CHAPITRE III
LA FÉCONDATION
DES ÉEÉMEi«x8 GÉRiÉRAXEURS. — Chaque sexe élabore un élément générateur qui lui est propre : l’homme le spermatozoïde et la femme l’ovule. La rencontre de ces éléments dans les voies génitales de la femme constitue le phénomène de la fécondation.
Les anciens attribuaient la vertu prolifique du sperme au dégagement d’une vapeur subtile qu’ils désignaient sous le nom à-'aura seminalis ou souffle séminal. Mais les expériences que fit l’abbé Spallanzani sur les grenouilles, et dont nous avons déjà parlé, démontrèrent que la fécondation ne pouvait s’opérer sans le contact direct du sperme et de l’ovule. Depuis, MM. Dumas et Prévost reconnurent, en expérimentant sur du sperme filtré, que le véritable principe fécondant de celte humeur était le spermatozoïde et non le liquide dans lequel il nage.
Harvey, n’ayant jamais pu rencontrer de sperme dans l’appareil génital des biches, que Charles I®' avait mis libéralement à sa disposition, adopta sans hésiter l’hypothèse de Vaura seminalis. Aussi croyait-il que le mâle féconde la femelle « comme le fer, après qu’il a été touché par l’aimant, acquiert la vertu magnétique » . Il comparait encore la matrice au cerveau : « l’une conçoit le foetus comme l’autre les idées qui s’y forment. »
La théorie du souffle séminal était fort commode pour excuser bien des méfaits galants. Mais, dit Brachet, nous ne sommes plus au temps où Junon pouvait faire croire à Jupiter qu’elle est devenue enceinte par la vertu d’une plante. Les cavales d’Égypte ne sont plus fécondées, comme le raconte Virgile, par le transport dans les airs des hennissements des chevaux de Babylone, et les rois d’Angleterre ne trouveraient plus de Facultés de médecine assez complaisantes, pour décider que leurs filles peuvent devenir enceintes en se promenant sur une montagne, parce que 1 aura seminalis serait apportée par les vents d’une autre montagne ou un jeune homme se serait livré à une coupable éjaculation.
Au moyen âge, on admettait meme la possibilité de la conception par rêves, ainsi que le prouve le fait suivant : « Dans un ouvrage dont nous regrettons de n’avoir pas conservé le titre, dit M. Gustave Le Bon,
DE LA FÉCONDATION
nous avons lu et copié un arrêt notable de la Cour du Parlement de Grenoble, donné au profit d'une demoiselle sur la naissance d’un sien fils arrivé quatre ans après V absence de son mari, et sans avoir eu connaissance d'aucun homme, suivant un rapport fait en ladite Cour par plusieurs médecins de Montpellier, sages-femmes, matrones, et plusieurs autres personnes de qualité convenable. La dame, dont le mari contestait la vertu, non sans une certaine apparence de raison, affirmait s’être imaginé en songe avoir eu rapport avec son mari, et avoir ensuite conçu. Un certain nombre de nobles dames, consultées à cet égard, déclarèrent avoir plusieurs fois conçu des enfants « qui provenaient de certaines conjonctions imaginaires avec leurs maris absents. » La Cour enjoignit au mari de tenir la dame d’Auvermont, son épouse, « pour femme de bien et d’honneur » .
Chez les Nœfoures de la Nouvelle-Guinée, une croyance populaire donne au regard une puissance génératrice capable d’opérer la fécondation par foudroiement à distance. Voici dans quelle circonstance M. Van Hasselt a fait cette remarque-: Un jour qu’il instruisait de jeunes indigènes, un des garçons se jeta tout à coup sous la table, où il resta sans mouvement. Efîrayé,ne sachant que penser,le maître se précipite vers l’enfant. Mais les camarades le retiennent : — Ce n'est rien, c'est seulement la future belle-mère de son frère qui passe. — Quoi! la belle-mère de son frère I Eh bien I qu'est-ce que cela lui fait ? — Ça lui fait, expliquent les bambins, que, s’il regardait seulement la belle-mère de son frère, sa fiancée ferait un enfant avant qu'ils soient mariés.
Lusitanus cite le cas d’une femme affirmant être devenue enceinte, après avoir embrassé une de ses amies qui venait de cohabiter avec son mari.Une autre, au dire d’Averrohès,aurait été fécondée en prenant un bain où un libertin s’était pollué. Enûn, une jeune Allé attribuait sa grossesse aux vapeurs du sperme de son père qui avait eu, en rêve, une pollution nocturne dans le même lit.
I>E t,A. REWfCOUIXRE DES ÉEÉMEUTTS GÉKIÉRAXEURS.
Après 1 éjaculation du sperme dans le vagin, une certaine quantité de ce liquide pénètre à l’intérieur de la matrice et s’engage ensuite dans 1 une des trompes. Ruisch a trouvé des spermatozoïdes dans la trompe d une femme que son mari avait tuée, au moment où il l’avait surprise en flagrant délit d’adultère.
Si, sur le trajet qu’ils parcourent, les filaments spermatiques rencontrent un ovule, ils s’introduisent dans son épaisseur et s’v dissolvent (fig. 122). L’ovule, ainsi fécondé, vient alors se greffer suVunToffi!
de la cavité utérine, pour y subir une série de transformations qui donnent lieu à la grossesse.
C’est toujours en certain nombre que les spermatozoïdes pénètrent dans l’ovule ; ce qui, d’après Gosle, pourrait faire croire à la possibilité d’une paternité mixte, dans le cas où deux males approcheraient la même femelle successivement. Ce physiologiste veut que la rencontre des éléments procréateurs ne s’effectue que sur l’ovaire ; mais on admet généralement qu’elle se fait dans la moitié externe de
Fig. 122. — Spermatozoïdes!^ trompe. ^
pduéirant dans l’ovule. L’iiypothèse de la fécondation directe de l’o-
. vaire permet d’expliquer, par une sorte imprégnation de cet organe, la ressemblance que l’on constate parfois entre les enfants d’une veuve et son premier mari ; de là cet aphorisme ancien ; Filium ex adultéra excusare matrem a ciilpd. Un fils adultérin peut souvent excuser la faute de sa mère. La même théorie fait encore comprendre pourquoi la poule, séparée du coq, continue à pondre plusieurs œufs capables de donner chacun un poulet. Cette hérédité par influence est bien connue des éleveurs ; ils savent que les portées d une femelle qui aura été couverte une seule fois par un animal d’espèce dilfércnte rappelleront souvent les caractères de ce dernier. Des exemples analogues s’observent aussi dans l’espèce humaine. Nous citerons, entre autres, d a-
près Simpson d’Éiimbourg, le cas d’une femme, née de parents blancs, dont le frère, provenant d’un premier lit, était mulâtre et qui présentait elle-même des marques incontestables de sang noir.
Pour que l’ovule reçoive « le baptême de la fécondation » , c est-àdire pour que la rencontre des éléments générateurs s’elfectue à l’intérieur des voies génitales, il n’est pas toujours nécessaire que le sperme soit directement éjaculé au fond du vagin ; le dépôt de la liqueur prolifique à l’entrée de ce conduit, et même au dehors de la vulve, suffit souvent à déterminer une grossesse. Nous en avons précédemment rapporté un exemple curieux. Riolan a cité également celui d’une femme accusant son mari d’impuissance et qui fut reconnue enceinte, bien qu’une occlusion à peu près complète du vagin s’opposât à tout rapport sexuel. Ainsi s’expliquent les conceptions fréquentes qui suivent les fraudes génésiques. Dans ces dilférents cas, la progression des spermatozoïdes vers la trompe est favorisée par leur extrême mobilité et aussi par le phénomène de la capillarité.
ou MOMEIVX UE OUUS FAVORAOUE A UA PROCRBATIOItf.
— L’époque la plus propice à la conception est celle qui correspon
DE LA FÉCONDATION
la ponte de l’œuf, c’est-à-dire à la fin des règles. C’est aussi le moment où la femme est le mieux disposée à l’union sexuelle. De même chez les animaux, les femelles ne se laissent approcher du mâle qu’à la fin du rut et jamais au début.
Sans connaître 1 étroite solidarité qui rattache l’ovulation à la menstruation, les anciens n’ignoraient pas les rapports qui existent entre celte dernière fonction et la fécondation, comme le prouve cette mé.aphore d Aristote : Le sang des règles est le marbre, le sperme le sculpteur et le foetus la statue, Hippocrate avait déjà conseillé aux feuiinos stériles de se livrer au coït, aussitôt après la crise menstruelle. « La femme, dit A. Paré, engendre volontiers sur le point qu’elle cesse à jetter ses tleurs, tant parce qu’elle est bien nettoyée et partant apte à bien concevoir, qu’aussi à cause que Putérus est encore ouvert, qui fait qu’il peut aisément recevoir la semence de l’homme. »
Suivant M. Pouchet,la conception ne peut s’opérer que dans les douze jours qui suivent les règles et jamais elle n’a Heu après cette époque. Si cette découverte, fait observer à ce propos le Noirot, était sanctionnée pr l’expérience, elle assurerait chaque mois plusieurs jours de sécurité et de fête à la lubricité prévoyante des époux. Mais il est démontré que la conception a lieu en tout temps et qu’elle peut même se produire en l’absence complète des règles.
On a cherché à expliquer les fécondations qui surviennent dans la période intermenstruelle,soit par un séjour prolongé des spermatozoïdes dans les voies génitales, soit par l’expulsion prématurée d’un ovule sous 1 influence d’excitations génésiques physiques et même morales : par exemple, on a constaté que, chez des lapines, le voisinage du male suffisait à provoquer la ponte de l’ovule.
("ROCROAXIOIV DES SEXES De nombreux moyens ont été in-
diqués pour concevoir des garçons et des filles à volonté ; mais l’expérience a démontré leur inefficacité. Nous indiquerons néanmoins les plus connus.
« Si l’homme veut engendrer un garçon, dit Hippocrate, il se liera e testicule droit autant qu’il pourra le supporter; pour une fille il se liera le testicule gauche. » Millot appliquait à la femme le même précep e . 1 attribue à 1 ovaire droit la propriété de fournir des garçons et a ovaire gauche celle d engendrer des filles. Aussi veut-il que, pendant a copuhition, la femme se couche sur le côté droit, si elle désire un en an u sexe masculin, et sur le côté opposé dans le cas contraire.
vA opinions, il suffit de savoir que des hommes pri-^
ves d un testicule, et des femmes auxquelles il manque un ovaTe en gendrent md.s,i„oleme„t des enfants de l’un ou de laulrrieTe:
LA GLNICUATION HUMAINE.
Ainsi, Legallois enleva l’un des ovaires à des lapines qu’il fit couvrir et elles produisirent des lapereaux des deux sexes. Velpeau, dans son Traité des accouchements, cite l’autopsie d’une femme morte à la Maternité de Paris après avoir mis au monde dix à douze filles ou garçons ; or, il n’existait chez elle qu’un seul ovaire et une seule trompe attachés à l’angle de l’utérus, réduit lui-même à l’une de ses moitiés.
Le Talmud dit que, pour avoir des garçons, il faut attendre que la femme désire ardemment son mari ; pour avoir une fille, il faut, au contraire, que l’homme désirant violemment sa femme la surprenne pour ainsi dire et l’aime à l’improviste. A. Weill raconte que Meyerbeer, dinant un jour à la table de Louis-Philippe, le roi, au dessert, lui demanda s’il avait des enfants. — Oui, sire, répondit le maître, je regrette seulement de n'avoir que des filles. — Comment I s’écria le roi, vous qui êtes juif, vous ignorez Vart d’avoir des garçons. Pendant mon exil en Suisse, j’ai fait la connaissance d’un rabbin qui m’a donné des leçons d'allemand. Mais ce qu’il m’a appris de mieux, c'est de me marier de bonne heure et d’avoir des garçons et des filles à ma volonté. Là-dessus, le roi communiqua son secret au musicien, secret tout à fait conforme au Talmud. — Je vous certifie, ajouta le roi, que l’expérience a tout à fait justifié cette théorie.D’avance j’ai annoncé à mes parents et connaissances, soit mon garçon, soit ma fille.
Napoléon I®'' écrivait à une princesse de sa famille qui était enceinte : « Buvez un verre de vin par jour. » Il croyait lui donner ainsi une recette suffisante pour lui faire avoir un garçon qu’elle désirait : une
fille naquit.
Le professeur Thury, de Genève, a fait sur le gros bétail des expériences qui démontreraient que le sexe dépend du degré de maturité de l’œuf au moment où il est fécondé. En faisant saillir les vaches au commencement du rut, ce savant a toujours obtenu des femelles, et à la fin, des mâles. Si cette loi était applicable à l’espèce humaine, le coït, pratiqué au moment des règles, donnerait une fille et, un peu après, un garçon. Or des raisons de convenance empêchent les rapports sexuels pendant l’époque menstruelle, et cependant les garçons ne l’emportent sur les filles que dans une faible proportion : on compte, en France, cent six garçons pour cent filles.
Le D' Heitzmann, de New-York, a émis tout récemment une nouvelle théorie qui explique et confirme les résultats obtenus par M. Thu ry. D’après ce physiologiste américain, l’œuf doit produire un garçon s’il est fécondé par plusieurs spermatozoïdes et une fille si leur nombre est restreint. Il admet, en outre, que plus le trajet parcouru par 1 œ
DE LA FÉCONDATION
9st court, moins celui-ci rencontre d’éléments spermatiques. Par conséquent, si le coït s’effectue loin de l’époque menstruelle, ou immédiatement avant, l’œuf, étant situé très-haut, ne subira le contact quô de quelques spermatozoïdes et donnera une femelle ; si les rapports sexuels ont lieu aussitôt après les règles, l’œuf, s’étant engagé davantage dans les voies génitales de la femme, a des chances d’être imprégné par un nombre plus considérable d’éléments spermatiques et produira un mâle. Mais cette théorie ingénieuse est aussi peu que la précédente applicable à l’espèce humaine.
Quelques auteurs font dépendre le sexe du mode de nutrition de la mère et veulent qu’une alimentation abondante produise plutôt un germe masculin. D’autres accordent à l’âge et à la vigueur des parents une influence manifeste : les garçons prédomineraient quand le père est plus âgé ou plus vigoureux que la mère. De tout temps, les éleveurs ont remarqué qu’un étalon jeune et ardent donne des rejetons de son sexe. D’après M. Sanson, pour obtenir des mules de préférence à des mulets, on emploie des étalons vieillis.
Chez 1 homme aussi, il est démontré que l’état de santé influe sur le produit de la conception; un adulte épuisé par la maladie, ou seulement faible de tempérament, n’aura souvent que des filles, surtout si la constitution de la femme n’est pas capable de neutraliser les effets de la débilité maritale. Les excès vénériens produisent des résultats semblables en diminuant la vitalité des éléments fécondants. C’est pourquoi, comme l’a observé Toussenel, les mariages d’inclination et les unions illégitimes donnent plus de filles que de garçons, tandis que le contraire est vrai pour les alliances forcées ou tourmentées. Dans les pays où la polygamie existe, la différence entre le nombre des filles et celui des garçons est bien plus grande encore que chez les peuples occidentaux. De même, les femelles des basses-cours, qui sont couvertes par un seul mâle, engendrent plus de femelles que de mâles ; et les chiennes, qui se laissent couvrir par plusieurs chiens, produisent plus de mâles que de femelles. Girou de Buzareingues soutient que, dans es campagnes, il naît plus de filles que de garçons après la moisson, c est-a-dire lorsque les hommes ont le plus de fatigue.
DÉXERUWil.XIOIV DU SEXE DU DRODUIX DE EA COX-
cEDxiox. — Après avoir signalé les moyens réputés capables d’influencer la sexualité du germe, nous pouvons citer ceux, non moins
puérils, qui passent pour révéler le sexe de l’enfant pe dant la grossesse. °
Un usage assez répandu dans plusieurs pays, et qui semble se rattacher aux pratiques conseillées par Hippocrate et Millot, consiste à
LA ÜLNKRATION HUMAINE.
faire coucher par terre une femme enceinte et à observer comment elle se relèvera : si elle prend son point d’appui du côté gauche, Fenfant est une tille; dans le cas contraire, ce sera un garçon. On obtenait autrefois le même résultat avec des œufs. D’après Pline, Julie, fille d’Auguste, étant enceinte de Tibère, désirait ardemment un fils. Pour savoir si ses vœux seraient accomplis, elle plaça un œuf dans son sein et, lorsqu’elle était obligée de le quitter, elle le confiait à une nourrice. L’augure fut heureux : elle eut un coq de son œuf et un enfant mâle de son mari.
Ce procédé vaut celui des matrones qui, cachant sous une chaise une paire de ciseaux et sous une autre un couteau, font asseoir une femme grosse sur l’un de ces deux sièges, dont le premier annoncerait une
fille et le second un garçon.
On a encore donné comme signes d’un garçon : l’absence de vomissements et de malaises pendant la grossesse, la force plus grande du pouls droit de la mère et la perception précoce des mouvements
fœtaux. ^ , ,11
M. Lemoal, de Rennes, a observé que l’enflure de la vulve chez la
vache et la jument se produisait pour une femelle et non pas pour un mâle. Mais cette remarque n’a pas été faite chez la femme.
Dans ces derniers temps, Frankenhausen et Gumming, d Edimbourg, ont prétendu que le nombre des battements du cœur de 1 enfant, pendant la grossesse, permettait d’indiquer son sexe. D après ces auteurs, les pulsations cardiaques du fœtus seraient en raison inverse de son volume, et, comme les garçons sont ordinairement plus volumineux que les filles, le nombre des pulsations serait moindre pour les premiers : ainsi s’il est du sexe masculin, l’enfant aurait de 130 à 135 pulsations à la minute ; s'il est du sexe féminin, de 150 à 160. Les nombres intermédiaires seraient seuls indécis et la loi n’existerait plus si les entants sont chétifs ou malades. Mais ces indications viennent d’être contredites par les recherches toutes récentes de MM. Budin et Ghaignot. Ges savants accoucheurs ont établi : 1“ qu’il n’y avait aucune relation entre le sexe de l’enfant et le nombre des battements du cœur ; 2 que chez le même fœtus il y a de grands écarts entre deux examens à quel^ques oucH’^ntervalle (160 pulsations, 138, 128, 134) ; 3» que ces 1iences peuvent être, dans l’espace de quelques minutes, d une vmgta ne de Dulsations en plus ou en moins ; 4“ que le poids du fœtus ne semble avoir aucune relaUon avec la fréquence des battements du cœur.
1» XRAIVSMISSIOKT DES Ci^R.XCTÈRES
rHvsioL'L EX MORH.EX. - De tout temps on a reconnu que les parents transmettent à leurs descendants certains caractères de lem
DE LA FÉCONDATION
organisixtion physicfuc et roorale j de là les proverbes fortes creantur forlibiis et bonis (Horace) ; tel père, tel fils ; bon chien chasse de race ; etc. « Quel monstre est-ce, dit Montaigne, que cette goutte de semence, de quoy nous sommes produicts, porte en soy les impressions, non de la forme corporelle seulement, mais des pensements et des inclinations de nos pères. »
Comme exemples d’hérédité des qualités morales et intellectuelles, on cite souvent le talent oratoire des Curions, des Lélius ; la débauche et la cruauté des Borgia, des Farnèse ; la bravoure des Montmorency ; le talent militaire des Condé ; l’amour des arts des Médicis ; l’ambition des Guise ; le génie de la politique des Pitt ; la passion du calcul des Cassini ; l’éloquence des Mirabeau ; etc.
Les faits qui se rapportent à la transmission héréditaire des traits physiques ne sont pas moins nombreux. Nous rappellerons le nez des Juifs ; celui des Bourbons ; la loucherie des Montmorency ; l’allongement des dents chez les Anglais ; les cheveux blonds et la tête carrée des Allemands ; le tablier des Hottentotes ; la grosse lèvre inférieure de la maison d’Autriche ; le nez, dit en pied de marmite, de la maison de Savoie. En Italie, les Lansada présentaient tous sur la cuisse une tache en forme de fer de lance. Haller raconte que les Bentivoglio portaient sur le corps une tumeur qui, en changeant de volume, les avertissait des variations atmosphériques. Sinibaldi parle d’une famille de Bergame, dont plusieurs membres étaient triorchides et qui devaient à cette particularité un surnom caractéristique : « Bergami familia est Coleonum, e quâ Bartholomeus ille Venetorum diix famigeratus, sic nuncupata quôd plurimi très obtineant testes (1). » Cardon dit que tous ses parents avaient une verrue au même bras. /
Les Romains désignaient certaines familles par les noms génériques de Buccones (de biicca, bouche), Labeones (de labia, lèvres), Nasones I (de nasum, nez), à cause du développement exagéré de l’une ou de ' l’autre partie du visage. Beaucoup d’autres noms, comme l’a fait remarquer Demangeon, ont été dérivés de quelque caractère physique ou ' moral, propre à distinguer les familles romaines où ils semblent avoir ' été héréditaires : nous citerons Rufus qui signifie roux ; Caton, un homme de mœurs sévères ; Tacite, silencieux ; Strabon, louche; Varron, cagneux ; Platon, plat, à cause de la forme de ses épaules ; Cicéron, pois, parce qu’il avait sur le nez une verrue de naissance.
De même, en France, les caractères physiques qui se sont perpétués
^ Bergame, vivait la famille des Coleoni (de coleus, testicule) à lanuelle ^ xenitien Barthélemy : elle devait son nom à ce que la plupart de ses membres avaient trois testicules. " ^ ^
dans les familles, les ont fait désigner sous les noms patronymiques de Rousseau, Le Brun, Le Blanc, Noirot, Camus, Petit, Le Grand,
Capet, etc. ,
«L’air de famille » qui existe ordinairement entre frères et sœurs et
la ressemblance fréquente des jumeaux sont aussi des effets bien connus de l’hérédité : « Nul des organes de l’homme, assure M. Joux, ne nous a paru transmettre avec autant de fidélité que l’oreille la ressemblance des pères aux enfants ; nous avons pu constater, d une manière positive, des relations adultères en rapprochant les formes des oreilles
des pères avec celles des enfants. » , - • +
La confirmation de l’hérédité se retrouve encore dans le type mixte des hybrides, qui, nous le savons, résultent du croisement d’espèces
^^*^Dans certaines familles, les sympathies et les antipathies se transmettent héréditairement. « Que les médecins excusent un peu ma liberté, dit Montaigne, car, par cette infusion et insinuation fatale,^] y tenu la haine et le mespris de leur doctrine. Cette antipathie que j ay a leur art, m’est héréditaire : mon père a vescu soixante-quatorze ans, mon ayeul soixante-neuf ans, mon bizayeul prez de quatre vingts, sans avoir gousté aulcune sorte de médecine, et entre eulx, tout ce qui Sitde rusage ordinaire tenait lieu de drogues. » Boyer raconte l’histoire d’un jeune homme qui avait une telle aversion pour les la\ e ments qu’un jour, étant malade, on lui en administra un de force et il mourûtVelques instants après. Or sa mère tombait en syncope a la
vue d’une seringue.
«E EA SÉEECXIONÎ. — Lorsqu’uu éleveur désire perfectionner telle ou telle variété d’animaux, ou obtenir chez eux le summum de SaLs qualités spéciales, il met à proflt l'mfluence na tare le de SrS et pratique ce que l’on appelle la stlecUon (de «Icctta.chmx). C’est ainsi que Von a pu créer des races de moutons à lame très fine, des chTvaux propres uniquement à la course,des porcs destinés a 1 onf ^'modifications qu’il voulait. Sir John Sibright, un des plus habiles 'ï^œurs de pigeons, demande trois mois pour produire n importe 1 1 mii lui aura été indiqué, mais il lui faut six ans pour
une tête ou un bec. On obtient aussi par la sélection des va-
"tllttlLtl'tr principes ne sont pas appliqués ^ et à l’hazard, comme le fait remarquer Charron, ce n est mei veille
DE LA FÉCONDATION
tant rarement il s’en trouve de beaux, bons, sains, sages et bien faicts. » Les anciens étaient, à ce sujet, plus exigeants que nous. Les Lacédémoniens condamnaient, sans recours, les enfants débiles ou contrefaits. Ils infligèrent une forte amende à leur roi Archidamas, pour avoir épousé une femme petite et délicate qui ne pourrait leur donner qu’un roitelet. « Il faut, dit Platon dans sa République, rendre les rapports fréquents entre les hommes et les femmes d’élite, et trèsrares entre les sujets moins estimables de l’un ou de l’autre sexe. De plus, il faut élever les enfants des premiers et non ceux des seconds, j si l’on veut avoir un troupeau bien choisi. » Bacon fait une recommandation analogue dans la Nouvelle Atlantide. En Crête, une loi obligeait de faire un choix des jeunes gens des deux sexes, les plus remarquables par la beauté, et de les marier ensemble pour propager leur espèce. Frédéric II créa un type nouveau aux environs de Potsdam en mariant ses grenadiers aux plus grandes femmes du pays.
2“ xRAxsiiHssioiv DES MAEADiEs. iiwtvÉïxÉ. — Les prédispositions morbides se transmettent aussi souvent par voie héréditaire que les caractères physiques et moraux. « D’un phlegmatique naît un phlegmatique, disait Hippocrate, d’un bilieux un bilieux, et d’un phthisique un phthisique. »
Quand il a neigé sur le père L’avalanche est pour les enfants,
dit le poète. Et Racine a écrit de son côté :
Nos pères ont péché ; nos pères ne sont plus Et nous portons la peine de leurs crimes.
Les médecins s’accordent, en effet, à reconnaître l’influence héréditaire d’un grand nombre de maladies telles que la folie, l’épilepsie,l’hystérie, la migraine, l’asthme, la goutte, la gravelle, la diabète, l’herpétisme, la myopie, la tuberculose, la scrofule, le cancer, etc. On sait que Napoléon Dr mourut, comme son père, d’un cancer de l’estomac, « le seul héritage, dit Chateaubriand, qu’il eut reçu de lui, le reste lui venant des munificences de Dieu. » La duchesse de Chàtillon succomba, ainsi que sa mère, à un cancer du sein. Il en fut de même de madame Deshoulières et de sa fille, qui moururent toutes deux à cinquante-six ans. Voltaire cite une famille où le père et les deux en-
LA GÉNÉUATION IIUMAINK.
fants se suicidèrent au même âge. Cependant Anne d’Autriche mourut d’uncancer du sein droit et son fils, Louis XIV, de gangrène sénile
de la jambe gauche. , ^ a ^
La transmission héréditaire s’applique également a la durée de la vie dont elle est, pour ainsi dire, la conséquence ; dans certaines familles, comme celle de Montaigne, les cas de longévité sont fréquents tandis que d’autres sont vouées à une mort précoce. Turgot savait que, chez les siens, on ne dépassait guère l’àge de cinquante ans ; lorsqu’il approcha de cette époque fatale, il se hâta de mettre ordre à ses affaires et de terminer un ouvrage qu’il avait commencé ; il mourut quelque
temps après, à cinquante-trois ans.
Entre autres exemples de longivité héréditaire, nous citerons histoire du cardinal d’ Armagnac, qui, le 31 juillet 1654, passant dans une rue de Paris, vit un vieillard de quatre-vingt-un ans pleurant sur le seuil de sa porte. L’Éminence lui ayant demandé quelle était la cause de ses larmes. — C’est, répondit-il, mon père qui m'a battu, pour être passé devant mon grand-père sans le saluer. Le père était âge de lent trois ans et le grand-père entrait dans sa cent vingt-quatrième année Henri Jenkins, qui vécut cent soixante-neuf ans, fut appelé en témoignage pour un fait passé depuis cent quarante ans, et il comparut accompagné de ses deux fils, dont l’un avait cent deux ans et 1 autre cent ans Thomas Parr, que Charles pr fit venir a sa cour a 1 âge de Lt cinquante-deux ans, mourut d’indigestion la meme annee. Son père était mort à cent vingt-quatre ans et son fils à cent vingt-sept
^'T’influence de l’hérédité s’observe encore dans les vices de conforma- ,i„„ ons n tau., comme le becde-lièvre (f.g 140), le pied-bot (Ug.lS ), te doVs supplémentaires ou palmés (flg. lS6).Une jeune bile eueemle, citée par Crawford, accusait un homme sexdigitaire qui protestait de son innocence : mais elle accoucha de deux jumelles dont les mains présentaient chacune six doigts. Demarquay a i^ncontre onze cas de Lc-de-lièvre dans trois générations de la meme famille. Van dei bac narle d’une autre famille dont quarante membres portaient des doigts surnuméraires. Enfin, Adrien de Jussieu en 1827 communiqua al Académie le fait d’une mère et de sa fille qui avaient chacune trois ma-
"“pirfois certaines anomalies purement artificielles peuvent aussi se . ^ V hérédité Ainsi, des chiens auxquels on a coupe la
transmettre par comme au Kamtschalka les
DE LA FÉCONDATION
C’est en moflifiant l’éclairage du milieu dans lequel vivent certains cyprins que l’on a créé les poissons télescopes.
D’après M. Gosse, les Péruviens de la côte présentent une déformation spéciale de la tête, due à la coutume qu’avaient anciennement ces indigènes de comprimer le crâne des enfants nouveau-nés. Hippocrate avait déjà parléde cette particularité chez les habitants du Phase(Grimée). La petitesse des pieds des Chinois est encore un exemple de la transmission héréditaire des déformations acquises par l’habitude. On a encore signalé l’hérédité de certaines difformités professionnelles.
De semblables résultats ne peuvent être obtenus que si Part vient en aide à une tendance naturelle, désignée par Prosper Lucas sous le nom d'innéité. C’est ce qui n’existe pas chez les Juifs, auxquels on sectionne le prépuce depuis des siècles et qui, pourtant, ne l’ont pas plus court que les chrétiens.
En dehors des prédispositions morbides transmises héréditairement aux enfants, il en est d’autres qui résultent des conditions dans lesquelles se trouvent les parents au moment de la conception. Ainsi l’âge du père exerce une inlluence marquée sur la constitution de l’enfant. On sait que les vieillards ont des rejetons chétifs, à l’air vieillot, et qui sont exposés à une mort prématurée. Ce sont, dit-on, « de vieilles âmes dans.de jeunes corps ». Les excès vénériens, en affaiblissant l’économie des conjoints, ne sont pas moins préjudiciables à la santé des enfants. On rapporte que Louis XIV se plaignait à son médecin Guenaud de n avoir de sa femme que des enfants chétifs ou difformes, tandis que ceux de ses maîtresses étaient vigoureux et bien faits.— SeVe, répondit le docteur, c^est parce que vous ne donnez à la reine que les rinçures. »
Enfin, la conception qui a lieu sous l’influence de l’ivres?e produit souvent des épileptiques et des imbéciles. « L’ivrogne n’engendre rien qui vaille, » écrit Plutarque. Jeune homme, disait Diogène à un erifant stupide, ton père était bien ivre quand ta mère Va conçu. Les anciens ont consacré, par une fiction ingénieuse, la doctrine des funestes effets de 1 ivresse sur le produit de la conception, lorsqu’ils racontent que Jupiter engendra le difforme Vulcain dans un moment d’ébriété. Le Sosie do Molière fait allusion à cette vérité physiologique dans Amphitryon :
Les médecins disent, quand on est ivre.
Que de sa femme on doit s’abstenir,
Et que dans cet état il ne peut provenir
Que des enfants pesants et qui ne sauraient vi\ re.
différeiv’xs modes de e’iiérédixé. A.XAVISME. — La ressemblance des enfants avec les parents, tant dans la conformation physique que dans les aptitudes morales et les prédispositions morbides, se transmet par hérédité directe du père et de la mère ; par hérédité indirecte ou collatérale des oncles et des tantes ; par hérédité d’influence, à la suite de l’imprégnation ovarique, dont nous avons cité des exemples plus haut; enfin, par hérédité en retour, lorsque la transmission héréditaire franchit une ou plusieurs générations et vient des grands-parents ou d’ancêtres plus éloignés.
Des enfants au berceau les traits capricieux Nous rappellent souvent leurs antiques aïeux.
Cette tendance à retourner au type primitif de l’espèce constitue V atavisme (de atavus, aïeul). De nos jours encore, lun des membres de la famille d’Orléans rappelle le masque de Henri IV et le prince Jérôme offre une grande ressemblance avec Napoléon I®"'. Les anciens n’ignoraient pas cette particularité physiologique, mais ils en tiraient des conséquences un peu forcées : ainsi, d après Plutarque, une femme grecque, accusée d’adultère pour avoir mis au monde un nègre, alors que son mari était blanc, fut acquittée parce qu’elle descendait en quatrième ligne d’un Éthiopien. Les exemples d’affections pathologiques passant de la première à la troisième ou quatrième génération sont
très-fréquents.
Le plus souvent, l’hérédité procède par action croisée, c’est-à-dire que les fils tiennent de la mère et les filles du père. Les filles de Henri VHI, roi d’Angleterre, et celles de Cromwell furent cruelles et exaltées comme leur père, tandis que les fils de ces princes furent doux et humains comme leur mère; Marie Leczinska hérita des vertus de son père, le roi Stanislas, et les transmit à son fils le grand Dauphin, qui étaitlom deressembleràson père Louis XV; Gharles-Quint eut l’esprit mélancolique de sa mère Jeanne la Folle ; la mère de Van Dyck avait un certain talent pour la peinture; celle de Mozart était une excellente musicienne; Buffon Cuvier, Walter Scott, Johnson, Byron, Chénier, J.-J. Rousseau, Lamartine et tant d’autres, naquirent de femmes remarquables par leur esprit et leur instruction. Goethe eut de sa cuisinière, dont 1 intelligence était bornée, un fils qui hérita du vice intellectuel de sa mère et que les Allemands appelaient le fils de la servante de Stae
et la fille de Molière héritèrent des qualités intellectuelles de leur
Comme le fait remarquer Girou de Buzareingues, il suffit de consulter l’histoire pour reconnaître Scipion dans Cornélie , oine le, ans os
DE LA EÉCOiNDATION.
Gracqiies ; Caton, dans Porcie ; Cicéron, dans Tullie ; Livie, dans Tibère ; Caligula, dans Julie Drusille ; Agrippine, dans Néron ; Sœraie, dans Héliogabale; Faustine, dans Commode; Alphonse IX, dans ses trois filles Bérangère, Blanche et Urraque ; Bérangère, dans saint Ferdinand; Blanche, dans saint Louis; Louis XII, dans la reine Claude; Catherine de Médicis, dans Charles IX et dans Henri III; Henri IL dans Marguerite de Valois ; Catherine de Navarre, dans Henri II de Navarre ; Henri II, dans Jeanne d’Albret ; Jeanne d’Albret, dans Henri IV; Henri IV, dans Henriette d’Angleterre ; Marie de Médicis, dans Louis XIII ou dans Gaston ; Anne d’Auti’iche, dans Louis XIV. Le goût du Masque de fer pour le beau linge est un des signes auxquels on a voulu reconnaître, dans le prisonnier de la Bastille, un frère du Roi soleil : leur mère, Anne d’Autriche, avait, en effet, le toucher si délicat qu’elle ne trouvait jamais de linge assez lin.
A ces nombreux exemples, nous pouvons, avec P. Lucas, ajouter les suivants: la lubricité d’Octave César était passée aux deux Julie; Charlemagne fermait les yeux sur les désordres de ses filles, parce que leurs fautes étaient les memes que les siennes ; Marguerite de Valois rappela, par ses galanteries, celles de l’amant de Diane de Poitiers; Alexandre VI avait inoculé le goût de la débauche à tous ses enfants ; les mœurs dissolues de la duchesse de Berry faisaient songer aux mœurs dissolues du régent.
Les inclinations héréditaires par action croisée de la mère aux fils et du père aux filles suivent une loi d’analogie confirmée par ce fait que les hommes de génie ont rarement des fils d’une intelligence supérieure. « Par quel singulier jeu de la nature, s’écrie Édonius Neuhusius, du sage Périclès peut-il sortir deux sots, comme Parale et Xanthippe, un furieux comme Clinias? de l’intègre Aristide, un infâme Lysimaque? du grave Thucydide, un inepte Milésias, un stupide Sté-, phane? du tempérant Phocion, un dissolu Phocus ? de Sophocle, d’Aristarque, d’Aristippe (I), de Thémistocle et de Socrate, des fi/s plus vils que la pituite. Puis il nous montre le fils du grand Scipion, tombé à ce degré de honte que ses parents indignés lui arrachent du doigt 1 anneau à 1 effigie de son illustre père ; les fils de Curion, le.plus frugal des hommes, croupissant dans la plus abjecte dépravation. Il nous représente enfin, le fils de Caton d’ütique aussi infâme de mœurs qu’in-
reprochait sa sévérité à l’égard de ses flls et la réniuaMr.n ^âisûit ds son sânff* JEt la vcrîïiiTîs dit-il in ■m*/-»#///» » ®pi-itRtion
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LA GKNiiUATION HUMAINE.
fàrae de lâcheté, et rappelle rétonnement et la douleur de Rome de voir, dans un ivrogne et sot débauché, le fils de Cicéron ; dans un Caligula, le fils de Germanicus ; dans un Domitien, le fils de Vespasien ; dans le gladiateur Commode, le fils de Marc-Aurèle (1). »
De môme, dans les temps modernes, les fils de La Fontaine, deBuffon, deCrébillon, de Goethe, etc., sont restés complètement obscurs.
Il est vrai que les exemples contraires abondent et que souvent les descendants ont soutenu, avec un certain éclat, le nom illustré par leur père, dans les lettres, les sciences ou les arts : témoin les Titien, Raphaël, Mozart, Gassini, Bernouilli, Pilon, Vanloo, Ampère, Nourrit, Beethoven, Bach, Jussieu, Geoffroy Saint-Hillaire, Vernet, Dupin, Désaiigiers, Becquerel, Legouvé, Hugo, etc. On sait qu Eschyle eut dans sa famille huit poètes tragiques.
OIES Puisque les paiticularites
dominantes des parents se transmettent héréditairement aux entants, on conçoit que, si les membres a’une même famille s’allient constamment entre eux, leurs caractères physiques, moraux et morbides iront sans cesse en s’accusant chez leurs descendants ; de telle sorte que les qualités se perpétueront en s’améliorant et les défauts en s aggravant. C’est ce que l’on observe dans les familles royales qui ne s’allient
qu’entre elles. , i -n *
Ainsi le D'' Jacoby a étudié, chez tous les membres de la tamille et
de la descendance d’Auguste, la transmission héréditaire du vice névropathique qui produisit dans la famille impériale la folie, 1 epilepsie, l’idiotie, des états nerveux, des anomalies morales, etc. On sait que les rois de la branche des Valois ont tous montré des signes évidents de
troubles intellectuels. .
Esuuirol rapporte de même à la consanguinité la fréquence de 1 ahénation mentale dans les familles nobiliaires de France et d’Angleterre. Le crétinisme, que l’on observe si fréquemment dans les populations isolées au milieu des montagnes, comme dans certaines contrées de la Suisse du Wurtemberg, du Piémont et du Dauphiné, est aussi attribue à la funeste inlluence des unions consanguines. Telle serait encore 1 o .■i.,ine Jes cagou des Pj-vénées, clés Yagimm des Asie,, es. des CoUberts du Poitou et des Marrans de l’Auvergne.
^ De tout temps, les lois civiles et religieuses ont prohibe les unions coesaneuines. î Nul ne s’approchera decelle c|ni csl sa proche parente. Tur cE-couvrir sa nudiuS, • dit Moïse dans le Manon le
»rand législateur de l'Inde, proscrivait les mariages consanguins j
(1) P. Lucas, Traité de l'hérédité.
DE LA FKCONDA'riON.
qu’au sixième degré. La religion de Mahomet est plus rigoureuse : elle interdit le mariage avec sa sœur de lait, sa pupille ou sa nourrice. En Chine, la loi est encore plus sévère et défend les mariages entre individus portant le même nom. Quant à l’Église catholique, elle prohibe les unions consanguines jusqu’au quatrième degré de parenté, mais elle accorde facilement des dispenses ; autrefois, cette restriction était plus dure et s’étendait jusqu’au septième degré. Le roi Robert avait épousé sa cousine, issue de germain, Berthe ; il fut obligé de la répudier pour faire lever l’excommunication dont l’avait frappé Grégoire V. Les Capitulaires de Charlemagne considéraient comme un inceste spirituel le mariage avec sa marraine. « Une Andouère, qu’on appelle reine de France, dit Voltaire, parce qu’elle était femme d’un Chilpéric, régule de Soissons, fut vilipendée par la justice ecclésiastique, censurée, dégradée, divorcée, pour avoir tenu son propre enfant sur les fonts baptismaux et s’être fait la commère de son propre mari. »
Le Code civil ne défend les alliances entre parents et alliés que jusqu’au troisième degré, et le chef de l’État peut accorder des autorisations pour les parents- au troisième degré et les alliés au deuxième.
Les mariages consanguins étaient permis chez les Égyptiens : le lils de Ptolémée Philadelphe s’est marié avec sa sœur Bérénice, et Cléopâtre épousa son propre frère. On conçoit, du reste, que plus on remonte à la source des sociétés humaines et moins l’inceste paraît odieux et criminel, car 1 origine du monde, d’après les récits bibliques, repose sur les unions incestueuses des hls et tilles d’Adam et Ève. De même, après le déluge, les descendants de Noé durent nécessairement choisir leurs compagnes parmi leurs sœurs ou leurs cousines.
Les unions consanguines étaient tolérées à Rome. Caligula publiait hautement que sa mère était née de l’inceste d’Auguste et de Julie sa propre fdle.
Plus tard. Napoléon !«'• fut accusé d’entretenir des relations incestueuses avec ses sœurs.
De nos jours, les éleveurs qui pratiquent la sélection tirent parti de la consanguinité pour étendre et fixer les qualités ou les formes des animaux, et même pour créer artificiellement des races nouvelles, telles que le bœuf Durham, le porc Newleicester, le mouton Dishley. C’est ce mode de reproduction que les Anglais appellent breeding in and in « la production en dedans », et les Allemands inzucht.
De ces prétendus perfectionnements des races animales, on a voulu tirer un argument en faveur de l’innocuité des mariages consanguins appliques à l’homme. Mais on ne saurait conclure des lois de propaga-
tion des animaux à celles de l’espèce humaine. D’ailleurs, de nombreux faits prouvent que la race animale ou végétale dévie par la consanguinité.
Sans nier les inconvénients que la consanguinité peut exercer sur l’espèce humaine, en perpétuant et même en aggravant les défauts physiques et moraux des conjoints, il faut cependant reconnaître que l’on est trop disposé à rapporter aux unions consanguines des désagréments auxquels elles sont bien souvent étrangères. Entre autres dangers on leur attribue la stérilité, et c’est à cette cause que Benoiston de Ghateauneuf rattache l’extinction delà noblesse française. Mais bien d’autres circonstances peuvent avoir amené ce résultat, notamment la précocité des mariages (1), le sacrifice de l’amour à l’étiquette (2), l’engouement pour l’état militaire ou ecclésiastique, et surtout la He
On a encore accusé les mariages consanguins de produire 1 albinisme, la surdi-mutité, l’épilepsie, l’idiotie et même la folie. Or, le . Voisin qui a pris les observations de 200 idiots ou idiotes et de 13o7 aliénés, dans les différents services de Bïcêtre et de la Salpêtrière, a constaté que la consanguinité ne pouvait pas être une seule fois incri minée, quoiqu’il eût bien soin d’interroger lui-même les parents. D un autre côté, MM. Menière, Liebreich, Devay et bien d’autres, ont publie un certain nombre de faits qui condamnent les unions consanguines. En présence de ces assertions contradictoires, la plus sage conduite a suivre est celle qu’indique l’axiôme philosophique de Zoroastre : Dans le doute, abstiens-toi. Ou bien on pourra mettre à profit les conseils
du poète :
Veux-tu de beaux épis voir ton champ couronné ? Garde-toi d’y semer le blé dont il est père :
Fais choix d’un autre grain né dans une autre terre, Remplis-en tes sillons ; tu seras étonné Des progrès qu’y fera cette race étrangère.
Veux-tu que tes vergers, rendus plus abondants,
Te rapportent des fruits qui soient plus succulents ? Dans les arbres il faut que ton adresse insère Les rameaux nourrissants d’une branche adultère.
Tes troupeaux bondissants, tes coursiers vigoureux. Bornés dans leurs amours, s’accouplent-ils entre eux. Leur race sans mélange aussitôt dégénère.
(„ . L. peine de Bochefort. te» mdame de Sévigné, sera mariée au premier jour à son cousin de nièce du cardinal M.nzarin. —
dinal, et point du tout une femme.
DE LA FÉCONDATION
Appelle à ton secours des amants inconnus.
Croise leurs unions, ou tes soins sont perdus.
Avec un étranger que la fille soit mère ;
Que le fils cherche au loin une épouse étrangère :
Tout te prospère alors, tout répond h tes vœux ;
Leur race s’ennoblit, elle est mâle, elle est fière.
Et leurs enfants plus beaux deviennent plus nombreux.
DES COIVDIXIO^^S QBJI MODIFIEIVX E’HÉRÉDIXÊ. — DiveTSCS
circonstances peuvent agir sur l’iiérédité pour en modifier et même en neutraliser les elFets : telles sont l’innéité, c'est-à-dire le pouvoir qu’a la nature d’engendrer chez les différents individus des qualités ou des défauts qui leur sont propres ; l’éducation ; . une hygiène bien entendue ; les croisements pratiqués judicieusement qui font disparaître à la longue les caractères des premiers parents ; ainsi, quatre générations suffisent pour faire descendre le type noir au type blanc et inversement. L’allaitement, confié à une nourrice robuste, est encore un puissant correctif des vices héréditaires.
Le moyen le plus efficace de combattre les prédispositions morbides est, suivant la judicieuse remarque du D'’ Garnier, d’appliquer rigoureusement au choix des conjoints le fameux axiome de la médecine allopathique : Contraria contrariis curantur. Mais, trop souvent, le choix des époux se règle sur la position ou la fortune, et il y a peu d’imitateurs de Thémistocle, qui préférait pour sa fille un homme sans argent que de l’argent sans homme. « Quand on veut avoir des chiens ou des chevaux, disait déjà de son temps le poète Théognis, on choisit les meilleures races ; mais quand il s’agit de choisir une femme ou un mari, on prend ce qu’il y a de pis, pourvu qu’il y ait des écus. »