‹ La génération humaine (volume 2)Chapitre 43 sur 50 · DE L’ALLAITEMENT · texte numérisé non relu

DE L’ALLAITEMENT

Les remarques de l’auteur d'Emile sur le même sujet sont encore justes à notre époque. «J’ai vu quelquefois, dit ce philosophe, le petit manège des jeunes femmes qui feignent de vouloir nourrir des enfants. On sait se faire presser de renoncer à cette fantaisie : on fait adroitement intervenir les époux, les médecins, surtout les mères. Un mari qui oserait consentir que sa femme nourrit son enfant serait un homme perdu ; l’on en ferait un assassin qui veut se défaire d’elle. Mari prudent, il faut immoler à la paix l’amour paternel. »

Un des plus beaux titres de gloire de Rousseau est peut-être d’avoir défendu avec ardeur l’allaitement maternel contre les préjugés de son temps. Franklin s’occupait aussi de cette question avec la plus grande sollicitude et, dans le testament de Fortuné Ricard, il a eu l’idée de disposer, par une clause spéciale, d une somme de deux milliards pour primes à 1 allaitement maternel. Mais que devons^nous penser de ces philosophes, tels que Van Helmont et Stahl, qui considèrent le lait comme un aliment tout à fait insuffisant et conseillent la bouillie dès les premiers jours de la naissance. Zimmerman lutta en vain contre ces funestes doctrines, ce qui lui faisait dire « qu’il serait plus aisé de transporter les Alpes dans les vastes plaines de l’Asie que de désabuser une femme écervelée » .

Chez les anciens, 1 allaitement maternel semble avoir été plus en honneur que de nos jours (1); c’est qu’ils craignaient que leurs enfants ne prissent, avec le lait, les penchants d’une nourrice dont ils ignoraient les mœurs et le caractère. « Jamais, écrit Plutarque à propos de Caton le Censeur, l’affaire la plus pressée, à moins qu’elle ne regardât la république, ne 1 empêchait d’être auprès de sa femme quand elle lavait et emmaillottait son enfant qu’elle nourrissait de son lait. »

^ Au moyen âge, la coutume de nourrir son enfant était encore trèsrépandue, elle existait même dans les classes les plus élevées, ainsi que le prouve cette anecdote empruntée à Varillas : « La reine Blanche voulut être la nourrice de son fils, et, comme il est bien malaisé de s’exempter d’être jaloux de ce que l’on aime beaucoup, elle ne put souffrir que saint Louis prît d’autre lait que le sien. Un jour (1214) que la reine était dans la plus grande ardeur d’un accès de fièvre qui dura extraordinairement, une dame de qualité qui, pour lui plaire ou pour l’imiter, nourrissait aussi son fils, voyant le petit Louis pleurer de soif s ingéra de lui donner la mainelle.La reine, au sortir de son accès demanda son fils et lui présenta la sienne ; mais le petit Louis n’en vou-

lut point, soit qu’il fût pleinement rassasié, soit qu’un lait brûlé le rebutât après en avoir pris autant de frais qu’il lui en fallait. Il n^’était pas difficile d’en deviner la cause, et la reine la soupçonna d’abord. Elle feignit d’être en peine de remercier la personne à qui elle était redevable du bon office rendu à son fils durant son mal, et la dame, croyant faire sa cour, avoua que les larmes du petit Louis l’avaient si sensiblement touchée qu’elle n’avait pu s’empêcher d’y mettre remède. Mais la reine, au lieu de repartir, la regarda d’un air dédaigneux, et, entrant avec force son doigt dans la bouche de l’enfant, le contraignit de vomir le lait qu’il avait pris. Cette violence donna de l’étonnement à ceux qui la virent ; la reine pour le faire cesser dit : « Je ne puis endurer qu’une autre femme ait droit de me disputer la qualité de mère. »

Saint Louis fut d’ailleurs le seul roi de France qui n’eut pas de nourrice. On cite aussi Philippe, duc d’Orléans, régent de France, qui fut allaité par sa mère Charlotte-Élisabeth de Bavière. Actuellement madame la comtesse de Paris donne le bon exemple en nourrissant son dernicr-né le petit prince Jacques.

11 est pourtant des circonstances où les femmes, bien que désirant remplir leur devoir de mère, sont obligées de renoncer à l’allaitement : par exemple dans les cas de bec-de-lièvre de l’enfant, de vicieuse conformation du mamelon, d’abcès du sein, de maladie intercurrente ou de faiblesse constitutionnelle ; « et pour moi, dit Rousseau, je penserais bien aussi qu’il vaut mieux que l’enfant suce le lait d’une nourrice en santé que d’une mère gâtée, s’il avait quelque mal à craindre du même sang dont il est formé. »

La précocité de l’éruption dentaire est encore un obstacle à l’allaitement au sein. Ainsi pour Louis XIV, qui vint aumonde avec des dents, on fut obligé de changer plusieurs fois de nourrices à cause des morsures qu’il leur faisait, et non, comme le prétend Dionis, parce que ce prince avait un grand appétit.

Enfin, dans le cas où la mère aurait deux jumeaux, elle fera bien de n’en garder qu’un et de confier l’autre à une mercenaire . en alternant tous les mois avec la nourrice, elle conservera une égale affection pour ses enfants.

iiygiènie: de E'AEEAfXEMiiiMX. — C’est U ne mauvaise habitude, fort coihmune en Angleterre, de ne mettre 1 enfant au sein qu après la fièvre de lait, laquelle, on le sait, arrive le troisième jour et ne dure que quelques heures, « semblable, dit Mauriceau, à un feu^ do paille qui s’éteint aussitôt allumé». Le sein doit, au contraire, être présenté le plus tôt possible, quatre ou cinq heures après la délivrance.

DE l’allaitement.

afin de prévenir l’engorgement de cet organe et pour que le nouveauné y puise le colostrum qui, par son action laxative, facilite l’expulsion des muquosités intestinales. Le colostrum possède, en outre, des propriétés nutritives dont il est utile de faire profiter l’enfant. Boerhaave va jusqu à prétendre, après avoir expérimenté sur lui-même, que le

colostrum contient des principes assimilables en assez grande quantité pour soutenir des hommes très-robustes.

Nous avons déjà dit que si le mamelon se crevasse et provoque de trop vives douleurs, il faut avoir recours aux bouts de seins artificiels (fig. 214) terminés par un petit chapeau en caoutchouc, en liège ou par une tétine de vache. Quand le mamelon est trop court et comme refoulé

Fig. 217. — Tire-lait i aspiration vibratoire du D' Matton.

dans la glande mammaire, on le développera soit au moyen d’une pipette (fig. 216,216), soit à l’aide d’une ventouse spéciale (fig. 217), ou d’une pompe téterelle. La gueule d’un jeune chien, la bouche d’un nouveau-né plus âgé ou celle d’une personne saine peuvent rendre le même service. Bouchut veut qu’on engage le mari à prendre la place de son enfant. « C’est, dit Vogel, une proposition que je n’ai jamais faite jusqu à présent, et je doute qu’il se trouve en Allemagne beaucoup de maris assez galants pour rendre à leur femme un service do cette

LA GÉNÉUATION HUMAINE.

nature. » 11 sera facile d’éviter ces inconvénients en suivant le conseil de Trousseau, qui recommandait aux jeunes mères de façonner le mamelon dès le septième mois de la grossesse.

Les divers moyens que nous venons d’indiquer peuvent servir aussi à tirer le lait des seins quand ils sont engorgés.

Le D' A. Fournier a fait construire par M. Mathieu un bout de sein spécial (fig. 218) pour permettre aux nourrices syphilitiques d’allaiter un enfant sain et réciproquement, sans crainte de contagion. Mais dans l’un ou l’autre cas, il sera plus sage de recourir à l’allaitement artificiel.

Pour le nouveau-né, comme pour l’adulte, la régularité des repas est la condition essentielle d’une bonne santé ; les présentations du sein

ne sera présenté qu’une ou deux fois, et la recommandation faite par Fonssagrives de suspendre l’allaitement de onze heures du soir à cinq heures du matin nous paraît impraticable.

Une habitude contre laquelle on ne saurait trop réagir, est celle qui consiste à mettre l’enfant au sein a tout instant, pour apaiser ses cris ; en agissant ainsi, on surcharge outre mesure son estomac et on l’expose à de fréquentes indigestions. Les repas donnés toutes les deux ou trois heures sont suffisants.

Quant aux régurgitations des nouveau-nés bien réglés, elles n’ont aucune gravité : de là ce dicton de nourrices, qu’il ne faut cependant pas trop généraliser, enfant vomissant, enfant bien venant (1). Que ces vomissements soient anodins ou qu’ils soient symptomatiques d’uue affection intestinale, ils peuvent se manifester pendant le sommeil ; aussi recommande-t-on de ne jamais coucher les enfants sur le dos et la tête basse, dans la crainte que le lait caillé ne pénètre dans les voies respiratoires et ne détermine l’asphyxie. On devra le placer sur le côté droit et non sur le côté gauche. « Si, dit Vogel, l’on couche un nour-

(I) « Car, dit Jacques Duval, ceux que Dieu a voulu favoriser d’une si forte nature, qu'elle les induit à rejetter par vomissement ce qu’on leur baille de trop et par excès, évitent l’oppression qu’on leur fait par inadvertance, et deviennent mieux. •

Fig. 218. — Boni de seie à soupape ponr l’allaitement des nourrices syphilitiques du D’’ A. Fournier.

devront donc s’opérer à des intervalles réguliers et qui varieront avec l’àge de l’enfant. Dans les deux premiers mois de la naissance, on donnera à téter toutes les deux heures pendant le jour ; plus tard, on le fera toutes les trois ou quatre heures. La nuit, le sein

DE l’allaitement.

risson sur le côté gauche pendant qu’il tête ou peu de temps après, il devient ordinairement inquiet et finit par vomir ; ce qui parait dépendre du poids et des dimensions considérables du foie, ce dernier exerçant dans cette position une compression sur l’estomac. De là il résulte que les enfants prennent plus facilement le sein gauche, qu’on les y applique plus souvent et que ce sein renferme plus de lait que le sein droit. Ce qui semble donner une plus grande vraisemblance à cette explication, c’est que des nourrissons qui refusent opiniàtrémeut de prendre le sein droit l’acceptent souvent sans la moindre résistance dès que la mère leur place les jambes sous le bras droit de manière à les faire boire couchés sur le flanc droit. »

Plusieurs auteurs attribuent l’infériorité de force et d’activité du membre supérieur gauche à l’habitude qu’auraient les nourrices de porter les enfants sur le côté droit. Cette attitude permettrait, en effet, au bras droit de l’enfant de se mouvoir librement tandis que le gauche serait gêné dans ses mouvements et son développement par la poitrine de la nourrice. Mais cette assertion repose sur une erreur d’observation,car les nourrices se servent plus volontiers du bras gauche que du droit, et, comme l’a fait observer Malgaigne, la préférence que nous accordons à la main droite est purement instinctive ; elle a sa cause dans l’organisation elle-même et non dans l’éducation de la première enfance.

En ce qui concerne l’hygiène de la mère qui nourrit, nous rappellerons les indications précédemment détailKes : elle devra éviter les écarts de régime, les grandes fatigues, et toutes les affections morales vives qui peuvent troubler la lactation. Les bains chauds, ceux de rivière ou de mer seront pris sans inconvénient.

Quant aux rapports sexuels, certainsmédecinsles interdisent auxnourrices, taudisque d’autreslespermettent, à la condition cependant qu’ellei n’en abusent pas. «Quelques-uns, dit l’auteur du Traité des Hermaplirodits, defïèndent exactement aux nourrisses de leurs enfans, d’aprocher de leurs maris, craignans qu’elles ne troublent le laict, et qu’elles n’en deviennent trop échauffées. Ce que toutefois il ne faut entendre à toute rigueur : car la nourrisse qui sera d’une bonne nature, joviale et gaillarde, ayant désir du couple avec son mari, si elle sent que cela lu y soit totalement dénié, elle s’eschauffe tellement en son harnois, que le laict se gaste, brusle et sent le bouquin, dont il est rendu beaucoup plus mauvais et pernitieux : mais quand elle a esté délactée de quelques médiocres embrassements, elle est rendue plus modeste, tranquille et tempérée. Le laict en est meilleur, plus doux, gratieux et convenable pour la santé de l’enfant. La conception en peut survenir ; cela est

vray, mais le cas advenant, il vaut mieux changer de nourrisse, que de faire lêter à un enfant des arsureaux et laict sentant le bouquin, dont la vie et moeurs périclitent, aussi bien comme de succer du laict d’une femme trop débidineuse, ou yvrognesse, qu’il faut changer incontinent qu’elle aura esté recognue telle. »

Pour les femmes qui veulent mener de front les devoirs maternels et les plaisirs mondains, et qui donnent, comme je l’ai déjà vu, le sein entre deux contredanses, il est préférable, dans l’intérêt de leur enfant et aussi de leur propre santé, qu’elles abandonnent à des étrangères une tâche dont elles s’acquittent si mal. « La bonne santé, dit Desessartz, la gaieté, les caresses du nourrisson, voilà les spectacles, les bals, les fêtes d’une bonne mère. » ’

A.Li.ii.i'rEMEiv'r ÉXRÜ.IVGER. — Quand une mère ne peut ou ne veut pas nourrir son enfant, elle doit recourir à l’allaitement mercenaire, <t deux mots, dit Donné, qui hurlent de se voir accouplés » Les nourrices chargées de ce soin sont de deux sortes : les nourrices sur lieu et les nourrices de campagne. Les premières sont moins mauvaises que les autres parce qu’elles peuvent être plus facilement surveillées.

Quant aux enfants envoyés à la campagne, ils courent trop souvent risque de n en pas revenir, car ils sont exposés aux plus grands dangers: d abord, à la possibilité d une substitution, et c’était pour éviter cette méprisé, que les Romains mettaient au cou des nouveau-nés un collier appelé crepundia (jouets d’enfants) ; puis, aux maladies de l’appareil respiratoire, surtout pendant le voyage en troisième classe j aux affections de la peau, par malpropreté, et aux hernies, en laissant crier les pauvres petits dans leur berceau ; enfin, aux inflammations de l’intestin, après l’usage abusif d’aliments grossiers et indigestes, substitués au lait de la nourrice qui le réserve à son propre enfant. Ainsi s’explique l’effrayante mortalité des nouveau-nés placés en nourrice à la campagne. Dans le canton de Nogent-le-Rotrou en 1838 et 1859, il y eut 753 décès sur 1775 nourrissons envoyés des bureaux de Paris.

Pour remédier à ce véritable fléau, on a nommé dans toutes les communes, en exécution de la loi Roussel promulguée le 23 décembre 1874, des médecins et des personnes notables, chargés d’inspecter les enfants âgés de moins de deux ans qui ont été confiés à des mercenaires. Mais ces précautions sont insuffisantes et n’ont donné jusqu à présent que de médiocres résultats, car il est impossible d’exercer une surveillance- sérieuse sur les nourrices. Il serait bien préférable, ainsi que MM. Blache et Odier l’ont proposé, de faire peser

DE l’allaitement.

Tciifant tous les huit jours à la mairie en présence du médecin de la localité. En outre, on devrait infliger des amendes et certaines peines aux nourrices qui ne rempliraient pas leur devoir, et récompenser les autres.

Comme l’observe judicieusement le D'’ Déclat, dans VHygiène des enfants nouveau-nés, au temps de Louis XIV les enfants mis en nourrice étaient plus protégés que de nos jours. Ainsi une ordonnance de janvier 1713 dit : « Le bien de l’État étant toujours intéressé à la conservation et à l’éducation des enfants, nous n’avons pas cru qu’il fût indigne de notre attention de pourvoir nous-même à une partie si importante de la police... Faisons défense aux nourrices d’avoir en même temps deux nourrissons, à peine de fouet contre la nourrice, et de 50 livres d’amende contre le mari, et d’être privés du salaire qui leur sm dû pour l’un et l’autre enfant. — Faisons défense, sous peine de punition corporelle, à toutes nourrices qui se trouveront grosses, de prendre des enfants pour les nourrir, et à peine de 50 livres d’amende pour les maris. — Enjoignons aux nourrices d’avoir soin des enfants qu’elles allaiteront , et en cas qu il se trouvât qu’ils eussent péri par leur faute, voulons quelles soient punies suivant la rigueur de nos ordonnances. — Afin d’obvier à l’abus pratiqué par quelques nourrices, de mettre coucher leurs nourrissons dans leur lit dont plusieurs se sont trouvés étoulles et estropiés, leur enjoignons d avoir chez elles un berceau pour y mettre l’enfant, et d’en faire apparoir à leur curé ; défendons aux dites nourrices de mettre dorénavant leurs nourrissons à côté d’elles dans leur lit, ou de mettre plusieurs nourrissons ou autres enfants dans le même berceau, à peine de 30 livres d’amende, ou même de punition corporelle s’il y échoit. »

Aujourd hui, tous ces abus sont pratiques impunément au grand jour. Cependant il y a quelques années, la Cour de Paris a condamné à quinze jours de prison, pour homicide involontaire d’une enfant de quatre mois, la femme Faustin qui, devenue enceinte, avait cessé d’allaiter son nourrisson et lui avait donné du lait de chèvre sans avertir la mère. C’est malheureusement le seul jugement de cette nature que nous ayons à enregistrer, alors que les délits analo<^ues sont si nombreux. ®

CHOIX O’C.'IJE XOCRHICE. - « Le choix d’une nourrice, dit Lorain, est chose délicate, et il n’existe pas de branche de l’industrie humaine où la tromperie soit plus fréquente. Les nourrices tromnent sur leur âge, sur l’àge de leur lait, sur leur provenance ; elles doivent etre surveillées avec soin, et suivies, pour ainsi dire, pas à pas. L’insti-

CIG

tution des bureaux de nourrices ne protège pas suffisamment le public et les médecins contre certaines fraudes. Ainsi les nourrices à Paris font souvent usage de faux papiers ou de papiers empruntés qu’elles se prêtent les unes aux autres ; elles arrivent de la sorte à réaliser iïdéal de toutes ces femmes, qui est de se donner pour des nourrices de Bourgogne, mariées, accouchées depuis trois ou quatre mois; fréquemment elles produisent et montrent comme leur, un enfant de belle mine qui ne leur appartient pas. Elles font souvent venir à Paris leur mari comme ouvrier terrassier ou homme de peine, et entretiennent en secret des relations avec lui, alors que la chasteté leur est imposée. »

Voici les qualités que doit posséder une bonne nourrice. De belles dents, les gencives roses, des cheveux bruns ou. noirs ; « elle sera belle à voir », selon l’expression de Mnesithée de Cyzique. Elle aura de vingt-cinq à trente ans ; elle jouira d’une excellente santé et ne portera aucune trace d’antécédents syphilitiques ni scrofuleux ; elle sera d’une grande sobriété, d’une intelligence suffisamment développée, d’un caractère placide et enjoué. Ses règles ne devront pas reparaître avant le huitième mois. Elle aura déjà fait une nourriture et n’allaitera pas deux enfants à la fois. L’âge de son lait ne s’éloignera pas trop de celui du nourrisson et elle sera accouchée au moins depuis deux mois, parce que les crevasses et abcès du sein apparaissent le plus souvent avant cette époque. Les seins volumineux et ronds ne sont pas toujours les meilleurs, la forme de poire est préférable, et le développement de veines bleuâtres à leur surfac.e est, comme chez la vache, d’un bon augure ; on s’attachera surtout à choisir un mamelon saillant, bien formé et d’où le lait jaillira avec abondance à la moindre pression. La qualité du lait pourra être appréciée au lactoscope et sa quantité à l’aide de la balance, en pesant l’enfant avant et après une tétée ; nous savons qu’il doit augmenter chaque fois de 60 à 100 grammes. Une femme mariée offre généralement plus de sécurité qu’une fille-mère, et l’on choisira une campagnarde de préférence à une citadine exigeante et coquette. Nous avons connu une nourrice parisienne qui ne A'oulait pas laisser l’enfant s’endormir au sein, sous prétexte qu’il lui déformait les mamelons. Enfin, il vaut mieux avoir une nourrice à domicile pour la surveiller et lui faire prendre ses repas à la table des maîtres, que de la tenîr éloignée.

Tels sont les caractères traditionnels de la parfaite nourrice. Mais ce signalement est purement idéal et il est difficile, pour ne pas dire impossible, de rencontrer toutes ces qualités réunies chez la même personne. Écoutons plutôt le D'" Bessières envoyant à un de ses amis la consultation humoristique suivante sur le choix d’une nourrice '•

DE l’allaitement.

Vous me dites, ami, pour ma femme il me faut Une perle, un trésor, un être exempt de vice,

Qui va droit dans la vie et qui jamais ne fault.

Toujours digne en un mot du doux nom de nourrice.

Que vous connaissez peu ce sexe aimable et doux,

Qui fournit à foison l’espèce des nounous!

Croyez-moi... pour trouver une semblable fille.

Mieux vaudrait dans le foin rechercher une aiguille. Désireux cependant de vous être agréable.

Je veux dès aujourd’hui compulser mon dossier.

Et, de mes accouchées vous présentant la table.

Vous donner à choisir dans tout le colombier.

Voici d’abord Toinon, à la rude encolure.

Elle a trogne rougeaude, et rousse chevelure ;

Ses prodigieux appas, pesant sur l’ombilic.

Font rêver à ces monts, que décrit Copernic,

Sur l’astre de la nuit. Ah 1 fuyez ce lipôme Qui ne pourrait de lait fournir un seul atome. Préférez-vous la femme à maître Jean^Romain,

Elle est alerte et vive, a le cœur sur la main ;

Mais on me dit tout bas que sa dernière couche Fut, pour son pauvre époux, un incident bien louche. Aussi, dans son logis entend-on résonner,

Du matin jusqu’au soir, du soir au déjeuner.

Les cris et les gros mots, les coups et la taloche.

Aussi bien que chez feu le marquis de Galoche.

— Et cette belle fille au teint frais et dodu?

Faites-la s’approcher, c’est là mon dévolu.

— Arrêtez, mon ami, voyez... sous sa mâchoire,

La scrofule inflexible a creusé des sillons.

Que l’on croirait tracés avec une lardoire.

Puis j’ai là sous la main d’autres échantillons.

Mais Tune a le visage ainsi qu’une écumoire,

Et l’autre à son bras gauche avive un exutoire.

Cette blonde là-bas a de fort jolis yeux,

Mais ils sont, le matin, de plus en plus chassieux.

Et cette fille enfin, qui vous semble parfaite.

Cache d’affreux chicots dans une bouche infecte.

Ah I tenez, laissons là tontes ces mercenaires Qui ne vendent leur lait que pour de gros salaires.

Et dites de ma part, à votre aimable femme.

Que partout, de tous temps, en tous lieux, oii proclame

LA GÉNÉUATION HUMAINE.

La supériorité de la mère allaitant —

Ainsi que Dieu le veut — son trésor, son enfant.

Oh 1 combien il est doux pour le cœur de l’épouse.

De presser sur son sein le fruit de son amour.

D’enlacer de ses bras, et la nuit et le jour,

L’image de l’époux dont elle est si jalouse 1

Mais si je supposais que, pour ce grand devoir.

Sa modeste santé vous mît au désespoir...

Eh bien 1 je chercherais et je serais heureux De trouver cette perle, espoir de tous vos vœux.

Dussé-je en essayant me remettre aux lisières.

Tout dévoué je vous reste et signe ;

Bessières.

Toutes les indications que nous avons données sur les qualités d’une nourrice ne sont que des signes de présomption, et il n’y a, répétonsie, qu’un moyen certain de distinguer un bon lait d’un mauvais, c’est la pesée liéquente de 1 enfant. Si son poids n’augmente pas dans les proportions indiquées précédemment, l’alimentation laisse à désirer et la nourrice doit être changée.

Un préjugé, fort accrédité de nos jours, veut que le changement de nourrice ou encore le mélange de plusieurs laits soient préjudiciables à l’enfant; mais il n’en est rien. On peut changer impunément de nourlice, le pi incipal est de le faire à temps. Les anciens avaient déjà rejeté cette erreur. Ainsi Platon voulait, dans sa république idéale, que les nourrices fussent en commun ; et les Romaines, d’après Aulu-Gellc avaient plusieurs nourrices à la fois pour le même enfant. Henri iv' on le sait, fut dilficile à élever; il essaya huit nourrices diflérentes • ce qui n’altéra en rien sa santé.

Il est bien rare que l’enfant repousse sa nouvelle nourrice, surtout quand, pour les premières fois, on prend la précaution de le mettre au sein à peine éveillé et dans l’obscurité, ou en dissimulant le visage de la nourrice qui gardera le silence. Parfois cependant toutes les tentatives échouent : le comte de Paris, par e.vemple, ne voulut pas accepter une seconde nourrice.

ACÏ.AIXEMEIVX AIIXIFICIEE. — Quoique le lait d’ànesse présente la plus grande analogie avec le lait de femme, on se sert ordinairement , pour l’allaitement artificiel, du lait de vache parc(! qu’il est d’un prix peu élevé et se trouve partout. Les appareils employés pour ce mode d’alimentation sont le biberon (de bibere, boire;, qui esi

DE l’aLLAITEiMENT.

une irailation grossière du sein de la nourrice, et le verre ou la cuiller, dont l’usage constitue l’allaitement dit au petit pot. Le biberon est préférable au petit pot parce qu’il reproduit mieux pour l’enfant les conditions de l’allaitement naturel.

Il y a deux sortes de biberons ; 1» ceux ajutage fixe que l’on est

ea cristal, manieloa ea ivoire ilc)ii,.lu. Biberon Cbarrière.

Fig. 221. — Biberon Leplanquais à goulot llcaible.

obligé de tenir pendant le repas du nourrisson, ce sont les biberons Darbot, Breton, Leplauquais (fîg. 221), Cbarrière (üg. 219), Mathieu

Fig. 222.

Fig. 222;

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