‹ La généralité de Tours au XVIIIe siècleChapitre 54 sur 69 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'étude que nous venons de faire nous permet de dire que l'administration de Du Ciuzel a été tout aussi bienfaisante que celle de Turgot dans le Limousin. Animé comme lui d'excellentes intentions, imbu des idées nouvelles, n'hésitant pas à parler du respect qui est dû aux droits des citoyens, il n'use de son autorité absolue que pour tempérer autant que possible l'arbitraire de l'ancien régime. Les impôts furent répartis d'une manière plus égale ; la corvée fut si bien réglée qu'elle cessa d'être une charge trop lourde pour les plus pauvres des laillables, elle ne fut même plus personnelle puisque les paroisses restèrent libres de faire exécuter leur tâche à prix d'argent. Si Du Ciuzel ne réussit pas à relever l'industrie des soieries, il fit du moins dans ce but les plus nobles efforts ; il donna des primes aux cultivateurs de mûriers, aux producteurs de soie ; il perfectionna l'outillage en installant des moulins à la piémontaise. Il chercha à développer le commerce par la construction do routes nouvelles, par l'amélioration des voies navigables, par le rétablissement des foires franches de Tours. De grands travaux publics furent exécutés; le pont de Tours fut construit; les vallées de la Loire et du Cher furent protégées contre les inondations par de nou-

velles levées; la ville de Tours reçut des embellissements qu'elle attendrait peut-être encore sans l'habileté dont fit preuve Uu Cluzel et sans l'activité qu'il déploya. De nouvelles méthodes de culture furent introduites dans les campagnes ; des vétérinaires furent établis dans plusieurs villes. Les sages précautions prises en 1770 et dans les années suivantes préservèrent la généralité de la famine, et les ateliers de charité que Du Cluzel fut le premier à ouvrir assurèrent le maintien de l'ordre à peu près partout. Les corps municipaux trouvèrent en Du Cluzel un guide éclairé et un défenseur énergique de leurs intérêts et de leurs prérogatives. Enfin et surtout le bien public fut le mobile de toutes ses actions.

Le gouvernement lui facilita sa tâche en s'en rapportant dans toutes les affaires à ses vues particulières. L'abbé Terray lui-même, dans la question du commerce des grains, laisse Du Cluzel libre d'agir et d'exécuter la loi comme il l'entendra. Turgot, Necker, Joly de Fleury, suivent l'exemple de l'abbé Terray.

Les regrets unanimes que causa la mort prématurée de Du CluzeT sont le plus bel éloge de son administration. Dès que le duc de Choiseul en fut informé, il écrivit au corps de ville la lettre suivante : « Quoiqu'il ne soit pas d'usage ni même de règle que les villes fassent célébrer des services pour messieurs les intendants des provinces, je pense. Messieurs, que M. Du Cluzel doit être une exception à la règle générale. M. Du Cluzel a tant mérité de la province et de la ville de Tours en particulier, qu'il me paraît que nous pouvons sans inconvénient suivre les sentiments d'attachement et de reconnaissance à la mémoire que nous lui devons; en conséquence, je vous

1 Du Cluzel mourut le 9 août 1783, à l'âge de 49 ans. Reg. de l'élat civil de la ville de Tours.

Page 1