‹ La génération humaine (volume 2)Chapitre 27 sur 50 · HYGIÈNE DU COÏT · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DU COÏT

Nous examinerons successivement : 1" Tâge auquel il convient de pratiquer le coït ; 2" l’époque de l’année et le moment de la journée les plus propices à l’accomplissement de cet acte ; 3“ le nombre de fois qu’il peut être pratiqué ; 4'“ les modifications passagères ou permanentes qu’il imprime à l’organisme.

Mais avant tout, l’odeur fétide qui se dégage des organes génitaux

nécessite les plus grands soins de propreté.

Sans propreté, l’amour le plus heureux N’est plus l’amour, c’est un besoin honteux.

« Par suite d’une anomalie singulière du goût et de l’odorat, chez certaines personnes, écrit le Garnier dans Génération universelle, cette fétidité repoussante peut être un délicieux arôme qui excite vivement leur sens, comme chez les animaux. Henri IV en est un exemple bien connu (1). Le dégoût qui en résulte pour l’un des conjoints est toujours une cause de froideur, sinon d’impuissance relative, faite pour troubler l’harmonie et l’union sexuelles. Le divorce des deux frères d’ürfé, au 'seizième siècle, avec Diane de Château-Maraud, n’eut pas d’autre cause que son extrême malpropreté. Réunissant tous les dons d’une jeune fille accomplie : richesse, naissance, talent et jeunesse, elle les avait séduits et attirés tour à tour. Mais l’auteur de VAstree fut vaincu, comme son frère, par les mêmes répugnances, et l’amour et l’intérêt, qui sont les mobiles les plus puissants des actions humaines, ne purent en triompher. »

E’AGE AECUEG lE COMVIENIT I>E rKAXIQEER EE COHTt .

— L’époque à laquelle le coït peut être pratiqué efficacement est celle de lanubilité (de nubere,se marier).Ellene saurait avoir rien d’absolu, car die est subordonnée à la eonstitution de chaque mdtvidn. Il faut, avant tout, que l’appareil génital ait atteint son complet développement Or, nous savons que les phjsiologistes f.Mnt cette époque a la vingtième année pour les femmes et à la vingt-qualiième pour les hommes. Mais ces limites sont souvent dépassées. Ainsi, sur le territoire français.

goût particulier qu’il appelait « le goût du terroir .

DE LA COPULATION

l’âge moyen du mariage est de trente ans et demi pour les hommes et de vingt-six pour les femmes.

Les lois civiles de presque tous les pays ont exigé un minimum d’âge qui correspond à la puberté dans l’un et l’autre sexe. Il est établi» en France, à dix-huit ans pour les hommes et à quinze pour les femmes. Comme on le voit, il n’y a aucune concordance entre l’âge physiologique et l’âge légal des époux ; c’est une lacune qui porte le plus grand préjudice à la santé publique. Les Gaulois, au dire de Montaigne, étaient, sur ce sujet, plus raisonnables que nous ; « ils estimaient, dit-il, à extresme reprosche d’avoir eu accointance de femme avant l’âge de vingt-cinq ans. »

Aucun article du Code n’interdit le mariage passé un certain âge (1), parce qu’il est difficile d’assigner une limite maximum à l’exercice du coït, attendu que la période d’aptitude à la reproduction est fort A'ariable. De nombreux exemples, dont nous avons déjà cité quelques-uns, prouvent que la vieillesse n’est pas toujours l’indice de l’impuissance, et que certains individus, avancés en âge, sont encore capables, comme le dit Montaigne, à^estrenner la couche nuptiale. Le D-’ Garnier parle dans sa Génération universelle d’un célèbre médecin de Paris qui convola en troisièmes noces, à l’âge de soixante-dix-huit ans, avec une femme de trente-cinq ans, laquelle est devenue mère d’un enfant sept mois après.

Pourtant il sera sage, passé la soixantaine, de s’abstenir de toutes relations sexuelles, à cause des accidents redoutables qui peuvent en résulter. Car, selon le poète.

On ne se servira que d’un même flambeau Pour te conduire au lit, et du lit au tombeau (2).

« La couronne de myrtbe n’est pas faite pour les têtes chenues, » dit avec justesse un de nos vieux auteurs. Et l’abbé Maury écrivait à son ami. Portai : « Chaque fois qu’un vieillard se livre au plaisir de l’amour, c’est une pelletée de terre qu’il se jette sur la tête. » « La vieillesse, dit encore Térence, est déjà une maladie ; si vous lui donnez une ename, ce sera la mort. » Enfin, La Rochefoucauld prétend que la vieillesse est un tyran qui défend, sous peine de vie, tous les plaisirs de la jeunesse.

Il conviendra de suivre l’exemple de Philippe d’Herbelot qui mourut à cent quinze ans. Quelque temps avant sa mort, il fut

/9^ pp fnt mariage à partir de quatre-vingts ans.

(2) Ce fut le sort du D'' Ménard, deFerrare, qui, à soixante-nuator/P anc épousa une jeune fllle et mourut peu de temps après. quatorze ans,

LA GLNF.nATlON IIUMAINR.

admis à offrir rni bouquet à Louis XIV, pour sa fête. Ce monarque le félicita sur sa longue vieillesse et lui demanda comment il avait fait pour l’atteindre : Sire, répondit malicieusement le vieillard, dès l âge de cinquante ans, fai fermé mon cœur et fai ouvert ma cave. Louis XV, déjà vieux, témoignait à son premier médecin des craintes fort sérieuses sur le délabrement de sa santé : Ah! je le vois bien, lui disait-il, il faut que f enraye. — Sire, répondit le docteur, vous feriez encore mieux de dételer. Enfin, d’après Cicéron, Sophocle répondait à quelqu’un qui lui demandait si, étant vieux, il usait encore des plaisirs de l’amour : « Que les Dieux m’en préservent, je les ai aMndonnés aussi volontiers que f eusse quitté un maître sauvage et furieux. » Autrefois, on cherchait à soutenir et à ranimer les forces chancelantes des vieillards en les faisant coucher à côté de jeunes et jolies filles. Ainsi, ce remède, qui est peut-être plus dangereux que le mal, tut ap pliqué d’abord au roi David, qui recouvra, dit-on, sa vigueur dans les bras d’une jeune Sunamite. Plus tard, Barberousse, parvenu à une extrême vieillesse, employa le même procédé, sur les conseils d un médecin juif. De même Boerhaave fit coucher un vieux bourgmestre d’Amsterdam entre deux jeunes filles.

de E’ÉPOQUE et üE MOMEIVX EATORABEES AE COÏX. —

Chez les animaux, l’union sexuelle s’accomplit à certaines époques périodiques, dites époques du rut ; mais, dans l’espèce humaine, l’accou plement n’est assujetti à aucune influence semblable. « Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, dit Beaumarchais par la bouche d Antonio, c’est ce qui distingue l’homme des autres bêtes »

Toutefois, chez la femme, le besoin génésique se fait surtout sentir vers la fin des règles ; c’est aussi, nous le verrons bientôt, le moment le plus favorable à la fécondation. Mais le coït, pendant la période menstruelle, devra être évité avec soin, parcequ’il expose 1 un et 1 autre sexe à des accidents que nous avons déjà signalés.

Les rapprochements sexuels sont, nous 1 avons constate déjà, plus fréquents au printemps et surtout au mois de mai ; c est du moins ce que démontre la statistique des accouchements et des attentats aux mœurs pour la France. Le D’ Monlau recommande une grande discré Uoi, fénésique pendant les clialenrs. dans Ions les f "? *

.pour les huîtres, parce que les évacnaljons

yantaqo à cette époque de l'année. « En juin et juillet, dit un terrain

Tefh^,:l“ppo™^^^

au sortir de table. Cependant il faut ■'econ'ia.tre 1 excitai on pro^ duite par un repas copieux est un stimulant génésiqu

DE LA COPULATION

souvent le seul moyen capable de réveiller les natures les plus froides. Il sera bon, néanmoins, de s’abstenir de tout rapprochement se.Auel à la suite de libations excessives, car il est démontré que les ccncepüons, faites dans ces conditions, prédisposent les enfants aux affections nerveuses.Afm d’éviter ces conséquences fâcheuses, les anciens ne permettaient pas aux époux de passer ensemble la nuit qui suivait le festin de leurs noces. Pour la même raison, une loi de Carthage interdisait l’usage du vin le jour du mariage.

La loi de Mahomet veut que les Musulmans aillent à la mosquée et accomplissent leur devoir conjugal un jour par semaine, le vendredi, Veneris dies, le jour de Vénus.

Quant au moment de la journée le plus propice au coït, il est assez diflicile à préciser et varie selon les circonstances. C’est le soir, si l’on eu croit Victor Hugo :

Le plaisir, fils des nuits, dont l’œil brillant d’espoir S’éteint vers le matin et se rallume au soir.

Trop de clarté fait peur au doux plaisir, écrit encore Parny. Mais Hippocrate conseille le matin et dit que le sommeil doit passer avant Vénus.

Dans ses Œuvres morales, Plutarque fait discuter cette question entre plusieurs personnages : Quel est le temps propre à connaüre une femme ? Les avis sont partagés ; les uns proposent le matin, les autres la nuit, d’autres veulent que ce soit après le repas. Olympius prêche la continence et désire que l’on dise en se couchant chaque soir: « il n’est pas encore temps » et le matin en se levant: « il n’est plus temps » .

Venette, qui a étudié à fond le même sujet dans son Tableau de VAmour conjugal, termine son chapitre intitulé : A quelle heure du jour on doit baiser amoureusement sa femme, par cette conclusion fort judicieuse et qui sera la nôtre : « Pour résoudre donc la questioiî, après avoir dit ce que l’on peut dire sur cette matière, on me permettra de n’observer ni le jour, ni la nuit, ni les heures, ni les moments, mais la seule disposition dans laquelle nous sommes quand nous sen- • tons les aiguillons de Vénus. »

DE I V RADIDIXÉ EX DE EA rDÉQDEmCE DD COÏX. —

D’après Burdach, la faculté de répéter le coït est presque toujours en raison inverse de la durée de cet acte ; « Les papillons diurnes, dit ce physiologiste, restent unis fort peu de temps, mais répètent souvent l’acte, tandis que l’accouplement est long chez les coléoptères, qui

ne l’accomplissent qu’une seule fois. La femelle de l'élan s’accouple deux à trois fois dans l’espace d’une heure, et la vache quatre à six. Le coq répète l’acte jusqu’à cinquante fois par jour ; le moineau, la bergeronnette, jusqu’à vingt fois par heure. Le coït est pour ainsi dire instantané chez le cerf, il est si rapide qu’on a cru longtemps qu’il n’était jamais effectué. Au contraire, le kanguroo, le porc sont trèslongs à pratiquer la copulation, et les crapauds restent accouplés plusieurs jours. - , , T „ .

Dans l’espèce humaine, l’accouplement a lieu, en general, deux lois

par semaine. Mahomet qui, au dire de Rabelais, « se vante dans son Alcoran d’avoir en ses génitoires la force de soixante gallefretiers » , prescrit un intervalle de huit jours, et Solon de dix. Le droit canon, plus généreux, permettait trois ou quatre rapports sexuels dans la même nuit • « Non peccat negans, quando aller immoderate petit, ter aut quater eadem nocte. » Venette fixe à cinq par nuit, le nombre des « assauts amoureux » . Quoique déjà fort exagérée, cette limite peut etre dépassée de beaucoup. Grucius cite un domestique qui rendit mères dix servantes en une seule nuit. L’empereur Proculus s’est vanté, dans une lettre adressée à son ami Métianus, d’avoir engrossé, en moins de quinze jours, cent vierges sarmates, qui lui étaient tombées entre les mains. Montaigne nous a transmis l’histoire de cette reine d Aragon, qui rendit un arrêt contre un Catalan accusé par sa femme d’une ardeur génésique excessive. Cet homme reconnut, en etïet,^ que chaque nuit était marquée par dix « triomphes », et il lui fut défendu, sous peine de mort, d’approcher sa femme plus de six fois par jour. Tardieu a observé des individus, atteints de satyriasis, qui pouvaient répéter l’acte vénérien plus de quarante fois en une nuit. Les femmes possédées de la fureur érotique sont dans le même cas. Cléopâtre, sous le nom d’une courtisane romaine, se rendit dans un lieu de débauche et surpassa, dit Venette, en moins d’un jour, de vingt-cinq fois la courtisane que l’on estimait la plus brave en amour ; Messaline supporta, dit-on, les efforts amoureux de cent six hommes sans être as-

^°La ^fréquence du coït ne peut pas être normalement limitée, môme d’une façon approximative, car elle varie, non-seulement d un indivi du à l’autre, mais encore suivant les instants chez le meme individu. La véritable règle hygiénique à suivre dans l’accomplissement des fonctions sexuelles est de s’en rapporter à ses propres forces -sans jamais chercher à les surpasser. Ne quid nimis, rien de trop, dit Ovide. « La modération est le trésor du sage, » pense Voltaire On devra, comme pour l’alimentation, rester sur son appétit. an, i e

DE LA COPULATION

Df Menville de Ponsan, quitter l’autel de l’amour avec la force d’y déposer encore une autre offrande.

. Le plaisir sied très-hien au sage,

Il ressemble aux vins délicats :

On peut s’en permettre l’usage ;

Buvez, ne vous enivrez pas.

Gentil Bernard a donné, dans VArt d’aimer, de sages conseils sur ce sujet :

Mais redoutez, possesseur trop heureux.

L’excès fatal du tribut amoureux.

Qu’un salamandre en ses premiers vertiges Tombe épuisé pour conter ses prodiges :

Un sage athlète, au combat plus certain.

Retrouve au soir ses forces du matin.

Silène a bu ; mais la soif qui lui reste Surnage encore sur sa coupe céleste.

Aimons ainsi ; l’amour doit avec soin Laisser grossir le torrent du besoin.

Enfin, on fera bien de méditer les observations suivantes qu’un vieux médecin adressait à un jeune homme : « Si votre constitution est faible et délicate, fuyez les plaisirs de l’amour ; il y a ici une couche d’épines enfouie sous les roses. Mais l’excitant prolifique vous agitet-il sans cesse, conduisez-vous selon votre âge. De vingt-cinq à trentecinq ans, vivez sur le revenu; de trente-cinq à quarante-cinq, faites des économies; depuis quarante-cinq jusqu’à la fin, gardez précieusement le capital. »

IWLUERTCE DU COÏT SUR u>ORGA.ivisiuE. -- Nous examinerons les modifications passagères ou permanentes que l’usage régulier du coït, ses ahus et sa privation ou continence, impriment à l’économie.

L exercice modéré du coït détermine une salutaire influence sur l’or-* ganisme, tandis que son usage abusif produit un fâcheux effet sur les forces physiques et les facultés intellectuelles (l). Aussi, Caton disait- 1 que s il n y avait pas de femmes, les hommes pourraient converser avec les Dieux. C’était pour entretenir leur force corporelle, qu’autrefois les athlètes, les chanteurs et les guerriers se condamnaient à la continence.

(1) Le précepte de l’École de Salerne dit :

L’amour est salutaire avec sobriété :

Impur, il est fatal et détruit la santé.

LA GÉNÉUATIÜN IIÜMAINIÎ.

Le coït exerce principalement son action sur le système nerveux et circulatoire ; de là les névroses (palpitations, hystérie, épilepsie) et les affections cardiaques ou vasculaires (hémorrhagie cérébrale, ruptare d’anévrysme), qui sont la conséquence fréquente des excès vénériens et qui expliquent les cas de mort subite pendant le coït. C’est pourquoi les anciens, qui divinisaient tout, avaient fait de Libitine la déesse des plaisirs et des funérailles. On sait que Louis-Philippe d Orléans mourut à cinquante-neuf ans, frappé d’apoplexie, entre les bras de sa maîtresse, la duchesse dePhalaris.

La copulation influe encore d’une façon très-manifeste sur la nutrition- de là l’augmentation de l’appétit et, en même temps, l’amaigrissement que l’on observe chez les individus qui se livrent abusivement au coït. Cette particularité justifie le proverbe : « Un bon coq est tou-

jours maigre. »

La maladie de la moelle épinière, que Duchesne, de Boulogne, a dési-née sous le nom d^ataxie locomotrice et qui est caractérisée par une démarche incertaine et des douleurs dites fulgurantes (de fulrjur, éclair) dans les membres, a été attribuée au coït pratique dans la sta tien verticale. De Grœfe cite le cas d’un jeune ho mine qui abusa tellement du coït la première nuit de ses noces que, le lendemain,

il fut atteint de parahjsîs agitans. . • i i

En dehors des troubles fonctionnels que nous venons de signaler, le coït apporte dans certains organes, comme l’utérus et la glande thyroïde du cou, des modifications particulières. Ainsi cet acte augmente sensiblement les dimensions de la cavité uterme et facilite, paf suite, l’écoulement des règles ; d’ob le conseil de marier de bonne heure les jeunes filles atteintes de difficultés menstruelles.

Les modifications apportées dans le développement du cou par la glande thyroïde ne sont pas moins sensibles « Les anciens écrit Malgaigne, posaient que le cou grossissait chez la fe"ame immédiate ment après les premières approches de l’homme, et cette idée ' conservé dans le peuple jusqu’à nos jours. Ainsi, quelques matrones mesurent encore la circonférence du cou d une jeune mariée le jour et le lendemain des noces (1); d’autres vont plus loin et prétendent pou-

(1) Catulle fait allusion à cette coutume dans ce distique.

Non illam nulrix, orienti Ittce reviseii^s, lleslerno colluin potcril circumdare fUo.

, io moiin ne nourra plusentourer son cou du lacet

(Sa nourrice en ’a revoyant e^ S^utlientique de la virsinité, fait observer de la veille).-Ce prctdndu témoi^^^^^^^ l’adresse du mesureur

de la Fortune virginale.

DE LA COPULATION

voir reconnaître la virginité par le procédé suivant. La circonférence du cou prise avec un fil à sa partie moyenne, on double la longueur de ce fil, on en fait tenir entre les dents incisives les deux extrémités et l’on embrasse le sommet de la tête avec l’anse qui en résulte. Si le fil passe librement par-dessus le sommet de la tête, mauvais signe j si au contraire l’anse se trouve trop étroite, on conclut en faveur de la virginité. Les physiologistes ont dédaigné ces traditions populaires; je dois dire cependant que, sans leur accorder une grande valeur, elles ne sont pas sans quelque fondement. Ainsi, à moins de goitre ou d’une difformité quelconque, j’ai toujours vu l’anse du fil trop étroite chez des jeunes filles de quinze a vingt ans dont les mœurs ne pouvaient être soupçonnées ; chez les femmes mariées depuis plusieurs années, le cou est certainement plus large, et il m’a paru qu’il s’élargissait surtout par l’effet de la grossesse et de l’accouchement. C’est un sujet de recherches qui ne serait pas sans intérêt. »

D’autres signes extérieurs, plus ou moins fantaisistes, ont été indiqués pour reconnaître la défloraison. Michel Scot, en 1^83, affirmait que les narines d’une fille montrent si elle est vierge. Le cartilage nasal

est solide tant qu’elle est pure ; il devient mou aussitôt qu’elle a été déflorée.

Des personnes douées d’un odorat exquis ont supposé que la perte de la virginité donnait à l’économie une odeur particulière. Le Gat rapporte, dans son Traité des passions, qu’un religieux de Prague distinguait à Todorat les filles ou les femmes chastes de celles qui°ne étaient pas. « Je ne sais, ajoute-t-il plaisamment, si un homme aussi savant en ce genre n’aurait pas été dangereux dans la société. » Tous les ouvrages de physiologie citent cet aveugle qui reconnaissait par le meme moyen les écarts de conduite de sa fille. Démocrite constatait dit-on au premier coup d’œil si une jeune fille était vierge ou non! « Le philosophe, observe à ce propos Guy Patin, n’aurait guère reçu de visite en ce pays, on aurait trop appréhendé l’indiscrétion de son

Les Romains étaient sur ce point bien plus avancés que nous. Dans n A ils avaient érigé une statue appelée la bouche

e eril . Une jeune fille était-elle suspecte, on la conduisait devant a s a ue, on lui faisait mettre le doigt dans cette bouche redoutable

SI e e • ait justement soupçonnée, la déesse ne manquait pas de la pincer fortement. ue la

DE EA COXTIAEXCE ET DU cÉEiDAx. — La privation absolue e tout rapport sexuel, qu’elle soit volontaire ou forcée s’aonelle la «on, Elle estsupporcéeplu, Edlemen, par t fein’ J^pàr

^g2 la GÉNÉUATION HUMAINR.

l'homme, car les besoins génésiques sont plus

masculin que dans l’autre. Aussi les religieuses succombent e p

rarement aux tentations de la chair que les

couvents de femmes recèlent plus de le veut

santés que les couvents d hommes, ce nest p , fomnips

rmcl^el Lévy, parce que le

qu’aux hommes, mais bien parce que 1 organisme P

logne. qui refusa, S^‘>“r raUe XpièfBuMach. l’Uisle mariage un remède assur . y , . . jg ggg vœux, qui fut

toired’unjeuneecclésiastique,^rig^^eo^^^^^ qu’après l’ac-

atteint d’aliénation menta ^ ^ Tjnffon a aussi publié le mémoire complissement de ' j.1 Réole, et dans lequel cet

cTsoTrc— U^nneK

célibat continent peut se [ ecclésiasüQues occupent

n'abrège en rien la duree ^ Amsi. d’après

même le premier rang profession arrivés à soixante-

Casper. sur 100 individus de chaque prolessm

dix ans. il , a 42 qui repous-

tcsseurs. 24 médecins. Les Ç"™'® ^ Thébaide. ont eu

saient le mariage, ainsi qim j^gurut vierge à quatre-vingts ans.

une existence très-longue. New o q^e la continence,

Desexemples,pris chez lesani ’ ^ . {jg^yieux assure qu’un serin,

au Ueu d’abréger la vie, la P“’f “ „,aa de huit ans ; tandis

qui fait des petits chaque ann e, ^jgnt célibataire. De

qu’il arrive jusqu’à vingt eu > guère que huit ans, « alors

même le Pigeon, d’après Bacon, ^ parviennent jusqu’à vingt

que la chaste tourterelle et le hueie et même cinquante ans » .

DE LA COPULATION

A ces faits, Becquerel oppose la statistique et prétend que la durée de la vie est plus longue chez les femmes mariées que chez les fillôs. Mais cet hygiéniste ne s’abuse-t-il pas, en voulant faire bénéficier le mariage de cette différence de longévité ? Et n’est-il pas plus juste de 1 attribuer à cette circonstance que les femmes qui n’ont pu se marier sont précisément celles qui en ont été empêchées par leur état de santé, leur pauvreté ou leur difformité ; autant de causes suffisantes par elles-mêmes pour expliquer la brièveté de la vie ? D’ailleurs, les recherches plus récentes du D' Bertillon prouvent que de vingt à vingtcinq ans, les filles n’ont qu’une mortalité de huit au lieu de dix que présentent les épouses, et cela à cause des dangers auxquels les expose le premier accouchement.

Quant aux hommes, le mariage leur est plus favorable qu’aux femmes ; la mortalité des gens mariés est moins grande que celle des garçons et des veufs. Il faut cependant faire une exception pour ceux qui se marient trop tôt. Ainsi, avant vingt ans, les jeunes gens mariés meurent cinq fois plus, que les célibataires du même âge ; sans doute par suite des excès vénériens qu’ils commettent.

Le préjudice que le célibat porte à la vie individuelle et à l’accroissement de la population fait que, de tout temps, il a été flétri et le mariage encouragé. Cependant le Concile de Trente a reconnu que le cehbat est préférable au mariage, et quiconque le nie encoure l’anathème. Cette decision était d’accord avec la parole de saint Paul qui dans son Epître aux Corinthiens, dit : « Il est bon àl’homme de ne toucher point de femme. » Malgi’é ce passage du Nouveau Testament, la religion protestante a toujours été favorable au mariage. « Enjoindre le célibat, dit Luther, est tout aussi raisonnable que décréter que l’on vivra sans boire ni manger. »

Les anciens regardaient le célibat comme une sorte d’opprobre et en faisaient un cas d’inaptitude aux fonctions publiques. Les Romains refusaient aux célibataires le droit de témoignage, et, chez les Sparstat?p 1 s Paient fouettés tous les ans par les femmes, au pied de la statue de Junon. Moïse récompensait les gens mariés en les dispensant

enfanTpt^ défendait aux femmes, en âge d’avoir des

vn.iu n étaient pas mariées, de porter des pierreries, a Nous

ons, dit Louis XIV, dans ses Ordonnances, que dorénavant tous

anniT I Ou dans la vingtième

ou taille^ demeurent exempts de toutes contributions

ou tailles, impositions et autres charges publiques, sans v 00,1!^^

3e f "S révo Je?accÔlM“

Comme aoss. voulons que tout père de famille qui aura des euZÏ;

livres de pension par chacun an, et c - q enfants est

mille livres. » Actuellement en France, le pë ^ encourager la dispensé da service des vingt-hu.t J™"., /“'‘^t/Jfe/orisev ‘ paternité par beaucoup d autres faveurs. v < • i . j-g ont proposé

. raccroissement de la population que certams législateurs oui p P

' d’établir un impôt sur les célibataires.

T»F-xRACXEtJRs. — Quoi qu’on fasse,

EE MARIAGE EX Pospèce humaine, parce qu’il

le mariage sera toujours en rpnnnd à deux grands besoins

est d'accord avec les lois de la Aussi cette

ts

''Æcdl'S’à titre de curiosité quelques-uns des traits dirigés

contre le mariage ; . dehors veulent

Le mariage est une chinois.-

y entrer et ceux qui sont dedans

Je viens de faire mon se remariera tout de suite,

grettera ma mort.

Ami, je vois beaucoup de bien Dans le parti qu’on me propose ,

Mais toutefois ne pressons rien,

; Prendre femme est étrange chose.

' U faut y penser mûrement ;

Sages gens en qui je me fie

M'ont dit que c’est fait prudemment |

Que d’y songer toute sa vie.

Maücroix.

Il n’a jamais existé qu’un J;. - On lit dans la BibUothme onen^^^^^

tant présenté à la porte du paradis B -

le purgatoire? lui demanda le dieu. > ^

Alors entrez, c’est la même chose. *

DE LA COPULATION

Homme qui femme prend se met en un état Que de tous, à bon droit, on doit nommer le pire. Fol étoit le second qui fit un tel contrat;

A l’égard du premier je n’ai rien à lui dire.

La Fontaine.

Un philosophe disait qu’un homme qui se marie met la main dans

un sac ou il y a quatre-vingt-dix-neuf vipères et une couleuvre.

Celui qui se marie fait bien; mais celui qui ne se marie pas fait encore mieux. Saint Paul. Le mariage tel qu’il se pratique aujourd’hui, dit Balzac, me semble être une prostitution légale. — Georges Sand appelle, dans Valentine, le mariage le plus monstrueux des viols. — Un proverbe anglais dit : qui se marie par amour a belles nuits et mauvais jours. - Un vieux proverbe français assure que les bonnes femmes sont toutes au cimetière. - Le mariage est né de l’amour comme le vinaigre du vin. Lord Byron. - Le mariage est un piège que la nature nous tend. Schopenhaüer. - De mille hommes j’L ai trouvé un bon, et de toutes les femmes pas une. Salomon.

Quand un mari, quand une femme \ivent de telle sorte entre eux.

Que ce n’est qu’un corps et qu’une âme, I! n est point d’état plus heureux.

Mais si l’on s’en rapporte à ceux Qui sont sous la loi conjugale ;

C’est la pierre philosophale De n’être qu’un quand on est deux.

Desmarets.

Le mariage est souvent une sottise faite à deux, puis une galère à o s et plus. Shakspeare. - Dans le mariage il n’y a point d’amour, parœ qu on ne peut aimer où il n’y a point d’obstacle. Si Laure avait

P il «'aurait point passé sa vie à rimer des

sonnets. Lord Byron. - Un mari qui voudrait seul posséder sa femme

inspllrf T"?® perturbateur de la joie publique et comme un insensé qui voudrait jouir de la lumière du soleü à l’exclusion des autres hommes. Montesquieu.

Dorante, las du célibat,

Las de passer ses jours dans le libertinage. Crut qu’il fallait changer d’état

Et se soumettre enfin au joug du mariage.

On lui proposa deux partis.

Une femme grosse et dodue.

Une autre petite et menue ;

C’est de quoi contenter les divers appétits.

Toutes deux étaient fort de mise ;

Il choisit la petite et dit d’un ton railleur ;

• Ma foi de cette marchandise,

Le moins qu’on en peut prendre est toujours le meilleur.

Le mari de la femme la plus sage et la plus vertueuse est moins heureux que celui qui n^en a point. Salomon. — L’amour et l’hyménée sont frères, dit-on, mais assurément ils ne^ sont pas du même lit. Sophie Arnould. — Le mariage aujourd’hui n’est, à proprement parler, qu’une adjudication à la bougie éteinte ; le dernier qui a parlé se couche. Lemontey. — Le lit, dit Balzac, est tout le mariage.

Contre Job, autrefois, le démon révolté Lui ravit ses enfants, ses biens et sa santé;

Mais pour mieux l’éprouver et déchirer son âme Savez-vous ce qu’il fit ? Il lui laissa sa femme.

Le lien de l’amour s’use ^ promptement dans le mariage, qu on n en voit bientôt plus que la corde. Sylvain Maréchal. La dot est, dans le mariage, la sauce qui fait manger le poisson. — Mari qui a eu une femme mérite une couronne de patience ; mari qui en a eu deux en mérite deux de folie. — Un Picard se tenant à la porte du paradis observait que les hommes mariés passaient comme des lettres à la noste • il prit son courage à deux mains et se présenta devant l’apôtre : Mez-vous été marié ? lui dit saint Pierre. Deux fois, répond

notre Picard triomphant. Saint Pierre lui referma brusquement la

nnrtp au nez • Je reçois les malheureux, fit-il, mais pas les mbé Zs - Rien n’est plus beau que la noce d’un autre. Gustave Pons. - T ‘a nremière nuit de mes noces, dit lord Byron, je m’éveillai en sur- .aut ■ Fa lampe était allumée, éclairant les rideau:: rouges dont le rellel Itaitsur les draps une lueur de flamme. Je me crus bonnement en

enfé ët l'allais dlcuter avec le diable, lorsque j’aperçus ma femme. feStI pas encore damné! C’était bien pis, j’étais manél - De Lfes les Attises fl-n—

e lui conseillerais le plus volontiers,

peut recommencer tous les jours. Alex. >

DE LA COPULATION

On lisait à Rome l’inscription suivante sur le tombeau de deux époux : « Arrête, passant, et vois la merveille I Un homme et sa femme qui ne se querellent pas I » — Piron composa pour la sienne une épitaphe analogue :

Ci gît ma femme. Ah 1 qu’elle est bien.

Pour son repos et pour le mien 1

L’enfer est pavé de langues de femmes. L’abbé Guyon. — La femme est l’organe du diable. Saint Bernard. — En apercevant une femme pendue à un arbre, Diogène s’écria : « Par Jupiter 1 il serait bien à désirer que tous les arbres portassent de tels fruits. » A. Ricard.

— La mer renferme moins de poissons et le ciel d’étoiles, que la femme de méchanceté. Godrus. — Une femme bonne est plus introuvable qu’un corbeau blanc. Saint Grégoire.

Toute femme vaut un hommage.

Bien peu sont dignes d’un regret.

Beaü.uarchais.

Pour un Orphée qui fut chercher sa femme dans l’enfer, combien d& veufs, hélas ! qui n’iraient pas même en paradis, s’ils pensaient y retrouver la leur. J. Petit-Senn. — C’est à bon droit que l’île d’Ithaque est restée célèbre : une femme y fut fidèle. Stahl. — « Marié, lui ! fait dire Antiphanes à l’un de ses personnages, moi qui l’avais laissé si bien portant. « — En France, les maris ne parlent presque jamais de leurs femmes ; c’est qu’ils ont peur d’en parler devant des gens qui les connaissent mieux qu’eux. Montesquieu. — Pour rendre un mariage heureux, il faudrait que le mari fût sourd et la femme aveugle. Alphonse d’ Aragon. — Pythagore, ayant donné sa fille en mariage à l’un de ses plus grands ennemis, en rendit une étrange raison à ceux qui en demandaient la cause : « Je ne pensais pas, dit-il, lui faire davantage de mal, ni lui donner rien de pire qu’une femme. » Le P. du Bosc. Après la lune de miel, le mariage fait l’effet d’une tartine de confitures dont on a mangé le dessus. A. Ricard. — Qu’un homme d esprit ait des doutes sur sa maîtresse, cela se conçoit ; mais sur sa femme 1... il faut être par trop bête. Montesquieu. — Le mariage n’est souvent qu un échange de grognements réciproques durant le jour, et de ronflements pendant la nuit. C’est de l’ennui à deux. Gommerson.

— Comme toute médaille, tout mariage a deux faces : la face que l’on

LA GÉNliRATION HUMAINE.

montre au public, face brillante, la face que les intéressés seuls peuvent apercevoir, face grimaçante et sombre. Robert Grey. — Une femme donne à son mari deux, jours de bonheur : celui où il l’épouse et celui où il l’enterre. Hipponax. — L’oranger est le symbole ironique du mariage : les fleurs en sont blanches, mais les fruits en sont jaunes.

ARTICLE VI

DE l’impuissance.

L’impuissance ou anaphrodisie est l’incapacité d’accomplir le coït. Elle se distingue de la stérilité en ce que celle-ci consiste dans l’inaptitude à féconder ou à être fécondé. Tous les impuissants sont donc stériles, mais tous les stériles ne sont pas impuissants. Ainsi le mulet, malgré son infécondité, est très-porté aux ardeurs génésiques. De même, les individus opérés de la castration sont incapables de procréer et peuvent cependant pratiquer le simulacre du coït, parce que l’érection ne leur est pas impossible. Nous avons déjà dit que les dames romaines recherchaient les castrats

Qui donnent le plaisir sans la fécondité.

On sait que le général Ganymède, qui fut l’amant de la plus jeune fille de Ptolémée, était un eunuque de cette sorte.

L’impuissance peut s’observer dans l’un et l’autre sexe, mais elle est plus fréquente chez l’homme que chez la femme.

DE E’iMF*Eis8ANfCE CHEZ E’HOMME. — Elle dépend tantôt d’une anomalie congénitale ou acquise de la verge, tantôt d’un défaut d’érection.

L’absence de la verge, sa brièveté, une trop grande minceur, ou son excessive grosseur, sont les conformations vicieuses qui font ordinairement obstacle au coït. Un jeune soldat, dont parle Fodéré, avait la verge réduite à un simple tubercule qui, disait-il, « se gonflait quelquefois en présence des personnes du sexe». Orfila a fait acquitter un individu, atteint du même vice de conformation, et qui était accusé de viol. Roubaud cite le cas d’un Brésilien dont la verge, à l’état d’érection, n’excédait pas la grosseur d’un piquant de porc-épic ; il faisait usage d’un manchon en caoutchouc, qui en augmentait e volume et lui permettait de coïter d’une façon complète.

DE LA COPULATION

n est rare que la verge soit trop développée pour s'opposer à la copulation. P. Zacchias, dans ses Questions de médecine légale, parle d’une courtisane qui tombait en syncope chaque fois qu’elle avait des rapports avec son amant, parce que la verge de celui-ci était trop volumineuse. Il paraît, dit Casper, qu’au xviie siècle, un tribunal ecclésiastique de Suède « fi.vait les dimensions du pénis pour que la fécondation pût avoir lieu » .

Entre autres conformations vicieuses qui entraînent l’impuissance, nous signalerons les hernies volumineuses et le développement excessif du ventre; c’est pourquoi l’ancienne jurisprudence admettait l’obésité comme un motif valable de dissolution du mariage.

La perte des oreilles a été rangée, mais à tort, au nombre des causes qui produisent 1 impuissance. Ainsi Dulaurens parle d’un jurisconsulte qui a conseillé de couper les oreilles des voleurs pour les empêcher de transmettre leurs vices. « Un soldat robuste, rapporte Planque dans sa Bibliothègue de médecine, et père de trois enfants, eut les oreilles coupées pour différents crimes, et fut chassé hors de la ville ; depuis ce temps-là, il ne sentit plus aucun désir charnel. »

Toutes les circonstances qui s’opposent à l’érection empêchent nécessairement la copulation. Telles sont les maladies de l’appareil génital L’impuissance des Scythes a été attribuée par Lallemand à des pertes

séminales dues à une équitation forcée. Les opérations pratiquées sur

les voies urinaires peuvent aussi être suivies d’anaphrodisie, ainsi qu’il advint à Pierre III après avoir subi la litliotritie. Enfin, les affections morales dépressives, comme les préoccupations de l’esprit, la mélancolie et le dégoût, sont des causes fréquentes d’impuissance passa-ère.

Un exemple curieux d’impuissance morale causée par la répugnance est celui de Lulli. Au temps de ses folies, raconte le Df Garnier dans le Mariage, il devint éperdûment amoureux d’une jeune Vénitienne appelée Eléonore, qui se trouvait à Palma. Dédaigneuse et froide au début, 1 étrangère, après un siège incessant, s’attendrit et laissa échapper le secret do son amour. « Mais ne me demandez rien de plus, ajouta-t-elle,car vous n'obtiendrez de moi en vie que les joies ineffables de 1 ame et du cœur. » Le jeune Lulli parut satisfait et fit mille protestations de discrétion qu’il oublia successivement. Enfin, désespéré evant 1 inutilité de ses fougueuses suppliques, de ses larmes ardentes et même de ses menaces pour vaincre l’inflexibilité d’Éléonore, il tenta un effort suprême. Armé d’un poignard, il se présenta, un jour, à elle en lui déclarant qu’il allait se tuer. La tremblante Éléonore, arrêtant le bras de Lulh et s’abandonnant à ses caresses, s’écria ; « Ah ! Raymond, puisses-tu ne pas te repentir 1 » et aussitôt Lulli en se

reculant, pâlit, et ses organes restèrent soudainement comme frappés de paralysie; en découvrant le sein d’Éléonore, un cancer ulcéré était apparu. Cette aventure mit fin à toutes les extravagances deLulli, qui, sous l’habit de franciscain, commença dès lors à étonner le monde par son talent et ses vertus.

La timidité ou la crainte d’insuccès sont de fréquentes causes d’impuissance, que l’on attribuait autrefois aux sortilèges des noueurs d’aiguillette. Cette superstition est très-ancienne. Ovide se demandait déjà si l’impuissance, dont il , était atteint, ne devait pas être attribuée aux sorciers ?

Quid vetat et nervos magicas torpere per artes (1) ?

« Plus d’une fois, dit Tibulle, je serrai une autre femme dans mes bras, mais au moment heureux, Vénus me rappelait Délie et trahissait mon ardeur. Alors cette belle abandonnait ma couche, disant qu on m’avait jeté un sort, et, j’en rougis, elle racontait ma honteuse aventure. »

Saint Augustin croyait aussi qu’on pouvait nouer 1 aiguillette pa.r des invocations : Certum est corporis vires incantationibiis et carminibus vinciri (2). Stendhal, Hunter et Montaigne rapportent plusieurs exemples curieux de cette croyance. Ce dernier raconte, d après le récit d’Hérodote, « qu’Amasis, . roy d’Égypte espousa Laodice, trèsbelle fille grecque : et lui, qui se monstrait gentil compagnon partout ailleurs, se trouva court à jouir d’elle, et menaça de la tuer, estimant que ce fut quelque sorcière » . De même, Aimoin nous apprend que Théodoric, roi de Bourgogne, se vit dans un semblable embarras avec Hermenberge, fille du roi d’Espagne, parce que la reine Brunehaut, mère de ce roi, lui avait malicieusement noué l’aiguillette.

Au moyen âge, on ajoutait encore foi à la puissance des noueurs d’aiguillette et on les brûlait comme sorciers. A cette époque, les juges de Riom condamnèrent à être pendu et réduit en cendres le R. F.\idal de la Porte qui fut accusé d’avoir noué l’aiguillette « tant aux jeunes «arçons de son endroit, qu’aux chiens, chats et autres animaux domestiques, de sorte que la propagation de ees espèces avait été sur

le point de manquer dans le canton ».

De nos jours, on ne croit plus guère aux noueurs, ni aux déheurs

(1) Pourquoi les nerfs ne pourraient-ils pas être relâchés par quelques charmes

“(ijTeVt certain que les forces.du corps peuvent être enchaînées par des incantations et des formules magiques.

DE LA COPULATION

d’aiguillette. Cependant, un opuscule paru récemment, à l’usage des confesseurs, et dont nous avons déjà parlé, accorde quelque créance à ce préjugé en admettant l’impuissance par maléfice : « Lorsqu’il est prouvé qu’il y a maléfice, dit cet ouvrage, on peut employer les exorcismes, mais seulement avec la permission de l’évêque. »

Le D' Bracliet raconte, dans sa Physiologie, qu’il a vu une famille venir lamentablement consulter un de ses confrères en lui présentant deux jeunes époux bien épris l’un de l’autre. Cependant le mariage n avait pu etre consomme, quoique la célébration eût eu lieu depuis un mois. On en attribuait la cause à un prétendant malheureux qui, pour se venger, avait, par un sort, noué l’aiguillette du rival préféré. Le confrère prit, sans rire, un ton solennel, examina scrupuleusement le jeune homme et son épouse, et, les trouvant l’un et l’autre bien conformés, il annonça qu’il avait découvert le siège du mal, et qu’ayant un sort plus puissant, il allait le délivrer de celui qu’on lui avait jeté. Alors il se livra à toutes les pratiques les plus bizarres : les cercles magiques, les postures variées, les gestes, les coups de baguette, les mots entrecoupés, le baragouin le plus absurde, les invocations, les contorsions, tout fut mis en usage pendant plus d’une demi-heure. Il finit par prononcer, avec un accent profond et comme avec peine, ces paroles . Enp.n, le sort est levé, retirez-vous, et, la nuit prochaine, tout sera consommé. Huit jours après, la même famille revint en grande

joie témoigner sa reconnaissance au médecin habile qui avait su si bien lever le sort.

Ces pratiques, en apparence puériles, s’adressent plus directement à a cause u mal, cest-à-dire à 1 imagination, que les raisonnements es plus sérieux. Aussi est-ce à de semblables moyens qu’il faudra recourir dans des cas analogues. Montaigne guérit, de la sorte, un comte e ses amis, qui craignait de ne pouvoir faire honneur à son sexe la première nuit de ses noces : il lui appliqua sur les bourses une médaille « ou estoyent gravées quelques figures célestes contre le coup de soleil et pouroster la douleur de teste». «Ces singeries, ajoute ] icieusement 1 auteur des Essais, sont le principal de l’effect, nos re pensée ne se pouvant démestre, que moyens si estranges n viennent de quelque obstruse science, leur inanité leur donne poids e r V rence. Somme il feut certain, que mes charactères se troutio^*^» ^ ^^i^ériens que solaires, plus en action qu’en prohibi-

Enfin, une variété d’impuissance assez commune est due à une érerlon incomplète qui s’oppose au coït. C’est pour remédier à un cas de ce genre que M. Mathieu a imaginé un appareil spécial (fig. 121), des-

tiné à jouer le rôle de tuteur de la verge et à faciliter l’accomplissement de l’acte sexuel.

DE E’IMPEISSAXCE CHEZ EA FEMME. — En dchOCS deS tu-

meurs volumineuses de l’appareil génital et de celles qui, situées dans

Fig. i21. — Tuteur de la rerge contre l’impuissance.

son voisinage, peuvent, par leur développement exagéré, s’opposer à l’intromission du pénis, il n’y a, à proprement parler, que deux causes d’impuissance chez la femme : l’absence du vagin ou son oblitération.

Jean-Louis Petit a rapporté l’observation d’une jeune femme qui, ayant un vagin imperforé extérieurement, mais communiquant avec le rectum, permit à son amant de s’unir à elle par 1 anus et accoucha à terme, par la même voie, d’un enfant bien constitué. L’approbation que ce chirurgien donna à ce mode de rapprochement lui attira la colère des théologiens et lui valut une excommunication majeure. Cette interdiction fut levée par le pape Benoit XIV, qui, à l’encontre de ses prédécesseurs, pensait avec les PP. Gucufe et Tournemine qu’une fille, privée de la vulve, devait trouver dans l’anus le moyen de remplir le vœu de la reproduction. Pougens étend cette décision et pense que les jeunes femmes stériles devraient tenter les deux voies, pour s’assurer de la véritable route de la propagaiion. Dans, ce cas, comme le fait remarquer le D-- Roubaud, Pougens répudie cette maxime de la sagesse des nations ; Dans le doute, abstiens-toi.

DU COIWGRÈS. — Sous l’ancienno législation, l’impuissance était un cas de nullité de mariage et l’époux sur lequel pesait cette accusation pouvait demander à se justifier par une épreuve particulière, dite le congrès (de congressus, coït), que Boileau a ridiculisée dans ces

vers ;

DE LA COPULATION

Jamais la biche en rut n’a, pour fait d’impuissance,

Traîné, du fond des bois, un cerf à l’audience ;

Et jamais juge, entre eux ordonnant le congrès,

De ce burlesque mot n’a sali ses arrêts.

Ce mode scandaleux de procédure consistait à faire coucher les deux époux dans un lit préparé à cet elfet, et à les laisser seuls pendant deux heures ; après quoi, les matrones et les chirurgiens experts venaient constater « s’il y avait eu émission de liqueur séminale, où elle avait été faite et quelle en était la nature ». Les insuccès, constatés de la sorte, n’avaient souvent d’autre cause qu’une impuissance morale déterminée par la crainte d’un échec. Tel fut le cas du marquis de Langey qui, ayant échoué dans cette épreuve, fut séparé de sa femme. Orce personnageépousa quelque temps après Diane deMontault-Navaille dont il eut sept enfants, pendant que, de son côté, sa femme donnait trois filles à messire Pierre de Gaumont, son nouveau mari. Ces circonstances contribuèrent pour beaucoup à ébranler le crédit que l’on accordait alors au congrès en matière juridique, et cette épreuve fut définitivement abolie par un arrêt de la Cour rendu le 18 janvier 1677.

Dans la jurisprudence actuelle, en raison même du scandale et surtout de la difficulté qu’offrait l’établissement de la preuve, le Code civil n’admet, que dans des cas exceptionnels, l’impuissance comme cause de nullité de mariage, de séparation de corps, ou de désaveu des enfants nés pendant le mariage. Ainsi le sieur Darbousse, d’Alais, qui avait épousé un hermaphrodite masculin, inscrit sur les registres de l’état civil sous les noms d’Anne-Justine Jumas, n’obtint sa séparation qu’après plusieurs années de démarches judiciaires.

Au moyen âge, la coutume des nuits probatoires, mentionnée dans les Capitulaires de Charlemagne et de Louis le Pieux, était une précaution contre les désappointements et les troubles que l’impuissance amène souvent dans le mariage. Ces nuits, raconte le D'' Garnier dans la Génération universelle, duraient jusqu’à ce que les deux parties aient pu acquérir la certitude de leur aptitude génitale ou jusqu’à ce que la femme fût enceinte. Alors seulement avaient lieu les démarches pour le mariage. Rarement la jeune fille était abandonnée par celui qui l’avait rendue mère, car il se serait attiré la haine et le mépris de tout le village.

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