DE EA. FÉCOIVDIXÉ. SES CARACTÈRES EX SES EI1UIXES
Tous les êtres organisés sont féconds, c’est-à-dire qu’ils possèdent la faculté de se reproduire et cette aptitude est d’autant plus développée qu’ils occupent un rang plus bas dans la nature. De plus, comme l’a fait remarquer Toussenel, la fécondité est proportionnelle aux chances de destruction qui menacent les espèces. Ainsi, tandis que les oiseaux et les mammifères ne donnent naissance qu’à un nombre limité de rejetons, les plantes, les insectes, les reptiles et les poissons se reproduisent par milliers. « Au moment du frai, dit Michelet qui appelle la mer la grande femelle du globe, le hareng a soixante-dix mille œufs ; la morue en a neuf million si Un poisson de cinquante livres en a quatorze livres le tiers de son poids 1 Sur toute la route, ces mères redoutables épanchent des torrents de créatures. — Épaisses, grasses et visqueuses ondes, où la vie fermente dans le levain de la vie ! Sur des centaines
LA GLNLUATÏON HUMAINE.
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de lieues, en long, en large, c’est comme un volcan de lait, et de lait fécond, qui a fait son éruption et qui a noyé la mer ! »
Le signe caractéristique de la fécondité est, chez l’homme, la présence des spermatozoïdes dans le liquide séminal et, chez la femme, la menstruation. Cependant, le flux menstruel n’est pas toujours l’mdice absolu de la fécondité ; car des femmes sont devenues mères sans avoir été réglées, comme nous en avons cité plusieurs exemples. Laurent- Jouberta rapporté l’histoire d’une femme deToulouse qui présentait cette anomalie fonctionnelle et donna pourtant le jour à vingt-deux enfants. Mais'ces cas sont exceptionnels, et ils n’infirment en rien la règle physiologique qui veut que la durée de l’aptitude à la génération, dans 1 un et l’autre sexe, soit subordonnée à la persistance des fonctions spermatique et ovarique. La période de fécondité s’étendra donc, pour l’homme, de la puberté à l’àge de soixante ans environ et, pour la femme, de la même époque à la ménopause, c’est-à-dire jusqu’à quarante-cinq ou cinquante ans. Souvent ces limites sont dépassées et l’on constate alors les cas de fécondité précoce ou tardive.
Gomme exemples de fécondité précoce, on a cité des grossesses survenues à l’àge de onze ans. Haller assure avoir vu une petite fille devenir enceinte à neuf ans ! Quelques historiens, peu dignes de foi, il est vrai, racontent que Caton fut père à huit ans ; et saint Jérôme nous a laissé le récit d’un enfant de dix ans qui rendit enceinte une nourrice avec laquelle il partageait la couche. Le même auteur rapporte que le roi Achaz engendra Ézéchias à onze ans. On dit que Mahomet épousa Cadisia à cinq ans et l’admit dans son lit à huit. Lucas-Championnière a cité l’observation d’une jeune fille qui fut séduite par son oncle
et accoucha à douze ans et demi. , . , .
Quant aux cas de fécondité tardive, ils sont beaucoup plus fréquents et se rencontrent surtout dans le sexe masculin. Ainsi Massinissa, roi de Numidie , au dire de Valère-Maxime , engendra Methynnate à quatre-vingt-six ans ; Wladislas, roi de Pologne, eut deux fils à quatrevingt-dix ans ; l’évêque de Seez communiqua en 1710 à l’Académie des sciences l’observation d’un homme de son diocèse qui épousa à quatrevin^t-quatorze ans une femme âgée de quatre-vingt-trois-ans, laquelle accoucha à terme d’un garçon ; le maréchal d’Estrées convola en troisièmes noces, à l’âge de quatre-vingt-onze ans et se maria, dit Réveillé- Parise « très-sérieusement » ; le maréchal de Richelieu épousa en secondes noces, assure le même auteur, « gaillardement et impunément » madame de Roth à l’àge de quatre-vingt-quatre ans ; Thomas Parr lu père à cent ans, et, à en croire les Transactions philosophiques, il accomplissait encore à cent vingt ans ses devoirs conjugaux « avec une
DE LA FÉCONDATION
ponclualité dont sa compagne se plaisait à lui rendre justice». Ce célèbre Anglais, raconte Noirot dans Y Art de vivre longtemps, dut subir à cent ans une pénitence à la forte d’une église, pour avoir séduit et engrossé une jeune fille. Le D' Dufournel eut son quatorzième enfant à cent di.x. ans et le Norvégien Surrington devint père à cent cinquante et un ans. Nous savons que Casper a trouvé des spermatozoïdes chez un vieillard de quatre-vingt-seize ans et que ces éléinen's fécondants se rencontrent sur la moitié des vieillards âgés de soi.vantecinq ans. Il sera bon, cependant, d’être fort réservé au sujet de la paternité tardive, et 1 on se souviendra du mot bien connu de Gorvisart â Napoléon L’empereur lui demandait si à soixante ans un horaire peut esrérer de devenir père. — Quelquefois, répondit le médecin. — Et à soixante-dix 9 — Toujours, Sire I Entre autres exemples de fécondité tardive chez la femme, nous citerons les suivants : Delamotte fait mention d'une fille de cinquante et un ans qui n avait jamais voulu se marier de peur d’aA'oir des enfants et devint enceinte à cet âge ; Marsa, médecin à Venise, prit une grossesse pour une hydropisie du ventre chez une femme de soixante ans ; Capuron accoucha une femme âgée de soixante-trois ans ; Haller nous a conservé l’observation d’une de ses clientes qui devint mère à soixante-dix ans ; enfin, la femme Lebaupin mit au monde un enfant quatre-vingt-quatre arîs. Balzac a tiré parti d’une semblable exception dans Les petites misères de la vie conjugale, où il raconte l’hisoire d un jeune homme qui épouse une fille unique, avec l’espoir que la lortune de ses parents lui reviendra entièrement. Mais, contre toute en e, la belle-mère, bien que quadragénaire, donne le jour à un second enfant avec qui il dut partager l’héritage.
a période de fécondité de la femme dure environ vingt-cinq ans, pen an esquels elle peut normalement donner I3 jour à seize enfants, en adinet tant que chaque grossesse soit suivie d’allaitement et qu’un pT naisse à la fois, ce qui est la règle dans l’espèce humaine,
c n re peut être dépassé dans le cas de conceptions multiples.
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nniir fi ^00 ^ compte une double pour 80 simples, une triple
inmemiv ’ ^ Pour 40,000. Comme e.xeraple de quatre
• J'ai rapporle en ces termes :
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le duc d'Orldms ,irp ^ sachant Monseigneur
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de qualité, s’il était vrai qu’il fut si bon compagnon, que d’avoir fait à sa femme ces quatre enfants. Tout d’un coup, il répondit tout froidement qu’oui, et qu’assurément il lui en eût fait une demi-douzaine si le pied ne lui eut point glissé, ce qui fit rire un chacun de la bonne façon. »
On connaît quelques exemples authentiques de cinq jumeaux, mais au delà de ce chiffre ils doivent être révoqués en doute, comme le cas de ce Gilles deTrazegnies qui passait, ainsi que l’indique son nom, pour être le treizième enfant d’une même couche 1 Mauriceau nous a aussi transmis l’histoire fabuleuse d’une comtesse de Hollande qui, dans Tannée 1276, accoucha, en une seule fois, de trois cent soixante-cinq enfants, lesquels moururent avec leur mère le même jour ; « ce qui lui arriva, dit cet accoucheur célèbre, par l’imprécation que lui fit une pauvre femme, qui souhaita qu’elle en put faire autant qu’il y a de jours en Tan, à cause que lui demandant Taumône, en lui représentant sa misé e et celle de deux enfants jumeaux qu’elle portait en ses bras, cette dame lui répondit, que si elle en souffrait de l’incommodité, elle avait eu du plaisir à les faire, lui reprochant aussi qu’elle ne pouvait pas avoir conçu ces deux enfants d’un seul homme. »
La disposition aux conceptions multiples dépend indistinctement de Tun et de l’autre se.xe. Ainsi Ménage parle d’un nommé Brunet qui eut, de sa femme, vingt et un enfants en sept couches et, de sa servante, trois enfants à la fois. On a vu, d’autre part, des femmes avoir des grossesses multiples, quoique mariées successivement à différents individus.
CIRCOIVSXAIVCES QUI lAFUUEXX SUR UA FÉCOr^DIXÉ. U
faut tout d’abord signaler Tinffuence de l’hérédité. Aux exemples déjà cités, nous ajouterons les suivants : Osiander fait mention d’une femme qui eut trente-deux enfants et dont la mère en avait eu trente-huit , Dorham parle d’une autre femme qui , à quatre-vingt-treize ans, comptait cent quatorze petits-enfants, deux cent vingt-huit ariièrcpetits-enfants et neuf cents enfants de ces derniers, c’est-à-dire douze cent cinquante-huit descendants ; enfin, les familles des Guise et des Gondé sont des exemples de fécondité héréditaire.
Les conceptions multiples sont très-frcquenlcs chez les jumeaux. Cependant, on cite, comme e.xception, les frères Siamois qui épousèrent les deux soeurs et chacune d’elles donna le jour à une seule fille.
Il semble, qu’après les grandes catastrophes, l’humanité cherche à réparer les pertes qu’elle a subies. Ainsi, après la peste noire, qui, de 13i7 à 1330, enleva environ le tiers des habitants de l’Europe, le Continuateur de Nangis constate que les vides se remplirent rapidement ; « Sitôt, dit cet auteur, que la peste eut cessé, les hommes et
DE LA FÉCONDATiUN.