‹ La généralité de Tours au XVIIIe siècleChapitre 55 sur 69 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

exhorte, Messieurs, d'ordonner ce que vous croirez le plus propre à marquer tous nos regrets de la perte que nous avons faite, laquelle, cà mon particulier, est très douloureuse à mon cœur * . » Le corps de ville, en reconnaissance des services rendus par Du Cluzel et pour perpétuer son souvenir, fit faire son buste par un artiste de Paris et le plaça dans la salle de ses délibérations, au mois de juin 1787 -. Par une lettre adressée à son successeur, nous apprenons que Du Cluzel a été pleuré comme un père ^

La généralité de Tours fut donc relativement heureuse de 1766 à 1783 et il faudra désormais placer l'administration de Du Cluzel à côté de celle de Turgot ; et ils avaient certainement des émules. Mais le caractère d'un magistrat n'est pas une garantie suffisante. Les intendants ne pouvaient rien d'ailleurs contre les institutions établies qui rendaient possibles tous les abus et qui admettaient de si choquantes inégalités. Il n'était pas en leur pouvoir d'empêcher les roturiers de supporter presque tout le poids des impôts et de protester contre les abus, alors surtout que le gouvernement leur fournissait lui-même des armes. Rien n'était plus imprudent que le langage de Turgot dans le préambule des édits sur la corvée et sur les corporations. C'est la meilleure critique qu'on ait jamais faite de ces deux institutions, qui allaient pourtant reparaître après lui. Les intendants étaient obligés de respecter les privilèges du clergé, des nobles, des provinces, des villes et des particuliers, qui ne comprenaient même pas qu'on pût les

' Arch. mun. de Tours. Reg. des délib., H août 1783.

2 Arch. mun. de Tours. Reg. des délib., juin 1787.

3 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 43. Lettre d'Ouvrard de Marligny seigneur de Nazelles, à M. Courtaloo, directeur des vingtièmes, 20 novembre 1783.

en dépouiller, et qui y tenaient d'autant plus qu'ils étaient plus anciens. Dans la généralité de Tours, il y avait des villes franches de la taille, des villes tarifées, des villes abonnées, de nombreux particuliers exempts pour des raisons diverses. Du Cluzel protestait contre ces différences qui n'étaient justifiées par rien, mais il devait les subir et répartir l'impôt sur les autres contribuables qui trouvaient les privilèges d'autant plus exorbitants que leschargesdevenaientde plus en plus lourdes. Cette étude nous prouve aussi que les intendants à la fin du xvni^ siècle ne sont pas de simples agents de l'autorité royale, ils ont, dans bien des cas, une initiative propre; ils peuvent, suivant les circonstances qu'ils sont libres d'apprécier, modifier ou même négliger les ordonnances et les règlements, mais ils sont tout à fait impuissants contre les privilégiés. L'inégalité des classes subsistait toujours; les privilèges étaient encore nombreux, l'unité n'existait pas dans la nation et tous les efforts tentés par le gouvernement sous le règne de Louis XVf n'avaient abouti qu'à faire mieux comprendre au peuple les abus qu'il supportait, les vexations dont il était l'objet. La Révolution allait bientôt lui donner satisfaction en proclamant l'égalité de tous les citovens.

TESTAMENT DE LEONARD DU CLUZEL DE LA CUABRERIE, PÈRE DP, l'intendant DU CLUZEL

Archives Nationales, Y. 59, pages 181-182

Je donne et lègue à mon frère le Jésuite la somme de 3,000 livres que je veux qui lui soit payée annuellement pendant sa vie dans les lieux où il sera.

Je donne et lègue à Madame Delagrange, ma sœur, la somme de 1,500 livres par an qu'elle vivra.

Je donne et lègue à ma sœur de Saint-Angel pareille somme de 1,500 livres par an sa vie durant.

Je donne et lègue au iils aîné de mon frère, officier aux gardes françaises la somme de 40,000 livres une fois payées en effets de ma succession.

Je donne et lègue aux trois autres fils de mon frère à chacun la somme de 20,000 livres une fois payées avec les effets de ma succession et, si quelqu'un d'eux vient à mourir avant ou après sa majorité sansenfants ou entre enreligion,je veuxque sa part accroisse à l'aîné.

Je veux en outre que ce que je lègue ci-dessus aux enfants

mâles de mon frère leur appartienne personnellement sans que

mon frère envertu du droit de paternité puisse s'approprier ni

le capital ni les fruits, ce qui aura lieu comme une condition

^xpressede la gratification âmes neveux.

.le donne et h'^ue aux dames religieuses capucines de Paris près la Place de Louis-le-Grand la somme de 3,000 livres une fois payées, je me recommande aux prières de ces saintes filles, et je les prie de permettre que je sois inhumé dans leur église.

Je donne et lègue à l'hôpital Sainte-Marthe de Périgueux la somme de 3,000 livres une fois payées pour le soulagement des malades.

Je donne et lègue à M' de Monlauran, mon secrétaire, la somme de 10,000 livres une fois payées ou 1,000 livresde rente viagère au choix de mon (ils.

Je donne à chacun de mes domestiques de Paris seulement deux années de leurs gages.

Je donne en outre à Droguet, mon valet dechambre, 300 livres de rente viagère, ma garde-robe et le linge servant à l'usage de ma personne.

Je donne et lègue à chacune de mes filles et à ma petite-fille de Mortefontaine, représentant sa mère, 350,000 livres outre et par-dessus celle de 200,000 livres que je leur ai donnée par leur contrat de mariage, lesquelles sommes leur seront payées des eflfets de ma succession.

Quant au surplus de mes biens, je les donne et lègue à François-Pierre Du Cluzel,mon fils, que j'institue mon légataire universel, par-dessus lequel legs il prendra, suivant la disposition des coutumes, son préciput et portions avantageuses qui lui appartiennent dans les terres que j'ai et celles que je pourrai acquérir avant mon décès.

Au moyen de ce legs universel, mon fils sera chargé non seulement des renies viagères contenues dans mon testament, mais encore de celles de 3,000 livres que je dois à mon neveu Du Cluzel, celle de pareille somme au sieur Desaules, celle de 500 livres à M' Parisy, celle de tiOO livres à Germain et celle de 500 livres pour la pension du sieur Paret s'il convient au repos de ma famille de le laisser renfermé.

Je déclare que, depuis le décès de mon épouse, jai reçu la somme de 716,184 livres appartenant à la communauté, dont la moitié appartient à mes enfants par égales portions.

Je prie M' Delambon, avocat au Parlement, de vouloir bien se charger de l'exécution de mon testament et d'accepter un dia-

mant de (i.OOO livres, comme une faible marque de ma reconnaissance.

Je recommande à mes enfants de craindre Dieu, de le prier pour moi et d'être toujours unis, c'est le moyen de mériter les bénédictions du Giel,que je leur souhaite avec toute la tendresse dont un bon père peut être capable.

Fait à Paris, le 18 mars 176-i.

Signé : Du Cluzel de la Chabrerie.

Ce testament est intéressant parce qu'il nous fait connaître la fortune acquise par un fermier général qui resta en fonction de 17^2t) kMd^.

LETTRE DU CONTROLEUR GÉNÉRAL l'aVERDY A DU CLUZEL Archives départementales d'Indre-et-Loire, C, 94

Versailles, 18 octobre 1766.

Ayant désiré de prendre une connaissance particulière delà situation où se trouve la généralité de Tours, tant par rapport aux recouvrements des impositions qu'à l'égard des différents objets de revenus et d'industrie qui servent à les acquitter ou qui en rendent la perception plus ou moins difficile, je me suis fait remettre dans le courant de c^tte année plusieurs mémoires sur ce qui concerne cette province, et je crois devoir vous faire part des observations les plus intéressantes el qui m'ont paru mériter le plus d'attention, et, comme je suis persuadé que vous êtes disposé à vous occuper avec zèle de tout ce qui peut contribuer au bien et à l'avantage d'une province considérable dont le roi vous a confié l'administration, il me semble que c'est prévenir et seconder vos vues que de vous remettre sous les yeux quelques-uns des objets auxquels il sera convenable que vous donniez plus particulièrement vos soins.

La diminution considérable que le roi a accordée depuis plu-

sieurs années sur la taille de cette province et que Sa Majesté a bien voulu continuer sur le même pied de -iOO,000 pour l'année prochaine 1767, aura rais sans doute votre prédécesseur en état de procurer les soulagements nécessaires aux paroisses les plus chargées d'impositions, à celles dont les récoltes ont été les moins favorables ou qui ont éprouvé quelques accidents particuliers. L'on ne peut jamais être assuré que ces secours soient distribués aux différents particuliers dans une proportion juste et exacte que par la nomination de commissaires d'office chargés de la confection des rôles, soit dans les paroisses les plus considérables, soit dans celles où l'on peut craindre qu'il ne règne un esprit de division ou de cabale toujours très contraire à la justice et à l'égalité des répartitions, vous ne pouvez donc mieux faire que de vous instruii-e et vous précaulionner à l'avance sur le choix de ces commissaires. Us semblent être fort nécessaires surtout dans les élections de Tours, Angers, la Flèche, Mayenne et Laval, ainsi que dans celles de Bauge, ('.hateau-Gonlier, Chinon et Loudun parce que l'on s'y plaint encore plus qu'ailleurs des abus qui subsistent dans la confection des rôles et de l'injustice des répartitions. La taille tarifée qui a eu lieu pendant longtemps dans une partie de cette province et qui a été depuis abandonnée a fait place à tous les inconvénients qu'entraînent les répartitions arbitraires et l'on croit remarquer qu'ils sont encore plus considérables qu'auparavant, au moyen de quoi c'est un des principaux objets que je dois recommander à votre attention et à votre zèle; il y a plusieurs bureaux d'élection dans votre département dont les officiers sont très bien intentionnés et fort en état de servir utilement en qualité de commissaires pour la confection des rôles ; en y joignant dautres sujets également propres à ce travail, vous parviendrez successivement à empêcher beaucoup de désordres, mais il faudrait exiger en même temps de ces commissaires de vous envoyer un tableau ou extrait de la consistance et des différentes natures de revenus de chaque paroisse, des biens affermés et de ceux que les propriétaires font valoir; de la proportion de la taille établie sur ces fonds, avec la valeur et le produit de ces mêmes fonds, ces états, dont vous leur fourniriez les modèles après les avoir bien réfléchis, seraient extraits chaque année

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et portés sur des registres qui pourraient être tenus dans vos bureaux ou par vos subdélégués, de manière qu'il en résulterait une espèce de dépôt public qui tiendrait en quelque façon lieu de cadastre, jusqu'à ce qu'il puisse être fait un travail plus étendu et plus précis. Ce moyen est le seul par lequel il soit possible de tirer quelques fruits des opérations qui ont été et seront faites à l'avenir en ce genre, et qui ont été jusqu'à présent en pure perte dans tout le royaume ; par ce moyen on pourra se tlatter de conserver quelques-unes des lumières et des instructions qui doivent en résulter chaque année, d'augmenter et de perfectionner successivement ce fonds de connaissances, et de faciliter de plus en plus le travail de répartition. Je vous prie de rélléchir encore sur cette proposition, de ne la point perdre de vue et de me proposer dans le courant de l'année prochaine les moyens que vous croirez les plus propres à en assurer l'exécution que je crois devoir être d'une très grande utilité.

On observe depuis longtemps que dans l'élection de Châteaudu-Loir les fermiers et petits bordagers sont beaucoup plus chargés d'impositions que les propriâaires de fonds et gros métayers, et que la proportion qu'il conviendrait d'observer entre eux n'est pas à beaucoup près suivie, vous voudrez bieh examiner particulièrement cet abus très préjudiciable à l'agriculture et, si vous pouvez en découvrir les causes, vous verrez en même temps quels moyens on peut employer pour y remédier. On se plaint dans celle de Château-Gontier de la difterence beaucoup trop sensible qui se trouve entre les dilTérentes paroisses qui la composent par rapport au marc la livre de la taille qui est à raison de 5 sols pour livre du prix des baux dans quelques-unes, tandis qu'il ne monte qu'à2 solsetderai et3 sols pour livre dans d'autres, il faudra savoir les raisons qui ont déterminé ces différences, supposé qu'il y en ait, ou bien les rectifier, si elles ne sont pas fondées. Ce ne peut être encore que l'ouvrage des Commissaires d'office, et, avant que d'entreprendre une refonte générale à ce sujet, vous pouvez juger par l'examen de quelques paroisses en particulier de ce qu'il peut y avoir à faire à cet égard et du succès qu'on en peut espérer. Quoiqu'on ait trouvé quelques difficultés" à porter dans les rôles un détail exact et précis de toutes les possessions, exploi-

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talions et facultés des taillables, on ne peut cependant disconvenir que cet usage ne soil très désirable pour établir avec plus de sûreté les cotes que chacun d'eux doit supporter, vousdevez donc recommander en toute occasion l'exécution de ce que prescrit à cet égard la déclaration du mois d'avril 1761.

La confection et le bon ordre des tableaux servant à la nomination des collecteurs est encore un objet digne de tous vos soins ; il n'est pas en règle dans un grand nombre des élections de votre département. C'est au procureur du roi des Élections que vous devez vous adresser pour savoir ce qui en est et pour y rétablir l'ordre nécessaire.

La plupart des terres et des principaux domaines situés dans l'Éleclion de Mayenne étant affermés à des fermiers généraux, ceux-ci prennent pour sous-fermiers de petits métayers ou closiers pauvres et misérables qui n'ont rien à eux et à qui ils fournissent des bestiaux, des voilures et jusqu'à leurs meubles et ustensiles les plus nécessaires, en sorte que les collecteurs ne savent sur quoi asseoir l'imposition ni comment la faire payer, ce qui fait tomber quantité de taux à leur charge; la dépendance dans laquelle sont à leur égard tous ces petits métayers et fermiers particuliers et rintluence qu'ils ont nécessairement dans la confection des rôles sont encore des abus qu'il sera bon que vous examiniez particulièrement.

Il est fort recommandé aux receveurs des tailles d'user des plus grands ménagements dans les poursuites qui se font pour" les recouvrements. Je sais que plusieurs d'entre eux se conduisent à cet égard avec beaucoup de discrétion et de prudence et qu'en général l'objet de ces frais est médiocre dans lagénéralitéde Tours, je vous prie d'y veiller encore autant qu'il vous sera possible, de recommander surtout aux receveurs l'usage des abonnements avec les collecteurs, pour payer les impositionsdanscertains termes et dans des délais proportionnés à ceux qu'ils ont eux-mêmes pour porter leurs fonds à la recette générale, de manière que les collecteurs et préposés soient exempts et h l'abri de toute poursuite; ce moyen est le plus sûr et le plus avantageux qu'on ait trouvé jusiju'à présent pour l'accélération, l'ordre des recouvrements et la diminution des frais, ce n'est pas sans peine et sans soins que l'on peut amener les collecteurs à se soumettre à ces engagements et à les

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exécuter avec une sorte de régularité; mais les receveurs qui se donnent la peine de leur en parler souvent, de les exciter par des promesses et par tout ce qui peut servir à les persuader y réussissent cependant et s'en trouvent très bien pour leurs recouvrements. Je désire fort que vous puissiez les engager à étendre, autant qu'il sera possible, un usage aussi salutaire et à l'établir dans les élections où il n'a pas encore eu lieu. Il ne serait peut-être pas impossible d'y joindre quelques encouragements en faveur de ceux qui paieraient avec régulai'ité et c'est un article que je traiterai peut-être encore dans un autre temps avec vous.

Il a été déjà proposé plusieurs fois comme une cbose très avantageuse aux habitants des campagnes de réduire le nombre des collecteurs que la plupart des paroisses sont en usage de nommer pour les recouvrements des impositions. On ne peut disconvenir que leur trop grand nombre ne soit un abus très préjudiciable et très contraire aux véritables intérêts de l'État. Vous voudrez bien examiner soigneusement ce qu'il y a lieu de faire à ce sujet; il est constant que deux collecteurs suffisent dans la plupart des paroisses et que les plus considérables n'en devraient pas nommer plus de trois. 11 suffira que vous rendiez, une ordonnance pour prescrire ce que vous jugerez de plus convenable à ce sujet, après que vous aurez suffisamment discuté et approfondi cette matière, je compte que vous m'en adresserez un projet auparavant.

On m'a représenté que le canton des Mauges, faisant partie de l'Élection d'Angers, est un pays extrêmement chargé d'impositions puisque l'allivrement de la taille y est à 7 et 8 sols par livre du prix des baux en argent ou de leur évaluation lorsqu'ils sont à moitié ou en nature, et que le propriétaire non exploitant paye cette imposition sur le prix de 3 et 4 sols par livre, que les habitants de ce pays sont extrêmement laborieux et bons cultivateurs, mais que les impositions qu'ils supportent leur ôtent toute l'aisance dont ils devraient jouir et qui serait le prix juste et mérité de leur travail. Je crois qu'il est à propos que vous preniez une connaissance particulière de ce qui a rapport à ce pays pour y avoir égard au prochain département et pour procurer quelques encouragements par des diminutions d'impositions à des gens qui ont autant de droits à la protection et à la justice du roi.

La nourriture et l'engrais des bestiaux est une des principales ressources de ce pays ainsi que de la plus grande partie de l'Anjou et de l'Élection de Montreuil-Bellay et d'une partie du Maine. C'est un des produits de la campagne le plus utile à l'agriculture el le plus digne de protection et d'encouragement ; je ne doute pas (|ue vous lui donniez toute l'attention qu'il mérite et, bien loin que ce soit un prétexte pour augmenter les impositions des propriétaires, il serait à désirer qu'ils pussent jouir de quelques soulagements, modération ou distinction de quelque nature que ce soit, à proportion des possessions qu'ils auraient en ce genre ; mais, comme il est impossible de rendre ce principe trop général ni d'entrer à ce sujet dans des détails trop considérables, vous vous bornerez peut-être à distribuer avec discernement et sobriété quelques récompenses aux particuliers les plus zélés pour ce genre de production, les plus propres à l'accréditer par leur intelligence, leurs conseils etleur exemple. Quelques prix donnés à propos à ceux qui feraient venir dans le pays et entretiendraient les plus belles espèces produiraient encore le meilleur effet; enfin tout ce que vous ferez dans ce genre ne peut être que très louable, très approuvé et entièrement conforme aux intentions du roi.

Je vois parle compte que je me suis fait rendre de la situation des recouvrements que la partie des impositions la plus arriérée et dont la perception est toujours la plus difficile consiste dans ce qui estdù par les officiers nobles et privilégiés, par les ménagements que les receveurs des tailles se croient obligés d'observer à leur égard, au moyen de quoi il subsiste sur leur capitation et leurs vingtièmes des restes très anciens et beaucoup trop considérables. L'intention du roi est de forcer les receveurs k user des poursuites nécessaires pour faire apurer toutes ces parties et à leur accorder à cet effet toute la proctection qui leur est due. Je vous prie de vous en expliquer de même dans toutes les occasions qui pourront se présenter et de faire entendre aux uns et aux autres qu'il est indispensable de concilier avec les égards et les ménagements que ces redevables peuvent attendre ce qui est dû aux intérêts du roi et à l'ordre des recouvrements- Quoique les grandes routes qui partagent votre département soient actuellement fort avancées, il subsiste cependant encore des travaux assez considérables soit dans ce qui reste à finir,

soit pour l'entretien de ce qui a été fait, pour donner lieu à un giand nombre de corvées ; les communications particulières des villes de second ordre et des gros bourgs ou principaux marchés avec les grandes routes exigeront aussi toute votre attention. Je sais que cette partie a été très bien administrée sous votre prédécesseur et par les soins du sieur de Voglie, ingénieur en chef, et je ne puis douter que vous ne suiviez lesmèmes principes et que vous ne cherchiez encore à perfectionner cette administration s'il est possible, en faisant observer les plus grands ménagements et le plus grand ordre vis-à-vis de ceux qui se trouvent assujettis à ces travaux. Je vous recommanderai seulementde donner toujours la préférence', dans le choix des ouvrages que vous aurez à ordonner, à ceux dont l'utilité sera la plus pressante et la plus reconnue, tels que le rétablissement de l'ancien chemin d'Angers au bourg appelé le Lyon d'Angers, la route de la même ville d'Angers aux Ponts-de-Cé; la navigation de la rivière de l'Aulhion ; l'ouverture de quelques routes dans l'Élection de Baugé qui a tant contribué aux travaux par corvées sur les grandes routes d' Angers à Paris et de Tours au Mans; la construction de quelques arches sur la chaussée de communication de la ville Chinon avec le Poitou; une route de la Flèche h Tours par Château-du-Loir et une communication directe de la Flèche à Saumur.

La navigation de la rivière de Sarthe depuis Malicorne jusqu'au Mans serait tellement utile à cette province qu'il ne faut rien épargner pour accélérer l'exécution de ce projet soit par une compagnie qui ferait l'avance des fonds nécessaires ou encore mieux par une imposition sur la province pendant plusieurs années.

Un objet plus pressant encore est le curement du lit de la rivière du Loir et le règlement à faire entre les moulins qui se trouvent sur son cours: cette opération dont la nécessité est instante et suftisamment démontrée, fut entamée ilya quelques années et l'on m'assure que les plans et nivellements en ont été faits, vous voudrez bien me proposer les expédients et les moyens que vous croirez les plus propres à en procurer l'exécution.

Les abords de la ville de Laval, presque impraticables pendant neuf mois de l'année, exigent absolument que vous y fassiez faire les réparations nécessaires. Cette ville ne peut ignorer qu'elle en est tenue dans toute l'étendue de sa banlieue, elle doit avoir

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quelques revenants-bon sur son tarif qu'il faut employer par préférence à cette destination en y joi^mant quelques secours sur les fonds de la capitation dont vous pouvez disposer et à proportion des etïorls qu'elle fera elle-mrme.

La plupart des chemins de l'élection de Loudun sont impraticables et il paraît indispensable de réparer au moins ceux qui conduisent à Saumur et à Chinon.

L'élection de Mayenne, chargée de l'entretien d'une partie de la grande route de Paris à Rennes dont le travail est presque continuel et fort considérable, désirerait aussi de voir faire à prix d'argent quelques communications particulières pour le passage des troupes et du commerce de Normandie en Bretagne. Une route de Mayenne au Mans semblerait aussi très avantageuse à cette province.

Il paraît instant de terminer le chemin de Saumur à Doué et à Montreuil-Bellay passant par Cholet. Il a été commencé et exécuté en partie par corvées depuis deux ou trois ans et c'est le seul moyen de ne pas perdre le fruit des travaux qui y ont été faits, la partie appelée les Fontaines qui fait le principal abord de la ville pour presque toute l'élection me paraît surtout mériter la plus grande attention par l'état dans lequel il est, par les risques que courent les voyageurs et les divers accidents qui y sont déjà arrivés.

Enfin vous sentirez aisément combien il serait intéressant d'ordonner la reconstruction du Pont de l'Isle-Bouchard dans l'élection de Richelieu par les ditférentes communications qu'il établirait entre le Poitou et la Saintonge, d'une part, l'Orléanais et la grande route de Paris, dans un pays d'ailleurs où l'on ne saurait trop favoriser la circulation des grains.

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