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CHAPITRE VII

Progrès de l'agriculture dans la seconde moitié du xvin" siècle (281). — Création de la Société d'agriculture de Tours (282). — Travaux accomplis par cette Société (283). — Distributions gratuites de graines, faites aux cultivateurs (284). — Le gouvernement nherche à répandre les prairies artificielles (284). — Encouragement donné à la culture du chanvre (285). — Enquête sur la culture du chanvre (283). — Création de pépinières destinées à fournir des arbres aux agriculteurs (290). — Les routes sont plantées d'arbres (292). — Écbenillement des arbres (294). — Les défrichements ; avantages qu'on leur accorde (295). — Tableau des défrichements accomplis (297). — Règlement de la corvée pour le transport des bois destinés à la marine royale (298). — Création des écoles vétérinaires (301). — Entretien d'élèves dans les écoles par la généralité de Tours (302). — Lettre de Turgot sur l'école vétérinaire de Limoges (303). — Services rendus par les vétérinaires (306). — Terrible épizootie de 177.? (307). — Mesures prises dans la généralité (308). — Liberté accordée aux propriétaires dans la seconde moitié du xviu* siècle (310).

Dans la seconde moitié du xvm^ siècle, l'agriculture fit de très grands progrès; le gouvernement chercha par tous les moyens à accroître les produits du sol, en faisant connaître de nouveaux procédés de culture, en encourageant les défrichements par des exemptions d'impôts, en créant des pépinières, en fondant des Sociétés d'agriculture, en excitant par des primes le zèle et l'émulation des cultivateurs, en instituant des écoles de vétérinaires. II fut admirablement secondé dans tous ses projets par Du Cluzel-, qui déplovait toujours le plus grand

zèle quand il s'agissait d'améliorer le sort de ceux qui supportaient dans l'État toutes les charges financières, et qui prit même l'initiative de quelques mesures fort utiles.

Le premier devoir du gouvernement était de se renseignersur la nature des cultures et sur l'état des récoltes. Les intendants étaient souvent consultés ; on leur adressait des tableaux de statistique qu'ils devaient faire remplir soit par les officiers des élections qui tous les ans parcouraient les paroisses, soit par leurs subdélégués. Sans doute les chiffres que contiennent ces tableaux ne présentent pas toujours une certitude absolue ; mais ce qu'on peut affirmer, c'est qu'ils étaient dressés avec le plus grand soin, comme le prouvent les nombreux rapports des subdélégués; et, tels qu'ils étaient, ils suffisaient à remplir le but que se proposaient le gouvernement et l'intendant, c'est-à-dire qu'ils faisaient connaître les besoins ou les ressources d'une province, d'une élection ou d'une paroisse.

A partir de 1761, le gouvernement fut aidé dans cette partie de sa tâche par la Société d'agriculture, qui fut fondée dans la généralité'. Elle était divisée en trois bureaux, Tours, Angers, le Mans, composés de vingt membres chacun. Les membres des trois bureaux ne formaient qu'un même corps, ils avaient voix délibérative dans les trois bureaux, lorsqu'ils pouvaient assister aux séances. Dans chacun d'eux il y avait un secrétaire perpétuel, nommé par le roi, et un directeur qui changeait chaque année et dont l'élection se faisait à la majorité des voix. Les séances avaient lieu une fois par semaine : à Tours, le jeudi; à Angers le dimanche; au Mans, le

1 Arrêt du Conseil du 24 février 1761. Annales de la Société d'agriculure, 1761. Bibliolli. iuuu.de Tours.

mardi. L'intendant pouvait assister aux séances, en qualité de commissaire du roi. Le but de la Société était de favoriser les progrès de l'agriculture, de faire des expériences et des découvertes utiles, d'instruire le public, d'exciter le zèle et l'émulation des cultivateurs dans toutes les productions propres à augmenter la fertilité et l'aisance des trois provinces. Les membres des trois bureaux devaient résider dans la généralité ; les premiers furent choisis par le roi; mais, à l'avenir, le bureau dut nommer par élection à toutes les places vacantes. A la fin de 1761, la Société obtint le droit de nommer des associés qui, distribués dans les divers districts, devaient l'instruire sur tous les objets intéressant l'agriculture dans leurs cantons.

Les procès-verbaux de l'année 1761, les seuls qui aient été conservés, montrent que la Société s'occupa sérieusement de la mission qui lui était confiée. Plusieurs de ses membres firent des communications intéressantes sur l'agriculture locale et, quand elles paraissaient assez importantes, on en envoyait des exemplaires aux curés, aux subdôlégués, qui consultaient les cultivateurs, dont les observations étaient ensuite transmises à la Société.

Les cultivateurs allaient donc désormais être guidés dans leurs cultures ; on allait leur indiquer de meilleures méthodes, trouver des pratiques plus avantageuses et leur en faire adopter l'usage par l'attrait de l'exemple et surtout par l'espérance d'un profit certain. C'étaient déjà les champs d'expérience et de démonstration, qui ont rendu et rendent encore de si grands services à l'agriculture.

En 1767, le contrôleur général envoya à Du Cluzel 60 livres de graines de garance qu'il avait fait venir

de Smyrne'. Il lui recommande de les faire distribuer aux cultivateurs qu'il jugera les plus en état de bien cultiver cette plante. Les cultivateurs devaient rendre compte du succès de leurs plantations. Les essais réussirent surtout dans l'Anjou ; un ancien capitaine d'infanterie, M. de la Noue, associé du bureau d'agriculture d'Angers, fit de grandes plantations de garance, qui. d'après son propre aveu, lui permirent de réaliser de gros bénéfices.

Une culture plus importante était celle des prairies artificielles. A plusieurs reprises, le contrôleur général adressa à l'intendant des instructions sur les prairies artificielles avec ordre de les répandre le plus possible parmi les cultivateurs ; les instructions étaient toujours accompagnées de graines qu'on distribuait gratuitement à tous ceux qui payaient moins de 50 livres de taille '\ On fil également distribuer des graines de turnepset de betteraves destinées à nourrir les bestiaux. Les graines de betteraves venaient de Bavière et de Franconie -K

Les efforts du gouvernement ne furent pas couronnés de succès ; aussi, en 1785, à la suite d'une sécheresse extraordinaire, le fourrage fit presque complètement défaut; il en résulta une diminution considérable de bestiaux et surtout de vaches; il fallut faire de nouvelles tentatives pour répandre les prairies artificielles, et acheter à l'Étranger un grand nombre de vaches pour remplacer celles qui avaient péri pendant la disette de 1785-1786''. Des diminutions d'impôts furent en même temps accordées aux cultivateurs les plus pauvres.

' Arcli. dép. d'Indre-el-Loire, C, 101.

2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 82.

3 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 82; * Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 82.

Non seulement le gouvernement essaye d'introduire des cultures nouvelles, mais encore il encourage et félicite ceux qui tentent de perfectionner des cultures déjà connues.

Le contrôleur général n'hésite pas à écrire à de simples particuliers et à leur adresser des éloges pour les résultats qu'ils obtiennent ^ Le subdélégué de Sainte-Maure^ écrit à l'intendant qu'un pied d'orge a produit une quantité de grains assez considérable ; le contrôleur général Bertinenest informé et, le 15 septembre 1767 3, il répond à DuCluzel que ce n'est pas la première fois qu'on a fait de pareils essais, que le sieur Pruneau, de Poitiers, a cultivé dans une plate-bande de son jardin plusieurs pieds d'orge, dont quelques-uns ont donné quatre mille grains chacun. « Ces expériences, ajoute-t-il, prouvent ce que peut une bonne culture, telle qu'on peut la donner dans un jardin, et que plus on approche de cette manière de cultiver, plus on doit en attendre d'e succès. C'est ce que je vous prie de marquer à votre subdélégué en qui j'aperçois avec plaisir du zèle pour l'agriculture et du goût pour les observations utiles. S'il n'était pas associé de la Société d'agriculture de Tours, il serait à propos de l'y agréger, car on ne saurait trop encourager ceux qui montrent de l'intelligence et de la bonne volonté. »

L'une des cultures les plus importantes de la généralité et qui attirait plus particulièrement l'attention du gouvernement était celle du chanvre. La marine royale, en effet, consommait annuellement 11 à 12 millions

• La liasse 101 renferme plusieurs lettres de Bertin, de Terray, adressées à despropriétaires et les félinilaat des succès qu'ils ont obtenus en employant des méthodes nouvelles de culture. Arch. dép. d'Iudre-et-Loire.

2 Chef-lieu de canton, dép. d'Indre-et Loire, arr. de Chinon.

3 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, G., lui.

286 LA (ÎÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIll" SIÈCLE

de livres de chanvre, la marine marchande en employait aussi une grande quantité ; on était obligé d'en tirer une partie de l'Étranger et, parsuite, d'y faire passer des sommes considérables qu'il eût été bien préférable de conserver. La guerre rendait même cette importation difficile et dispendieuse ; de telle sorte qu'en développant la culture du chanvre on aurait eu l'avantage de s'approvisionner facilement et à peu de frais, dans le royaume, d'une production nécessaire à la défense du pays; on aurait ouvert une source de commerce et d'industrie eton aurait créé de nouvelles richesses pour les cultivateurs.

Le bureau de la Société d'agriculture d'Angers s'était occupé, dès l'année 1761, de la culture du chanvre, il avait répandu des brochures indiquant la meilleure méthode de cultiver le chanvre, les meilleures graines à semer; faisant connaître les soins que demande le chanvre pendant qu'il est en terre, le moyen de s'assurer de sa maturité, la manière de le cueillir, de le rouir, et enfin de le sécher'.

Le gouvernement, pendant la guerre d'Amérique, se préoccupa à son tour de la culture du chanvre et des encouragements qu'on pourrait lui donner. Necker^ joly de Fleury'^ interrogent Du Cluzel sur la quantité de chanvre qu'on récolle annuellement dans la généralité,

• Bibliolli. mun. de Tours. Ann,alts de la Société d'agriculture, 1761.

2 Arch. ilép. d"Iii.ire-et-Luire. Leltre à Du Cluzel, 14 mai 1779. C, -122.

3 Arcli. dép. d'Indre-ei-Loire. Letlre à Du Cluzel, 25 octobre 1781. C , 82. La letlre de Necker est moiivée par un mémoire adressé par les négociauls de la ville de Nantes, et conleûaiit des représenlalions sur la quautité de clianvre que la France est ohligée de tirer annuellement de l'Kiranger, dont elle se rend par là tributaire pour des sommes très considérables. « Us observentque, si la culture de cette plante était encouragée dans le royaume, son sol serait sufflsaut pour fournir à ses besoins. Ils demandent en conséquence que l'Administration prenne cette branche de commerce en considération. »

sur la consommation qu'on en fait et sur les moyens les plus convenables d'encourager ce genre de culture, de manière à l'augmenter relativement aux besoins de la marine royale. *

Du Cluzel consulta ses subdélégués le3 novembre 1781 et, le 28 décembre, il fit connaître à Joly de Fleury le résultat de son enquête '. Dans la province de Touraine, les manufactures de soieries, établies à Tours, en avaient exclu pour ainsi dire toutes les autres et particulièrement les fabriques de toiles, de telle sorte que le chanvre n'était cultivé que comme « un objet d'économie et non de commerce ». Presque tous les laboureurs ou vignerons cultivaient en chanvre une petite portion de leur domaine, mais seulement pour leur usage personnel. Le produit de cette culture suffisait à peu près à la consommation des campagnes. Les habitants des deux tiers de la Touraine s'en habillaient pendant l'été, et se couvraient en hiver de grosses étoffes de laine. Il y avait cependant des terrains « frais, légers, doux et gras » qui produisaient du chanvre bien au-delà de la consommation locale ; ils étaient situés surtout dans l'élection de Chinon, sur les deux rives de la Loire, et dans l'élection de Richelieu, coupée de nombreux petits ruisseaux. Le chanvre provenant de ces terrains était fort recherché par les manufactures de toiles à voile de l'Anjou. La production totale de la province de Touraine est évaluée, année moyenne, à 482,000 livres, savoir:

Élection de Tour? 80.000 livres

— de Chinon -loO.OOO —

— de Loches 30.000 —

— d'Amboise 40.000 —

— de Loudun 12.000 —

— de Richelieu 130.000 —

Total 482.000 livres

' .\rch. dép. d'Iadre-et-Loire, C, 82.

288 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIIl'" SIÈCLE

La culture du chanvre, en Touraine, était susceptible d'une augmentation considérable ; les terrains bordant la Loire et appelés varennes convenaient, par leur douceur et leur légèreté, à ce genre d« production; mais les cultivateurs, qui faisaient dans l'année plusieurs récoltes de pois, de fèves et autres espèces de légumes, ne se souciaient pas de substituer le chanvre à des cultures aussi faciles et aussi rémunératrices. De même les vallées du Cher, de l'Indre, de la Vienne et d'une foule de ruisseaux auraient pu produire des chanvres en abondance, mais leur sol était employé en prairies fécondes d'un très grand rapport, et les propriétaires préféraient un revenu qui ne leur coûtait ni peine ni dépense à celui d'une culture qui nécessitait beaucoup de bras et d'avances. Malgré ces observations. Du Cluzel ne regarde pas comme impossible de doubler le produit de la culture du chanvre en Touraine ; il suffirait d'assurer aux habitants un débouché avantageux de cette denrée.

Dans la province d'Anjou, la récolte du chanvre était considérable dans la « vallée d'Anjou », qui s'étendait le long de la Loire sur 15 lieues de longueur et une lieue de largeur, et qui se partageait entre les élections d'Angers, Saumuret Baugé; elle suffisait à alimenter la manufacture de toiles de Beaufort et cinq autres manufactures de toiles à voile, dont une à Beaufort, trois à Angers et une à Juigné, qui avaient entre elles cinq à six cents métiers. La production de l'Anjou est évaluée, année moyenne, à 2,380,000 livres, savoir :

Electioû d'Angers 1.. 500. 000 livres

— de Saumur .ÏOO.OOO —

— de Baugé 300.000 —

— de Chateau-Gontier 40.000 —

— de Monlreuil-Bellay 40.000 —

Total 2.380.000 livres

Les chanvres de l'Anjou étaient employés en très grande quantité, pendant la guerre, par la marine royale, pour les cordages et les toiles cà voile, et très peu par la marine marchande ; mais, en temps de paix, cette dernière en faisait une consommation beaucoup plus considérable et qu'il était impossible d'apprécier.

La province du Maine pouvait être divisée en deux parties bien distinctes : le haut Maine, comprenant les élections du Mans, de Château-du-Loir et environ le tiers de l'élection de la Flèche, qui produisait du chanvre en très grande quantité et de belle qualité, et le bas Maine, comprenant les élections de Laval, de Mayenne, un tiers de celle de la Flèche (le reste étant de l'Anjou), qui donnait fort peu de chanvre, mais beaucoup de lin.

La différence de production expliquait celle des fabriques de toiles, répandues en grand nombre dans le haut et le bas Maine. Les manufactures de toiles de Laval et de Mayenne consommaient tous les lins du bas Maine et ne fabriquaientque des toiles fines ; les fabriques du haut Maine n'employaient guère que du fil de chanvre, et donnaient des toiles aussi bonnes que celles qui s'enlevaient dans les marchés de la province pour être portées à Paris ou aux colonies.

La culture du chanvre était générale dans toutes les paroisses du haut Maine, elle était urie des principales richesses du cultivateur, toujours assuré de trouver un débouché pour sa denrée. La récolte s'élevait, année moyenne, à 4,350,000 livres, savoir:

Élection du Mans 2.800.000 livres

— de Château-du Loir 800.000 —

— de La Flèche 700.000 —

de Laval 30.000 —

- de Mayenne 20.000 —

Total 4.350.000 livres

200 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XYIIl* SIÈCLE

La généralité produisait donc, en moyenne, 7,212,000 1. de chanvre, et cette quantité pouvait être facilement augmentée, surtout dans la Touraine et dans l'Anjou. Le meilleur moyen d'encoura^^er cette culture était, d'après l'avis de Du Cluzel, d'assurer aux cultivateurs un débit prompt et avantageux; il aurait fallu pour cela que ceux qui étaient chargés de l'approvisionnement du chanvre pour la consommation de la marine royale répandissent des avis dans les paroisses, pour inviter les cultivateurs à leur vendre le chanvre de leurs récoltes, en leur proposant un prix un peu plus fort que le prix courant, et il n'était pas douteux pour Du Cluzel que la généralité de Tours suflirait pour l'approvisionnement général de la marine.

La conclusion delà paix en 1783 fit négliger le projet de Du Cluzel; mais la culture du chanvre n'en resta pas moins l'une des ressources les plus importantes de la généralité.

La création et l'entretien de pépinières destinées à fournir aux agriculteurs des arbres d'espèces variées, gratuitement ou à très bon marché, attira l'attention du gouvernement dès le début du xvni^ siècle, mais des résultats sérieux ne furent obtenus dans la généralité que sous l'administration de Du Cluzel, grâce à l'habileté qu'il sut déployer.

Un arrêt du Conseil du 3 mai 1720' avait ordonné que tous les propriétaires des héritages, tenant et aboutissant aux grands chemins, seraient tenus de les planter d'ormes, de hêtres, de châtaigniers, d'arbres fruitiers ou autres, suivant la nature du terrain. A cet eiret des pépinières devaient être établies dans toutes

• Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 87.

les généralités, elles devaient avoir 2 arpents d'étendue; celle de Tours, à cause de l'importance de la généralité, avait 32 arpents. Elle fut adjugée, en 1723, moyennant une subvention de 10,000 livres pendant neuf ans. 1/adjudication futrenouvelèe, en 1732, au profit du sieur Des Pictières;il s'engagea à livrer en neuf ans 300,000 pieds d'ormes, 10,000 pieds de châtaigniers, 230,000 pieds de noyers moyennant une subvention de 5,000 livres pendant chacune des neuf années. Les propriétaires restèrent indifférents et ne profitèrent pas de la facilité qu'on leur offrail; ils demandèrent les ormeaux, les châtaigniers; mais Des Pictières, à l'expiration de son bail, avait encore à livrer 125,791 pieds de noyers.

Une ordonnance de l'intendant de iMagnanville, janvier 1747 \ prévint le public qu'on lui délivrerait gratis, jusqu'au l^' mars 1747, des plants de noyers. Il y en avait 155,000 dans la pépinière de Tours ; on en demanda à peine 6 à 7,000, et pourtant, jusqu'au terrible hiver de 1709, la province de Touraine était couverte de noyers qui contribuaient à la richesse du pays par le commerce des huiles. En présence de l'inditterence des propriétaires de Touraine, le contrôleur général décida d'écrire aux intendants des généralités voisines pour leur demander s'ils voulaient des noyers de la pépinière de Tours l

Les pépinières de mûriers trouvèrent plus de faveur auprès du public. De 1744 à 1762, elles distribuèrent 819,598 pieds d'arbres^ et contribuèrent beaucoup à augmenter la production de la soie. Elles absorbaient

' Arch. dép. d'Indre-et-Loire, G., 87.

* Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre du 11 ^vril 1747. C, 87.

3 Bibl. mun. de Tours. Tableau de la généralité de Tours, page 575.

29â LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIII* SIÈCLE

17,440 livres par an. Du Cluzel les supprima en 1778, parce qu'elles avaient produit le résultat qu'on avait espéré, mais il continua à faire distribuer gratis de la graine de mûrier provenant des provinces méridionales, et il fil établir par les Sociétés d'agriculture de Tours, d'Angers et du Mans des prix destinés à récompenser les propriétaires qui auraient les plus belles pépinières de mûriers '.

Du Cluzel ne se contenta pas d'encourager la culture du mûrier, il reprit le projet conçu, en 1720, pour la plantation des routes et qui n'avait pas été exécuté par suite de l'indifférence des propriétaires. Trudaine constate, en effet, que sur plus de 300 lieues de routes, dans la généralité de Tours, il n"y en a pas une qui soit plantée ". Un arrêt du 6 septembre 1772 -^ renouvela pour la généralité de Tours l'arrêt du 3 mai 1720, qui obligeait les riverains à planter sur le bord des routes, et autorisa Du Cluzelà employer annuellement 2,000 livres, prises sur les fonds libres de la càpitation, pour l'entretien de pépinières d'ormes et de frênes. Du Cluzel avait demandé et obtenu qu'on donnât une préférence absolue aux arbres forestiers sur les arbres fruitiers, parce qu'ils étaient plus capables de décorer les superbes routes qui avaient nécessité tant de liépenses. Il n'était pas, d'ailleurs, indifférent de remplacer les bois de charpente et de charronnage dont on faisait une consommation prodigieuse dans le royaume.

La pépinière d'ormes et de frênes fut créée près de Tours, sur une terre dépendant de l'hospice général. Les arbres devaient être donnés gratuitement. Si les

* Arch. dép. d'Indre-et-i^oire, C, 87.

î Arch. dép. d'Indre-el-Loire. Lettre à Du Cluzel, 3 juin 1771. C, 87.

9 Arch. dép. d'Iodre-ut-Loire. C.,87.

propriétaires riverains faisaient la plantation des arbres", ils en avaient la propriété. S'ils les laissaient planter par les seigneurs voyers, la propriété revenait à ces derniers. En cas de refus des propriétaires et des seigneurs, le roi faisait planter les arbres et en conservait la propriété. Les plantations devaient être ordonnées par l'intendant et l'entretien devait se faire d'après les instructions des ingénieurs \

Les cultivateurs pouvaient aussi demander des arbres à cette pépinière, pour leur propriété particulière, mais ils payaient 1 sol par pied ■.

Dès l'année 1781, il y avait plus de 30 lieues déroutes qui étaient plantées d'arbres, indépendamment des plantations dont les quais, les abords et les promenades publiques de la ville de Tours et de quelques autres villes de la généralité avaient été décorés ^.

En 1781 S Joly de Fleury voulut supprimer les pépinières publiques, il espérait que les particuliers entretiendraient eux-mêmes des pépinières d'autant plus volontiers qu'ils sauraient que les pépinières royales ne leur feraient plus concurrence, et qu'au contraire les ingénieurs leur achèteraient des arbres. Du Cluzel lui répondit que toute la question était de savoir « s'il y avait des moyens certains de parvenir au but que se proposait le gouvernement dans la plantation des routes par des voies autres que celles des pépinières ». Or l'arrêt de 1720 n'avait pas été exécuté, les propriétaires étaient toujours restés indifférents. De plus, Du Cluzel ne

* Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 87.

2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre de l'ingénieur en chef au directeur de la pépinière, 24 mai 1783. C, 77.

3 Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre à Joly de Fleury, 9 novembre 1781. C, 87.

* Lettre à Du Cluzel, 7 novembre 1781, C„ 87.

croit pas qu'on puissse laisser aux propriétaires le libre choix des arbres. 11 faudrait ordonner, en cas de suppression des pépinières, que les plantations soient faites en arbres de belle espèce. « Laisser le choix des arbres aux propriétaires, ce serait une opération manquée et peu digne des grands travaux qui font tant d'honneur à la France, aux yeux de l'Etranger, »

La pépinière de Tours fut maintenue, les plantations sur les routes continuèrent et elles faisaient, en 1783, l'admiration de l'inspecteur général des finances Harvoin, qui considérait « les grands chemins de la Touraine comme les plus beaux du royaume ^ ». L'honneur de leur décoration revient tout entier à Du Gluzel.

Une mesure, spéciale à la généralité de Tours et due à l'initiative de Du Gluzel, fut prise en 1779. Les propriétaires avaient beaucoup souffert, depuis quelques années, de la diminution causée dans leurs récoltes de fruits par la quantité de chenilles qui s'y étaient répandues. Quelques propriétaires avaient bien essayé de se préserver du fléau qui les menaçait en faisant écheniller leurs domaines, mais leurs dépenses étaient devenues inutiles par suite de la négligence de leurs voisins. Du Gluzel, qui avait reçu les plaintes d'un grand nombre de cultivateurs, fit rendre, le 0 janvier 1779-, une ordonnance en vertu de laquelle les propriétaires étaient tenus d'écheniller leurs arbres; sinon les maires, échevins et syndics devaient le faire à leurs frais. Les propriétaires qui refuseraient de laisser agir les syndics seraient condamnés à 300 livres d'amende , applicable aux pauvres de la paroisse ; l'amende était prononcée par l'intendant d'après les procès-verbaux des maires, éche-

» Arch. nat., K., 1224.

2 Arch. dép. d'Iadre-el-Loire, C, 82.

vins et syndics. L'échenillement des arbres ne tenant à aucune propriété particulière devait être fait aux frais des villes ou communautés ayant des revenus d'octroi, soit par les habitants des paroisses compris au rôle de la taille. En cas de refus, l'habitant était condamné à 6 livres d'amende, destinées à mettre des journaliers à sa place. Seuls les forêts et les bois étaient exceptés à cause de la trop grande dépense qu'eût provoquée cette obligation.

En faisant connaître à ses subdélégués l'ordonnance du 6 janvier, Du Cluzel les informe que son intenlion est de faire cette opération tous les ans dans l'intérêtmême des propriétaires.

Le gouvernement ne se contenta pas d'améliorer les cultures anciennes et d'en introduire de nouvelles, il fit tous ses etforts pour augmenter les terres cultivables en encourageant les défrichements.

Une déclaration du 14 juin 176i ^ protégeait ceux qui desséchaient des marais et des palus en leur accordant l'exemption des dîmes, tailles et autres impositions pendant un certain nombre d'années. Le roi crut devoir accorder la même justice à ceux qui entreprendraient le défrichement des terres incultes, et il le fit d'autant plus volontiers que plusieurs familles étrangères désiraient se livrer à ces sortes de travaux et se fixer dans le royaume, si on leur accordait les mêmes avantages qu'aux sujets du roi. En conséquence, une déclaration du 13 août 176Ô décida que ceux qui défricheraient des terres incultes jouiraient, «pour raison de ces terrains, pendant quinze ans, de l'exemption des dîmes, tailles et autres impositions et même des vingtièmes, tant qu'ils

auraient cours ». La même faveur était accordée à leurs cessionnaires, successeurs ou ayant cause. Les étrangers occupés aux défrichements étaient déclarés regnicoles ; ils pouvaient acquérir des biens et en disposer tant par donations entre vifs que par testament et tous autres actes de dernière volonté, en faveur de leurs enfants, parents et autres domiciliés en France. Le roi renonçait à tous droits d'aubaine, déshérence et autres lui appartenant sur la succession des étrangers. Pour devenir regnicoles, les étrangers devaient élire domicile sur les lieux où ils feraient leurs défrichements et y habiter au moins six années. Si l'étranger venait à mourir dans le cours desdites six années, les enfants, parents et autres domiciliés en France, appelés à recueillir sa succession, et même ceux domiciliés en pays étranger, mais à l'égard du mobilier seulement, enrecevraient délivrance.

Étaient réputées terres incultes celles qui depuis quarante ans ne donnaient aucune récolte. Ceux qui défrichaient des terrains ne devaient pas, pour jouir des exemptions, abandonner les terrains qu'ils cultivaient déjà, sous peine de déchéance. Les déclarations de défrichement devaient être faites au greffe de chaque élection'.

L'arrêt produisit d'excellents résultats dans la généralité : de 1766 à 1784, plus de 60,001) arpents furent livrés à la culture-.

> Arcli. dép. d'Indre-et-Loire, C, 86.

- Les terrains défrichés soat réduits à l'arpent, mesure de Paris, composé de 100 perches et la perche de 20 pieds.

TABLEAU DES DÉFRICHEMENTS OPÉRÉS DANS LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS DE 1766 A 1784

De 1766 à 1767 15.561 arpents

Total 60.058 arpents

Le gouvernementvoulait être renseigné d'une manière très régulière sur la quantité de défrichements qui s'opéraient dans le royaume ; il cherchait à les augmenter et il consultait les intendants pour savoir par quels moyens on pourrait arriver à ce résultat. Du Cluzel répondait très justement que l'ordonnance de 17G6 était suffisante et il le prouvait par le grand nombre d'arpents défrichés ^

L'un des plus grands bienfaits qu'on put accorder à l'agriculture, c'était la diminution et la réglementation des corvées. Nous avons vu quelles améliorations Du Cluzel apporta à cet impôt si onéreux et parfois si vexatoire, en réduisant les travaux faits par corvées au quart du premier brevet de la taille, en répartissant cette charge entre les corvéables au prorata de leur imposi-

* Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 86.

2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre de Du Cluzel à Terray, 28 octobre 1773. C, 86.

298 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIIl'' SIÈCLE

lion, en prévenant les paroisses, dès le mois de janvier, de la tâche qu'elles auraient à accomplir dans le courant de l'année et en leur permettant, enfin, de faire exécuter leurs travaux à l'entreprise. Les réclamations étaient devenues rares. Du Cluzel constate ' à plusieurs reprises, qu'il ne reçoit plus aucune plainte relativement à la corvée des grands chemins.

Une corvée d'une nature particulière et qui n'avait pas un caractère régulier était imposée aux paysans pour le transport des bois destinés à la marine royale. Dans les marchés signés avec les entrepreneurs, on leur promettait de faciliter le trajisport des bois, en obligeant les taillables à leur fournir chevaux et voitures. C'était une charge ajoutée à tant d'autres.

Du Cluzel refusa toujours d'user de son autorité pour ordonner de fournir des voitures aux entrepreneurs des bois de la marine royale, d'abord parce qu'il ne voulait pas déranger les agriculteurs et aussi parce que les entrepreneurs transportaient souvent des bois pour la marine marchande ou même pour tout autre usage. Aussi les entrepreneurs ne cessent-ils de se plaindre: ils prétendent qu'ils ne peuvent exécuter leurs marchés pour les bois qu'ils ont achetés dans la généralité de Tours, puisqu'on les met dans l'impossibilité de se procurer des voilures degré à gré. En 1770, ils écrivirent au ministre de la Marine, le duc de Praslin, qui engagea Du Cluzel à faciliter les transports. Du Cluzel répondit, le 2 aoijt", que l'excessive cherté des grains qu'on avait essuyée tout l'hiver, et qu'on ressentait encore, avait répandu dans les campagnes une langueur qu'il avait cru devoir adoucir par la suppression presque générale de toute

• Arcti. dép. d'Indre-et-Loire, G., 167. 2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, G., 362.

espèce de corvées, et que ce n'était pas, d'ailleurs, dans une saison où le laboureur employait ses harnais et ses forces soit à donner des façons aux terres, soit à resserrer ses productions, qu'on pouvait le distraire pour l'employer à des travaux étrangers. Les entrepreneurs renouvelèrent leurs réclamations, les intendants des ports les appuyèrent au nom du service, mais Du Cluzel persista dans son refus. Pendant son court passage au ministère de la Marine, Turgot approuva la conduite de Du Cluzel, il lui écrivit le 30 juillet 1774': « Je connais depuis longtemps, ainsi que vous. Monsieur, les abus qui résultent des voitures que l'on ordonne dans les provinces pour le transport des bois de marine. Je les ai toujours refusées dans ma généralité ; vous pouvez bien penser que je n'ai pas changé de principes, et j'approuverai toujours le refus que vous ferez d'ordonner de semblables corvées. »

Le successeur de Turgot, de Sartine, dès le mois d'octobre 1774, prie Du Cluzel d'intervenir auprès des cultivateurs afin de faciliter le transport des bois de marine ; il semble toutefois que la réclamation qu'il lui adresse soit de pure forme, car il ajoute, de sa main, en post-scriptum à la lettre officielle: « Je m'en rapporte absolument à vous et je ne saurais mieux faire -. » Du Cluzel fut donc plus que jamais décidé à laisser les entrepreneurs se procurer, comme ils le pourraient, des moyens de transports. Les réclamations furent sans doute plus vives en 1775 et Sartine crut devoir écrire à Du Cluzel d'autoriser les transports; il était à craindre, en effet, que les cultivateurs, instruits des intentions de Du Cluzel, ne fissent aux entrepreneurs des prix exor-

• Arch. dép. d'Indre-et-Loire, G., 362.

* Arch. dép. d'Indre-et-Loire, G., 362.

bilants, qui rendraient difficiles et plus coûteux les approvisionnements de la marine. Du Cluzel s'obstina à ne pas autoriser les réquisitions. Sartine le prévint qu'il allait en informer le roi*; mais il le pria de venir auparavant le plus tôt possible s'en entretenir avec lui. Du Cluzel ne put se rendre à l'invitation du ministre, mais il le supplia d'exposer au roi les raisons de sa résistance, de faire ressortir les abus commis par les entrepreneurs, et les intérêts de l'agriculture". En même temps, il écrit à Turgot, il lui rappelle sa lettre de juillet 1774, il le supplie de lui servir de guide dans cette question des transports, persuadé qu'il n'en aura pas un meilleur et que c'est un titre suffisant auprès de lui de travailler pour le bien public^.

L'obstination de Du Cluzel fut récompensée, et c'est en grande partie à sa résistance qu'est dû le règlement de 1776 ^. Les transports pour la marine ne furent plus considérés comme des corvées, les prix des voitures furent réglés par les intendants suivant les saisons, les lieux et l'état des chemins qu'elles auraient à parcourir. Les transports ne devaient avoir lieu que lorsque les travaux de la campagne le permettraient; mais on devait prendre toutes les mesures praticables pour qu'ils fussent faits avec célérité et pour que les bois fussent voitures dans l'année de leur exploitation. Enfin, on devait veiller à ce que les entrepreneurs ne fissent transporter que des bois marqués pour la marine royale. Du Cluzel se décida donc à autoriser les trans-

> Arch. dép. d'Iadre-et-Loire. Lettre du 4 décembre 1775. C, 362.

2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre du 11 décembre 1775. C, 36'2.

^ Arcli. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre du Du Cluzel à Turgot, 9 décembre 1775. C, 362.

* Arcli. dép. d'Iudre-ot-Loire. Lettre de Sartine à Du Cluzel, 17 mai 1776. C.,366.

ports, mais il refusa de rendre une ordonnance générale,il se contenta d'adresser à ses subdélégués une circulaire, les laissant libres de fixer eux-mêmes les prix suivant les habitudes locales, mais leur prescrivant de ne jamais autoriser les transports pendant les travaux de la campagne. Il en résulta que ces transports de bois, considérés comme vexatoires par les habitants des campagnes parce qu'on pouvait les y obliger en tout temps, devinrent avantageux dès qu'on les eut réglementés.

L'Etat ne pouvait se borner à accorder des exemptions d'impôts à ceux qui défricheraient des terres incultes; il ne suffisait pas, non plus, d'éclairer les propriétaires pour faire disparaître les inconvénients provenant de l'habitude, des préjugés ou de l'ignorance ; il fallait encore s'occuper de conserver et d'augmenter les animaux qui sont indispensables à la culture et qui sont, à tous les points de vue, l'une des principales richesses de l'agriculture. Or l'art vétérinaire était tout à fait méprisé. Les bestiaux étaient abandonnés à l'impéritie, à la routine, à l'ignorance des maréchaux de campagne qui confondaient souvent les maladies et les remèdes.

Le gouvernement faisait bien imprimer et répandre dans les campagnes, en cas d'épidémie, les recettes qu'il jugeait bonnes, pour la guérison des bestiaux ' ; mais elles restaient le plus souvent ignorées ou inappliquées. Un progrès sérieux ne fut accompli que lorsque les écoles vétérinaires de Lyon et d'Alfort eurent été fondées. La première en date est celle de Lyon. En 1762, le sieur Bourgelat, écuyer du roi, chef de l'Académie de Lyon, correspondant de l'Académie des sciences, fonda dans cette ville une école pour instruire ceux qui se

' Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre de d'Invau à Uu Cluzel, 17 seplerabie 1768. G., 101

destinaient à soigner les animaux *. Celle d'Alfort fut établie en 1765, sur le modèle de celle de Lyon, et Bourgelat, qui avait été encouragé dans son œuvre par le ministre Berfin, fut nommé directeur général des écoles vétérinaires. Les sociétés d'agriculture des diverses généralités du royaume, les villes furent autorisées à désigner des élèves pour ces écoles ; Tintendant devait approuver leur choix. Ils étaient entretenus sur les fonds libres de la capitation. Les trois provinces de la généralité, Touraine, Anjou, Maine, entretinrent chacune deux élèves aux écoles vétérinaires, à partir de 1760, et celle du Maine en entretint quatre à partir de 1769, parce qu'elle avait un plus grand nombre de bestiaux. Chaqueélève coûtait 300 livres par an, 168 pour sa pension, et 132 pour son entretien 2. Les élèves prenaient rengagement de venir s'établirdans la province qui faisait les frais de leurs études. Us suivaientpendant quatre ans des cours d'étude et de pratique à Lyon ou à Alfort. Quelquefois ils restaient plus longtemps dans les écoles, soit parce que les provinces désiraient avoir des vétérinaires plus instruits et mieux formés, soit parce qu'au bout de quatre ans l'élève n'était pas jugé digne d'obtenir son diplôme. L'intendant et les sociétés d'agriculture étaient tenus au courant des progrès de leurs élèves, et des succès qu'ils obtenaient dans les concours et dans les missions qu'on leur confiait.

Du Cluzel eut un moment l'idée de fonder dans sa généralité une école vétérinaire ; il en fut sollicité par la Société d'agriculture du Maine. 11 consulta Turgot •', qui venait d'en établir une à Limoges, en janvier 1766.

' Arch. dép. dIndre-el-Loire, C, 353-358.

2 Arch.ilép. d'Indre-el-Loire, C.,358.

3 Arch. dep. d'Indre-el-Loire. Lettre de Du Cluzel à Turgot, 3 juin 1767. C, 358.

La réponse de Turgot fut loin d'être encourageante '. Le célèbre intendant du Limousin s'était adressé à M. Bourgelat, qui lui avait procuré un sujet fort instruit et capable d'instruire des élèves. Les premières dépenses s'élevèrent à 20,000 livres. Les dépenses annuelles étaient d'environ 3,600 livres, pour traitement des professeurs, pensions des élèves, achats de drogues, de sujets pour disséquer et autres frais indispensables.

Les élèves demeuraient tous chez un entrepreneur chargé de les loger, nourrir et blanchir moyennant 14 livres par mois. Ils devaient avoir une livre de viande par jour et du pain à discrétion. La cherté des denrées faisait craindre à Turgot que l'entrepreneur ne voulût plus s'en charger à ce prix.

On distribuait 200 livres par an en différents prix, donnés à ceux qui « avaient le mieux fait au concours dans les assemblées publiques qui se tenaient deux fois l'année ». Les élèves jouissaient de l'exemption delà milice. Ils n'étaient point à la charge de la province, à l'exception de ceux qui obtenaient cette distinction par la supériorité de leurs progrès ; les autres élèves payaient leur pension à leurs dépens ou aux dépens des villes et communautés de la province. Le nombre des élèves n'était pas considérable, il ne faisait même que diminuer, plusieurs s'étant dégoûtés de ce travail. On avait fait espérer à Turgot des élèves des provinces voisines, mais ils ne vinrent pas, de telle sorte que « son établissement était assez languissant ». Turgot termine son intéressante lettre en disant qu'il craint fort d'avoir fait une faute en formant l'école de Limoges. Il n'espère pas que le nombre des élèves

• Arcli. dép. d'Iadre-et-Loire. Lettre de Turgot à Du Clazel, '23 juillet 1767. C, 358.

304 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIIl' SIÈCLE

puisse jamais être proportionné à la dépense de l'établissement. L'expérience lui a fait voir que ce cours d'études est trop long et trop coûteux pour que des hommes qui se proposent d'exercer la médecine, uniquement pour les animaux, veuillent faire une pareille avance. Ceux qui seraient en état de la faire aimeraient mieux étudier tout simplement la chirurgie qui leur présente un moyen de gagner beaucoup plus sûr. On ne peut donc compter que sur les élèves entretenus aux dépens du public et alors il est inutile de multiplier les écoles. En envoyant les élèves pour lesquels on serait tenté de former des écoles particulières dans une des écoles déjà existantes, la province épargnerait les frais du nouvel établissement. 11 avoue donc que, s'il était à recommencer, il n'hésiterait pas à se borner à envoyer quelques élèves aux écoles d'Alfort et de Lyon, qui étaient d'ailleurs beaucoup mieux montées que celle de Limoges*.

Du Cluzel profita des réflexions et de l'expérience de Turgot. Le ministre Bertin avait d'ailleurs fait une réponse évasive au vœu émis par la Société d'agriculture du Maine, en disant que cette province pouvait faire comme les autres, et qu'il recommanderait particulièrement aux écoles vétérinaires ceux qui viendraient de la province du Maine. L'école ne fut donc pas fondée, et jusqu'en 1777 les provinces de la généralité se contentèrent d'envoyer des élèves à Lyon et à Alfort. En 1777, es bourses furent supprimées parce qu'il y avait douze vétérinaires établis dans les trois provinces et qu'ils suffisaient pour assurer le service ^

A leur sortie de l'école, après l'obtention du brevet, les élèves n'étaient pas abandonnés à eux-mêmes. Ils

' Voir aux pièces jnstiflcalives la lettre de Turgol à Du Cluzel. 2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C. Joy.

auraientpu,eneffet,commecelaétaitarrivépourd'autresS passer à l'Étranger où les services des élèves de Lyon et d'Alfort étaient très appréciés. Du Cluzel demanda donc l'autorisation de leur accorder, sur les fonds libres de la capitation, une gratification et un traitement passager pour leur permettre de subvenir aux frais que nécessitait leur installation. En venant exercer dans la généralité ils reçurent un uniforme, 600 livres, et 900 livres en trois ans, 200 livres la première année, 300 la seconde et 400 la troisième. On leur fournit tous les instruments nécessaires pour l'exercice de leur art ". Ils ne purent

i Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre de D'Ormesson à Du Cluzel, 22 mars 1771. C, 358.

2 LISTE DES INSTRUMENTS FOUaNIS AUX VÉTÉRINAIRES A LEUR ARRIVÉE AU MANS

1* Une garniture d'instruments à ferrer 9 1.

2° Une aiguille pour l'opération de l'artère intercostale 9

3° Une aiguille à séton 3

4° Un cautère 3

5° Quatre cautères cutelaires. 12

6° Un lithotome 4

7° Un Irois-quarts, garni de la canule d'argent pour les différentes ponctions de 10 pouces de longueur 24

8° Deux feuilles de sauge 3

9° Deux bistouris 3

10° Deux lancettes pour saigner les moutons 3

11° Une paire de ciseaux 6

12° Une renette à deux faces 2

13° Une paire de flammes 2 1, 10 s.

14" Une spatule crénelée et un slylet argent 10

15" Une canule d'argent pour l'opération delà bronchotomie. 6 16° Une marmite à long bec et une seringue pour lavements. 9 17° Trois seringues de différentes grandeurs pour injecter

dans les naseaux, dans la bouche et dans les plaies. 6

Total 108', 10 s.

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