LA GROSSESSE NORMALE
l’KnxiE üE EA «Grossesse. — La durée de la gestation est d’autant plus courte que l’on descend l’échelle zoologique: elle est de douze mois pour l’éléphant, de onze pour la jument, de neuf pour la vache, de cinq pour la chèvre, de quatre pour la truie, de soixante jours pour la chienne, de cinquante-cinq pour la chatte, de trente pour la lapine. Dans l’espèce humaine, la durée de la grossesse est de neuf mois oü deux cent soixante-dix jours (1) : elle est souvent diminuée par une foule d’influences accidentelles, mais elle ne dépasse qu’exceptionnellement ce terme, Leishraann a mentionné une grossesse de trois cent vingt-deux jours et, tout récemment, M. Diincan a publié l’observation d’une femme qui eut quatre enfants et porta le premier pendant trois cents jours, le second et le troisième environ deux cent quatre-vingt-cinq jours, enfin le quatrième trois cent vingt-cinq jours. C’est en prévision des cas rares de grossesse prolongée, que la jurisprudence a fixé comme limite extrême de la gestation : en Angleterre, trois cent onze jours ; en Allemagne, trois cent deux et en France, trois cents. Ainsi, l’article 228 du Gode civil ne permet à la femme de contracter un second mariage
a VMn’V dit que Jésus-Christ fut porté dans le
deux cent soixante-treize jours.
sein de Marie pendant
LA GÉNÉnATION HUMAINE,
que dix mois révolus après la dissolution du précédent, et l’article 315 dit que la légitimité de l’enfant, né trois cents jours après la dissolution du mariage, pourra être contestée. Cependant, le 2i juillet 1867, le tribunal de Boaugé repoussa une action en illégitimité portée contre une femme de Blou, dont le mari était mort le 19 mars 1863 à deux heures du matin et qui accoucha d’une fille le 13 janvier 1837 à huit heures et demie ; la Cour d’appel de Maine-et-Loire, il est vrai, infirma ce jugement,
Los anciens fixaient normalement la durée de la gestation à dix mois lunaires. Quelques auteurs admettaient même la possibilité de l’accouchement après une année de grossesse, et c’est de cette croyance aux naissances tardives que Rabelais se moque dans le passage suivant ; a En son aage virile Grandgousier épousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillous, belle gouge, et de bonne troigne. Et faisoient eux deux souvent ensemble la beste à deux dos, joyeusement se frottant leur lard, tant qu’elle engroissa d’un beau filz, et le porta jusques à l’unziesme mois. Car autant, voire davantage peuvent les femmes ventre porter, mesmeraent quand c’est quelque chef-d’œuvre, et personnage qui doibve en son temps faire grandes prouesses. Gomme dit Homère que l’enfant, duquel Neptune engroissa la nymphe, nasquit l’an après révolu, ce fut le douziesme mois. Car (comme dit Aldus Gellius, hb. III), ce long temps convenoit à la majesté de Neptune, afin qu’en iccluy l’enfant fust formé à perfection. A pareille raison Jupiter fit durer quarante-huit heures la nuyt qu’il coucha avec Alcmène. Car en moins de temps n’eust-il peu forger Hercule, qui nettoya le monde de monstres et tyrans. »
aioi>3FicAxioA's i»Koi>uixEs i.A GuossESSE.— Pendant la grossesse, l’organisme de la femme subit de nombreuses modifications soit dans l’œuf, soit dans les organes maternels. Nous étudierons d’abord le mode de développement de l’œuf, puis nous examinerons l’influence qu’il exerce sur l’économie de la femme.
§ I. — Phénomènes se passant dans l’œuf.
I>ÉVEEOPI*EMEAX DE E*4HÎUF FÉCOADÉ. — Au mOmCnt dC
son expulsion de la vésicule de de Graaf (fig. 125), l’ovule (fig. 126) se compose d’une partie fondamentale, le vilellus ou jaune de 1 œuf, et d’une enveloppe transparente, la membrane vitelline. On constate, en outre, sur un point de la périphérie du vitellus la présence de la
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vésicule germinative, qui est maculée d’une tache obscure, dite tache germinative.
Dès que l’ovule est fécondé, il éprouve, dans sa structure, des modi-
Fig. 1Î3. — Rupture de la Tésicule de de Graaf et issue de l'oeuf.
A. Vésicule de de Graaf. — B, G, F. Granulation de la membrane granuleuse et du disque proligère. — E. O'ule. — D. Vésicule germinative.
Fig. 12G. — (Euf humain.
A. Membrane vitelline ou zone transparente. — B. Vilellus. — Vésicule germinative. — D. Tache germinative.
fications importantes. La vésicule germinative disparait et le vitellus subit le phénomène de la segmentation, c’est-à-dire qu’il se divise d'abord en deux parties (fig. 127), puis en huit, en seize, trente-deux, etc. ; de telle sorte que la masse centrale de l’ovule se transforme
Fig 127. P.e.uièie divi ion du vitellus. Fig. 128. — Divi.sîjo avancée du vitellus.
(D après Cosle.) (Corps murifurme.)
1. Albumine qui entoure la membrane vitelline. — 2. Membrane vilelline. — 3. Vitellus en voie de segmentation. — i. Noyau vitellin. — 5. Nucléoles. — G. Globule polaire.
bientôt en un nombre très-considérable de petites cellules ou sphères vitellines, qui donnent au vitellus l’aspect d’une mûre et lui ont valu le nom de corps mûri forme ((îg. 123).
La segmentation term’née, l’œuf S3 remplit d’un liquide opalin qui
refoule vers la périphérie les cellules vitellines et les applique contre l’enveloppe du même nom, où elles se conJensei)t et se soudent entre elles pour former une nouvelle membrane, le blastoderme (fig. 129).
1. Couche d'albumine. — 2. Mem- 1. Membrane vitelline hérissée de villosités. — 2. Blastohrane vitelline. — 3. Membrane derme. — 3. Tache embryonnaire. — i. Aire Iransou vésicule blaslodermique. parente. — 5. Ligne primitive.
Bientôt, un point de la surface du blastoderme s’épaissit et donne lieu à la (ashe embryonnaire (fig. 130), qui est le rudiment du nouvel être. Cette tache apparait généralement dans la huitaine qui suit la fécondation ; elle offre une ligne centrale qui représente le premier vestige de la moelle épinière.
Au moment où ces changements s’opèrent, l’œuf est encore dans la trompe, car il met sept à huit jours pour traverser ce conduit. 11 se compose alors de deux enveloppes : l’une externe, la membrane vitell'ne, l’autre interne, le blastoderne, et d’une petite quantité de liquide albumineux qui remplit sa cavité.
Aussitôt après l’arrivée de l’œuf dans l’utérus, la surface extérieure de sa coque se recouvre d’un chevelu touffu (fig. 131), représenté par des filaments ramifiés ou villosités choriales. Cos appendices jouent le rôle de véritables racines destinées à fixer l’œuf et à le nourrir. L’adhérence est telle entre les parois de l’œuf et la muqueuse utérine, que celle-ci est entraînée avec les enveloppes fœtales au moment de l’accouchement ; de là le nom de membrane caduque (3o, planche 2), qui lui a été donné par les embryologistes.
En même temps que la surface de l’œuf devient villeuse, le blaslo-
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derme se dédouble iasensiblement en deux feuillets, de telle sorte que l’œ if comprend trois enveloppes superposées, qui sont de dehors en
Fis. 131. — Portion d’une villosilé choriale. (D’après Liégeois.)
1. 2. Artère et veine réunies entre elles par des anastomoses en arcades. — 3. Paroi de la villosité. — 4. Centre de la villosité.
dedans: la membrane vitelline, le feuillet externe du blastoderme et son feuillet interne.
1® FEUILLEX lAIXEttKE DU DEASXODERME, DLACEAXA.
CODE OA oMBincAE. — Le feuülct interne du blastoderme se détache peu à peu du feuillet externe sous-jaceiit pour constituer h ■césicule ombilicale (fig. 132), chargée de pourvoir à la nutrition l'c l’embryon. Elle s’atrophie et se llétiit à mesure que se développe, dans son voisinage, une autre vésicule, Vallantoide, dont une partie s’épaissit pour former un gâteau vasculaire appelé (Og. 133).
Cet organe apparaît dès la sixième cemaine ; il est de nature spongieuse, de forme circulaire et sert à établir un rapport plus intime eniro les organismes de la mère et de l’enfant ; sa face externe ou maternelle (fig. 136) est couverte de bosselures ou cotylédons, qui s’engrènent sans se confondre, à la manière d'un noyau de pêche, avec des saillies analogues de la muqueuse utérine. Ghaqua cotylédon est constitué par un amas de petits appendices ramifiés, appelés villosilés choriales ou placentaires, dont les branches, terminées en doigts de
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gant, renferment une artériole et une veinule anastomosées entre
Fig. 132. — Apparition do la vésicule allantoïde (fin du premier mois).
A. Vésicule allantoïde. — C. Ombilic amniotique. — E’. Amnios. — E" Chorion blastodermique. — 0. Vésicule ombilicale. — V. Membrane vitelline.
Fig. 133. — Vésicule allantoïde complètement développée.
A. Allantoïde dent une partie doit contribuer à former le placenta. — C. Point de soudure dos capuchons. — E . Amnios. — E". Couche e.\t''rue du feuillet séreu.v du blastoderme (la couche interne est représentée par l’amnios) — 0. Vésicule ombilicale atrophiée. — V.
.Membrane vitelline.
elles (fig. 13i). C’est à travers les parois de ces vaisseaux capillaires
Fig. 13V — riarcnla fœtal et plu enta inatcinel. (C.jupe.)
1. Chorion et ses villoslt'ls atrophiées. - 2. Prolongement de la vésicule chorion cl Famnios. - 3. Amnios - -V Substan e du placenta fœta culaires. - 3, 5. PJucenta maternel. - C, 6. Vaisseaui du ‘ .
anses enlrcles vi lüsilés du placenta fœtal. — 7* Vaisseaux onuilicaui fonua’ l les villosUés. (Figure lirco de l'Analouiic do Fort.)
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que le fœtus emprunte, par endosmose, au sang de la mtre, ses matériaux nutritifs.
La face interne ou fœtale du placenta (fig. l3o) est unie ; elle est
rig. 133. — Fac3 fœtale du plaeenla.
tapissée d une membrane transparent'*, Yamnios (37, planche 2),
Fij[. i.’ifi, — Face maternelle
travers laquelle on aperçoil les ramificalions des vaisseanr convergeant an centre du place nta et se dirigeanl de là
ornbilfeaut, vers l’om-
bilic du fœtus pour concourir à former le cordon ombilical (fig. 136). Cette tige membraneuse a été ainsi nommée parce que les deux artères
Fig. 137. Veine ombilicale cnlonrée des deux artères ombilicales.
et la veine ombilicales, qui la constituent en grande partie, se contournent en spirale à la façon des faisceaux de chanvre d une corde. Cette disposition contribue à donner plus de solidité au cordon et lui permet de résister aux tiraillements provoques par les mouvements du fœtus.
La longueur du cordon pour les divers âges de la grossesse est à peu près celle du fœtus ; à la naissance, il mesure cinquante centimètres. Son étendue explique la fréquence de son entortillement autour des différentes parties, et principalement autour du cou du fœtus. Dans les campagnes, on attribue cette particularité à ce que la femme, pendant la grossesse, s’est entouré le cou d’un écheveau de fil.
Le plus souvent, le cordon ombilical part du centre du placenta; mais il peut s’insérer sur tout autre point, comme sur la circonférence de cet organe ; dans ce cas, il donne lieu au placenta en raquette. Jules Cloquet a vu à Bruxelles un fœtus dont le cordon ombilical était fixé au
La situation du placenta présente aussi des anomalies. Ordinairement, cet organe occupe le fond de l’utérus, mais parfois il s’insère sur l’orifice de la matrice. Cette insertion vicieuse du placenta produit des hémorrhagies dans les derniers mois de la grossesse et est uno
complication fâcheuse de l’accouchement.
Cinq ou six jours après la naissance, le cordon se flétrit et se détache du nouveau-né en laissant îi son point d’insertion une cicatrice indélébile qui constitue l’omhilic. Le mode de formation de cette cicatrice adonné lieu, autrefois, à de nombreuses controverses pour savoir s’il était rationnel de représenter Adam et Eve avec un nombril.
Le renflement de l’allantoïde, à son origine, produit la vessie, et la portion qui s’étend de ce réservoir à l’ombilic forme le canal de ouraoue qui s’oblitère à la naissance et se transforme en cordon ligamenrrar.uUe.a„o»al.^
l’anneau ombilical et constitue une variété de fistule uiiiiaii . feu llet externe du blastoderme se dédouble, à son tour ,
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lames: lune, le chorion, se confond avec la membrane vitelline- I autre, Yammos (lig. 134), représente une s»rte de porhe vésicnleus^ dont le développement progressif refoule, jusqu’à leur atrophie complète, les vésicules ombilicale et allantoïde.
C’est la dernière transformation que subissent les enveloppes de l’œuf A partir de ce moment jusqu’à la fin de la grossesse, le fœtus sera ren-
dans trois sacs membraneux qui seront, de dehors en dedans, la caduque (35, planche 2), le chorion (30) confondu avec la vitelline et, en dernier lieu, Tamnios (37).
L amnios contient un liquide clair et transparent qui, vers la fin de la grossesse, devient opalin par suite de son mélange avec des flocons de matière grasse, dite sébacée. Le liquide amniotique constitue les eaux de l’amnios ; il possède une odeur fade analogue à celle du sperme et une saveur légèrement salée. Sa quantité varie dune femme à l’autre; mais au terme de la gestation elle ne dépasse guère 500 grammes. En général, le poids du liquide amniotique est inversement proportionnel à celui du fœtus: l’émission d’une faible fk 13S E i h! de liquide, au moment de l’accou-
rig- loS. Exlrophie de la ressie cliement psf l’inrlloa c i .
qui s-ouvro au nombril. ^ , ‘ ‘"d^e d un enfant vigoureux.
pr.^s ééfa„. et ,’o„ dl. alovs j O-
contraire, elles sont abondantes et vont jusqu’à deux, trois lilrt e^ même plus, elles déterminent un élat morbide désigné sous le nom d/ii/*o amiuos. L’extrême distension que subit l’utérus dans cette affection provoque d ordinaire l’avortement.
nrL" amniotique est de favoriser le développement du
dans W de l’amnios sont utiles
matric-' de com^^”^ empêcher les contractions de la
tert'diiiœ
I ™*.'^''*****'*'****®Es OE E’E.iimivoar. — Aorès avnîr M ri-x
Premier mois. — Le mms ri» rûmk
e corps de 1 embryon ne commence à être distinct
que vers la troisième semaine, alors que l’œuf a le volume d une cerise. A cette épo lue, l’embryon est incurvé sur lui-même et sa torme rappelle assez bien celle d’une nacelle ou plutôt, selon la comparaison
Fig. 130.— OEuCImmain de ^ parois de Tab-
li, les principale., “pU me ùr^^^ i nu.
domen el de la po.lr.ne ont le coup pou ^
AA. Cborion. — A'A . ombilicale — D' l’édicule do la rcsicnle ombilicale. —
an cordon ombilical ^9;" ^'/e édicule avec l’inleslin.- E. Ouraque. - F- ‘
D". P6inl de ' Oreille droite d’où émane la veine ombilicale. -
leslin.— i. t. Arteres ombilicales. m q. Veine ompbalo-mesenlerique
vie cave inférieure. - !; „ ^“îLluCnaire. - 4. roumon dioil - ü- Corps ^
. rmur 2. Crosse de 1 aorte. o- . ' o Mandibule supérieure du c6le droit.
ioS - 6. or.111.. - ■