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DU SPERME

Sécrétion et trajet du sperme. — De toutes les sécrétions de l'économie, celle du sperme est la plus lente; les flexuosités multiples, la longueur exceptionnelle et le petit calibre des vaisseaux spermatiques et sanguins qui président à son élaboration sont autant de causes qui en ralentissent le cours.

Sécrété par les tubes séminifères des lobules du testicule (fig. 10), le sperme traverse successivement : le rete testis, les cônes efférents, Vépididyme (fig. 42), le canal déférent, et se porte dans les vésicules séminales, où il séjourne jusqu'au moment de l'éjaculation. Nous verrons bientôt que, pendant cet acte, les vésicules séminales se contractent et chassent le liquide spermatique dans les conduits éjacu^ Meurs, qui le déversent à leur tour dans Vurbtre d'où il s'échappe au dehors par le méat urinaire.

Caractères du sperme. — Tel qu'il est éjaculé, le sperme est un liquide de nature complexe, résultant du mélange des différents fluides sécrétés par la prostate, les glandes de Cooper et de Litlre. Son odeur lui vient des humeurs qui lui servent de véhicule : elle a été comparée à celle de l'eau de javelle, de la limaille d'os, des truffes crues, des fleurs de chanvre, de dattier, de catisier, de châtaignier ou d'épine-vinette ; sa couleur opaline, est due au liquide prostatique; sa teinte grise et quelquefois noire, au mucus des vésicules séminales. Sous l'influence de rapports sexuels répétés à de courts intervalles, il n'est pas rare de voir le sperme teinté en rouge par le sang qui provient des vésicules séminales. Sa viscosité, qui lui permet d'empeser le linge, lui vient des glandes de Cooper. Enfin sa saveur est salée comme toutes les sécrétions de l'économie.

Des spermatozoïdes. — Lorsqu'on examine le sperme au microscope, on observe une multitude de corpuscules filamenteux appelés spermatozoïdes (fig. 43), dont la longueur totale mesure l/20e de millimètre et qui sont animés de mouvements ondulatoires très rapides. Ils peuvent, en une seconde, franchir une distance égale à la longueur de leur corps. Ces filaments ont été découverts en 1677 par un étudiant de Dantzig, Louis Hamm. Il sont pourvus d'une tête ou renflement ovoïde et d'une queue représentée par un appendice long et grêle. Leur forme et leurs allures rappellent celles des jeunes têtards de grenouilles frétillant dans la vase.

Après la mort, les mouvements des spermatozoïdes durent de vingtquatre à soixante-douze heures, comme on a pu le constater sur des suppliciés. Dans les voies génitales de la femme, leur faculté motrice persiste beaucoup plus longtemps : leD"" S.-R. Percy,deNew-York, a vu ces filaments se mouvoir après un séjour d'une semaine dans le vagin d'une personne assez complaisante pour se prêter à cette expérience.

Époque de l'apparition des spermatozoïdes. — Le sperme peut sortir des voies génitales dès l'âge de douze ans, mais il est dépourvu de spermatozoïdes. Ces derniers n'apparaissent qu'à l'époque de la puberté, c'est-à-dire vers l'âge de dix-huit ans. Exceptionnellement, les spermatozoïdes se rencontrent dans le liquide fécondant avant la puberté ; saint Jérôme a cité le cas d'un enfant de dix ans qui engrossa sa nourrice.

D'après les recherches du D"" Dieu faites à l'Hôtel des Invalides sur des vétérans âgés de plus de soixante-dix ans, le quart seulement des

sujets examinés ne possédaient plus de spermatozoïdes. Casper en a trouvé chez un vieillard de quatre-vingt-seize ans.

FiG. 43. — Spermatozoïdes de diverses espèces animales.

A. Spermatozoïde du cochon d'Inde. — B. Du taureau. — C. Du mouton. — D. Du cheval. — E. Du lapin. — F. Du rat. — G, G'. De l'homme. — H. Du coq. — I. Du moineau. — K. Du pigeon. — L. De la perche. — M. Du brochet. — N, 0. De la grenouille (en hiver). — P. Granulations mobiles du sperme chez le môme animal. — Q. Spermatozoïdes de la grenouille (en été). — R. Plaque épithéliale. — S. Spermatozoïdes à petite tête que l'on rencontre parfois chez l'homme.

Influence des agents chimiques et physiques sur les mouvements des spermatozoïdes. — L'étincelle électrique foudroie les spermatozoïdes. De même l'eau froide et les solutions acides arrêtent leurs mouvements. Aussi de nombreux cas d'infécondité n'ont-ils d'autre cause que ces liquides, pris en injection, aussitôt après les rapprochements sexuels. Paul Dubois parle d'une femme qui aurait conçu après avoir employé de l'eau tiède à la place d'eau froide comme à l'ordinaire. A l'état normal, l'acidité du mucus vaginal est trop faible pour tuer les spermatozoïdes ; elle est d'ailleurs

neutralisée par l'alcalinité du sperme. Parfois cette acidité est très accusée et constitue la seule cause de la stérilité; on remédie à cet état par des injections alcalines d'eau de Vichy prises aussitôt avan l'accouplement. Si la fécondation se produit dans les cas de vaginite, ou inflammation du vagin, avec sécrétion purulente abondante, cela tient à ce que le pus est alcalin et n'altère pas les filaments sperma tiques ; de même leur vitalité est entretenue par la réaction faiblement alcaline du sang des règles et du mucus de l'utérus.

Examen médico-légal des taches de sperme. — Bien que les acides aient la propriété d'abolir les mouvements des spermatozoïdes, il n'en est aucun, pas même le plus énergique, qui ait le pouvoir de dissoudre ces filaments. Cette résistance à tout agent destructeur permet de retrouver les cadavres de spermatozoïdes dans les taches de sperme les plus anciennes : il suffit, pour cela, d'humecter la partie la plus maculée et de la porter sous le champ du microscope. On conçoit facilement les services que cette recherche peut rendre en médecine légale.

Tardieu a découvert, de la sorte, un cas de chantage des plus audacieux. Il s'agissait d'une accusation portée contre un jeune homme de bonne famille par le père d'une jeune fille, qui affirmait avoir été victime d'une tentative de viol et montrait comme pièce à conviction un drap souillé de nombreuses taches. L'examen microscopique décela, en effet, dans plusieurs de ces taches, la présence de spermatozoïdes, privés de mouvements, mais il démontra aussi, dans d'autres taches voisines, des globules de pus blennorrhagique. Or, l'accusé n'avait aucune maladie vénérienne tandis que le père de la jeune fille était affecté d'une urétrite aiguë.

Nature des spermatozoïdes. — L'extrême mobilité dont jouissent ces fdamcnts les a fait tout d'abord assimiler à de véritables animalcules; d'où leurs divers noms de spermatozoïdes, spermatozoaires elzoospermes (de ar.zp^La, semence et Zwov, animal). Mais, de nos jours, la plupart des physiologistes leur refusent les caractères de l'animalité, parce qu'ils n'ont pasla propriété de se reproduire; et ils les considèrentcommedes éléments anatomiques spéciaux, doués de mouvements semblables à ceux des cils vibraliles qui tapissent les parois de l'appareil respiratoire.

Parmi les animalculistes, nous citerons le professeur Pajot, qui fonde son opinion sur les résultats d'une expérience, sinon péremptoire, du moins originale. Après avoir exposé à la flamme d'une lampe

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l'extrémité d'une lame de verre préalablement recouverte de sperme, M. Pajot constata que les spermatozoïdes cherchaient, par des mouvements violents, à se dég-ager de la zone chauffée pour se réfugier au plus vite dans la région où le liquide séminal était intact. « Faire des efforts pour se délivrer, conclut le savant professeur, n'est-ce pas être doué de l'instinct de la conservation? N'est-ce pas donner un signe non équivoque de vie, d'animalité ? »

Genèse des spermatozoïdes. — A l'époque de la puberté, des cellules particulières appelées ovules mâles (fig. 44), par opposition aux ovules femelles fournis par les ovaires de la femme, apparaissent dans les canaux séminifères des testicules. Les spermatozoïdes se développent à l'intérieur de ces cellules. Dès qu'ils ont atteint un certain volume, l'enveloppe de leur vésicule se brise et ils deviennent libres. La rupture des vésicules peut se produire dans toute la longueur des conduits spermatiques ; mais, le plus souvent, elle s'effectue au niveau des tubes qui traversent le corps d'Hygmore. C'est pourquoi les spermatozoïdes sont plus nombreux dans Vépididyme et les canaux déférents que dans les canaux séminifères eux-mêmes. Plusieurs de ces cellules, qui n'ont pas atteint leur maturité complète, se rencontrent encore dans le sperme éjaculé.

De nos jours, les physiologistes ont abandonné les idées de Robin pour adopter la théorie si ingénieuse de la pré fécondation, imaginée par Balbiani et que nous exposerons bientôt dans tous ses détails.

Rôle des spermatozoïdes. — L'abbé Spallanzani a, le premier, démontré que la fécondation résultait de l'imprégnation directe de l'ovule femelle par le liquide spermatique, et non, comme on le pensait avant lui, de l'émanation d'un principe subtil, issu de ce fluide et nommé souffle séminal ou aura seminalis.

Il fut conduit à cette découverte en expérimentant sur des batraciens ; il habilla une grenouille mâle avec une culotte de taffetas ciré et la fit ensuite accoupler. On sait que l'accouplement de ces animaux

Fig. 44. — Développement des spermatozoïdes.

s'opère sans introduction du pénis dans les voies génitales de la femelle : le mâle est accroupi sur celle-ci, il l'étreint fortement et attend le moment de la ponte des œufs, pour les arroser, au passage, avec sa liqueur séminale. Or, dans ce cas, la fécondation n'eut pas lieu, tandis qu'elle s'effectua lorsque Spallanzani eut touché les œufs avec un pinceau imprégné du sperme recueilli dans le costume du mâle.

Plus tard, MM. Prévost et Dumas recherchèrent, en filtrant la liqueur séminale, quelle était sa partie fécondante ; ils trouvèrent que les spermatozoïdes jouissaient seuls de cette propriété et que la partie liquide en était dépourvue.

Les preuves physiologiques et pathologiques abondent d'ailleurs pour établir le rôle exclusif des spermatozoïdes dans la fécondation. En effet, ces filaments ne se rencontrent dans le sperme de l'homme qu'à partir de la puberté, et dans celui des animaux qu'à l'époque où les femelles sont en rut; enfin, les affections et les mutilations des testicules qui privent la liqueur séminale de spermatozoïdes, comme l'orchile double et la castration, sont toutes des causes de stérilité passagère ou permanente.

A l'état normal, c'est-à-dire chez les adultes bien conformés, les spermatozoïdes paraissent manquer environ une fois sur vingt. Aussi les médecins doivent-ils examiner au microscope le sperme du mari, quand ils sont consultés par une femme qui se plaint d'être stérile.

D'après M. Pajot, la richesse du sperme ne dépend pas seulement du nombre de spermatozoïdes mais surtout de leur vigueur. « Si elles pouvaient le prévoir, écrit ce professeur, combien les femmes se défieraient de ces mâles d'une si puissante opulence! Au milieu d'une tranquillité complète, quelle stupéfaction pour elles en s'apercevant que les graines jetées sur le seuil, ont pu s'introduire et fructifier dans la maison. Là est, en partie, le secret des grossesses avec intégrité de l'hymen. »

M. Pajot fait ensuite ces réflexions, à propos d'un cas de fécondation ignorée dont il donne le récit :

« A la fin de mon agrégation, il y a vingt-trois ans environ,' on m'annonce, à six heures du matin, qu'une personne est là qui veut absolument me parler, qu'elle attendra mon lever.

Devant une si grande insistance, je m'habille en hâte et je la reçois.

Je vois une dame d'une trentaine d'années, vêtue de noir, grande, brune, figure pâle, fatiguée, un sac de nuit à la main.

« — Monsieur, me dit-elle, je viens d'un pays très éloigné. J'ai passé la nuit en chemin de fer et je repars dans une heure. J'ai fait ce

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voyage pour vous adresser une question. Le médecin de mon pays a été votre élève, voilà comment je sais votre nom et votre adresse.

— Mais, madame, lui dis-je, pourquoi n'avoir pas fait cette question à votre médecin ?

— Vous allez voir que je ne le pouvais pas. // ne faut pas que je sois enceinte. Une femme peut-elle le devenir sans rapports, sans contact avec un homme ?

— Entendons-nous, madame, qu'appelez-vous sans contact ?

— Voici les faits : En revenant chez moi d'un château des environs, en calèche, avec un homme que j'aime et qui m'aime, mais auquel je ne dois pas appartenir, supposez tout, sauf le contact. Une grossesse serait-elle possible dans ces conditions ?

— Enfin, lui dis-je, madame, tout ouvrage est précédé d'une préface ?

— Tout, excepté cela.

— • Ce serait un bien grand hasard, cela n'est pas probable ; laissezmoi vous examiner.

« Ses règles n'avaient jamais manqué; elles manquaient depuis trois mois. L'aréole avait bruni. Le palper atteignait le fond de l'utérus au-dessus du pubis. Au toucher, le segment inférieur était développé. La muqueuse du pourtour de l'orifice nullipare molle et un peu gonflée. Nausées, vomissements, dégoûts, picotements des seins, enfin tous les signes d'une grossesse probable. Je lui dis ce que je pensais, la pressant encore de tout me révéler. Elle m'affirma avec un air de sincérité indéniable qu'elle avait dit toute la vérité et s'affaissa sur un siège. »

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