‹ La génération humaine (volume 2)Chapitre 42 sur 50 · ZO · texte numérisé non relu

ZO

tout simplement à éloigner l’enfant du sein ; c si les nourrices, dit Ribelais, désistent allaiter leurs enfants, elles perdent leur laict ». Il est donc inutile, pour faire a passer le lait », de recourir aux substances dites anti-laiteuses ou aux moyens empiriques équivalents, tels que le collier de liège, dont on entoure le cou des chattes privées de leurs petits; le tube de mercure que Van-Holsbeck conseille de suspendre au-devant de la poitrine de l’accouchée qui allaite, et la coutume qu’avaient les femmes du temps de Mauriceau. de revêtir la chemise de leur mari pour a faire évader le lait » .

On dit qu’un nouveau-né a rajeunit » un Lût déjà ancien, parce qu’il tête avec plus d’avidité que ,1e précédent nourrisson, auquel on donne à manger dans les derniers mois de l’allaitement.

Plusieurs circonstances prouvent encore l’action des agents physiques sur la lac.ation. Ainsi, quand cette sécrétion est tarie, il est souvent facile de la rétabûr en appliquant l’électricité sur le sein. Aran dit qu’aux îles du Gap- Vert, on excite les mamelles en même temps que les parties génitales pour provoquer la sécrétion du lait, hors l’état de grossesse. Garder a cité un exemple de lactation chez un mouton dont une mamelle était régulièrement traite par un berger. Enfin, rappelons encore ici les exemples de ces Jeunes filles vierges et même de ces hommes chez lesquels des succions répétées avaient établi la lactation.

IIVFLUEIVCES DSS substa.ivce:s médicamsivxeuses ou AUTRES.— Gertaines substances, appelées galacto-poiétiques, passent pour augmenter li sécrétion lactée; d’autres, au contraire, les antilaileuses sont renommées pour leur action inverse. Parra’i les premières, nous signalerons les betteraves, les pommes de terre, les lentilles, ou enc re la bière, qui agissent surtout comme aliment. Quant à la cascarille, le fenouil, la mercuriale, la pimprenelle et les cataplasmes de feuilles de l icin, leur réputation est certainement usurpée. Il en est de même des substances prétendues anti-iaiteuses, comme la menthe, la pervenche, la canne de Piurence, le persil, les liniments camphrés et autres. M. Goutenot, de Besançon, a préconisé tout dernièrement les frictions avec l’huile de chènevis chaude comme antilaiteux par excellence ; mais ce praticien a si peu do confiance dans son remède qu’il recommande d’y associer « un ré, ulsif intestinal ou une dérivation sudorale à la peau ». Les purgatifs et les sudorin.iues sont, en etîet, dans cette circonstance, d’utiles adjuvants ; ils favorisent le dégorgement des seins en détournant sur un autre organe la Iluxion mammaire. L iode et les iodures peuvent aussi agir comme résolulifs Mais, répétons-le, le moyen le plus sûr de faire tarir le lait est là cessation des succions.

LA GliNI-RATION HUMAINE.

Si, comme nous venons de le voir, peu de substances ont une action appréciable sur la (piantité du lait sécrété, beaucoup, au contraire, modifient sensibleme.it les qualités de ce liquide. Nous savons, par exemple, que la matière colorante, l’amertume et l’arorae de certaines plantes passent dans le lait. La gratiole lui communique des propriétés purgatives ; l’eupborbia helioscopia, si recbercbée des chèvrès, et l’épurge de mer le rendent toxique. Le Dr Mackay a observé à Malte sur l’équipage du Marlborough et de Y Agamemnon plusieurs cas d’empoisonnement causés par cette dernière plante. On retrouve encore dans le lait un grand nombre de substances médicamenteuses absorbées, tels que le fer, l’iode, l’arsenic, le sulfate de quinine, le chlorate de potasse et le sel marin. Ainsi, M. Amédée Latour a institué un régime chloruro-lacté pour combattre le lymphatisme en administrant une certaine dose de sel aux vaches dont on utilisait le lait à cet effet. D’autre part, MM. Damoiseau, Labour lette et Bouyer ont institué des nourriceries médicales où ils livrent à la consommation des laits médicamenteux qu'ils obtiennent en mêlant des produits pharmaceutiques à la nourriture des vaches, des ânesses, des juments, des brebis et des chèvres élevées dans leurs établissements.

Un certain nombre de substances, les préparations mercurielles, par exemple, qui ne se retrouvent pas dans le lait, paraissent cependant exercer une influence manifeste sur les propriétés de ce liquide. C’est pourquoi M. Damoiseau mercurialisait des ânesses dont il destinait le lait aux enfants syphilitiques. De même, les aliments acides et les crudités semblent donner des coliques à l’enfant. Les libations trop copieuses produisent aussi des convulsions chez les nouveau-nés, bien que le lait ne présente aucune trace d’alcool.

IMFUJEIVCES DES COIVDIXIOXS HYGIÉIMIQUES. — De tOUtCSleS

conditions hygiéniques, l’alimentation est celle qui modifie le plus activement la sécrétion lactée. Celle-ci est surtout abondante après les repas, tandis qu’une nourriture insuffisante la diminue ; de là l’indication de 1a diète chez les personnes qui désirent faire passer leur lait. Une alimentation trop riche produit le mêmeinconvénientpar suite d’une production exagérée de graisse qui s’accumule dans la glande mammaire et gêne ses fonctions. Aussi une bonne vache laitière est-elle toujours maigre et n’engraisse-t-elle qu’au détriment de la quantité du lait.

Comme il est démontré que les herbivores donnent plus de lait que les carnivores, on pourrait croire que le régime végétal est plus favorable à l’allaitement que le régime animal ; mais il n’en est rien. Cette erreur a été commise par Rousseau qui, frappé de cette ana-

DE l’allaitement.

logie trompeuse, voulait interdire aux nourrices l’usage de la viande.

Autant un exercice modéré est salutaire à la femme qui allaite, autant les fatigues excessives lui sont préjudiciables. Los fermiers n’ignorent pas que les vaches qui vont paître dans des pâturages éloignés fournissent un lait moins riche en beurre que celles qui restent à l’étable : Œ le lait se perd en route », disent-ils.

iivFcuEivcE DEE’AGE EXDEEA coxsxiximoiv. — L’àgo n’a pas d’influence sensible sur la composition du lait ; une nourrice âgée a quelquefois de plus beaux nourrissons qu’une plus jeune. Kennedy a cité une femme qui allaitait encore à soixante-treize ans. Lucas parle d’une négresse libre, Maria-Dolores Villanueva, qui après avoir allaité quatorze enfants de son maître, don Manuel Facunda de Aguerro, conserva du lait jusqu’à cent vingt-quatre ans.

Le tempérament et la constitution ne semblent pas non plus exercer une action sérieuse sur la lactation. « Chacun sait, dit Bouchut, que certaines femmes, qui paraissent débiles, sont cependant d’excellentes nourrices, tandis que d’autres, très-robustes, ont un lait peu abondant et indigeste. » Ainsi, M. Lampierre a observé une femme de tempérament lymphatique qui fournissait dans les vingt-quatre heures plus de 2 kilogrammes de lait, alors que la moyenne ordinaire varie entre 1200 et 1400 grammes.

Contrairement à l’idée admise, la beauté des dents et la couleur des cheveux n’ont aucun rapport avec les qualités lactifères. Et de même qu’on trouve de bonnes laitières parmi les vaches noires ou blanches, rouges ou couleur froment, de même on rencontre d’excellentes nourrices brunes, blondes ou rousses.

IRIFEUEIVCE DE E’ÉDOQUE »E EA EACXAXIOX. — Le lait que

l’on tire des mamelles quelques heures après l’accouchement est, nous le savons, un liquide visqueux, nommé colostrum, qui convient fore bien à l’alimentation du nouveau-né. De même la mouille, ou lait d’une vache récemment délivrée, est impropre à la nourriture de l’homme, quoique très- favorable au jeune veau ; aussi ne devrait-on employer le lait aux usages domestiques que vingt-cinq à trente jours après le vêlage ; mais les laitiers sont moins scrupuleux et ils le livrent dès le premier jour à la consommation, en le mêlant avec du lait de différentes provenances. On éprouve souvent des coliques qui n’ont pas d’autre origine.

Chez la femme, le colostrum ne disparaît du lait que vers la fin du premier mois. L’ordonnance de police du 17 décembre 1762 était dont trop rigoureuse en défendant aux nourrices de prendre un nourrisson dans les sept mois qui suivaient leurs couches.

Trop vieux, le lait, se tarit en même temps qu’il cesse d’être approprié à l’alimentation du nouveau-né ; mais il est difficile d’assigner une limite précise à la lactation. Michel Lévy, par exemple, la fixe à un an, tandis que Liégoi-' la recule jusqu’à la fin de la deuxième année ; sa durée varie donc suivant les femmes. Ainsi il n’est pas rare de voir des nourrices allaiter deux ou trois enfants de suite. Désormeaux cite une femme chez laquelle lalactation durasept annéesetla personne dont nous avons parlé d’après Kennedy, et qui donnait encore le sein à soixante-treize ans, a allaité pendant quarante-sept ans consécutifs.

Suivant une erreur très-répandue de nos jours, on accuse le vieux lait de prédisposer les enfants aux éruptions que l’on désigne communément sous les noms de gourmes ou de croûtes de lait.

UVFLUEIVCES DES FO:VCXIO:VS GÉIVIXA^EES. RAPPORXS CONIJUGAUX. GROSSESSE. READDARIXIOX DES RÊG1.ES.

— Le seul danger des rapprochements sexuels pour les nourrices est la grossesse qui peut en résulter; autrement ils n’ont par eux-mêmes aucune conséquence fâcheuse sur les qualités du lait, à la condition toutefois qu’ils ne soient pas trop fréquents.» La femme de ce monde que je chery le plus, écrivait le professeur Joubert en 1570, ha nourri tous mes enfants, tant qu’elle ha eu du lait, et je n’ai pas laissé pour cela de coucher avec elle et lui faire l’amour comme un bon demi à sa bonne moitié, suivant la conjonction du mariage; et. Dieu raercy, nos enfants ont été bien nourris et bien avenus. Je ne donne point conseil aux autres que je ne prenne pour moy. »

Le lait, sous l’induence d’une nouvelle grossesse, s’altère rapidement et tend à repasser à l’état de colostrum. Il faut donc suspendre l’allaitement dès que la gestation est certaine, ou, en cas de doute, attendre le quatrième mois, époque à laquelle les mouvements fœtaux sont perçus par la mère. D’ailleurs, l’examen microscopique du lait dissipera toute incertitude, par la constatation des globules de colostrum. La législation ancienne défendait aux nourrices enceintes d’allaiter des enfants. Mais notre Code a moins de sollicitude pour les nouveau-nés et n’a pas même prévu ce cas.

Toutefois on peut citer de nombreux exemples de femmes qui ont allaité avec succès leur enfant jusqu au terme d une autre grossesse, mais ce sont des cas exceptionnels. Chez les animaux, le part ne modifie pas moins le lait que dans l’espèce humaine. Ainsi, quand une vache devient pleine le lait diminue d’autant plus qu elle approche de l’époque du velage.

La réapparition des règles ou » retour de couches » a lieu, le plus souvent, six semaines après l’accouchement; puis, si la fenmic nourrit.

DE l’allaitement.

la menstruation cesse pour se rétablir définitivement vers le sixième mois de l’allaitement. Parfois même, les règles réapparaissent beaucoup plus tôt, sans pour cela modifier la sécrétion lactée. Il ne faut donc accepter qu’avec réserve cette croyance, fort accréditée, que la menstruation prématurée est un motif suffisant pour cesser l’alliitement.

Les pesées fréquentes de l’enfant peuvent seules résoudre cette question d’une manière absolue.

I i.'VFLUEXcES MORBIDES. — Parmi Ics maladies aiguës, les unes modifient directement le lait, comme la jaunisse en y introduisant la I matière colorante de la bile, les abcès mammaires en y mélangeant du . pus, la cocotte des vaches en lui communiquant des propriétés pernicieuses ; les autres agissent par la fièvre qui les accompagne, et quand l’état fébrile se prolonge trop, on est obligé de suspendre la lactation.

Les maladies chroniques et les diathèses ne semblent exercer aucune action nocive sur la sécrétion lactée. Cependant M il. Peuch et Toussaint viennent de communiquer à l’Académie de médecine une série (l’i'xpériences qui les ont conduits a affirmer la possibilité de la transmission de la phthisie par le lait. Ils ont donné à des porcelets et à des lapins des barbottages faits avec du lait de vache tuberculeuse et, après un laps de temps variable, ils ont trouvé des granulations dans les poumons de ces animaux. On conçoit l’importance de cette question, qui n’est pas encore résolue pour l’espèce humaine, quand on pense que, dans les villes, la plupart des vaches sont phthisiques. Il est d’ailleurs posrible d’éviter tout danger de transmission en ne prenant que du lait bouilh.

S’il est vrai que différents ét.its morbides ont une influence notable sur la lactation, cette fonction peut, à son tour, déterminer plusieurs affections locales et générales telles que les crevasses du mamelon, les engorgements et les abcès mammaires, l’anémie, la manie puerpuérale, la contr.icture des extrémités ou tétanie des nourrices et môme la phtliisie, chez les personnes p édisposées. On peut encore signaler la galaclorrhée qui est caractérisée par un écoulement considérable du lait. Nuël Gueneau de Mussy a observé une femme atteinte de cette anomalie fonctionnelle, qui avait la mamelle gauche atrophiée et dont la droite fournissiit jusqu’à sept litres de lait par jour.

On donne le nom de « lait répandu », aux maladies qui surviennent peu lani et même longtemps aiirès Tallaitcment et que l’on attribue à de prétendues migrations du lait dans l’organisme.

I.-V'FI.EF.-VGKS MORAEBS. - Lcs imprcssions morales vives réagis-

LA GÉNLRATION HUMAINE.

sent, le plus souA’ent, sur la lactation et, comme le fait remarquer Vogel, la glande mammaire offre en cela de la ressemblance avec la glande lacrymale qui joue un rôle dans presque toutes les grandes affections de Tàme.

Les émotions douces activent la sécrétion lactée. C’est ainsi que les cris ou la vue seule de l’enfant font éprouver à la mère qui allaite un tressaillement particulier, connu sous le nom de montée du lait. De même, la joie éprouvée par des nourrices à leur retour au pays a souvent pour résultat de faire sécréter en abondance le lait que l’ennui avait tari. « Ces influences morales, dit Liégeois, s’exercent aussi sur les animaux ; un grand nombre de femelles ne donnent du lait qu’à la vue de leur nourrisson, et Levaillant, dans ses Voyages en Afrique, assure même que lorsque le veau périt, on fait de sa peau un mannequin qui sert à tromper la vache. » On sait que les vaches donnent moins de lait quand elles sont traites par une main étrangère. La présence même d’un visiteur suffit quelquefois pour suspendre momentanément la lacta.tion.

Les impressions tristes diminuent la quantité du lait et altèrent sa qualité. On rapporte le cas d’un enfant qui fut pris de convulsions et mourut parce que sa mère lui donna le sein après un violent accès de colère ; une autre personne, frappée de terreur à la vue d’un incendie, perdit son enfant dans les mêmes conditions. LeD’Hiyn a publié l’observation d’une nouvelle accouchée qui, voyant entrer un agent de police dans sa chambre, fut si vivement impressionnée que son enfant mourut subitement au sein. Parmentier et Deyeux citent le cas, non moins curieux, d’une femme sujette aux attaques de nerfs chez laquelle le lait devenait, après chaque crise, visqueux comme du blanc d’œuf. Enfin, tous les traités de physiologie font mention d’une dame d’un caractère irascible qui perdit successivement dix enfants et ne conserva la vie du onzième qu’en lui donnant une nourrice.

Chez les personnes impressionnables, une sensation désagréab’e suffit pour suspendre momentanément la lactation : Siebold a connu une femme chez laquelle l’odeur du camphre produisait cet effet. Ces divers exemples prouvent assez l’action des influences psychiques sur la sécrétion lactée ; il ne faut pas croi.e, cependant, comme on le fait

communément, que la moindre contrariété trouble le lait. G est cette

crainte exagérée que les nourrices savent si bien exploiter. Un autie préjugé, non moins répandu, veut que le caractère de la nourrice, ses penchants et ses goûts se transmettent par le lait au nourrisson ; or rien n’est moins exact. La chèvre a-t-elle donc la propriété e coin muniquer son humeur capricieuse et turbulente aux peisonnes qui

DE l’allaitement.

font usage de sou lait? Les anciens partageaient cette erreur et ils attribuaient la férocité de Caligula, la cruauté de Néron, l’ivrognerie de Tibère et la tendance au vol de Rérnus et de Romulus au lait de leur nourrice.

uSiVGEs DU uAiT. — Le kit est un aliment complet, c’est-à-dire qu’il renferme tous les éléments propres à assurer l’alimentation et le développement des êtres animés : les éléments plastiques sont représentés par la caséine; les éléments respiratoires par le beurre et la lactine ; et les éléments minéraux, par les phosphates,chlorures, carbonates, etc. Aussi les jeunes animaux, et les enfants peuvent-ils se nourrir exclusivement de lait durant les premiers temps de leur existence. Plusieurs exemples bien connus prouvent même qu'il peut suffire à l’alimentation des adultes et des vieillards, comme le Grec Cimon et cette mère, dont parle Valère Maxime, qui furent allaités par leur propre fdle. Pline et d’autres auteurs anciens font mention de peuples qui ne vivaient que de lait ; les poètes en ont fait la principale nourriture de l’àge d’or. Les clystères nutritifs de lait que, depuis Abenzoard,

on administre dans le cas où l’alimentation normale ne peut avoir lieu, et la diète lactée à laquelle on soumet certains malades, pendant plusieurs mois et même plusieurs années, démontrent aussi que le lait suffit à l’entretien de la vie.

Le lait est utilisé comme agent thérapeutique dans une foule de maladies ; mais il convient notamment dans les affections cancéreuses et ulcéreuses de l’estomac et de l’intestin; dans la dyssenterie, la dyspepsie acide. En outre, il a été préconisé contre Thydropisie, mais n’est efficace que si elle est liée à l’albuminurie. Tel n’était sans doute pas le cas de l’hydropisie de Mazarin qui, d’après ce mots de Guily Patin, ne semblait pas éprouver de bons effets du régime lacté : « Nous le tenons enfin, écrivait ce médecin, il est hydropique, il boit du lait et ne guérit pas. »

Le lait est aussi employé avec avantage dans le lymphatisme et les aff^. étions des voies respiratoires, soit à l’état naturel, soit à l’état de petit-lait, de koumys, de beurre salé ou de crème préparée que l’on substitue à l’huile de morue. On a coutume de l’administrer dans tous les empoisonnements; mais à part certains poisons tels que le plomb, le sulfate de zinc et la noi.x vomique, dont il semble neutraliser les effets toxiques, son efficacité, comme antidote universel, est fort hypothétique. Eu Amérique, on a essayé de remplacer la transfusion du

sang par les injections intra-veineuses de lait ; mais ces tentatives ont toutes échoué.

LA GÉNÉBATION HUMAINE,

Grâce à ses propriétés émollientes, le lait est souvent employé à l'usage externe, en lotions, collyres, gargarismes, cataplasmes, bains locaux et même généraux. Pour se procurer cette dernière fantaisie, D.irius se faisait toujours suivre d’un troupeau d’ànesses. Les dames romaines prenaient aussi des bains de lait pour conserver la fraîcheur de la peau.

Le lait d'ànesse est recommandé aux gens affaiblis par l’àge ou les maladies. Il paraît que François l’a pris avant tout le monde en France, comme agent thérapeutique, sur la recommandation d’un médecin juif qu’il fit venir de Constantinople, « alors qu’étant trèsfaible et très-incommodé, les médecins français ne trouvaient aucun moyen de le rétablir » . Ce remède, dit la chronique, améliora si rapidement la santé du monarque que tous les courtisans et les dames de la cour s’empressèrent de suivre le même régime, pour peu qu’ils crussent en avoir besoin.

Guy Patin était très-enthousiaste du lait d’ànesse, il a cité des vieillards qui durent à son usage de vivre plus de quatre-vingt-dix ans.

Le lait d’ànesse est d’ailleurs depuis longtemps employé dans le traitement de la phthisie pulmonaire. «Je ne vois certes aucun inconvénient, dit Fonssagrives, à ce qu’on use du lait d’ànesse, à la condition de ne considérer ce moyen anodin que comme un élément très-accessoire du traitement des maladies graves ; mais ce lait est cher, et quand je vois dés poitrinaires pauvres s’imposer de lourds sacrifices d’argent pour payer leur tasse (juotidienne de lait d’ànesse, je me dis que cet argent converti en beefsteacks ou en courses de fiacre aurait pour eux une utilité plus effective. »

Le lait de femme a été conseillé dans les mêmes cas que le lait d'ànesse. Baumes assure qu’un Anglais, arrivé au dernier degré de la phthisie, prit successivement deux nourrices et guérit en quatre mois et demi. D’autres médecins ont préconisé le lait de femme pour les hommes affaiblis. Mais, comme le fait remarquer Tissot, le vase n’exciterait-il pas des désirs que l’on cherche à amortir, et ne seraiton pas exposé à voir se renouveler l’aventure du prince dont Capivacrio nous a transmis l’histoire ? On lui donna deux nourrices ; le lait produisit un si bon effet, qu’il les mit en état de lui en fournir de plus frais au bout de neuf mois.

Aétius, pour combattre l’empoisonnement par les cantharides, recommandait le lait de femme, pris directement aux mamelles.

DE l’allaitement.

ARTICLE II

DE l’allaitement.

On distingue plusieurs espèces d’allaitements : i’ V allaitement maternel; 2' l'allaitement étranger; 3° l'allaitement artificiel.

ALUvixEMExx MAXERivEE.— L’allaitement maternel est le plus conforme au vœu de la nature.

A qaoi bon ce sein blanc sans cette bonche roae,

a dit le poète. « En remplissant de lait le sein des mères, écrit Plutarque, la nature montre qu’elles doivent nourrir elles-mêmes l’enfant qu’elles viennent de mettre au jour. » « La femme, dit encore Marc-Aurèle, cité par A. Paré, est moitié mère pour enfanter et moitié pour la nourriture de son fruit, de façon qu’elle se peut appeler mère entière lorsqu’elle a enfanté et nourri son enfant de ses propres mamelles. » Celle qui nourrit, dit même un adage latin, est plus mère que celle qui a mis au monde : Quce lactat, mater magis qiiam quce genuit. Et l’on comprend que le bâtard d’Alembert ait écrit : « Ma vraie mère est celle qui m’a nourri de son lait, je n’en connais pas d’autre. » Tite-Live raconte que Gracchus, rentrant victorieux dans Rome, aperçoit sur les remparts sa mère et sa nourrice : c’est dans les bras de cette dernière qu’il se jette d’abord et lui donne en présent un riche collier d’or, tandis qu’il n’offre à sa mère qu’un simple anneau d’argent. En Orient, on reconnaît un degré de parenté aux enfants qui ont la même nourrice et, en France, on les considère comme des frères ou des sœurs de lait.

Allaiter l’enfant auquel on a donné le jour n’est- e pas, en effet, le premier devoir de la maternité ? Certes l’accomplissement de cette tâche n’est pas exempt de soucis ; il entraîne de grandes fatigues et de nombreux sacrifices ; souvent même, quoi qu’en dise Rousseau, la santé peut être sérieusement compromise et plus d’une mère a pu s’écrier avec Andromaque :

’ O mon fils, qne tes jours coûtent cher à ta mère 1

mais il est une source féconde de joies ineffables, qui aident à supporter CCS pénibles épreuves.

LA GÉNlinATION HUMAINE.

Laurent Joubert a fait une description à la fois naïve et charmante des joies que procure l’allaitement. « Y a-t-il, dit le médecin d’Henri III, printemps pareil à celui que donne un enfant qui mignarde et flatte sa nourrice en tétant? Quand, d’une main il découvre l’autre sein, et de l’autre lui prend ses cheveux ou son colet en s’y iouant ; quand il rue coups de pieds à ceux qui le veulent détourner, et en un même instant iette, de ses yeux gracieux, mille petits ris et œillades à sa nourrice? Quel plaisir est-ce de le voir parfois despiteux et fasché d’un rien ! Quel plaisir est-ce d’entendre les folies des petits enfants et de voir leurs badineries 1... N’y a-t-il pas plaisir et passe-temps quand ils ne veulent quitter leur mère et leur nourrice et ne veulent aller à une aultre personne, quelque présent ou flaterie qu’on leur sçaclie faire ; quand ils ne veulent permettre que leur nourrice caresse, en leur présence, un aultre enfant ou luy donne à téter ? Cette grande amour, ioincte à jalousie, est si plaisante et agréable qu’elle ravit le cœur d’une nourrice si elle est de bon naturel, humaine et gracieuse, tellement qu’elle n’ayme pas davantageses propres enfants que l’estranger qu’elle nourrit. Et que peut-il être quand la mère propre est sa nourrice? Si vous prenez plaisir à ce qu’un aultre aura faict, comme à un hure, une peinture ou autre chose artificielle, combien plus à ce qui sera sorti de vostre esprit ? Sans doute, l’amour et le plaisir redoublent à l’endroict des mères qui nourrissent leurs enfants. Car, au contraire, Dieu permet bien souvent que les enfants aiment plus leur nourrice que leur mère. »

A part les satisfactions morales qu’il procure, l’allaitement maternel a, sur l’allaitement étranger, l’avantage de convenir davantage à la constitution de l’enfant. Andral a vu des nourrices donner des convulsions à tous leurs nourrissons , alors que leurs propres rejetons n’éprouvaient aucun malaise. En outre, la mère veillera mieux qu’une mercenaire aux soins de propreté et aux besoins de son enfant, « la sollicitude maternelle ne se supplée point », a dit avec raison J. -J. Rousseau.

Mais il faut bien le reconnaître, trop de femmes cherchent à éluder toutes les charges du ménage ; « elles prendi’aient A'olontiers, dit Guépin, si cela se pouvait, une femme de peine pour mettre au monde leur enfant ». L’indifférence et l’égoïsme l’emportent sur toutes les raisons physiologiques et sociales qui militent en laveur de 1 allaitement maternel, et les femmes préfèrent suivre les conseils de 1 Armando des Femmes savantes.

Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires. Les bas amusements de ces sortes d affaires.

Page 1