponde, par sa largeur et sa décoration, à la beauté et à l'utilité de ces monuments. » Les officiers municipaux, croyant qu'il serait injuste de charger la ville de Tours de la confection de la rue Traversaine, T|ui, « étant située sur la grande route de Paris en Espagne, devrait être plutôt une charge de l'Etatque de la ville ^ », demandèrent
* Eq 176S, il fut rendu un arrêt en vertu duquel, eu aucun cas, il ne pourrait être donné des alignements, soit dan? la « traverse » des villes, bourgs et villages, soit en pleine c:inipagne, que parles trésoriers de France, commissaires de Sa Majesté pour les ponts et cliaussées. Arcb. dép. d'Indreet-Loire, C, 162.
2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 222.
3 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C., 222.
4 Arcli. dép. d'Indre-el-Loire. Lettre du 6 juin 1767. C, 222. ^ Arch. raun. de Tours, Reg. des délihér., 8 juillet 1768.
une augmentation d'octroi, à peine suffisante pour payer les dettes de la ville et subvenir à ses dépenses ordinaires. La ville n'eut qu'à se féliciter de son opposition , l'ouverture de la rue était, en effet, d'une utilité si manifeste, Du Cluzel s'en occupa avec tant d'activité, que le projet fut réalisé sans que la ville eût à s'imposer extraordinairement.
En 1772, Du Cluzel ayant proposé àTrudaine d'affecter à la construction de la rueïraversaine les fonds provenant de la machine Vaucanson qu'on ne pouvait réussir à installer, Trudaine lui répondit ^ qu'il serait bon, avant d'assigner des fonds pour la rue Traversaine, de faire faire l'estimation des bâtiments, cours et jardins compris sur la largeur de 42 pieds 6 pouces, et, le 6 septembre 1772, il fit rendre un arrêt prescrivant l'estimation des maisons à démolir et le plan figuratif de la nouvelle rue. Les propriétaires des maisons, les créanciers et autres prétendant droits sur lesdites maisons durent remettre leurs titres de propriété, de créance-. L'enquête fut dirigée par M. de Limay, ingénieur en chef de la généralité, assisté du maire et des échevins de la ville de Tours. Le prix des maisons qu'il était nécessaire de démolir pour construire les façades de la rue s'éleva à 336,330 livres ; le prix de celles dont la démolition n'était pas urgente était de 170,050 livres •^.
Le 27 avril, Trudaine fit parvenir à Du Cluzel l'arrêt ordonnant qu'il serait incessamment procédé à la démolition des maisons de la rue Traversaine, et pourvoyant aux indemnités qui pourraient être dues aux proprié-
1 Arch. dép. d'Indre-el-Loire. Lettre du 25 mai 17''2. C, 212.
2 Arch. mua. de Tours, Reg. des délib., novembre 1772.
' Arch. dép. d'Indre-et-Loire, Lettre de M. de Limay àTrudaine, 11 juin 1773. C, 222.
230 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIIl* SIÈCLK
taires et locataires des maisons. Les propriétaires durent être payés d'année en année, suivant les estimations faites, et recevoir des intérêts du jour de l'évacuation de leurs maisons à raison de 5 0/0 desjcapitaux, ces intérêts seraient déduits des vingtièmes et des quatre sols pour livre du premier vingtième. Les maisons devaient être évacuées dans les six mois qui suivaient l'arrêt. Il était payé aux propriétaires qui évacueraient dans ce délai de six mois, à titre de dédommagement, six mois d'intérêt des capitaux auxquels leurs maisons avaient été estimées, et aux locataires six mois de loyer ; au cas où ils évacueraient avant le 1" août, oti leur payerait une année entière des intérêts ou loyers, et il ne serait fait aux propriétaires aucune retenue des vingtièmes sur les intérêts de leurs capitaux. Ceux qui ne délogeraient pas dans les six mois prescrits ne recevraient aucune somme à titre de dédommagement*.
Le plan de la rue fut dressé par M. de Limay et approuvé par arrêt du Conseil du 31 mai 1777. Les maisons devaient avoir un rez-de-chaussée et deux étages ; toutes étaient construites sur un plan uniforme ''.
Les premiers fonds employés à la rue Traversaine provenaient de la machine Vaucanson. On avait mis à la disposition de Du Cluzel, à cet effet, en 1768,215,000*. En 1773, il restait sur cette somme 112,167 livres; 100,000 livres avaient été payées à Vaucanson et 2,833 avaient été dépensées pour des travaux relatifs à la machine. Le virement fut autorisé par ïerray le 28 avril 1773. La machine fut vendue 60,000 livres à la province du Dauphiné et cette somme fut également affectée à
1 Arcli. dép. d'Indre-el-Loire, C, 222.
2 Arch. dép. d'Iadre-el-Loire, C.,222.
la rue nouvelle. La même année, Trudaine donna 30,000 livres sur les fonds du pont de Tours et, en 1775, 70,(J00 livres. En 1774, Du Cluzel est autorisé à employer pour la rue le restant des fonds libres delacapitation de 1771, 1772, 1773, 1774, soit une somme de 124,115 livres ; et les « revenants-bons, » c'est-à-dire les excédents, de l'imposition du casernement depuis plusieurs exercices, qui s'élevaient à 195,540 livres '. Pour encourager les habitants à construire dans la nouvelle rue, Du Gluzel proposa à Trudaine " de mettre les propriétaires à l'abri des poursuites des seigneurs pour les lods et ventes, comme cela avait eu lieu pour la place Vendôme, d'accorder l'exemption des vingtièmes pendant dix ans à ceux qui commenceraientàconstruireen 1774' et la dispense du payement des droits d'amortissement aux gens de main-morte. Trudaine promit d'appuyer Du Cluzel, mais cette question ne fut réglée qu'en 1777 par arrêt du 30 mai; elle le fut d'ailleurs conformément à la demande de Du Cluzel.
Les propriétaires ne se montrèrent pas très empressés à construire ; en 1777, une seule maison avait été bâtie par un particulier; l'Administration se décida à faire construire elle-même sur les fonds de la rue les façades des nouvelles maisons qu'elle concédait ensuite avec l'emplacement pour un prix peu élevé ^.
Du Cluzel profita de l'ouverture de la rue pour exécuter un projet qu'il avait conçu depuis longtemps ; c'était de construire un corps de bâtiments qui pût contenir le palais de justice, l'hôtel de ville, les prisons et la caserne de maréchaussée. La réalisation du projet fut rendue
1 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 227.
2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre du 27 décembre 1773. C, 222.
3 Arcii. dép. d'Iudre-et-Loire, C, 223.
232 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIIl" SIÈCLE
difficile par suite des réclamations des moines de l'abbaye de Saint-Julien, qui percevaient les droits de lods et ventes sur les maisons dont l'emplacement allait être occupé par les constructions nouvelles, qui n'entreraient plus dans le commerce. Finalement on ne tint aucun compte de leurs réclamations, on ne leur accorda aucune indemmité, mais ils reçurent une somme de 65,000 livres pour la construction de leurs façades sur la nouvelle rue.
C'est le 6 avril 1776 que l'intendant informa le corps municipal que le ministre donnait son autorisation pour la construction du nouvel hôtel de ville. La ville dut se charger de faire faire les constructions et d'en acquitter les frais avec les fonds qui lui seraient fournis à titre de secours. Elle s'engageait à entretenir à perpétuité les nouveaux bâtiments K
L'hôtel de ville, construit sur les dessins de M. de Limay, ne présente rien de bien remarquable au point de vue architectural, c'est un monument dans le même style que les maisons de la rue nouvelle ; le sommet est couronné d'un fronton dont les sculptures allégoriques, œuvre du sculpteur Bonnechose, représentent le Cher et la Loire. Il fut terminé en 1786.
L'adjudication fut faite le 12 décembre 1780 -. Pour payer les dépenses de l'hôtel de ville et du palais de justice, dépenses estimées à 300,000 livres, onpritannuellement 50,000 livres sur les fonds des dépenses variables. Le montant de l'adjudication des prisons fut imposé sur les élections de la Touraine qui formaient le ressort du présidial de Tours, et s'éleva à 2.56,986 livres 8 sols 2 deniers.
* Arch. mun. de Tours, Reir. des déUb., 12 avril 1776. 2 Arch. mun. de Tours, Heg. des délib., décembre 178U.
Pour la construction de la caserne de maréchaussée, comme cette dépense était relative au casernement des troupes, on tira des ordonnances au profit de l'adjudicataire sur les fonds atïectés à cette partie ; elles se montèrent à 99,180 livres 6 sols 11 deniers ^
La caisse des ponts et chaussées fut chargée de la dépense du pavage et des trottoirs de la rue dans toute sa longueur. M. de Cottes et de la Millière, suivant l'exemple fourni par leur prédécesseur Trudaine, construisirent sur les fonds delà même caisse deux terrasses surlequai;cesdiverstravauxsontévaluésà204, 441 livres 3 sols 3 deniers. Les maisons construites par les particuliers leur coûtèrent 1,196,000 livres; et les façades élevées par les moines de Saint-Julien, 40,000 livres.
En 1784, les dépenses s'élevaient à 2,914,392 livres JO sols 9 deniers - et la ville de Tours n'y avait en rien contribué. Pour terminer la- rue le premier secrétaire de l'intendance estimait qu'il fallait encore un million de livres; l'État devait fournir 700,000 livres; le reste provenait de la vente des matériaux du vieux pont, de l'ancien hôtel de ville, des fonds libres de la capitation et des dépenses variables.
La rue était loin d'être terminée que déjà les habitants lui donnaient plusieurs noms, suivant leurs convenances. Pour mettre fin à cet inconvénient le corps de ville prit, le 1" avril 1778, une délibération qui fixait le nom de la rue nouvelle. Tout d'abord il fait ressortir la nécessité de lui donner plusieurs noms, afin de faciliter les recherches des personnes qui y habiteront; il la divisa en trois sections, qui portèrent l'une le nom
' Arcli. dép. d'Indre-et-Loire. C, 227.
- Arch. dép. d'Indre-et-Loire, Rapport de M. Geaty, premier secrétaire de l'intendance, à M. D'Aine, successeur de Du Cluzel. G., 227.
234 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIll^ SIÈCLE
du gouverneur de la province, le duc de Choiscul; l'autre, le nom de l'intendant Du Cluzcl, et la troisième celui du maire de Tours, Banchereau' ; la place entre le pont et la rue fut désignée sous le l'om de place Royale.
Le duc de Clioiseul avait contribué aux ouvrages de la rue en faisant attribuer à la ville les premiers fonds, il ne cessait de témoigner à la ville sa bienveillance par des services signalés. Quant à Du Cluzel, le corps de ville reconnaît que « son nom est devenu précieux aux citoyens par les preuves réitérées qu'il a données, depuis qu'il est en place, à tous en général et à plusieurs en particulier, de son amour pour leur bieir-ètre; qu'il est constant d'ailleurs que c'est à l'activité de son zèle qu'on doit l'avancement étonnant des ouvrages de la rue qui forme la décoration la plus éminente que la ville ait reçue en aucun temps ; et que c'est remplir le vœu général en lui donnant le titre de bienfaiteur ~ ».
Quand la délibération eut été prise, le corps de ville la fit parvenir à Du Cluzel et lui adressa, en même temps, la lettre suivante : « Recevez, comme un hommage dicté par le respect et la reconnaissance, la délibération que nous avons l'honneur de vous adresser ; nous désirons perpétuer dans notre ville un nom qui nous est cher et à tous nos concitoyens. Nos descendants, en voyant votre nom inscrit sur la plus belle de nos rues, apprendront de nous que ce fut un tribut payé à votre bienfaisance et à vos vertus que, commis par le
• La rue de Clioiseul allait depuis la place Royale jusqu'à la rue de la Scellerie; la rue Banchereau, de la rue de la Scellerie à la rue des Fossés- Saint-Georges (aujourd'hui rue de Clocheville) : et la rue Du Cluzel, depuis la rue des Fossés-Saint-Georges jusqu'au boulevard,
■■2 Arch. muu. de Tours, Reg. des délib. du corps de ville, avril l'TS.
Gouvernement à l'administration de cette province, vons fûtes le père du peuple, le défenseur des droits et des citoyens et que vous honorâtes celte ville d'une prédilection distinguée. Puisse ce genre de reconnaissance, le seul digne des magistrats intègres etbienfaisants, perpétuer vos principes aussi longtemps que le souvenir en demeurera gravé dans nos cœurs \ »
Il n'est pas douteux que sans l'intervention du duc de Choiseul, sans l'habileté que déploya Du Cluzel pour se procurer des fonds provenant de caisses nombreuses, la rue n'eût pas été ouverte ; les ressources financières de la ville ne lui permettaient pas de faire une dépense qui dépassait 3,000,000 de livres.
La rue nouvelle et le pont donnèrent à la ville de Tours un aspect des plus séduisants et en constituent encore aujourd'hui le principal ornement. S'il faut en croire le receveur général des finances Harvoin', qui fit en 1783 une tournée dans la généralité, (avilie de Tours ne méritait ni par son activité ni par son commerce une rue aussi spacieuse. Il constate qu'il n'y a aucun mouvement, point de circulation; qu'on est frappé du silence qui y règne et tenté de demander au premier habitant que l'on rencontre si les citoyens sont sortis de leur ville pour quelque fête extérieure.
Le mérite de Du Cluzel, en faisant construire cette belle et large voie, fut de prévoir l'avenir et aujourd'hui, bien que la population de la ville de Tours ait presque triplé depuis un siècle, cette rue, qui par reconnaissance devrait porter son nom, suffitamulementà tous les besoins de la circulation et elle forme avec l'avenue de Grammont,
1 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, G., 226.
* Mémoire sur la généralité de Tours en 1783. Arcli. nat.,K., 1143.
d'un côté, et la Tranchée, de l'autre, une « magnifique enfilade • » qu'on ne rencontrerait peut-être nulle part ailleurs.
Turcics et. levées
Le bassin de la Loire est composé en grande partie de terrains imperméables; les eaux de pluie ne peuvent donc s'infiltrer pour aller constituer des nappes souterraines, elles s'écoulent rapidement vers les vallées des rivières, provoquent des crues subites et des inondations parfois désastreuses. On a cherché de tout temps à se protéger contre l'envahissement des eaux par la construction de levées le long du lit du fleuve. Un capitulaire de Louis le Débonnaire en fait mention-. Il est probable qu'à l'origine les levées ne servaient qu'à garantir les propriétés des dévastations des eaux; ce n'est que plus tard que le Gouvernement, ayant compris leur importance, leur donna un double objet d'utilité en les faisant servir de routes depuis Orléans jusqu'à Angers, sur 150 lieues environ.
Les turcies et levées n'existaient que dans les généralités traversées par la Loire, l'Allier et le Cher; c'étaient les générahtés de Tours, Orléans, Moulins, Riom et Lyon. Elles étaient divisées administrativement en deux sections, la première depuis Roanne jusqu'à Orléans, la seconde depuis Orléans jusqu'à Angers ^
Au xviii* siècle, elles formaient un département par-
• Egzo.n, Description de la ville de Tours en 1787. Ann. des Voyages
2 De agqeribus juxli Ligerim fac tendis. Capilulaires, édition Baluse, l. I, 776. "
3 Uibliolli. mun. de Tours, Tah. de la génér. de Tours p. 604.
.TURCIES ET LEVÉES 237
ticiilier, qui, quoique distinct de celui des ponts et chaussées, était administré par le même directeur général. Au-dessous de lui on avait établi les offices d'intendant, de trésoriers et de contrôleurs des turcies et levées 1. Au mois de mars 1772, ces divers offices furent supprimés et remboursés sur les fonds des turcies et levées. Les intendants des généralités intéressées furent chargés de cette administration, chacun dans leur département ''.
La direction et la conduite des ouvrages étaient confiées à des ingénieurs des ponts et chaussées. 11 y avait un premier ingénieur des turcies et levées, deux ingénieurs en chef : l'un, pour la haute Loire, résidant à Moulins ; l'autre, pour la basse Loire, résidant à Orléans ; dans chacune des sections servaient plusieurs inspecteurs et sous-ingénieurs des turcies et levées.
On dépensait annuellement pour les turcies et levées de la Loire et de ses affluents environ 500,000 livres 3. Cettje somme était employée soit à la construction de nouvelles levées, soit à l'entretien de celles qui existaient déjà, soit au traitement des ingénieurs^.
Avant le xvni^ siècle on avait déjà construit la grande levée, située le long de la rive nord du fleuve depuis le pont de Blois jusqu'à une lieue en-deçà d'Angers ; plusieurs parties de la rive méridionale furent également garanties par des levées, telles que celle d'Amboise à Tours, qui fut terminée sous l'administration de Du Cluzel. De Tours la levée méridionale fut prolongée jusqu'au confluent du Cher. La rive septentrionale du Cher dans
2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C., 162.
3 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, G., 659.
* Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 269.
sa partie inférieure et quelques points de la rive méridionale furent encore protégés par des levées. On projeta de construire des quais tout le long de la ville de Saumur pour la mettre à l'abri des inondations de la Loire; la dépense fut évaluée à 400,000 livres, la ville dut en payer le tiers. Les paroisses de la vallée de Montejean, sur la rive méridionale de la Loire au-delà d'Angers, demandèrent, en 1780, la construction d'une levée; Du (Muzel appuya leur demande^ et il reçut l'ordre de donner en adjudication trois lieues de levées à construire entre le bourg de Montejean et la petite ville de Saint- Florent. L'adjudication fut faite au prix de 600,000 livres. En 1777, on fit aussi une adjudication pour construire une levée en amont d'Amboise, afin de garantir du courant de la Loire l'île d'Amboise ~.
En général, le pied des levées, du côté de la rivière, était appuyé par une crèche formée de deux rangées de pieux assez près les uns des autres, pour que le moellon dont elle était remplie ne put s'échapper. Le dessus des crèches était pavé en moellons, et de ce point jusqu'à la superficie des levées la hauteur perpendiculaire était de 22 pieds, ce qui devait les mettre dans le cas de n'être jamais submergées par les plus grandes crues; mais les riverains se permettaient, malgré les dispositions des règlements et ordonnances, de faire des plantations sur les grèves à mesure qu'elles se formaient^ et tendaient ainsi à resserrer le lit du Heuve ; de plus, les levées, en forçant les sables à rester dans le neuve au lieu d'aller se perdre dans les champs latéraux, exhaussaient lentement le fond de la Loire; il en
• Arch. dép. d'Iodre-et-Loire, G., 278.
2 Arcb. dép. d'Indre-et-Loire, C, '270.
3 Arch. dép. d'Indre-el-Loire, C, -268.
• TURCIKS ET LEVÉES 239
résultait que les levées étaient insuffisantes pour contenir le volume des eaux. Ainsi, au mois de mars 1783, la Loire eut à Saumur une crue de 17 pieds 8 pouces ; elle en avait eu, en 1755 et en 1770', de beaucoup plus considérables, qui n'avaient pourtant pas causé de désastres; mais, en 1783, par suite de l'exhaussement du lit, la levée, dans un faubourg de la ville, fut surpassée de 2 pieds et demi par les eaux, et dans plusieurs autres parties les eaux affleuraient le pavé qui couvrait les levées. Il fallut donc relever les parties trop basses.
Le talus des terres de la levée du côté de l'eau était revêtu d'un perré ou massif de moellons de dixhuit pouces' d'épaisseur, posé à sec, dont le dessus était arrangé en forme de pavé.
L'entretien des crèches étant devenu trop dispendieux, on y suppléa par des jetées de moellons, plus ou moins fortes suivant la profondeur, au-devant et auprès des crèches, lorsqu'on s'apercevait que les eaux occasionnaient des alfouillements qui menaçaient de déraciner les pieux, ce qui eût entraîné la rupture de la levée et livré passage aux eaux.
Pour l'entretien des levées on faisait, tous les six ans, des adjudications à divers entrepreneurs. La généralité de Tours formait neuf cantons d'environ 6 lieues d'étendue. Chaque canton donnait lieu à une adjudication. En 1771, l'adjudication pour six années s'éleva à 480,000 livres. Les travaux consistaient en perrés, exhaussement des levées, construction de murailles, etc.
L'adjudication était une pure formalité. Trudaine ne
' Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C., 408.
* Le douzième du pied: Q"','^!!-
240 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XYIlf SIÈCLE*
l'ut jamais favorable à ce système ; il craignait qu'avec l'adjudication on eût atfaire à des ignorants ou à des fripons ; il recommandait de choisir toujours les mêmes entrepreneurs, honnêtes et connus, et de leur assurer sur les devis un bénéfice certain, de sorte que l'entrepreneur, « travaille de son mieux pour conserver l'entreprise ; il forme ses enfants qui lui succèdent, et l'administration a toujours à sa disposition des hommes capables et compétents pour toutes sortes de travaux et les mal-façons sont évitées ^ ».
Du Cluzel aurait préféré les adjudications régulières, il déclare à son secrétaire qu'il sera éternellement choqué de voir les entrepreneurs des turcies et levées « affidés à des cantons, » qui en font leurs domaines, et auxquels les ingénieurs s'en rapportent sur les réparations à faire et sur la réception desdites réparations. Les préférences données toujours aux mêmes entrepreneurs éloignent toute concurrence, rendent les travaux plus coûteux puisqu'il n'y a point d'enchères. Si l'on procédait à des adjudications en règle, les gens même qu'emploient les entrepreneurs se présenteraient aux enchères et le roi et le public y gagneraient 2. Pour éviter la friponnerie et les malfaçons tant redoutées par Trudaine, Du Cluzel proposait de forcer l'adjudicataire à fournir une caution solvable, et d'obliger les ingénieurs à surveiller les travaux avec soin, « peine (ju'ils veulent s'éviter en défendant le système des entreprises. » Si le travail était mal fait, les ingénieurs le feraient recommencer aux frais de l'adjudicataire. Les moyens proposés par Du Cluzel faisaient tomber toutes les objections ;
i Arcli. dép. d'Indre-el-Loire, C, 271.
- Arch. dép., d'Iudre-el-Loirc. LuUre de Du Cluzel à son secn-laire, 7 mars 178i. C, 271.
TURCIES ET LEVÉES 241
néanmoins les intendants des ponts et chaussées maintinrent pour les turcies et levées le système de Trudaine S et il subsista jusqu'à la Révolution.
La superficie des levées n'avait que 5 toises et môme quelquefois 4 de largeur ; il n'existait pas de parapets ; aussi arrivait-il souvent des accidents. Plusieurs voitures furent précipitées dans la Loire. En 1771,révêque d'Angers, pour éviter un semblable accident, sauta de sa voiture et la roue lui dépouilla la moitié de la tête. Trudaine informé par Du Cluzel annonce, le 28 se[)tembre 1771 ', qu'il va faire élever des parapets dans les endroits où ces accidents sont arrivés. Un moment il songea même à faire construire sur le coteau un chemin parallèle à la levée, mais il abandonna vite ce projet trop coûteux '■'. Les parapets, construits et entretenus sur les fonds des turcies et levées, étaient en terre, revêtus de gazon ; ils rassuraient surtout les yeux, mais ils avaient l'ineonvénient de diminuer la largeur du passage et de retenir les eaux pluviales sur la chaussée, malgré les intervalles que l'on avait soin de laisser ouverts, soit pour l'écoulement des eaux, soit pour rendre libre l'abord de la rivière.
Le danger subsistait toujours du côté des terres, car souvent les levées dominaient les campagnes par leur grande hauteur. Dès l'année 1778, de' Cotte, successeur de Trudaine, manifeste l'intention d'accorder aux propriétaires riverains des levées l'usage des talus, à condition de planter sur la crête des haies vives ^. Ce projet ne devait aboutir qu'en 1788. Un arrêt du Conseil du
' Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre de la Millière à Du CluzeL G., 1G9.
2 Arcli. dép. d'Indre-el-Loire, C, 269.
'^ Arch. dép. d'Imlre-et-Loire, G., -269. Lettre du 12 février 1773.
* Arch. dép. d'Iadre-et-Loire, C, 278. Lettre du 7 juillet 1778.
24 février décida que, dans le délai d'un mois, les propriélaircs riverains des levées de la I.oire, dans toute l'étendue de la généralité de Tours, seraient tenus de planter à leurs frais, sur les bords de la levée, le long de leurs possessions, une haie vive « en épine blanche, orme ou sureau », d'une épaisseur convenable, suivant le tracé qui leur serait donné parles ingéiiieurs des turcies et levées. Ils étaient tenus de l'entretenir, de la garnir de tuteurs pour la soutenir de chaque côté jusqu'à ce qu'elle eût allcinL la hauteur de 2 pieds et demi ; à partir de ce moment, elle devait être entretenue par les entrepreneurs des turcies et levées, sans qu'ils pussent exiger aucune augmentation de prix pour leurs ouvrages ni aiicime rétribution des propriétaires riverains.
Pour dédommager les propriétaires des frais de plantation des haies et de leur entretien jusqu'à ce qu'elles eussent atteint la hauteur prescrite, le roi leur abandonnait à perpétuité la jouissance de l'herbe qui croîtrait sur les lalus des levées au-dessous et vis-à-vis des haies plantées et entretenues par eux. Us pouvaient couper cette herbe ; mais, sous aucun prétexte, ils ne pouvaient la faire pacager.
Si les propriétaires riverains refusaient de se conformer aux dispositions de l'arrêt, l'intendant pouvait accorder la permission de planter ladite haie, à leurs lieu et place, à ceux qui se pourvoiraient devant lui à cet etfet et qui, dans ce cas, auraient la jouissance de l'herbe des talus aux mêmes charges et conditions.
Si la construction des parapets et les plantations de haies vives ne rendaient pas impossibles les accidents de voitures, ils les rendirent du moins beaucoup plus rares et contribuèrent à rassurer les voyageurs.