ÉTAT DES LIVRES
1° Matière médicale de M. Bour^elat 4', 10 s.
2° Cours de bandages avec figures, par M. Bourgelat 7
3° Physiologie d'Haller 3
4° Éléments de chimie théorique et pratique de Magner 9
5° Éléments de pharmacie de Beaumé , 7
6° Épidémie d'Hippocrate 3
Total.. 34 1.
300 LA GKNÉRALITK DE TOURS AU XVIIl" SIÈCLE
être inquiétés par aucuns particuliers, communautés d'arts et métiers ou autres*. Le ministre Bertin les recommanda à Du Cluzel pour le poste de garde-haras, qu'ils étaient en état de remplir mieux que qui que ce soit \
Les élèves vétérinaires se montrèrent dignes des sacrifices qu'on avait faits pour eux. En 1771, une épidémie se fit sentir dans plusieurs paroisses de l'élection de Baugé, elle fut enrayée par le sieur A.ugis, qui arrivait de l'école d'Alfort. Dans le long rapport qu'il adressa à l'intendant^ il constate que l'épidémie était une fièvre maligne, gangreneuse et contagieuse. Elle s'exerça sur les bœufs ; les vaches ne furent pas atteintes parce que, couchant dans les étables, elles n'étaient pas exposées aux brouillards épais du matin et aux fraîcheurs de la nuit; tandis que les bœufs couchaient dehors et mangeaient de l'herbe couverte d'une infinité d'insectes qui s'y reposaient la nuit. Augis avait recommandé d'aérer les étables, de les tenir très propres, d'en faire dispc'raître les araignées, qu'un préjugé funeste à la santé des animaux y avait trop longtemps conservées. Outre ces précautions hygiéniques qu'on ne peut qu'approuver, Augis faisait prendre aux animaux malades une potion qui produisit d'excellents résultats. La mortalité fut beaucoup moins grande dans les paroisses où il put opérer. L'intendant se montra très satisfait de la conduite du sieur Augis et la Société d'agriculture du Mans se félicita d'avoir des vétérinaires*.
En 1775, une terrible épizootie sévit dans la France
* Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 358-359. « Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C.,358.
3 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 358.
* Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 358- CerliUcats fournis par Augis dans un Mémoire adressé ù Tinlendant, 20 septembre 1771. Lettre du secriitaire de la Société d'agriculture, 28 octobre 1771.
entière et surtout clans les provinces méridionales. En vertu des instructions de Turgot, tous les animaux atteints durent être abattus; une indemnité était accordée aux propriétaires'. Les vétérinaires, qui avaient été impuissants à guérir les animaux atteints, tombèrent dans le discrédit. Bourgelat, consulté par Du Cluzel sur les moyens d'enrayer l'épidémie, prépara un projet dont le but principal était de relever ses élèves aux yeux du public, en faisant d'eux des inspecteurs chargés d'exécuter les ordres du roi. Bien que le projet de Bourgelat n'ait pas eu de suite, il renferme des détails intéressants, non seulement sur les résultats de l'épizootie dans quelques pays de l'Europe, mais encore sur les procédés de désinfection dont il faisait une obligation pour les vétérinaires, et qui étaient tout aussi rigoureux que ceux qu'on pourrait employer de nos jours. Bourgelat déclare que son f)rojet n'a rien de nouveau, qu'il est exécuté dans tous les États de l'impératrice Marie-Thérèse, en Suisse, en Danemark et en Angleterre ^
Bourgelat prescrit le massacre de toutes les bêtes trouvées et signalées dans les étables infectées. Il cite à l'appui de ce système la contagion qui a éclaté en Hollande en 1759, qui s'y exerce encore en 1775, parce qu'on n'a pas voulu prendre de moyens énergiques, et qui a fait périr 284,534 bêtes à cornes. Il interdit d'essayer de les guérir, car le fléau ne ferait que s'étendre et, pour quelques bêtes qu'on guérirait, on en perdrait bien davantage. Ainsi, dans la Hollande méridionale depuis le 1" avril 1763 jusqu'au 31 mars 1770, il est mort 11,565 bêtes et on en a guéri
1 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 358.
» Arch. dép. d'Iadre-et-Loire. Lettre à Du Cluiel, 4 juillet 1775. C, 359.
4,554; dans la Hollande septentrionale, il en est mort dans le même intervalle 43,553 et on en a guéri 21,237. En assommant les premiers animaux attaqués, on eût beaucoup plus gagné, on aurait épargné la dépense des traitements et la contagion étant éteinte dès le principe, n'aurait enlevé aux Provinces Unies qu'un petit nombre de bêtes.
Du Ûluzel approuvait cet article du projet de Bourgelat; c'est d'ailleurs le moyen qu'ordonna Turgot. Du Cluzel fait, en effet, ressortir que, dans sa généralité, on aurait des difficultés inconcevables pour le traitement des animaux : on serait obligé de s'en rapporter à des paysans ineptes, négligents et très souvent de la plus mauvaise volonté. 11 est prouvé dans la généralité qu'un délai de quinze jours augmente du décuple le nombre des malades, et que celui de quatre mois suffit pour l'augmenter du centuple. Il constate que les campagnes ont été parcourues par de prétendus guérisseurs, qui exploitent la crédulité du paysan et qui le poussent à résister aux ordres du ministre qui ordonne d'assommer les bêtes atteintes. Quelques-uns sont allés jusqu'à dire que le bouillon fait avec la viande de bêtes malades guérissait la maladie*.
Pour s'assurer que les ordres du ministre seraient bien exécutés, Bourgelat proposait de faire visiter les étables par les élèves vétérinaires. Avant de s'introduire dans des étables saines, après en avoir visité de contaminées, les élèves vétérinaires devaient exposer leurs habits et s'exposer eux-mêmes à la vapeur du vinaigre devin; ils ne pouvaient porter, en visitant les étables, que des vêtements de toile et non de lin. On devait
• Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 358.
désinfecter l'étable, gratter les murs et les enduire de chaux ; lessiver les râteliers, les portes et les fenêtres. Les prescriptions indiquées par Bourgelat, vraiment surprenantes pour l'époque, étaient suivies dans tous les États de Marie-Thérèse, en Suisse, en Danemark et en Angleterre.
Les vétérinaires ne parvinrent pas à enrayer l'épidémie, mais le discrédit dans lequel ils étaient momentanément tombés ne dura pas; ils furent de nouveau consultés; ils tirent disparaître une foule de préjugés et contribuèrent aux progrès de l'agriculture en enseignant des méthodes nouvelles et beaucoup plus efficaces pour le traitement des animaux.
On a souvent reproché à l'ancien régime d'exercer sur les agriculteurs, comme sur les industriels, une sorte de tutelle, et de leur imposer, à eux aussi, des règlements très étroits. Les reproches paraissent fondés jusqu'au milieu du xvni" siècle. Un arrêt du 16 janvier 1725* interdisait en effet aux habitants des généralités de Tours, Bordeaux, Auvergne, Châlons, Montauban, Alsace, de planter des vignes sans la permission de l'intendant. Les vignes non cultivées depuis deux ans ne pouvaient être rétablies sans permission. L'arrêt fut généralisé en 1731 2. Les motifs invoqués sont la trop grande quantité de vignes, le peu de valeur du vin et, surtout, la nécessité d'augmenter la production en blés et en bois. La liberté du commerce des grains n'existait pas encore de province à province et le gouvernement se préoccupait à juste titre de l'approvisionnement des provinces. Aussi l'arrêt de 1731 fut-il sévèrement
' Arcli. dép. d'Indre-et-Loire, G., 91.
- Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Arrêt du 5 juin 1791, C, 91.
exécuté ' et plusieurs vignes plantées sans permission furent impitoyablement arrachées. Depuis le mois de février 1756 jusqu'au mois d'octobre, trente propriétaires, dans la généralité de Tours, furent condamnés à arracher leurs vignes plantées sans permission 2.
Dans la seconde moitié du xvni' siècle, l'Administration se montra moins sévère. On reconnut « que « l'arrêt de 1731 attaquait le droit de propriété ^ et qu'il « était aussi naturel que juste que les propriétaires « eussent la liberté de disposer de leurs fonds, de la « manière qu'ils croiraient la plus avantageuse pour ( eux, en sorte que l'arrêt de 1731 tomba en désuétude, « surtout quand la liberté du commerce des grains eut « été établie ».
Dès Tannée 1753, Trudaine écrivait à l'intendant de Tours ^ de ne pas insister sur l'exécution de l'arrêt de 1731, qui enlevait aux propriétaires la liberté de cultiver leurs terres à leur gré, mais il avait soin d'ajouter que ce n'était laque son avis personnel. Quand Du Cluzel arriva à l'intendance de Tours, il consulta d'Ormesson sur l'arrêt de 1731; d'Ormesson lui répondit ^ que l'intention du Conseil était u que la liberté soit rendue aux propriétaires de cultiver leurs biens comme ils le jugeraient à propos, mais qu'on ne voulait pas révoquer solennellement l'arrêt de 1731. On se contenta de fermer les yeux, c'est ce qui ressort d'une lettre du Contrôleur général adressée le 30 juillet 1765 au ministre
' Arcli. dép. d'Imire-et-Loire. Letire de Machault à l'ioleDdant de Tours, 5 avril 1652. C, 91.
- Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 91. Lettre de l'intendant de Tours au contrôleur général, 18 mai 1758.
3 Arcli. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre de l'inlendanl de Tours au subdélégué de Chinon, 4 mars 1788. C, 91.
* Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre du 19 avril 1753. C, 91.
6 Arch. dép. d'Indre-et-Loire. Lettre du 20 novembre 1767. C, 93.
Berlin. » Un fait curieux el qui prouve bien que la France n'était pas mûre encore pour toutes les libertés, c'est que l'Administration fut souvent obligée de protéger contre l'opposition de leurs voisins les propriétaires qui transformaient en vignes leurs terres à blé*. L'agriculture subit donc, dans la seconde moitié du xviii^ siècle, une transformation complète. Grâce aux efforts combinés du gouvernement, des intendants, des Sociétés d'agriculture, des méthodes nouvelles furent introduites un peu partout, une liberté plus grande fut laissée aux propriétaires. Mais toutes ces améliorations étaient paralysées par les charges nombreuses et sans cesse croissantes qui pesaient sur les habitants des campagnes. Le seul moyen d'accroître réellement l'agriculture eût été de diminuer les impositions ^, mais ce moyen, l'ancien régime n'aurait pu l'employer qu'en imposant les privilégiés à l'égal des roturiers, il ne voulut pas le faire ; il n'aurait d'ailleurs peut-être pas réussi.
' Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 93.
2 Arch. dtp. d'Indre-et-Loire. Lettre de Du Cluzel à Terray, 26 octobre. C, 86