QUATORZE ANS
A nous, pour qui la vie est sombre ou sérieuse, Dis-nous ce qui t'enchante, ô fillette rieuse. Et fait d'un tel éclat briller tes yeux luisants. Sans nul souci du temps et des rides qu'il creuse, ' O joie adolescente, ô jeune grâce heureuse, Dis-nous quel grand bonheur rit à tes quatorze ans,
Et quel charme aujourd'hui redouble ton ivresse ; Et pourquoi l'on te voit, le cœur plein d'allégresse, Courir, chanter, danser à travers la maison, Sauter sur ta grand'mère et la trouver jolie, Rire et battre des mains ; dis, quelle est ta folie? Quel est le vin nouveau qui trouble ta raison ?
Qu'est-il donc arrivé? quel ange tutélaire, Fais ton rire si frais et ta chanson si claire? Pour rouvrir si gaîment tes grands yeux au soleil, Lorsque tu les fermais, ces beaux yeux, ô fillette, Sur ton oreiller blanc, dans ton humble chambrette, Dis quel rêve a passé dans ton chaste sommeil?
Je le connais, ton songe; ou palais, ou chaumière,
C'étaient, n'est-il pas vrai ? des lieux pleins de lumière,
Un ciel bleu, des oiseaux, des parfums, dos couleurs?
Et la vie était belle en ce pays magique,
Et tu t'y promenais au son de la musique,
Et des princes charmants t'y présentaient des fleurs ?
Un rêve! En faut-il plus à cette jeune tête ? Mais non : l'événement qui met son cœur en fête Est vraiment arrivé. Son bonheur est certain. Kegardez, ce n'est pas un songe, une chimère : Sur le petit rosier que lui donna sa mère. Le plus joli bouton a fleuri ce matin.
De la puberté. — Lors du premier écoulement menstruel, on a coutumede dire que la jeune fille « se forme », parce que cette époque coïncide avec l'âge de la puberté (de pubis^ poil follet), qui fait subir au physique cl au caractère des modifications importantes : les seins se développent, les formes s'accentuent, les hanches se dessinent, et le pubis se couvre de poils.
Nous avons dit que, chez le jeune homme, la puberté ne se manifeste qu'à l'âge de dix-huit ans et qu'elle correspond à l'apparition des spermatozoïdes dans la liqueur séminale. La puberté est donc plus précoce dans le sexe féminin que dans le sexe masculin ; aussi l'article 144 du Code civil pcrmet-il à la femme de contracter mariage à quinze ans, tandis que l'homme ne peut le faire qu'à dix-huit ans révolus. Toutefois l'âge fixé pour la femme est trop prématuré, car le développement de son bassin, que Burdach appelait le laboratoiredelagénération, n'est achevé que vers la vingtième année. C'est donc à cet âge seulement qu'il faudrait rapporter la nubililé{dG nubere, se marier) de la femme, c'est-à-dire la période où elle peut s'exposer à une grossesse, sans danger pour elle et pour son enfant. Les éleveurs connaissent bien les mauvais effets des reproductions précoces et n'emploient jamais de sujets trop jeunes.
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Anomalies dans l'apparition et la durée des règles. —
L'époque de l'apparition des règles et celle de leur cessation sont sujettes à de nombreuses anomalies.
Les règles peuvent être tardives et n'apparaître qu'à vingt ans et même plus tard: Brièrede Boismont cite une femme qui n'a 6té réglée qu'à quarante-deux ans. Dans d'autres cas, elle font complètement défaut : Jeanne d'Arc, si l'on en croit Villaret, « par un phénomène particulier qui semblait se lier à sa haute destinée, n'était point sujette à ce tribut périodique que les dames paient à l'astre des nuits ». Il est vrai que l'héroïne de Vaucouleurs n'avait que vingt ans quand elle mourut.
Par contre, les règles peuvent se montrer dans les premiers temps de la vie : Velpeau a rapporté l'observation d'une petite fille qui fut réglée à un an et demi. M. Comarmond, de Lyon, a vu une autre enfant réglée dès le troisième mois de sa naissance. Carus parle, dans ses écrits, d'une jeune fille réglée à l'âge de deux ans et qui devint enceinte à huit. Le D"" Molitor, d'Arlon, a observé à Oberpallen, dans le Luxembourg, une enfant qui fut réglée dès l'âge de quatre ans et devint enceinte à huit ; la grossesse se termina par l'expulsion d'une masse charnue ou môle et le séducteur fut condamné à cinq années d'emprisonnement.
Il ne faut pas regarder comme des règles précoces les écoulements sanguins qui apparaissent quelques jours après la naissance.
Les exemples de prolongation des règles bien au delà de l'époque ordinaire sont fort nombreux : plusieurs ont signalé l'existence de l'écoulement menstruel chez les femmes de soixante-cinq et même de soixante-dix ans. Pline raconte que Cornélie mit au monde Valérius Saturninus à l'âge de soixante-dix ans (?). Delamotle cite une fille de cinquante et un ans qui n'avait jamais voulu se marier, de peur d'avoir des enfants, et qui devint enceinte à cet âge. Capuron a accouché une femmeâgée de soixante-trois ans, et qui allaita son enfant.
Une anomalie curieuse de l'écoulement menstruel est celle de la femme de Lolh qui, suivant saint Irénée, « resta dans le pays de Sodome en statue de sel qui avait ses règles ». Un poète du temps de Henri II, a dit aussi :
La femme à Loth, quoique sel devenue, Est femme encor; car elle a samenstrue.
Durée de la période menstruelle et quantité de l'écoulement.— La duréedel'écoulementmenstruelvariedeun à huitjours.
Les auteurs ne sont pas d'accord pour fixer la quantité de sang perdue à chaque époque menstruelle, parce qu'elle varie suivant les femmes et qu'elle est subordonnée au climat, à la constitution, au genre de vie et à d'autres circonstances, comme l'impression du froid, les émotions morales et les maladies. Toutefois, Baudelocque fixe cette quantité à 120 grammes pour la France et Smellie à 130 pour l'Angleterre. Dans certains cas morbides, l'écoulement menstruel peut atteindre et même dépasser 500 grammes; il se transforme alors en « perle » et constitue la ménorrhagie (de [iV» lï^ois et prlyvofit, je sors avec violence), qu'il ne faut pas confondre avec la métrorrhagie (de fXTiTpa^, matrice), laquelle est une hémorrhagie utérine indépendante des périodes cataméniales.
Les femmes ont l'habitude d'évaluer, par le nombre des serviettes qu'elles emploient, la quantité du sang évacué pendant leurs règles; ordinairement, elles salissent trois ou quatre serviettes par vingtquatre heures.
Action de la menstruation sur l'organisme. — Quelques femmes n'éprouvent aucune indisposition au moment de leurs règles ; mais, en général, l'écoulement menstruel est accompagné de troubles fonctionnels variés, tels que : coliques, douleurs des reins, sentiment de lassitude dans les cuisses, tuméfaction douloureuse des mamelles, fétidité de l'haleine, boutons d'herpès aux lèvres ou à la vulve. En outre, on observe chez la femme un changement très sensible du caractère ; elle devient plus impressionnable, plus irritable et a besoin, à ce moment, de grands ménagements. Parfois même ses sentiments subissent de véritables perversions: « les femmes peuvent, d'après Raciborski, commettre des actes, jusqu'à un certain point indépendants de leur volonté, puisqu'elles ne jouissent pas alors complètement de leur libre arbitre » ; mais ces cas sont fort rares.
Caractères du sang menstruel. — Le flux menstruel se distingue du sang normal par sa coloration plus foncée, par son odeur qui rappelle celle du souci, par sa fluidité qui l'empêche de se coaguler et qui est due à son mélange avec les fluides vaginaux. Il ne charrie des caillots que lorsqu'd s'écoule en trop grande abondance, comme dans la ménorrhagie.
L'odeur du sang menstruel est plus ou moins pénétrante selon les personnes, mais elle est toujours appréciable. Sandras a connu une dame chez laquelle l'odorat était si développé qu'elle éprouvait une sorte de défaillance dès qu'une femme menstruée l'approchait.
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Bien que le sang menstruel soit, au dire d'IIippocrate, aussi pur que le sang d'une victime, on l'a de tout temps accusé de méfaits dont il est innocent : ainsi on lui reproche de faire avorter les melons, d'aigrir le vin, le lait et de faire tourner certaines préparations culinaires, la sauce mayonnaise, par exemple. Pline va jusqu'à prétendre « qu'il n'y a rien de plus monstrueux que ce sang, puisque par sa vapeur ou par son seul attouchement, les vins nouveaux s'aigrissent, les semences deviennent stériles, la glace des miroirs se ternit, la pointe'du fer en estémoussée,la beauté de l'ivoire effacée, les abeilles en meurent, le cuivre et le fer se rouillent, l'air en est infecté et les chiens qui en goûtent enragent, etc. » Columelle dit que pour détruire les chenilleset lesautresinsectjs nuisibles aux récoltes et aux jardins, les femmes, ayant leurs menstrues, allaient à travers champs, les vêtements relevés jusqu'au-dessus des reins.
Pour détruire les limaces des potagers, Elien propose d'y faire promener une dame « à l'époque où elle est en communication réglée avec l'astre des nuits ».
On sait que la mort du poète Lucrèce a été attribuée par quelques auteurs au sang menstruel que sa femme lui fît boire par jalousie et qui le rendit enragé.
Sans tenir compte de ces préventions populaires, dont le temps finira par faire justice, il faut cepsndant reconnaître que les mucosités vaginales, mélangées au flux manstrael, donnent à ce liquide une certaine âcreté qui explique les fréquentes urétrites contractées par l'homme pendant le flux cataménial. De plus, l'accouplement pratiqué à cette époque peut déterminer chez la femme une hémorrhagie interne plus ou moins grave, qui constitue une variété de l'affection appelée Vhémalocèle pelvienne (de alfia, sang, zriXri, tumeur et pelvis, bassin). Aussi les lois religieuses, d'accord avec les préceptes de l'hygiène, prohibaient-elles les rapports sexuels pendant la période menstruelle. Le Talmud empêche toute cohabitation avec les femmes qui perdentdu sang, avant qu'elles ne se soient purifiées dans un bain ; le Coran déclare impure la femme huit jours avant et après ses règles et interdit le coït durant ce laps de temps. Ezéchiel considère le rapprochement intime pendant les règles comme la consommation d'un adultère. « Quand un homme aura couché avec une femme qui a ses mois, dit Moïse dans le Lévilique, et qu'il aura découvert la nudité de cette femme, en découvrant son flux, et lorsqu'elle aura aussi déc-'uvert le flux de son sang, ils seront tous deux retranchés du milieu de leur peuple. »
Quant à l'influence pernicieuse que l'accouplement, pratiqué au
moment des règles, exercerait sur le produit de la conception, c'est encore une erreur populaire dont il ne fautlenir aucun compte. Ainsi, le D-" Gazan a avancé, sans preuves sérieuses, que les enfants conçus dans ces conditions étaient disposés aux gourmes. Burnotte, d'autre part, a cité l'exemple de trois enfants rouges nés de père et mère bruns, qui ont été conçus pendant la période menstruelle; cet auteur croit que la mère a été influencée par un préjugé du pays qui voit un rapport entre la coloration des cheveux et celle des règles lorsque la conception s'est effectuée pendant la période cataméniale. La sueur de sang {purpura hemorrhagica) à laquelle on a attribué, bien à tort, la mort de Charles IX, serait due, d'après certains auteurs trop crédules, à ce que ce prince fut conçu au moment des règles. Un enfant conçu pendant « la période d'impureté » de la femme s'appelle en hébreu Mamser Benidah; c'est, paraît-il, la plus grande injure de la langue hébraïque. Le Talmud, d'après Weil, prétend que tout enfant conçu durant l'impureté de la mère est forcément voué au vice et à la maladie. Il est ou ivrogne, ou fou, ou épileplique, ou assassin, ou crétin. Rien ne saurait faire de lui ni un honnête homme, ni une femme vertueuse.
Troubles de la menstruation. Emménagogues. — Les
règles sont exposées à diverses perturbations, telles que les absences, les suppressions, les irrégularités, les prolongations, les difficultés et les déviations, ^aménorrhée (de a privatif, jxtjv, mois, et pelV, couler), c'est-à-dire la disparition ou l'absence des règles, est produite par l'anémie, la grossesse, l'allaitement, une émotion morale assez vive, ou encore par l'immersion des mains ou des pieds dans l'eau froide. Cependant les femmes employées aux bains de mer n'interrompent pas leur service au moment de leurs règles et elles n'en éprouvent pas le moindre inconvénient. Onpeut aussi continuer l'hydrothérapie sans danger pendant la période menstruelle. Il sera toutefois plus prudent d'éviter l'impression du froid à cette époque. De même, les lotions de la toilette intime devront être tièdes, et le linge employé pour se garnir ne sera pas trop frais, car, contrairement à l'opinion répandue, il arrêterait le flux sanguin au lieu de l'activer.
Le défaut d'écoulement des règles dépend encore de l'imperforation de l'hymen ; le sang s'accumule alors dans le bas-ventre et simule une tumeur abdominale ou une grossesse. Nous avons déjà cité l'exemple d'une pareille méprise. A côté de la suppression des règles, on peut placer la dysménorrhée (de 8uç, avec peine, tirjv, mois, etpeîv, couler) qui est une mens trua lion accompagnée de vives douleurs.
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On oppose à la cessation et à la difficulté des règles certaines substances dites emménagogues (de ÈVfXTjva, menstrues, et oiym, pousser), qui excitentdirectement la circulation de l'utérus et provoquent le flux menstruel; ce sont l'absinthe, la sabine, l'armoise, le safran, la rue, l'apiol, etc. L'équitation est aussi conseillée pour provoquer ou régulariser les menstrues, par suite de la congestion qu'elle détermine dans les organes du petit bassin.
La chloro-anémie, qui est la principale cause de l'aménorrhée et de la dysménorrhée, détermine quelquefois un état tout opposé : elle transforme alors la menstruation en véritable hémorrhagie et donne lieu à la ménorrhagie.
Parmi les troubles de la menstruation, nous signalerons encore la déviation des règles^ dans laquelle le flux menstruel est remplacé par une hémorrhagie périodique qui se manifeste sur un organe autre que l'utérus. Le siège de cet écoulement sanguin peut être les fosses nasales, les mamelons, les doigts, les paupières, les aisselles, le nombril, l'intestin, la vessie et plus fréquemment les bronches et surtout l'estomac. Ainsi s'explique, chez certaines femmes, les pertes du sang des règles par les sueurs ou par la bouche. Généralement, ces différentes hémorrhagies accompagnent l'écoulement menstruel et sont désignées sous le nom de règles supplémentaires.
De la ménopause. — L'époque de la cessalion définitive des règles a reçu le nom de ménopause (de fi^. mois, et TraSat?, arrêt) ; elle survient de quarante-cinq à cinquante ans et s'annonce par des irrégularités dans la périodicité et la durée de l'écoulement menstruel. Parfois, la ménopause s'observe dès l'âge de vingt ans, d'autres fois à soixante-cinq ans seulement et même au delà, ainsi que nous en avons rapporté plusieurs exemples.
La disparition des règles est accompagnée ordinairement de troubles fonctionnels peu sérieux, comme des étoulîcments, des vertiges, des bouffées de chaleur à la figure ; mais il ne faut pas croire qu'elle dispose les femmes aux affections organiques. C'est ce préjugé qui a valu à la ménopause le nom à' âge critique. Or, la statistique démontre que la mortalité des femmes n'est pas plus considérable à cetle époque qu'à toute autre et qu'il meurt plus d'hommes de quarante à quarantecinq ans que de femmes.
Comme la ménopause correspond au terme de l'ovulation, elle fait perdre à la femme l'aptitude à la fécondation, sans toutefois éteindre en elle l'appétit vénérien « Estant âgées et venues sur les cinquante ans, écrit justement Brantôme, n'ont plus de crainte d'engrosier, et lors ont
plénière et toute ample liberté de sejouer et recueillir les arrérages des plaisirs que, possible, aucunes n'ont osé prendre de peur de l'enflure de leur trais tre ventre. »
ARTICLE III