I. VÉSICUEE» DE DE GRAAE.— Si l’on
ORGANES GÉNITAÜX DE LA FEMME
coupe un ovaire en deux (fig. 100), on trouve une partie centrale rougeâtre et une partie périphérique blanchâtre : celle-ci est la portion glandulaire et l’autre la. portion vasculaire. Cette dernière est parfois le siège d’une congestion plus ou moins active, qui peut aller jusqu’à l’inflammation ou ovarite et provoque des élancements dans l’un ou l’autre flanc. C’est sans doute aussi la fluxion de cette partie de l’ovaire qui est le point de départ, Yaura de certaines attaques d’hystérie.
La portion glandulaire est encore appelée portion ovigène parce qu’elle contient de nombreuses vésicules auxquelles de Graaf, qui les a le premier décrites, a laissé son nom. Ce physiologiste mourut à l’âge de trente-deux ans du chagrin qu’il éprouva de se voir contester sa découverte.
Indépendamment des vésicules de de Graaf, qui sont visibles à l’œil nu, le tissu de l’ovaire en renferme une quantité prodigieuse, que l’on découvre à l’aide du microscope. Sappey estime leur nombre à 700,000 par ovaire. Chacune d’elles sert d’enveloppe à l’élément générateur femelle, Vovule ; de là vient la dénomination d’ovisacs qu’on leur donne encore.
Fig. toi. DéTeloppemeat da l'abdomen par un kyste de l'oTaire. (Couriy.)
K.'vsxEs DE E’ovAiRE. — Sous l’influence d’un état morbide particulier, une vésicule de de Graaf peut s’hypertrophier et acquiert alors un développement considérable ; dans ce cas, elle donne lieu à une tumeur volumineuse, dite kyste de l’ovaire (flg. 101) qui envahit progressivement toute la cavité de l’abdomen. Cette poche est remplie de sérosité ; elle présente souvent des cloisons qui la divisent en plusieurs loges indépendantes, comme on le voit sur la figure 102. Pour obtenir la guérison de cette affection, il faut recourir à Yovariotomie,
c’est-à-dire à l’extraction du kyste par une ouverture pratiquée à la paroi abdominale. Getle opération compte aujourd’hui de nombreux succès. Il n’en était pas ainsi il y a quelques années, alors que Velpeau rangeait l’ovariotomie « dans les attributions des exécuteurs des hautes œuvres ».
Fig. 102. — Kysle multiloculaire Je l’ovaire gauche.
1. Dténis. — 2. Pédicule du kyste. — 3. Loge pleine de liquide transparent. — i. Loge pleine
d’nn liquide brunâtre. (Figure tirée do la Pathologie externe de M. Fort.)
DE EA.' CASTRATIOM CHEZ EA FEHIKE. — LcS OVairCS SOnt aUX
organes génitaux de la femme ce que les testicules sont à ceux de l’homme ; les uns sécrètent l’élément générateur femelle, Vovule, les autres l’élément générateur mâle, le spermatozoUe. Cette analogie de fonctions avait été entrevue par Galien qui appelait les ovaires lestes miiUebres (les testicules femelles).
L’ablation des ovaires chez la femme aura donc le même effet que celle des glandes séminales chez l’homme : elle la privera de toute faculté procréatrice. Celte espèce de castration prend dans le sexe féminin une gravité exceptionnelle, car on ne peut procéder à l’extraction des ovaires sans ouvrir préalablement 1 abdomen, comme nous venons île l’expliquer pour 1 ovcii ioloiiiie.
On croit, cependant, qu’il est facile de rendre les femmes infécondes en leur enlevant « la grappe » ü), et ce qui tend à propager cette erreur c’est que la castration se fait journellement chez les femelles domestiques, comme les volailles, la truie et la vache, pour les engraisser.
dillereuls degrés de déveloiipemeat.
ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME
On châtre aussi la jument afin de calmer son ardeur génésiaque. De même, Wier et de Graaf ont rapporté l’histoire d’un chàtreur de porcs qui, irrité du libertinage de sa fille, lui extirpa les ovaires. Il paraît qu’il était aussi d’usage, en Arabie, de castrer les femmes employées dans les sérails en qualité d’eunuques. Diaprés Maur, la première ablation d’ovaires a été faite, par ordre du roi de Lydie, sur une de ses femmes qui était trop féconde.
Bien que l’ovaire exerce une inflnence réelle sur l’appétit vénérien, cet organe ne doit pas être considéré comme la source unique des incitations génésiaques. Ainsi le Df Roubaud a fait 1 autopsie d’une jeune femme présentant une atrophie des deux ovaires et qui, de son vivant, poussée par le besoin irrésistible des rapprochements sexuels, (|uitta un jour la maison paternelle et vint dans la ville voisine où elle ne tarda pas à se livrer à la prostitution. Cinq années passées dans celte condition misérable ne purent contenter sa lubricité, à laquelle la mort mit enfin un terme.
UE L’CMEUF bum;%ik. — Daus l’intérieur de chacune des vésicules de de Graaf (fig. 103) que renferme la portion ovigène de l’ovaire, on trouve un liquide albumineux et un œuf ou ovule. Celui-ci est entouré d’une masse granuleuse, ou disque proligère, qui sert à sa nutrition.
Fif. 103. — Œnf dans la vésicnie rte de Graaf. Fig. 104. — OEuf humain.
A. OEnf. — B. Cumulus proligère. — C. Membrane A. Membrane vitelline on zone transgraniileuse. — D. Cavité de la vésicule. — E. parente. — B.Vilellu.s. — C. Vé.sicule
Membrane propre à la vésicale. — F. Stroma de germinative. — D. Tache germina-
l’ovaire. live.
Les plus gros ovules sont à peine perceptibles à la vue. Ils se composent d’une enveloppe transparente, la membrane vitelline, contenant une masse jaune centrale, le vitellus (en latin jaune d’œuf) et une vésicule maculée d’une tache, la vésicule et la tache
LA GIÎNÉRATION HUMAINE.
germinatives (fig. 104). Telle est la constitution de l’œuf humain
avant ciu il soit fécondé. j a n r
Le nombre des ovules est supérieur à celui des vésicules de de Graat,
car quelques-unes de ces dernières peuvent abriter deux et même trois ovules. En se tenant à l’estimation que nous avons donnée de 700 000 vésicules par ovaire, on voit que, si tous les œufs d une femine étaient fécondés, elle pourrait fournir à elle seule une population de 1 400 000 habitants. Mais pendant toute la période d’activité génitale de la femme, c’est-à-dire de quatorze à quarante-cinq ans, il n y a tout au plus que 400 ovules qui arrivent à maturité et une douzaine environ
qui sont fécondés. i. i
C’esl ainsi que la nature a répandu à profusion les germes chez tous
les êtres organisés, afin d’assurer la propagation des espèces ; mais c’est aussi contraire au mot de Bichat ; « La nature est avare de moyens et prodigue d’effets. »
DE e’oveeaxioiv.-Tous
les mois, à partir de la puberté, une vésicule de de Graaf augmente progressive-
xrnlnmp iusqu’à ce Fi?. 103. — Ovaire présenlaat une vésicule de de Graaf
ment ÛG \0iume, J 4 ^ grand développement et peu de tempsavaul
qu’elle ait atteint celui d une sa rupture.
cerise : arrivée à cette pé- , 1 x • i ? -n-r,
vindP de son évolution, c’est-à-dire a sa maturité, la vésicule fait saillie
à la surface de l’ovaire (lig. 105) et se rompt (fig. 106). L’ovule est
alors projeté dans le pavillon de la trompe qui applique exactement ses franges autour du point où s’opère la déhiscence de la vésicule de de Graaf ; puis il parcourt le canal de l’oviducte et pénètre dans la cavité r f M Ksnn dp utérine, où il se greffe
Fig. 106. — Rupture de la vesicnle de de G f et i sue de b
* ‘ rœuf. S il a rencontré des sper-
A. Vésicule de de Graaf. — B.C.F. Granulations de la jnatozoïdes,. et d’oÙ, GH membrane gr.anuleuse et du disque proligere. L. Uiuie. . • „ ii
— D. Vésicale germinative. OaS contraire, il S é—
chappe au dehors. Tel est le phénomène de Vovulation ou ponte de l’œuf.
ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME
<70RîiiATToiw DES CORDS jTAuiwES. — AussItôt Rprès la Tupture de la vésicule de de Graaf, son enveloppe élastique revient sur elle-même, se plisse et forme une cicatrice particulière qui, en raison de sa couleur, a reçu le nom de corps jaune (üg. 107). Ce sont ces cicatrices ou rides que nous avons signalées à la surface des ovaires. Quand un ovule a été fécondé,le corps jaune qui en résulte acquiert un volume considérable, par suite de l’hypertrophie que présente l’ovaire sous l’influence de la grossesse.
Dans ce cas, il laisse une
trace plus étendue que celle des corps jaunes de l’ovu- ^ig. lor. - Corps jauae ao la menslraation.
lation ordinaire, qui, nous le verrons bientôt, a pour fonction complémentaire la menstruation.
Les cicatrices indélébiles des corps jaunes permettent donc, jusqu’à un certain point, de dire, au seul examen des ovaires d’une femme, le
nombre de ses grossesses et de ses menstruations. On conçoit tout le parti que le médecin légiste peut tirer de ces indications.
DE EA MEXSXREAriOlV. DÉRIODI-
cixÉ- — La rupture de chaque vésicule ovarienne arrivée à maturité détermine un état congestif de tous les ordo grossesse. ganes génitaux internes
et en particulier de la muqueuse utérine qui se gonfle (flg. lOfl), se fendille et donne lieu à une perspiration sanguine, plus ou moins abondante, désignée sous les noms de flux menstruel (de menses, mois), de menstrues, de mois, de lunes, de règles, à’ époques, d’ordinaires, de période catanuniale (de xara, par et gr.v, mois), de menstruation. Ces ditîérentes dénominations viennent de la périodicité du flux menstruel et de l’ovulation dont il est la conséquence, ce qui justifie l’idée de Bau-
Fig. 108. — Corps jaune recueilli chez une lemme à six mois
jQij la génération humaine.
delocque qui ne voyait dans la menstruation « qu’un avortement périodique ». Les règles se manifestent à peu près tous les vingt-huit jours , aussi une femme bien portante dit-elle ([u’elles « avancent » chaque mois. La régularité des menstrues n’est troublée que par la maladie, et Mauriceau a regardé, avec raison, la menstruation comme « horloge de la santé » .
Pi, 109 -utérus ouvert pour montrer l’hyperlvophie de la muqueuse à répoque des règles,
^ Muqueuse du corps très-boursouflée. — C. Epaisseur de la coupe
A. Muqueuse dn col. ^more — E E. Muqueuse diminuant d’epaisseur au niveau du
de la muqueuse. — U. ussu piupic.
col et de l’orifice des trompes.
De tout temps, le retour périodique des règles a été attribué à l’influence lunairm Le vers suivant prouve que les anciens voyaient déjà le certaine corrélation entre l’àge des femmes et ceint de la lune :
Luna vêtus vetulas, juvenes nova luna repurgat (1).
PP cnfellite «t avant une grande domination Manricean bercer unelur le corps de la
femme, que 1 on dit, ™ X’ « Le flua mens-
physiologistes modernes ont lait ju
. ... , ip„rq rèries à la vieille lune, les jeunes à la nou-
(1) Les vieilles femmes ont leurs régies u
velle.
OnCANES GÉNITAUX DE LA FEMME.
iruel, en effet, ne dépend nullement des phases lunaires, puisqu il s’observe indistinctement tous les jours de chaque mois.
RAPPORT DE EA MEA'SXRtJAXIOIV EX DE E’OVUEAXIOIV.
— Plusieurs faits démontren t la corrélation qui existe entre l’écoulement menstruel et la ponte de l’œuf. On sait, par exemple, que l’aptitude à la fécondation commence avec l’apparition des règles et finit avec leur suppression. De plus, le flux menstruel fait défaut dans le cas d absence congénitale ou accidentelle des ovaires, pendant la grossesse et 1 allaitement. De même, la période de rut ou de chaleur , qui est la menstruation des animaux, disparaît quand on châtre les femelles.
Cependant, quelques faits exceptionnels comme la persistance du flux menstruel après l’ablation des deux ovaires, la possibilité de la fécondation chez des femmes qui n’étaient pas réglées et les cas rares, il est vrai, de. la continuation des règles dans le cours de la grossesse, ont porté plusieurs physiologistes à nier la subordination des règles à l’ovulation.
Pour ceux qui admettent une certaine liaison entre ces deux fonctions, la rupture de la vésicule de de Graaf, c’est-à-dire la ponte de l’œuf, s’effectuerait dans les derniers jours des règles. Aussi regardentils la huitaine qui suit l’écoulement cataménial comme la période la plus propice à la fécondation.
ADDARIXIOI^i EX DURÉE DE UA 1UE1V8XRUAXIOA’. — L’épOqUe
du début et de la cessation des règles varie avec les climats, les mœurs et la constitution. L’apparition des règles est surtout précoce dans les grandes villes et dans les climats chauds, chez les jeunes filles qui ont le sens génital très-dé veloppé, chez les brunes, et chez les riches.
D’après Tarnier et Ghantreuil, les périodes menstruelles s’établiraient entre onze et quinze ans pour les climats chauds, entre douze et dixhuit pour les climats tempérés, et entre treize et vingt et un pour les climats froids. A Paris, la femme est ordinairement réglée depuis l’âge de quatorze ans jusqu’à l’âge de quarante-cinq.
Les femmes qui sont réglées de bonne heure sont aussi celles qui cessent le plus tôt de l’être. On donne le nom de ménopause (de piiv, mois, et -aûitç, fin) à l’époque de la cessation des règles.
DE EA DUDERxÉ. — Lors du premier écoulement menstruel, on a coutume de dire que la jeune fille « se forme », parce que celte époque coïncide avec l’âge de la puberté (de pubis, poil follet), qui fait subir au physique et au caractère des modifications importantes ; les seins se développent, les formes s’accentuent, les hanches se dessinent, et le pubis se couvre de poils.
Nous avons dit que, chez le jeune homme, la puberté ne se manifeste qu’à l’àgede dix-huit ans et qu’elle correspond à l’apparition des spermatozoïdes dans la liqueur séminale. La puberté est donc plus précoce dans le sexe féminin que dans le sexe masculin ; aussi l’article 144 du Code civil permet-il à la femme de contracter mariage à quinze ans, tandis que l’homme ne peut le faire qu’à dix-huit ans révolus. Toutefois l’àge fixé pour la femme est trop prématuré, car le développement de son bassin, que Burdach appelait le laboratoire de la génération, n’est achevé que vers la vingtième année. C’est donc à cet âge seulement qu'il faudrait rapporter la nubilité (de niibere, se marier) de la femme, c’est-à-dire la période où elle peut s’exposer à une grossesse, sans danger pour elle et pour son enfant. Les éleveurs connaissent bien les mauvais effets des reproductions précoces et n’emploient jamais de sujets trop jeunes.
anomalies »AX8 t,»AI»I*ARIXIOA EX EA DURÉE DE»
règle». — L’époque de l’apparition des règles et celle de leur cessation sont sujettes à de nombreuses anomalies.
Les règles peuvent être tardives et n’apparaître qu’à vingt ans et même plus tard : Brière de Boismont cite une femme qui n’a été réglée qu’à quarante-deux ans. Dans d’autres cas, elles font complètement défaut : Jeanne d’Arc, si l’on en croit Villaret, « par un phénomène particulier qui semblait se lier à sa haute destinée, n’était point sujette à ce tribut périodique que les dames paient à l’astre des nuits». Il est vrai que l’héroïne de Vaucouleurs n’avait que vingt ans quand elle mourut.
Par contre, les règles peuvent se montrer dans les premiers temps de la vie: "Velpeau a rapporté l’observation d’une petite fille qui fut réglée à un an et demi. M. Comarmond, de Lyon, a vu une autre enfant réglée dès le troisième mois de sa naissance. Carus parle, dans ses écrits, d’une jeune fille réglée à l’àge de deux ans et qui devint enceinte à huit. Le D’ Molitor, d’Arlon, a observé à Oberpallen, dans le Luxembourg, une enfant qui fut réglée dès l’àge de quatre ans et devint enceinte à huit; la grossesse se termina par l’expulsion d’une masse charnue ou môle et le séducteur fut condamné à cinq années d’emprisonnement.
En dehors des cas de règles précoces, on constate souvent chez les petites filles des écoulements sanguins qui apparaissent quelques jours après la naissance et n’ont aucun rapport avec la mensiruation.
Les exemples de prolongation des règles bien au delà de l’époque ordinaire sont fort nombreux : plusieurs auteurs ont signalé 1 existence de l’écoulement menstruel chez les femmes de soi.xante, soixante-cinq
ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME
et même soixante-dix ans. Pline raconte que Cornélie mit au monde Valérius Saturninus à l’âge de soixante-dix ans. Delamotte cite une liUe de cinquante et un ans qui n’avait jamais voulu se marier, üe peur d’avoir des enfants, et qui devint enceinte à cet âge. Gapuron a accouché une femme âgée de soixante-trois ans, et qui allaita son enfant.
durée de ea période mej^sxrueeee ex U’ÉCOUEEMEXX. - La durée de l’écoulement menstruel varie de un
à huit jours. j „„„„
Les auteurs ne sont pas d’accord pour fixer la quantité de sang perdue à chaque époque menstruelle, parce qu’elle varie suivant les femmes et qu’elle est subordonnée au climat, à la constitution, au genre de vie et à d’autres circonstances, comme l’impression du Iroid, es émotions morales et les maladies. Toutefois, Baudelocque fixe ce e quantité à 120 grammes pour la France et Smellie à 130 pour 1 Angleterre. Dans certains cas morbides, l’écoulement menstruel peut atteindre et même dépasser 500 grammes; il se transforme alors en « perte » et constitue la ménorrhagie (de p.-îiv, mois et je sors
avec violence), qu’il ne faut pas confondre avec la métrorrhagie (de IJiŸjTpx, matrice), laquelle est une hémorrhagie utérine indépendante des périodes cataméniales.
Les femmes ont l’habitude d’évaluer par le nombre des serviettes qu’ elles emploient la quantité du sang évacué pendant leurs règles, ordinairement, elles salissent trois ou quatre serviettes par vingt-quatre heures.
ACXIOÎV DE EA MERÎSXRUAXIOIV SUR E’ORGAIVISME.
Quelques femmesn’éprouvent aucune indisposition au moment de leurs règles ; mais, en général, l’écoulement menstruel est accompagné de troubles fonctionnels variés, tels que : coliques, douleurs des reins, sentiment de lassitude dans les cuisses, tuméfaction douloureuse des mamelles, fétidité de l’haleine, boutons d’herpès aux lèvres ou à la vulve. En outre, on observe chez la femme un changement très-sensible du caractère ; elle devient plus impressionnable, plus irritable et a besoin, à ce moment, de grands ménagements. Parfois même ses sentiments subissent de véritables perversions : « les femmes peuvent, d’après Raciborski, commettre des actes, jusqu’à un certain point indépendants de leur volonté, puisqu’elles ne jouissent pas alors complètement de leur libre arbitre» ; mais ces cas sont fort rares.
cARAcxÈREs DU SAiwG MEinsxRUEE. — Le flux menstruel se distingue du sang normal par sa coloration plus foncée, par son odeur qui
LA GIÎNÉRATION HUMAINE.
rappelle celle du souci, par sa fluidité qui l’empêche de se coajïuler et qui est due à son mélange avec les fluides vaginaux. Il ne charrie des caillots que lorsqu’il s’écoule en trop grande abondance, comme dans le ménorrhagie.
L’odeur du sang menstruel est plus ou moins pénétrante selon les personnes, mais elle est toujours appréciable. Sandras a connu une dame chez laquelle l’odorat était si développé qu’elle éprouvait une sorte de défaillance dès qu’une femme menstruée l’approchait.
Bien que le sang menstruel soit, au dire d’Hippocrate, aussi pur que le sang d’une victime, on Ta de tout temps accusé de méfaits dont il est innocent : ainsi on lui reproche de faire avorter les melons, d’aigrir le vin, le lait et de faire tourner certaines préparations culinaires, la sauce mayonnaise, par exemple. Pline va jusqu’à prétendre « qu’il n’y a rien de plus monstrueux que ce sang, puisque par sa vapeur ou par son seul attouchement, les vins nouveaux s’aigrissent, les semences deviennent stériles, la glace des miroirs se ternit, la pointe du fer en est émoussée, la beauté de l’ivoire etfacée, les abeilles en meurent, le cuivre et le fer se rouillent, l’air eu est infecté, et les chiens qui en goûtent enragent, etc.». Métrodorus Sceptius, cité par le Df Galippe, dit que pour préserver des ravages des cantharides les récoltes et les produits des jardins, on se servait d'un moyen inventé en Cappadoce, où ces insectes se trouvaient en nombre infini. Les femmes ayant leurs menstrues allaient à travers champs, les vêtements relevés jusqu’au-dessus des reins, et les chenilles, les vermisseaux, les scarabées et autres insectes nuisibles étaient ainsi détruits.
On sait que la mort du poète Lucrèce a été attribuée par quelques auteurs au sang menstruel que sa femme lui fit boire par jalonne et qui le rendit enragé. Pour détruire les limaces des potagers, Elien propose d’y faire promener une dame « à l’époque où elle est en communication réglée avec l'astre des nuits». Sans tenir compte de ces préventions populaires, dont le temps finira par faire justice, il faut cependant reconnaître que les mucosités vaginales, mélangées au flux menstruel, donnent à ce liquide une certaine acreté qui explique les fréquentes uréthrites contractées par l’homme pendant le flux cataménial. De plus, l’accouplement pratiqué à cette époque peut déterminer chez la femme une hémorrhagie interne plus ou moins grave, qui constitue une variété de l’affection appelée Yhématocèle pelvienne ( de aiu-oc, sang, tumeur et pelvis, bassin). Aussi les lois rèligieuses, d’accord avec les préceptes de l’hygiène, prohibaient-elles les rapports sîxuel-"! pendant la période menst.uelle. Le Talmud empêche toute co-
OHGANKS GÉNITAUX DE LA FEMME
habitation avec les femmes qu. perdent du sang, avant qu’elles ne se soient purifiées dans un bain ; le Coran déclare impure la femme huit jours avant et après ses règles et interdit le coït durant ce laps de temps. Ezéchiel considère le rapprochement intime pendant les règles comme la consommation d’un adultère. «Quand un homme aura couché avec une femme qui a ses mois, dit Moïse dans le Lévitique, et qu’il aura découvert la nudité de cette femme, en découvrant son üux, et lorsqu’elle aura aussi découvert le flux de son sang, ils seront tous deux retranchés du milieu de leur peuple. »
Quant à l’inlluence pernicieuse que l’accouplement, pratiqué au moment des règles, exercerait sur le produit de la conception, c’est encore une erreur populaire dont il ne faut tenir aucun compte. Ainsi, le Df Gazan a avancé, sans preuves sérieuses, que les enfants conçus dans ces conditions étaient disposés aux gourmes. Burnotte, d’autre part, a cité l’exemple de trois enfants rouges nés de père et mère bruns, qui ont été conçus pendant la période menstruelle ; cet auteur croit que la mère a été influencée par un préjugé du pays qui voit un rapport entre la coloration des cheveux et celle des règles lorsque la conception s’est effectuée pendant la période cataméniale. La sueur de sang {purpura hemorrhagica) à laquelle on a attribué, bien à tort, la mort de Charles IX, serait due, d’après certains auteurs trop crédules, à ce que ce prince fut conçu au moment des règles. Un enfant conçu pendant « la période d’impureté » de la femme s’appelle en hébreu Alamser Z?e«<’da/i ; c’est parait-il la plus grande injure de la langue hébraïque. Le Talmud, d’après Weil, prétend que tout enfant conçu durant l’impureté de la mère est forcément voué au vice et à la maladie. Il est ou ivrogne, ou fou, ou épileptique, ou assassin, ou crétin. Rien ne saurait faire de lui ni un honnête homme, ni une femme verluease.
TROUBLES DELA. SIEIVSTRLF ATIOX. EltlIMÉAAGOGUES* LeS
règles sont exposées à diverses perturbations, telles que les absences, les suppressions, les irrégularités, les prolongations, les difficultés et les déviations. Uaménorrhée (de a privatif, fx«v, mois et peiv, couler), c’est-à-dire la disparition ou l’absence des règles, est produite par l’anémie, la grossesse, l’allaitement, une émotion morale assez vive, ou encore par l’immersion des mains ou des pieds dans l’eau froide. Cependant les femmes employées aux bains de mer n’interrompent pas leur service au moment de leurs règles et elles n’en éprouvent pas le moindre inconvénient. On peut aussi continuer l’hydrothérapie sans danger pendant la période menstruelle. Il sera toutefois plus prudent d’éviter l’impression du froid à cette époque. De même, les, lotions
LA GliNIÎRATION HUMAINE.
le la toilette intime devront être tièdes, et le linge employé pour se garnir ne sera pas trop frais, car, contrairement à l’opinion répandue, il arrêterait l’écoulement sanguin au lieu de l’activer.
L’absence des règles dépend encore de l’imperforation de l’hymen ; le sang s’accumule alors dans le bas-ventre etsimule une tumeur abdominale ou une grossesse. Nous avons déjà cité l’exemple d’une pareille méprise. A côté de la suppression des règles, on peut placer la dysménorrhée (de Su;, avec peine, mois, et peîv, couler) qui est une menstruation accompagnée de vives douleurs.
On oppose à la cessation et à la difficulté des règles certaines substances dites emménagogues (de éuf/>!va, menstrues, et âynv, pousser), qui excitent directement la circulation de l’utérus et provoquent le flux menstruel ; ce sont l’absinthe, la sabine, l’armoise, le safran, la rue, 1 apiol, etc. L’équitation est aussi conseillée pour provoquer ou régulariser les menstrues, par suite de la congestion qu’elle détermine dans les organes du petit bassin.
La chloro-anémie, qui est la principale cause de l’aménorrhée et de la dysménorrhée, détermine quelquefois un état tout opposé : elle transforme alors la menstruation en véritable hémorrhagie et donne lieu à la ménorrhagie.
Parmi les troubles de la menstruation, nous signalerons encore la déviation des règles, dans laquelle le flux menstruel est remplacé par une hémorrhagie périodique qui se manifeste sur un organe autre (|ue l’utérus. Le siège de cet écoulement sanguin peut être les fosses nasales, les mamelons,les doigts, les paupières, les aisselles, le nombril, l’intestin, la vessie et plus fréquemment les bronches et surtout l’estomac. Ainsi s’explique, chez certaines femmes, les pertes du sang des règles par les sueurs ou par la bouche. Généralement, ces différentes hémorrhagies accompagnent l’écoulement menstruel et sont désignées sous le nom de règles supplémentaires.
DE EA. MÉIVODAE8E. — L’époquc de la cessation définitive des règles a reçu le nom de ménopause (de gàv, mois et T.rMaiç, arrêt) ; elle survient de quarante-cinq à cinquante ans et s’annonce par des irrégularités dans la périodicité et la durée de l’écoulement menstrué"! Parfois, la ménopause s’observe dès l’àge de vingt ans, d’autres
fois à soixante-cinq ans seulement et même au delà, ainsi que nous en avons rapporté plusieurs exemples.
La disparition des règles est accompagnée ordinairement de troubles fonctionnels peu sérieux, comme des étoullements, des vertiges, des bouffées de chaleur à la figure ; mais il ne faut pas croire qu’elle dis-
OBGANES GÉNITAUX DE LA FEMME
pose les femmes aux affections organiques. C’est ce préjugé qui a valu à la ménopause le nom d’âge critique. Or, la statistique démontré que la mortalité des femmes n’est pas plus considérable à ceUe époque qu â toute autre et qu’il meurt plus d’hommes de quarante à quarante-cinq
ans que de femmes. „ .
Comme la ménopause correspond au terme de 1 ovulation, elle tait perdre à la femme l’aptitude à la fécondation, sans toutefois éteindre en elle l’appétit vénérien, ainsi que le constate ce passage de Brantôme : « Estant âgées et venues sur les cinquante ans, n’ont plus de crainte d’engrosser, et lors ont pleinière et toute ample liberté de se jouer et recueillir les arrérages des plaisirs que, possible, aucunes n’ont osé prendre de peur de l’enflure de leur traistre ventre. »
ARTICLE III