‹ La génération universelleChapitre 13 sur 82 · FLEURS SEXUÉES · texte numérisé non relu

FLEURS SEXUÉES

dis que les Floridées, dont la plupart vivent dans la mer, sont sexuées séparément.

Par cet exemple, la sexualité distincte est manifestement le mode de reproduction le plus complet et le plus parfait. Il est aussi le plus répandu, puisque, selon la remarque de Buffon, le nombre des espèces d'animaux dépasse de beaucoup celui des espèces végétales, évalué par lui à plus de quarante mille, connues alors; celui des insectes, dont la plupart échappent aux yeux, étant à lui seul bien supérieur aux espèces de plantes visibles sur la terre. Elle n'est pourtant pas exclusivement limitée aux animaux, comme on le croit trop souvent. Les plantes sexuées séparément, comme certains mollusques réputés hermaphrodites, y sont aussi soumis. D'où la nécessité de les signaler préalablement.

Fleurs sexuées. Quoique provenant de la même graine, il y a des plantes exclusivement mâles ou femelles. Contrairement aux fleurs hermaphrodites, elles n'ont qu'un sexe et ne portent que des étamines ou un pistil et se distinguent absolument par là, comme les filles et les garçons d'une même famille. On les subdivise en monoïques et dioïques, suivant qu'elles portent des fleurs unisexuées sur un seul pied ou sur des pieds différents et séparés.

En effet, la même tige porte parfois, sur des pédoncules distincts, séparés, des fleurs n'ayant qu'un seul organe sexuel, pistil ou étamines. Ce sont les plantes androgyncs. Elle se rencontrent aussi réunies sur un réceptacle ou ovaire commun. Ce sont

les fleurs composées. L'orlie, le mûrier, le buis, le chêne, le noyer, le noisetier, le platane, le pin, en oflrent l'exemple. C'est la monœcie de Linné ou la monoclinie des botanistes modai'ncs.

D'autres fleurs unisexuées sont portées séparément sur des pieds différents, comme le chanvre, le houblcri, l'épinard, le peuplier, et forment la diœcie Ou diclinie.

Il est même des plantes hermaphrodites qui portent séparément des fleurs unisexuées et exclusivement mâle et femelle, comme pour suppléer à l'infécondité des fleurs principales. C'est la polygamie véritable, comme elle s'observe trop souvent dans les ménages à trois de l'espèce humaine.

C'est par ces nuances insensibles que s'efface la transition entre l'hermaphrodisme complet de la plupart des plantes et la sexualité distincte, séparée, qui caractérise les plus élevées. Celles-ci viennent à leur tour mettre en évidence le mécanisme si obscur de la fécondation cbez les premières, et confirmer que les rudiments dos graines, contenus dans l'ovaire, ne parviennent à leur développement que par l'action de la poussière fécondante du mâle sur la femelle. Quelques observations authentiques et concluantes, sur co sujet délicat et important, ne seront donc pas de irop pour amener la conviction dans l'esprit de ceux qui n'ont jamais observé ce curieux phénomène végétal.

On cultivait depuis quatre-vingts ans, dans le

FLEURS SEXUEES. 153

Jardin des plantes de Berlin, plusieurs dattiers femelles qui fleurissaient chaque année sans avoir jamais porté de fruits. On fît venir de Leipsick des branches en fleurs de dattier mâle, que l'on secoua fortement sur les premières et, dès cette année, ce dattier femelle, jusque-là stérile, porta des fruits. Pendant dis-huit ans, ces deux plantes, restant isolées, continuèrent à fleurir inutilement; mais il suffit alors de renouveler l'expérience pour obtenir le même résultat que la première fois et en confirmer l'interprétation.

La même observation a été faite par Linné sur la Clutia pulchella, dont il cultivait un pied à fleurs femelles dans ses serres. Elle fleurissait chaque année, au renouvellement du printemps, sans porter aucun fruit. Il lui suffit de placer à côté un pied mâle pour la rendre féconde, mais elle redevint stérile dès qu'il fut retiré.

Deux pistachiers femelles fleurissaient depuis longtemps, chaque année, dans le Jardin des plantes de Paris, sans produire aucun fruit. Grand fut l'étonoement, une année, de voir les fleurs se nouer et donner du fruit en abondance. Bernard de Jussieu affirma dès lors, comme l'avait fait Linné dans un cas analogue, que des pieds mâles devaient se trouver dans les environs. Des recherches furent faites et l'on découvrit en effet, à la pépinière des Chartreux, un pistachier mâle qui avait fleuri à la même époque, et dont le pollen, emporté par le vent, était venu féconder ses voisines. Telle est l'affinité merveilleuse des fleurs femelles des palmiers avec les fleurs mâles,

qu'elles s'attirent à plusieurs lieues de distance.

Ces expériences sont faciles à répéter sur le chanvre, en enfermant des pieds femelles dans une serre bien close. Ils ne donneront jamais de chènevis, mais il suffira de placer un seul pied mâle au milieu d'elles pour qu'elles deviennent toutes fécondes, seraient-elles au nombre de plusieurs milliers.

Une remarque à faire ici, à ce propos, c'est que le mâle est plus fin, plus pâle, jaune et grêle, que la femelle qui porte les graines. Les pieds de celle-ci sont si forts et verts, d'une odeur si pénétrante, que les paysans les confondent et donnent faussement le nom de femelle au mâle qui se récolte avant, sans graine, parce qu'il produit un tissu meilleur et beaucoup plus fin. Exemple naissant de ce qui s'observe chez un grand nombre d'insectes, dont la femelle est plus forte que le mâle pour avoir le temps de pondre et déposer ses œufs, tandis que le mâle succombe aussitôt après la fécondation.

Cet accouplement des fleurs, différemment sexuées, ne s'effectue parfois que par des moyens irréalisables en apparence. La Valisneria spiralis en offre un exemple frappant. Cette plante sexuée habite le fond des eaux où ses organes reproducteurs se développent séparément. Les fleurs femelles, attachées à un pédoncule très long, spiroïde ou en tire-bouchon, viennent à la surface de l'eau, comme les fleurs hermaphrodites au moment des amours, grâce à la distension, l'allongement du pédicule. Mais les fleurs mâles, retenues au fond de l'eau par un pédicule court pour la nutrition et la maturation

FLEURS SEXUEES. 15>

de leurs germes spéciaux, semblent ne pouvoir les rejoindre pour opérer le contact. L'attraction est si forte et impérieuse pour la reproduction que le pédoncule court se rompt spontanément et la fleur mâle, venant se mettre aussitôt en rapport avec la fleur femelle, s'ouvre et la féconde, pour mourir et disparaître bientôt. C'est aux dépens de sa vie que cette plante en reproduit une autre, comme beaucoup d'insectes périssent, les araignées exceptées, après leur accouplement.

Entre cet accouplement exceptionnel et très incomplet des plantes sexuées entre elles et celui que commence dans le règne animal dont il est la règle, la transition est encore insensible. L'accouplement des vers de terre et des limaces, des sangsues, con siste en effet, comme nous l'avons indiqué, bien plus dans le contact et le frottement que dans une intromission réelle. Ils sortent de terre et se portent en foule à sa surface pour les besoins de la fécondation, comme ils y rentrent ensuite pour pondre leurs œufs qui s'y développent, ainsi que ceux des insectes, sans subir de métamorphoses.

Tous les modes de reproduction sont d'ailleurs communs à ces annélides. Ils se reproduisent par fissiparité, comme on l'a vu, et, de leurs cellules endogènes, naissent les amibes, les grégarines, par génération alternante. Leur hermaphrodisme est manifeste autant que leur oviparité, ce qui nous conduit directement à ce mode le plus répandu de la génération.

Oviparité. C'est la reproduction par l'œuf, se- /oii le fameux aphorisme de Ilarvey : Omne vivum ab ovo, tout ce qui vit vient de l'œuf. Proclamé au seizième siècle, il s'appliquait alors à la généralité des êtres vivants connus dans les deux règnes, car l'œuf, dans son état complet et parfait, tel qu'il est pondu par les oiseaux et dont la poule offre le type, n'est, à son début, qu'une simple vésicule contenue dans l'ovaire des femelles. De là son nom d'ovule. A l'état rudimentaire, c'est la granulation amorphe qui se rencontre dans l'ovaire de toutes les plantes phanérogames, hermaphrodites et sexuées, comme dans celui de tous les animaux sexués où il se perfectionne graduellement jusqu'à se retrouver dans l'ovaire de la femme. Dès que le germe a besoin pour évoluer, se développer et donner la vie, d'être fécondé par un autre, de subir le contact d'un élément étranger, provenant d'un organe ou d'un être distinct, il représente l'œuf et appartient à la génération sexuée ou ovipare.

C'est en considérant l'œuf à ce point de vue élevé, du haut de l'échelle organique jusqu'à sa base, que les anciens naturalistes ont pu étendre et généraliser le système de roviparité à tout ce qui a vie dans les deux règnes. Cette doctrine s'est trouvée vraie pendant plusieurs siècles, comme nous l'indiquerons à la Menstruation.

Mais en découvrant la cellule au microscope, les Allemands l'ont complètement renversée et obscurcie, remplaçant l'aphorisme de Ilarvey par celui-ci : omnis ccllula ex cf/Ai/fl. L'œuf n'est plus maintenant

OVIPARITE. 157

l'objectif de l'origine de la vie, d'où chacun la voit encore manifestement sortir tous les jours. C'est la cellule, être abstrait, inconnu, d'oiî tout naît aujourd'hui, d'après la doctrine cellulaire précédemment exposée. L'ovule ou vitellus, représenté par le jaune de l'œuf, n'étant composé que de cellules semblables, comme tous les tissus, les organes et l'homme tout entier, ils ont fait naître celui-ci d'une cellule femelle ou ovulaire, fécondée par une autre cellule mâle ou spermatique, sans que personne puisse le voir ni s'en convaincre. Il faut l'admettre de confiance ou par induction, car cette doctrine n'est pas établie directement par les sens, elle repose tout entière sur un instrument d'optique artificiel, multipliant tellement l'acuité de l'œil humain et la perception de la lumière, le grossissement des objets, que l'on court grand risque d'y voir double ou faux.

Tout le progrès et l'avantage de la nouvelle doctrine sur l'ancienne sont évidemment là. En ne voyant la vie que dans ses moindres manifestations, la cellule ou le globule et leurs divisions, c'est-à-dire par le petit bout et de bas en haut, on ne peut en saisir ni l'ensemble ni les détails. Le champ du microscope n'a que 25 centimètres carrés d'étendue, d'après M. Pasteur. C'est d'en haut qu'il faut la contempler pour bien la connaître. L'analyse ne sert à rien si l'on n'y joint la synthèse, et l'on ne peut voir l'esprit dans la matière seule.

La génération par la théorie cellulaire est aussi abstraite et inconcevable, pour Monsieur Tout le

Monde, que celle de l'oviparilé harveyenne est claire réelle et positive. Sa base est aussi vaste que l'autre est étroite et celle-ci n'éclaire ni ne démontre mieux l'origine de la vie par la matière. Le bourgeon et la cellule, le sporule ou la plastidule même, se détachant spontanément ou artificiellement de leur ensemble, ont toujours besoin du contact d'un élément étranger pour évoluer, se développer et reproduire; sinon leur vie reste latente, endormie, et finit mvariablement par s'éteindre. Le germe ambiant, le grain de levure, le ferment et le plasson même doivent donc être assimilés à l'ovule, car ni l'un ni l'autre ne peuvent se passer de cet élément étranger, fécondant, solide, liquide ou gazeux, c'est-à-dire la terre ou l'eau, l'air ou le soleil, jouant le rôle de sexe connexe.

L'antique figure des anciens conserve ainsi toute sa vérité, sa réalité, malgré les immenses progrès accomplis par la chimie moderne dans l'analyse et la synthèse. Si l'eau est composée de deux gaz, l'hydrogène et l'oxygène, ces corps simples n'ont pas plus de vie que les autres éléments. Leurs combinaisons et leurs forces diverses sont même incapables de la produire directement; ils ne peuvent l'engendrer entre eux. De même qu'ils sont indispensables au germe, au ferment, au grain de levure, ce même élément vital leur est absolument nécessaire pour que la vie en résulte, comme les deux sexes ou leurs organes entre eux. A défnut de cet élément de vie, l'esprit seul peut produire celle-ci ou.... l'imaginer.

OVIPARITE. 15Î

Cette comparaison n'est pas rappelée ici pour éclairer la génération ovipare. Au sens strict de ce mot, on ne saurait considérer, comme s'y rappor» tant, toute cette infinité d'êtres primitifs et élémentaires, sans organes apparents ni sexualité distincte. Assimiler la cellule, et même l'amibe qui en provient, à l'œuf ou à l'ovule, serait abuser de la figure et faire de l'ontologie. « Si les ovules, mâle ou femelle, des végétaux et des animaux commencentparunecellule, ils deviennent rapidement autre chose en se développant, dit M. Robin . C'est un organe spécial très simple comparativement aux autres, mais différent des éléments anatomiques appelés cellules. Son usage, sa fonction spéciale, sont différents de celles-ci. » {Dictionnaire de Nijsten : Multiplication.)

En rendant la vie perceptible chez ces microbes, unicellulaires ou polycellulaires, en en éclairant la reproduction spontanée par simple division, segmentation ou bourgeonnement, le microscope ne permet plus ces assimilations. La doctrine cellulaire en rend compte beaucoup plus clairement et rationnellement. Méconnaître ce fait, serait nier le progrès et les immenses conquêtes réalisées par cet instrument dans le domaine de l'incoimu.

Mais en faisant de cette simple cellule leur unique objectif, en la considérant comme l'unité de la vie, en analysant l'œuf et l'ovule à ce degré extrême de n'y plus voir que la cellule ovulaire, et en représentant toujours et partout celle-ci comme le type unique de la génération ovipare, les positivistes ont absolument fait perdre celle-ci de vue. Ils ont si pro-

fondement obscurci, altéré, dénaturé ce mot, en n'y attachant plus l'idée de sexualité qui doit y rester indissolublement fixée, et réduit à si peu de chose celte condition indispensable de deux facteurs placés à 'a base de toute génération, — si primitive et élémentaire qu'on la suppose, — qu'elle est négligée et oubliée aujourd'hui. On n'en tient plus compte dans cette recherche incessante de l'origine de la vie par la cellule exclusivement, car, dans cette contemplation microscopique, l'oviparité et la sexualité, placées au-dessus, disparaissent, quoique la réalisant comme ses modèles les plus patents.

Et cependant, la cellule, comme l'œuf et l'ovule, doit être fécondée, vivifiée par un agent ou un esprit quelconque pour évoluer et proliférer. C'est la loi universelle des êtres vivants. Sinon, elle se nécrobiose et meurt aussitôt, de même que la plus faible plante privée de terre ou d'eau. Une logique invincible a conduit ainsi les matérialistes les plus décidés à ne pouvoir constituer la vie du moindre microbe, amibe, vibrion ou bactérie, cellule ou plastide, ni même de la cellule archégone des végétaux cryptogames, sans cette condition indispensable de la dualité. Aucune des théories en vogue n'a pu s'en passer et la vie entre spiritualistes et matérialistes, panspermistes, hétérogénistes ou transformistes, n'est pas encore apparue sans ces deux facteurs. Les corpuscules-germes de M. Pasteur ne se développent que dans des liquides spéciaux absolument indispensables et les sporules, les gemmules, les plaslidules, comme l'ajithéridie et l'arohégonie, qui

OVIPARITE. 161

gouvernent souverainement l'esprit des savants modernes, ont été ainsi créés ou imaginés à la base de leur système pour les rendre acceptables. La vie, vue ici du plus bas de l'échelle organique, à travers le micioscope, n'a pu leur apparaître distinctement que sous la forme de ces entités nébuleuses, imaginées pour animer des atomes, impalpables molécules ou granules informes et sans nom avant eux. On ne pf ut voir et rencontrer que la matière, examinée et interrogée aussi exclusivement. Un seul, Hseckel, renchérissant sur le tout, a poussé ce système matérialiste jusqu'à l'absurde, en animant son plasson d'une force et d'une âme — pour rire. C'est donc bien une véritable fécondation de la matière par l'esprit.

Ainsi se trouve justifiée cette longue digression. En montrant cette indispensable dualité originelle de la vie comme une réalité reconnue et admise par tous les systèmes positifs, et qui se révèle ensuite si éclatante chez l'homme, elle permet d'y voir l'emblème de la sexualité s'élevant graduellement jusqu'à l'oviparité. Figurée primitivement par les corpuscules-germes et les sporules ambiants, flottant dans l'atmosphère, ou représentée par les granulations atomiques, moléculaires, du plasson ou du plasma, les microspores de la sporange ou de l'archégone, cette sexualité d'éléments divers, en les fusionnant par leur affinité ou leur attraction réciproque, les féconde par la réaction même de l'un

sur l'autre et la fermentation qui en résulte. Ainsi doit se former la cellule vivante, animée, étant mâle ou femelle, végétale ou animale, selon ses parties constituantes. En en produisant d'autres semblables par division ou segmentation, celles-ci s'assemblent, s'unissent et se fondent ensemble pour former ces masses cryptogamiques, ces amas muqueux et vivants, sans organes sexuels distincts ni apparents. Ils se reproduisent néanmoins par des spores, des poussières, comme les champignons ou les fougères, ou en se segmentant comme les infusoires, les coraux et les polypes qui commencent le règne animal.

C'est à ce point d'intersection du règne végétal au règne animal, où les espèces voisines se confondent presque dans leurs variétés, que se rencontrent les phénomènes les plus obscurs de la sexualité. Après l'avoir constatée progressivement distincte et séparée chez la plante, même des plus infimes, comme les algues, on ne la retrouve plus chez les zoophytes, dont les coraux et les polypes, avec leurs branches, ressemblent tant à des végétaux. Mais le mode de génération a changé et l'on constate de nouveau ici la scissiparité primitive, et la segmentation reparait comme la plus sûre distinction des deux règnes.

Une différence fondamentale marque toute la supériorité de celui-ci. Dès ce premier embranchement d'animalcules simplement rayonnes, la sexualité apparaît distinctement. M. Robin a constaté des organes sexuels rudimcntaires chez les méduses ou orties de mer et Fola figuré la pénétration des spermatozoïdes chez l'oursin, comme nous l'établirons

OVIPARITE. 1«3

plus loin. L'anthéridie spermogène a été constatée aussi, il est vrai, sur des fougères, mais d'une manière beaucoup moins positive.

L'oTiparité animale commence ainsi chez la plupart des zoophytes. Quelques polypes en présentent même des traces. Mais, à l'exception des orties de merunisexuées, l'oviparité n'existe alors qu'à l'état hermaphrodite, c'est-à-dire sur un seul individu, comme chez les mollusques acéphales, les vers, les limaçons et la plupart des gastéropodes marchant sur le ventre. (V. Hermaphrodisme ani7nal.) Aussi est-elle des plus évidentes dans tous ces cas. L'huître et la moule déposent des masses d'œufs dans l'eau, sans accouplement, comme les vers dans la terre, les escargots et les lymnées sur les plantes, après s'être accouplés pour se féconder réciproquement. Le spectacle est donc absolument semblable aux plantes laissant échapper leurs graines ou lorsque celles-ci, jaillissant de leurs capsules, tombent sur la terre chargée de les recevoir pour les faire germer.

Autre analogie frappante : c'est que les uns et les autres sont également dangereux et toxiques pour l'homme et les animaux qui s'en nourrissent. Par leur extrême ténuité, les œufs de ces mollusques s'introduisent fréquemment dans l'intérieur de l'homme et des animaux avec l'eau, les végétaux et les viandes servant à l'alimentation. Ils y subissent même leurs transformations, leurs métamorphoses, et s'y multiplient en nombre considérable. De là les nombreux vers entozoaires qui se rencontrent dans

tous les organes à peu près. Le tube digestif est le siège des ascarides ou lomijrics, des ténias ou vers solitaires et des oxyures du rectum. Mais en circulant dans le sang et les humeurs, ils se fixent de préférence ici ou là, suivant leur siège d'élection, pour évoluer et s'y développer en parasites toujours dangereux, redoutables, sinon mortels. Les cysticerques se développent ainsi dans tous les tissus, le cerveau, les yeux, oîi ils produisent les accidents les plus graves. Il en est de même des hydatides par les volumineux kystes qu'ils développent dans le foie, l'ovaire, les poumons. L'anchylostome duodénal, la douve du foie, la trichine et les filaires des chairs, qui ne peuvent être ni tués ni extraits, déterminent souvent la mort. On ne saurait alors trop se prémunir contre la présence de ces hôtes dangereux, surtout dans la viande crue de bœuf et celle du çore.

La sexualité distincte, séparée, ne commence à s'observer que dans la dernière classe des mollusques céphalopodes se dirigeant par la tête, comme les poulpes, les calmars, les seiches. Mais il faut arriver jusqu'aux insectes, parmi les animaux articulés, pour en observer le type. Toutefois, les crustacés, recouverts d'une croule calcaire, comme l'écrevisce et les crabes, présentent déjà des organes de fécondation doubles, symétriques, comme chez les mammifères.

A l'exemple du chanvre, parmi les végétaux, le

OVIPARITÉ. 165

mâle est ici sensiblement plus petit que la femelle, ses organes font saillie sur la hanche de la dernière paire de pattes, tundis que les ovaires de la femelle sont placés sous la grande écaille qui recouvre la tète et le corps. Mais un canal part de là pour aboutir sur les hanches de la patte du milieu, oh l'on aperçoit deux petites ouvertures rondes, recouvertes d'une espèce de soupape membraneuse qui s'ouvre en dedans lorsque le mâle vient y déposer sa liqueur fécondante. Ainsi fécondés, les œufs sortent par la même ouverture et s'amoncellent graduellement sous la queue de l'animal, beaucoup plus longue et arrondie, à cet effet, que celle des mâles qui est carrée. Les œufs y éclosent et donnent le jour à des êtres vivipares qui, comme les pucerons, se trouvent fécondés pour trois générations successives, c'est-àdire qu'ils sont capables de se reproduire sans nouvel accouplement entre eux. C'est pourquoi ces œufs, même desséchés en partie, ont la faculté de reproduire des écrevisses, s'ils sont replacés dans l'eau, leur véritable incubateur. (V. Vie latente.)

Quoique moins chauds que les insectes, les crustacés n'en célèbrent pas moins leurs noces avec ardeur. Les pécheurs ont souvent occasion de l'observer. Le petit mâle est si fortement uni à sa femelle que tous deux semblent avoir oublié le danger commun et se laissent prendre dans cet état de flagrant délit. Ces crustacés pondent leurs œufs dans les deux derniers mois de l'année, bien que l'on en trouve encore d'attachés à leur queue en janvier et eu lévrier.

Moins volumineux en général que ces derniers, les Insectes s'en distinguent encore de plusieurs manières. Aussi légers que les autres sont lourds, — puisqu'ils nagent ou rampent pour la plupart^, tandis que ceux-ci sautent et volent, — les insectes forment le monde de la nuit. Ils sont tous lucifuges. Ceux même, comme l'abeille, qui travaillent le jour, préfèrent pourtant l'obscurité, dit Michelet. Ils se caractérisent principalement par un accouplement réel et visible, la ponte de leurs œufs et surtout les changements, les transformations qu'ils subissent pour leur reproduction. Le ver à soie, le papillon, l'abeille, la mouche, l'araignée, et tous ces petits êtres qui nous entourent en foule, même les parasites qui vivent sur notre corps comme l'acarus de la gale, la puce, la punaise, offrent les phénomènes les plus curieux et intéressants à ce sujet.

L'appareil sexuel des insectes est très délié éI compliqué, comme le reste de leur corps, et varie suivant les espèces. Un corps glanduleux, qui se trouve dans le ventre des deux sexes, en est la partie la plus saillante. C'est l'organe principal chargé de préparer la semence de part et d'autre. Il représente le testicule chez le mâle, l'ovaire chez la femelle, et leur contenu en forme la seule différence.

Chez le mâle, la semence est conduite par un canal filiforme dans une vessie adjacente, représentant la vésicule séminale, d'où elle se dirige, par un canal déférent, vers un petit corps conique, creux, qui se durcit, entre en érection pour l'éjaculer. C'est l'organe copulateur se rencontrant à l'anus

OVIPARITE. 467

chez la plupart des insectes, comme le papillon, l'abeille et la guêpe. Il se trouve près de la bouche chez l'araignée et sous le ventre chez d'autres.

L'ovaire, contenant des œufs chez la femelle, communique à l'extérieur par un canal qui s'ouvre près de l'anus. C'est l'analogue du style dans la fleur et de la vulve chez les grands mammifères, car il sert à transporter le fluide fécondant du màle pendant l'accouplement et à pondre ensuite les œufs fécondés.

Le liîécanisme de la copulation de ces petits êtres est le même que chez les oiseaux, mais l'appareil extérieur en est si rudimentaire qu'il ne suffirait pas à différencier les sexes si d'autres caractères ne les séparaient. Tous les mâles sont ainsi plus petits que les femelles, comme chez l'écrevisse, et ils s'en distinguent encore, ici et là, par des cornes ou antennes ornées de nœuds, des bouquets de poils simulant la barbe, des ailes plus développées et des couleurs plus foncées. Le màle est gris quand la femelle est blanche. Il est toujours possible de le reconnaître à ces caractères, même parn^i les espèces inaptes à la reproduction, comme les termites et les abeilles, neutres ou mulets.

Des particularités singulières en résultent chez plusieurs espèces. Le mâle de l'araignée, plus petit que la femelle, ne s'en approche qu'avec prudence et défiance, par crainte d'en être dévoré, d'autant que leur accouplement est plus intime, comme Réaumur l'a constaté. Elles s'enlacent d'abord avec leurs pattes, puis à laide de leurs bras, simulant

les antennes, et terminés par un bouton ; celui-ci s'ouvre chez le mâle qui va ainsi en porter le contenu sous le ventre de la femelle, dans une fente située à son origine pour la féconder. Ce mode de copulation, différant de tous les autres, fit placer le sexe des insectes dans leurs antennes, car on observe, chez tous ceux qui en portent, un frémissement particulier du mâle frottant ses organes contre la femelle, absolument comme les anthères des étamincs déposant leur pollen sur le pistil des fleurs.

Observant à l'île Sainle-Marguerite deux files de chenilles processionnaires marchant régulièrement la tête dans le derrière les unes des autres, selon l'expression de Réaumur, M. G. Pouchet eut l'idée d'éprouver l'instiuct curieux de ces insectes. Il plaça une pierre au milieu de l'une des files : la chenille qui devait franchir la première cet obstacle s'arrêta et toutes celles qui marchaient devant s'arrêtèrent aussi. Répétant cette expérience en 1880, au Muséum, avec une certaine quantité de ces chenilles, il lui a suffi d'en supprimer une de la chaîne pour que celle qui la précède s'arrêta^ immédiaiement» et toutes les autres d'arrière en avant jusqu'au chef de file. Lorsque le train reprend sa marche, c'est la dernière chenille qui commence. [Soc. de biologie.)

Un observateur systématique ne manquerait pas, en pareil cas, de prêter à ces pauvres bestioles le raisonnement qu'il ferait lui-même : Si... mais... c'est que... et voilà pourquoi les chenilles s'arrêtent. Moins ingénieux, l'auteur les voit tout simplement soumises à une excitation particulière

OVIPARITE. 169

qui les fait agir d'une certaine façon, toujours de la même, sous cette influence. C'est l'instinct de ces bêtes, ne pas confondi'e avec intelligence.

C'est du printemps à l'automne, sous l'irifluence de la chaleur, que les insectes ayant accompli obscurément leurs métamorphoses, pendant l'hiver, apparaissent tout à coup dans l'atmosphère chaude, lumineuse et claire, pour y déployer tout leur éclat et se livrera la reproduction. C'est l'époque de leur puberté. Ils ont acquis alors tout leur accroissement et leur force, et on les voit s'épanouir et briller avec les fleurs, parés de couleurs éclatantes. Les papillons, dont on compte plus de quinze cents espèces, sont surtout admirables. Leur sensibilité et leur contractilité acquièrent subitement une intensité extraordinaire, tous leurs mouvements s'exécutent avec une extrême agilité ; ils sont dans une agitation continuelle, se recherchant avec ardeur, comme pour se dédommager de leur existence éphémère par la rapidité de leurs actes.

L'ardeur amoureuse des insectes, surtout ceux qui portent des ailes, est en raison directe de la durée de leur existence. Les hannetons mâles sont ainsi en contact immédiat presque continuel avec leurs femelles durant les huit à dix jours de vie qu'ils ont à consacrer à leur reproduction. Après être restés quatre ans pour se développer, ils sont à peme sortis de leur engourdissement, arrachés de leur état inerte et grossier par les rayons du soleil,

qu'nnimés d'un excès de vie, ils s'empressent de payer leur tribut à l'amour. Dévorés d'une flamme que leur contact réciproque peut seul éteindre, mâles et femelles se recherchent avec une ardeur sans égale, car le feu qui les dévore est encore animé par J'odeur spermatique des fleurs. Leur ivresse amoureuse est ainsi exaltée au suprême degré et c'est pourquoi on les rencontre ordinairement sur les fleurs les plus brillantes et fraîchement épanouies, accomplissant leurs délicieux sacrifices.

Les éphémères offrent, sous ce rapport, un phénomène encore plus remarquable. Après avoir séjourné, pendant trois ans, dans la vase des rivières pour se développer, la larve vient à la surface de l'eau à l'état de nymphe, comme les fleurs aquatiques, et en quelques secondes, prenant leur vol, ils se recherchent pour s'accoupler. Dès ce premier vol, ne durant parfois que quelques minutes, les mâles, plus nombreux, ayant fécondé les femelles, perdent leur vigueur et périssent aussitôt. Les femelles ne leur survivent que le temps d'aller déposer leurs œufs à la surface de l'eau, d'où ils tombent dans la vase pour s'y développer. Et c'est ainsi qu'en peu d'heures, de cet essaim innombrable d'insectes ailés s'élevant de l'eau, il ne reste plus qu'un monceau de cadavres, dont les poissons sont très avides.

Celte mort immédiate de beaucoup d'insectes, après leur reproduction, est évidemment causée par l'ardeur qu'ils mettent dans leurs amours. Les plus forts, s'ils n'y succombent, offrent tous les signes d'un profond collapsus ; ils tombent comme en syn-

OVIPARITÉ. 17t

cope. Leur vie est si frêle, qu'elle ne peut se partager. Elle leur échappe en se communiquant, comme celle de la plante annuelle qui se fane et meurt dès qu'elle a fleuri. Image saisissante que l'acte destiné à donner la vie en emporte bien une portion même chez tous les êtres vivants.

Ils payent d'ailleurs tous le même tribut à l'amour, dans cette brillante saison des voluptés de la génération. De quelque côté que l'homme porte ses regards, le même spectacle d'un amour universel s'offre à lui, dans tout le monde animé, pour l'inviter à y prendre part. L'humble bruyère où reposent nonchalamment deux jeunes amants attirés par l'amour dans le silence des bois, le reptile qui rampe sous l'herbe, le papillon qui voltige de fleur en fleur autour d'eux et les oiseaux par leurs chants mélodieux, tout semble se réunir pour égayer leurs amours ! La nuit, son oreille est frappée des chants du grillon domestique, pendant qu'il repose auprès de sa moitié. A peine ouvre-t-il les yeux, dès l'aube, qu'il rencontre l'ardent accouplement de deux mouches, si son front même n'est le théâtre de leurs amours. Deux brillants papillons s'enivrent des plus douces voluptés sur les fleurs qu'il cultive et, à chaque pas dans ses promenades, il peut voir le mâle des demoiselles saisir lestement sa femelle par le cou, à l'aide des deux tenailles placées à l'extrémité de sa queue, pour la forcer à consommer l'acte amoureux pendant leur vol. Et plus loin, l'abeille s'offre à son admiration lorsque, arrachée de la ruche, qu'elle dirige en reine, par le besoin de la re*

production, elle reçoit les élroifs embrassements d'une foule de bourdons, empressés de lui payer à l'envi leur tribut de nulles et de sujets.

Les insectes n'ont en général d'autres relations entre eux que celle de la fécondation. Une séparation éternelle s'ensuit aussitôt par la mort immédiate du mâle, comme les éphémères. La femelle, toujours supérieure en force et en vigueur, le tue même chez certaines espèces. L'araignée et l'abeille domestique, méprisant les plaisirs sans but, en agissent ainsi pour ne s'occuper ensuite qu'à déposer en sûreté le fruit de leurs amours.

Admirables sont, en effet, l'instinct et l'amour maternel des insectes pour leurs œufs. C'est l'unique soin de la mère, dans ce petit monde où elle meurt généralement après l'avoir donné, de lui trouver un lieu sûr pour éclore et vivre, malgré la fécondité fabuleuse de quelques-uns. Une portée de papillon est de 4 à 500 œufs, une reine abeille en pond 12 000 en deux mois, comme plusieurs espèces de charançons, celui du blé entre autres. L'unique femelle de chaque essaim de termites a l'horrible fécondité de pondre 80 000 œufs par jour. Une seule mouche peut produire jusqu'à 746 496 mouches semblables à elle. Un seul accouplement chez les pucerons féconde sept à huit générations successives.

Variables de forme, de couleur et de grosseur, ces œufs sont pondus durant les mois de juin à septembre. Quelques insectes les déposent dans des ma-

OVIPARITÉ. 175

tières végétales et animales en putréfaction : le fromage, la viande, par exemple, comme les endroits les plus favorables à l'éclosion, le développement et le bien-être de leurs larves. Pour d'autres, c'est dans les excréments, à l'intérieur des plantes et surtout le calice des fleurs, où ils se développent en formant des tumeurs ou galles. Parfois, c'est sur les fleurs et les fruits, comme la plupart des papillons ou sous l'écorce des arbres, qui en meurent quelquefois, et jusqu'à l'intérieur des bois les plus durs. Le termite, qui dévore le bois sec, est devenu ainsi l'ennemi de la Rochelle, comme le taret fut autrefois celui de la Hollande en dévorant le bois mouillé de ses digues et de ses navires.

C'est dans la cire, les tapisseries, les pelleteries, les grains et les fruits, que les chenilles occasionnent des dégâts considérables. Mais c'est surtout dans la terre, sur les bords des mares, des étangs et des petits ruisseaux que ces œufs se rencontrent en quantité. Et quand on voit l'abeille et la guêpe disposer si artistement sa cellule pour y déposer les siens, et la fourmi construire si laborieusement ses admirables fourmilières, on ne s'étonne plus que d'autres choisissent le corps des animaux et la peau de l'homme Quelques-uns poussent même la témérité jusqu'à s'introduire dans les orifices ouverts de leurs cavités naturelles, pour aller y déposer ces germes de mort. Certaines mouches pondent ainsi leurs œufs dans le fondement des chevaux, dans les narines du mouton et de l'homme, où leurs vers et larves déterminent souvent des accidents mortels.

Ici se révèle la cause secrète qui guide si intelligemment rinstinct des insectes les plus élevés de leur classe, dans ce choix si varié des milieux pour déposer leurs œufs : c'est évidemment le degré de chaleur, de température, que réclament leur incubation et le développement de leurs larves. Ils passent ainsi l'hiver oîi ils sont pondus, et n'éclosenl qu'au printemps. Les graines des plantes unisexuées, comme le chanvre, exigent la chaleur et une terre récemment et abondamment fumée pour germer rapidement, se développer et croître dans les meilleures conditions de texture. La chaleur, unie à l'humidité de la terre, est aussi nécessaire à la germination de la graine des plantes que la chaleur animale est indispensable à l'incubation de l'œuf des oiseaux. C'est le premier emblème de la température élevée nécessaire au développement de tout germe à sang chaud dans le règne animal. N'y voir que la nécessité de leur alimentation et leur nutrition ultérieures, c'est méconnaître la condition indispensable à l'incubation de l'œuf des oiseaux; confirmation péremptoire de notre interprétation.

A l'exception de l'araignée et de quelques abeilles, la femelle des insectes meurt aussitôt qu'elle a pondu ses œufs. Leur incubation, en dehors d'elle, dure un temps très variable. Cette durée est de six à sept mois chez le ver à soie et la plupart des papillons. Ils peuvent ainsi servir de type aux transformations

OVIPARITÉ. 175

successives qu'ils subissent dans leurs métamorphoses, dont voici la description.

Métamorphoses. De l'œuf éclôt d'abord la larve, sous forme de ver ayant des pattes, de chenille pour les papillons. De là les noms de ver à soie, de ver blanc qui fournit le hanneton ; l'asticot, sans pattes, produit la mouche.

Sous cette première forme, la larve ne fait d'abord que se nourrir avec avidité, et grossit vite. C'est pourquoi l'œuf est déposé avec tant de soin dans les différents milieux indiqués plus haut comme spécialement favorables à sa nutrition. Elle augmente rapidement de volume, en cliangeant successivement de peau à plusieurs reprises; c'est par la même cause que l'écrevisse renouvelle son test chaque année. Ce sont les mues de la chenille. Beaucoup de larves se forment même une enveloppe protectrice artificielle. Tel est le cocon du ver à soie que l'on élève spécialement à cet effet.

On donne le nom de nymphe ou chrysalide à cet état intermédiaire de l'insecte. Son accroissement étant terminé, il se transforme alors, en essayant ses premiers mouvements, et sort enfin de sa dernière enveloppe, au printemps, avec la forme qu'il doit conserver pendant l'été.

La durée de cette dernière transformation varie depuis quelques jours, comme pour un grand nombre de mouches, jusqu'à plusieurs années chez les hannetons et les éphémères. Celle de la cantharide à vésicatoire, dont les métamorphoses sont encore

imparfaitement connues, malgré sa présence universelle et son utilité, ne dure pas moins d'un an. M. Lichtenstcin, qui étudiait cet intéressant insecte in vilro, depuis vingt ans, est parvenu à s'en assurer au mois de mai 1879, en nourrissant la Ijrve avec des estomacs, des œufs et des larves d'abeilles enduits de miel. {Acad. des sciences.) Chaque printemps fait ainsi renaître ces myriades de petits animaux.

En vertu même de ces mutations variées et contradictoires qui s'observent surtout parmi les êtres inférieurs, en formant une énigme souvent indéchiffrable pour le naturaliste, une autre exception inexplicable est à signaler ici. C'est une ébauche, chez deux insectes les plus rudimentaires, de la perfection même de la génération : la viviparité, qui se rencontre seulement au sommet du règne animal. Les pucerons, si communs dans les bois et les jardins, naissent ainsi tout vivants, chaque femelle étant fécondée. à la fois, comme chez les crustacés, pour plusieurs générations successives. Pressez un de ces pucerons, dès sa naissance, et il en sortira par l'anus un nombre variable d'embryons avec des ailes. Filles, petites-filles et arrière-petites-filles sont ainsi engendrées par le même père. Quelle monstruosité !

Le mécanisme de cette génération, tour à tour ovipare et vivipare des pucerons, s'opère, d'après Carus, par la formation spontanée, dans l'ovaire des femelles, de gemmes qui se segmentent en cellules sans fécondation, en donnant ainsi successivement

OVIPARITÉ. 177

naissance à dix ou douze générations de pucerons vivants, exclusivement femelles et sans ailes tant • qu'il fait chaud. C'est à l'automne que des mâles et des femelles ailés naissent et se fécondent, en pondant des œufs qui sont déposés à l'aisselle des feuilles oîi ils passent l'hiver. Une seule minute d'amour communique à cette espèce aimée, dit Michelet dans VInsecte, ce don inouï d'une fécondité pour quarante générations ! On le comprendra mieux en sachant que ces pucerons sont les vaches laitières de la tribu non moins nombreuse et féconde des fourmis.

Un phénomène non moins extraordinaire se rencontre chez la cochenille. Sa fécondation étant un arrêt de mort pour elle, les œufs restés dans son corps y éclosent et s'y développent en se nourrissant des organes de leur mère. Au printemps suivant, le cadavre acquiert Un volume considérable, la peau crève et il en sort des insectes vivants. C'est une véritable métamorphose dont l'industrie a su tirer parti, comme pour le ver à soie, en utilisant ces œufs dans la teinture.

L'artiste par excellence de cet ordre si intéressant dont la vie est si frêle et fugitive, l'araignée, en révèle tout l'instinct sous sa forme la plus délicate : sa tendresse maternelle pour sa progéniture. Dans certaines espèces, elle ne se contente pas de porter ses œufs en cocon, elle les nourrit vivants, avides, les garde, les porte sur son dos; ou bien elle les fait marcher en les retenant par un fil comme un enfant k la lisière. S'il y a danger, elle tire le fil, ils sautent sur elle, elle les sauve. Si elle ne le peut, elle

aime mieux périr. On en a vu qui, pour ne pas les abandonner, se laissaient engloutir au gouffre du formica-leo. D'autres, d'une espèce lente, ne pouvant les sauver ne fuient pas davantage et se font prendre avec eux. {L'Insecte.)

Par opposition, le monde des Poissons est celui du silence. On dit : Muet comme un poisson. Er commençant l'ordre des vertébrés par la colonne simplement cartilagineuse dont ils sont pourvus, ils se distinguent de tous les autres, dans leur reproduction, par l'absence d'accouplement, de contact même chez la plupart, quoique unisexués et ovipares. La mère ici ne fait rien pour ses œufs que les confier à l'Océan, dit Michelet.

Les organes sexuels, doubles et symétriques, étant placés uniformément dans le ventre, comme chez l'msecte, la femelle pond ses œufs spontanément, par l'orifice qui se trouve près de la queue, sans être fécondée. Mais le mâle, attiré sans doute par son instinct naturel, sinon un appât, un attrait sexuel particulier, peut-être une odeur spéciale — on ne peut supposer le simple hasard pour une opération si importante, — passe sur ces œufs, en y répandant de la même manière sa laitance pour les féconder, sans aucun rapport direct, immédiat avec la femelle.

Une grande quantité de cette semence doit être perdue ainsi, mais la fécondité prodigieuse des femelles suffit à la conservation de l'espèce. De 50 000

OVIPARITÉ. . 179

chez le hareng et le brochet, les œufs s'élèvent an double chez la carpe, au triple chez d'autres, suivant leur volume, pour se décupler chez le maquereau et s'élever de trois à neuf millions chez une seule morue. Les poissons ne cessent ainsi de se multiplier, malgré la guerre opiniâtre que les insectes, les crustacés, les oiseaux, et l'homme surtout leur livrent en permanence.

La résistance vitale de ces œufs est encore une garantie de leur fécondation. Qu'ils soient mis hors de l'eau, desséchés, avalés même par les oiseaux, il jiiffît de les replacer dans leur liquide incubateur, pour que, fécondés, ils en produisent de nouveaux, '..omme ceux de l'écrevisse. De là la facilité de les multiplier à l'infini, même artificiellement, et l'on peut de même en restreindre, en empêcher la propagation à volonté. 11 suffit d'enlever, par la castration, les ovaires et les laitances aux petits, pour que leur chair devienne plus tendre et délicate. Les carpes et les brochets, engraissés dans les viviers par ce moyen, fournissent un aliment aussi succulent que savoureux. L'avantage de ce procédé, déjà signalé sur les plantes, s'obtient de même chez tous les vertébrés.

Quelques poissons osseux, comme les squales ou requins, n'ont qu'un seul organe génital, un testicule chez le raàle, un ovaire chez la femelle. La cause de cette anomalie ne s'aperçoit que dans le danger de leur extrême multiplication, leur férocité et la mauvaise qualité de leur chair ne les rendant propres à rien.

Tous les poissons ne se reproduisent pas aussi simplement. Un grand nombre de cartilagineux s'aecouplent : les raies et les squales se fécondent par une véritable affriclion de leurs organes génitaux, et il en est même dont les petits sortent tout vivants du corps de la mère, comme chez la loche et l'anableps. Mais c'est l'exception.

Tous les Reptiles s'engendrent par accouplement, sans organes apparents au dehors. Ils diffèrent donc entièrement des poissons, quoique leur ressemblant par la forme. Les serpents et les vipères, qui en sont le type, ont en effet la même forme allongée et rampent sur la terre — d'où leur nom — comme les poissons nagent dans l'eau. Aussi la différence de leur mode de génération n'est-elle pas aussi tranchée qu'elle le paraît tout d'abord. Une transition insensible les réunit au contraire.

De même que le contact, l'accouplement même, s'observe chez les poissons les plus parfaits de leur classe, les batraciens ou grenouilles, qui forment le commencement de la suivante, sont de véritables poissons en jnaissant. Ils ne deviennent reptiles ensuite que par métamorphose, pour former la liaison entre ces deux classes.

L'accouplement des batraciens, crapauds, grenouilles et tortues, s'effectue simplement eu se tenant serrés l'un contre laolre, au moyen de pelotes ou de verrues noires, papilleusi's, se développant sur les pouces c u les piedii de devant du mâle au moment

OVÎPARITE. 181

-des amours. 11 se cramponne fortement ainsi sur le dos de la femelle et y reste fixé pendant quinze jours environ, sans qu'on puisse l'en séparer, versant d'une manière intermittente et successive sa liqueur fécondante sur les œufs de celle-ci, à mesure qu'ils sortent de son corps sous la forme de cordon. Leur incubation a ensuite lieu dans l'eau.

Les œufs de la grenouille, transparents comme -une gelée, apparaissent, en effet, dans l'eau de même que ceux des poissons non fécondés. Un point brun, noirâtre, analogue au jaune de l'œuf des oiseaux, s'y distingue : c'est le têtard, véritable larve, dont la tète forme d'abord la partie principale. La queue «e dessine ensuite et la larve vit ainsi dans l'eau, durant plusieurs mois, en se nourrissant comme les poissons. Elle se métamorphose graduellement en véritable grenouille ou crapaud à quatre pattes, la queue disparaissant à mesure que celles-ci poussent. de même chez les tritons et les salamandres. Dans cet état parfait, ce sont de véritables reptiles, ram- .pant ou sautant comme eux, mais ils conservent toujours leur marque d'origine en préférant un certain 4egré d'humidité à la sécheresse et la chaleur des vrais reptiles : f^erpents, vipères et lézards

Aussi bien, ceux-ci sont-ils aussi ardents en amour que les autres sont froids. Pourvus de deux pénis, correspondant aux dev\x ovaires de la femelle, les lézards se livrent des combats acharnés au printemps pour sa possession. Les serpents ont de même un accouplement prolongé. Mais, à part quelques espèces de couleuvres et de vipères, dont les petits

naissent tout vivants, les œufs des reptiles, à coquille molle, éclosent sans le secours de la mère. Elle les déjjose simplement dans l'eau ou dans le sable, oîi leur éclosion spontanée a lieu sous l'influence de la chaleur ambiante. La tortue les expose même aux rayons du soleil. Quelques crapauds portent pour tant leurs œufs sur le dos, jusqu'à leur éclosion, comme les crustacés.

De récentes observations sur le crapaud accou cheur ont montré au professeur Math. Duval que cet intéressant batracien enroule ce chapelet d'œufs autour de ses cuisses et le promène sur la terre ou dans le sable dont la chaleur est sans doute nécessaire à l'incubation de ces œufs. Il ne les plonge dans l'eau que vers l'époque de leur éclosion et les abandonne entièrement dans une mare. Le têtard sort de l'œuf assez développé, gros comme un pois et muni d'une longue queue. Il respire à l'intérieur de l'œuf avec les branchies très développées qui s'étendent à la surface interne, non comme le poisson dans l'eau, mais d'une manière analogue au poulet dans sa coque et l'on peut dire par extension comme le fœtus des mammifères à l'aide du placenta dans le sein de la mère.

La fécondité, considérable encore chez les batraciens, et notamment les grenouilles, diminue notablement dans les ordres supérieurs. Et, si quelques- B.ns de ceux-ci jouissent de la faculté de régénérer, reparer les parties détruites de leur corps, à l'exemple des écrevisses, comme la queue chez les lézards et les membres chez les salamandres,

OVIPARITE. 183

aucun ne peut plus reproduire ainsi un être nou-

veau.

Aucun animal ovipare n'offre un type aussi parfait de ce mode de génération que la nombreuse classe des Oiseaux. C'est d'après leur exemple que la savante ignorance, le clairvoyant génie des anciens émit cet oracle : Tout vient de l'œuf, c'est le berceau du monde. Tous pondent des œufs et aucun ne met directement au monde des individus vivants, comme c'est la règle chez les mammifères placés au-dessus et une exception très rare chez ceux qui sont au-dessous. C'est en nous fondant sur les changements qui s'opèrent dans cet œuf, depuis sa fécondation jusqu'^ sa ponte, par opposition avec celui des poissons, que nous distinguons la fécondation de la conception humaine, {y .Conception.)

Michelet leur a donné un autre caractère distinclif. Le monde des oiseaux est celui de la lumière et du chant, dit-il. Tous vivent du soleil, s'en imprègnent ou s'en inspirent. Sa chaleur est absolument indispensable à leur existence. Ceux du Midi en mettent les reflets sur leurs ailes et ceux de nos climats dans leurs chants ; beaucoup le suivent de contrée en contrée et font ainsi le tour du monde. (L'Oiseau.)

Leurs organes sexuels sont cependant placés et disposés, comme chez les reptiles et les poissons, dans une poche ou cloaque servant à la fois à la génération et à la défécation. L'ovaire gauche et son oviducte se développent seuls chez la plupart des fe-

184 LA GENEIIATION.

melles. Sauf l'autruche, le canard, l'oie et quelques autres, tous les màlcs sont dépourvus de pénis. Un tubercule éreclile, agissant par ai'friction, en tient lieu. De là, l'instantanéité de leur coït et son renouvellement fréquent. Le contact de leurs organes est aussi indispensable à la fécondation et un seul rapprochement suffit, chez la poule, pour féconder vingt œufs, comme le crustacé et le puceron fécondent sept à huit générations successives à la fois chez la niéme femelle.

C'est de cinq à huit mois après leur naissance que les oiseaux ont acquis le développement et la force nécessaires pour se livrer à la reproduction. Un ^eul mâle suffit ordinairement à plusieurs femelles, îomme le pJus célèbre polygame de nos basses- ■cours, le coq, en offre l'exemple. Il sulfit amplement à plus de vingt poules; ce qui permet d'émascuier le plus grand nombre pour en faire de gras et savoureux chapons.

La polygamie parmi la gent volatile est d'autant plus anormale que la fécondité des femelles est très limitée. Les espèces domestiques, parmi lesquelles elle s'observe, font seules exception, en raison de la nourriture excitante qui leur est accordée. Parmi les oiseaux libres, la femelle ne donne jamais qu'un nombre limité d'œufs, soit six à douze en moyenne. Si la mésange en donne jusqu'à vingt, les rapaces n'en pondent que deux. La règle est ainsi l'union à deux, au moins pour la saison. Dès qu'ils se sont choisis et accouplés, mâle et femelle se gardent une hdélilé à toute épreuve dans leurs amours. La

OVIPARITÈ. 18&

sollicitude admirable qu'ils déploient ensemble pour 30 assurer et garantir les fruits pourrait môme servir de leçon et d'exemple à l'espèce humaine.

C'est au printemps que les oiseaux comme les insectes, partageant l'animation nouvelle manifestée dans toute la nature, se recherchent mutuellement. Leurs mouvements sont alors plus actifs et ïh voltigent de branche en branche en faisant retentir leurs chants mélodieux et briller coquettement toutes les beautés de leur plumage. Le mâle porte ses regards sur les femelles et les poursuit, tandis que, parées de cette pudeur native propre à leur sexe, elles semblent éviter et repousser leurs approches comme pour mieux aiguillonner leurs désirs et provoquer ainsi la sécrétion spermatique qui les rend de plus en plus hardis et entreprenants.

Dans ces délicieux combats ou plutôt ces charmants jeux de Tamour, on voit l'oiseau, lorsqu'il rencontre celle qui l'attire, s'élancer d'abord avec impétuosité vers elle; puis, réprimant ce premier mouvement, comme effrayé de son audace, il recule, se rapproche en tremblant, voltige, revient ensuite comme pour témoigner de toute son ardeur, tandis que la femelle, ainsi poursuivie, s'envole à de grandes distances, les diminue ensuite pour se laisser atteindre en combattant et céder à la force et à la persévérance de celui qui l'avait subjuguée. Cette résistance pudique des femelles provoijue l'orgasme vénérien des mâles, élaliorc le fluide séminal, en perfectionne le principe fécondant et, en déterminant l'érection d'un moment, contribue puissam-

mont à une procréation vigoureusement organi-

sée.

A peine ce premier rapprochement effectué qui consacre leur mariage, leur union saisonnière, les deux amants, loin de folâtrer, se choisissent une retraite assurée pour y déposer le fruit de leurs amours. Le nid est une création de l'amour, a dit Michelct. Sa fabrication est ainsi l'objet de toute leur sollicitude pour mettre leurs œufs et leurs petits à l'abri des dangers et des intempéries. Les uns le placent, à cet effet, au sommet des plus grands arbres, comme le corbeau et la pie ; d'autres le suspendent h l'extrémité des branches, comme les loriots; les linottes le cachent dans des buissons inaccessibles. Ceux-ci choisissent les falaises ou les rochers les plus escarpés, comme le cormoran; ceux-là, les fentes ou les trous des murs, le tronc des vieux arbres ; quelquesuns se creusent même des terriers.

L'art avec lequel ils le construisent est souvent d'une habileté, d'une perfection inimitable au plus habile architecte humain. Ce sont des chefs-d'œuvre chez quelques-uns. Des épines interdisent l'entrée de la petite ouverture par laquelle les pies seules peuvent pénétrer et celle que les hirondelles se ménagent dans la maçonnerie qu'elles suspendent si artistement aux tuyaux des cheminées, sous l'entablement ou les fenêtres de la façade méridionale des habitations, en sont les modèles. Le vrai maçon, dit Michelet, c'est l'hirondelle qui suspend sa maison

OVIPARITE. 187

aux nôtres. La plupart sont formés de branchettes et quelques-uns sont ainsi flottants sur l'eau. La mésange suspend son berceau, en forme de bourse d'un côté, et se confie au vent pour bercer sa famille. Et avec quelle admirable prévoyance la plupart des espèces en garnissent l'intérieur, en employant des matériaux à leur portée, pour en faire un lit doux et chaud à leurs petits ! Les linottes dérobent la toison des moutons et la plupart s'arrachent leur propre duvet.

La propagation de leur espèce étant l'unique instinct de ces tendres animaux, ils se livrent avec empressement à leurs amours, dès que cette retraite sûre est préparée. L'oiseau, sous ce rapport, surpasse tous les autres. Aucun n'est plus ardent. Les tendres gémissements de la tourterelle et les sifflements amoureux du merle, au temps de la reproduction, en sont des manifestations aussi éclatantes que les chants voluptueux du rossignol pour enchanter la femelle qu'il poursuit. L'amour seul inspire ces accords enchanteurs et toute cette musique est la voix de l'amour, dit Thomson. Le coq d'Inde fait briller sa gorge de rubis aux yeux de sa femelle; le paon étale, aux yeux de la sienne, la magnificence de son plumage et s'en approche rayonnant de majesté. Les pigeons offrent surtout le tableau de cette ardente excitation amoureuse en faisant entendre leurs roucoulements amoureux sur le toit de la maison champêtre. Ils s'agacent et se fuient tour à tour en épanouissant gracieusement les ailes et la queue, tournant le cou avec grâce pour l'embellir de mille

couleurs passagères et portant des regards étincelants sur leurs femelles. Aussi bien, comme cellesci, après une feinte résistance, répondent à leur ardeur! Admirez leurs étroits embrassements sur les parties internes du bec et l'impression qu'ils en ressentent, et contemplez leur vol subit de réjouissance, après l'accomplissement de la copulation, en contraste avec l'affaissement, l'accablement qui s'observe dans l'espèce humaine !

Dès que la femelle a pondu le nombre ordinaire des œufs, les oiseaux accouplés abandonnent les plaisirs de l'amour, comme des jouissances stériles et sans but, pour se livrer entièrement aux douceurs de la paternité. La mère se place dans le nid sur ses œufs, y reste assidûment dès que leur incubation est commencée. Ni l'aiguillon de la faim, ni les délice* du printemps qui fleurit à l'entour ne peuvent l'arracher aux soins maternels. Souvent le mâle se place près d'elle, sur une branche, et chante sans cesse à lu fauvette, pour la préserver de l'ennui. Exemple que beaucoup de jeunes ménages devraient imiter, au lieu de continuer leurs plaisirs mondains, pendant la grossesse et l'allailemenl.

On peut s'étonner de cette continence du mâle chez un animal si chaud, si ardent. Mais, outre que l'époque du rut est passée pour lui, une observation de Bufi'on en rend compte. Les testicules, chez la plupart des oiseaux, se flétrissent et sont presque réduits à rien après la saison des amours. Ils sommeillent pour ainsi dire et ne reprennent leur vie et leur grosseur qu'à la saison nouvelle, où ils ac-

OYIPARITE. 189.

quièrent un Tolume supérieur à celui de leur petit corps.

L'incubation de l'œuf par la mère est aussi indispensable au développement de l'embryon que son éclosion hors de Tœuf. Ceux que le coucou abandonne sont ainsi couvés par d'autres espèces. Dans les pays chauds, la chaleur ambiante suffit à cet effet et l'autruche y dépose ses œufs dans le sable, les abandonnant à leur éclosion, absolument comme les reptiles. Une température continue de 37 à 58 degrés centigrades, naturelle ou artificielle, est nécessaire à cette éclosion et on l'obtient en plaçant Jes œufs dans le sable, le fumier ou des couveuses artifr cielles.

Cette condition d'une température constante et élevée, pour l'éclosion de l'œuf des oiseaux, marque l'importance de l'être qu'il représente. Tandis que, dans les classes inférieures des végétaux et des animaux, la terre et l'eau suffisent à son développement, des milieux spéciaux sont indispensables à certaines graines, comme à la plupart des animaux» Ceux-ci meurent dans l'eau douco. ceux-là dans l'eau salée, de même qu'un climat particulier est nécessaire à l'incubation des œufs des reptiles. De là les soins que les insectes mettent dans le choix des milieux si différents, convenables à l'éclosion des leurs»

Tous les œufs des oiseaux ont à peu près la même

composition. Son nom lui vient de sa forme ovoïde»

Il est renfermé dans une enveloppe calcaire se-

liile, appelée coquille, recouverte à l'intérieur d'une ineiubrane ou pellicule qui y adhère intimement. Un 'iquide plus ou moins visqueux et transparent, appelé albumen ou blanc d'œuf, en remplit toute la périphérie, moins un espace libre placé à la grosse xlrémité. C'est la chambre à air, renfermant celui qui est nécessaire au développement de l'embryon.

Au centre est une masse globuleuse, de couleur jaune, contenue dans une membrane très mince, et suspendue par deux cordons ou ligaments albumineux, adhérents aux deux extrémités de la membrane interne de l'œuf. Sur un point de la surface du jaune, se dislingue une tache blanchâtre, sous forme d'une cicatrice lenticulaire, à peine visible à l'œil nu correspondant à l'insertion du cordon suspenseur. C'est le germe de l'embryon de l'oiseau, au développement auquel toutes les autres parties de l'œuf doivent tontribuer.

Après quelques heures d'incubation, on voit le jaune s'élever du centre de l'œuf vers sa grosse extrémité où se trouve la chambre à air. Tout le blanc se déplace ainsi au fond et le germe s'attache à sa place, à la membrane interne du gros bout, sous la forme d'un point blanc, gros comme un petit pois. MM. Laborde et Du val y ont distingué au microscope, en 1877, des battements dès la vingt-sixième heure de l'incubation, montrant par là que si le cœur meurt le dernier chez l'homme, il bat aussi le premier, comme Buffon l'avait déjà dit. Harvey n'avait aperçu ce battement que le quatrième jour, tandis que, dès le septième, l'œuf est transl'oruié

OVIPARITÈ. 191

en un poulet, qui, brisant sa coquille par l'augmentation même de son volume, se montre vivant dès le vingt-unième jour.

La durée de l'incubation varie suivant que l'oiseau naît plus robuste et parfait. Tous les petits oiseaux, comme les mésanges et les linottes, éclosent €n onze à dix-sept jours, tandis qu'il en faut de vingt à trente aux perdreaux, aux canards qui marchent et voient en naissant. Les parents des petits ont ainsi à pourvoir, pendant plusieurs jours, à leur alimentation et à l'entretien de leur vie par la chaleur.

La génération des Mammifères, c'est-à-dire animaux à mamelles, se distingue par un trait essentiel de celle de tous les autres. L'accouplement est le même que chez les oiseaux et la fécondation aussi ; seuls les organes qui y sont destinés sont plus développés, perfectionnés et le mécanisme en est ainsi plus compliqué. Mais l'incubation de l'œuf ou de l'ovule qui le représente est toute différente. Au lieu de se faire au dehors, la iemellc l'accomplit au dedans d'elle, dans un organe appelé matrice, d'oîi les petits animaux sortent tout vivants. C'est la viviparité, au lieu de l'oviparité telle qu'elle est ébauchée chez les crustacés, les pucerons et la cochenille parmi les insectes, les couleuvres et les vipères chez les reptiles, et qui devient ici la règle absolue, le caractère distinctif.

La Viviparité est le mode le plus compliqué et parfait de la génération. L'œuf ou l'ovule fécondé n'est plus abandonné au hasard aussitôt pondu comme dans les autres modes, et exposé à être perdu ou détruit sans avoir vécu. Il reste attaché à sa mère qui le conserve dans son sein pour le faire vivre de sa propre vie, de son sang, jusqu'à sa naissance. Quelques petits se suffisent même, à ce moment, pour vivre seuls, mais la règle est qu'elle les nourrisse du lait de ses mamelles. L'exception offerte par les pucerons vivipares et quelques reptiles, à cet égard, peut même servir à prouver qu'ils sont seulement l'ébauche informe de ce mode de génération, dont on trouve les manifestations rudimentaires jusque dans le règne végétal. Les graines de l'oranger et du citronnier germent ainsi dans leur péricarpe.

La matrice étant le réceptacle incubateur de l'ovule fécondé des mammifères, ne se rencontre que chez les femelles à mamelles, formant l'accessoire pour nourrir, alimenter les petits. Cet organe n'existe dans aucun autre ordre. La terre, l'eau et l'air le remplacent, dans la plupart des cas, pour les animaux comme pour les végétaux. Les œufs des zoophyles et des mollusques, des reptiles et des poissons, n'ont pas d'autre menstrue pour évoluer, éclore et se développer. L'eau douce ou salée, un terrain ou un climat spécial en font toute la différence par la température même qui s'y trouve. Son élévation se révèle distinctement, pour l'incubation dos œufs de quelques insectes par la rechcrcbe qu'ils font d'un

VIVIPARITE. 193

milieu spécial pour les déposer à cet effet, comme l'intérieur des habitations, les chambres à coucher surtout, le corps de l'homme et des animaux, où ils se multiplient à l'infini avec une extrême rapidité.

Tel est l'emblème de cette chaleur si nécessaire à l'éclosion de tout germe à sang chaud. C'est par cette condition que s'étabUt la liaison entre les invertébrés et les vertébrés du monde ailé, démontrée si péremptoirement par la température élevée, indispensable à l'incubation des œufs des oiseaux. Et c'est précisément parce qu'elle doit s'élever graduellement plus constante et uniforme chez les mammifères, à mesure qu'ils se perfectionnent et se rapprochent de l'espèce humaine, que cette incubation s'accomplit à l'intérieur.

La raison de cette différence d'incubation es^ dans la nature même dusang. Incolore chez les mol* lusques, il se colore ceulement chez les annélides^ et les articulés, en restant noir et froid chez les poissons. Caractère commun à tous les animaux qui vivent dans l'eau, tandis qu'il est chaud chez les insectes et surtout les oiseaux où il devient rouge^ pour être à la fois chaud, noir et rouge chez les mammifères, comme chez l'homme.

On retrouve pourtant, dans cette classe, plusieurs types des précédentes pour en former la liaison. Les mammifères se relient ainsi à celle des poissons par l'ordre des cétacés, dont les types, baleine eJ dauphin, vivent dans l'eau comme eux; mais ils

en diffèrent par les principaux détails. Les baleines s'accouplent en s'approcliant l'une de l'autre, dressées sur leurs queues, s'embrassent avec leurs nageoires et demeurent ainsi plusieurs heures. Plus tard, la mère transporte de même son baleinon entre ses nageoires sans jamais l'abandonner, quelque danger qu'elle coure, ne se servant que de sa queue pour diriger sa marche dans l'Océan.

D'autres s'assimilent aux oiseaux par leur vol. Telle est la chauve-souris, qui, comme la baleine, emporte son petit accroché à son épaule et vole ainsi la nuit. Et la preuve que cet instinct de la tendresse maternelle ne réside pas dans la matière, le volume, c'est de se manifester avec une égale délicatesse chez des êtres aussi petits, l'araignée par exemple, que celui-ci est gros.

Il en est qui sont amphibies, vivant alternativement sur la terre et dans l'eau, comme le phoque et l'hippopotame. Mais si différents et éloignés qu'ils ioient entre eux par leur volume, leurs formes, leur genre de vie et leur séjour, tous ces animaux supérieurs se rapprochent et se ressemblent par ce trait commun de leur génération : les femelles sont toutes pourvues, à l'intérieur, d'un sac ou réservoir spécial, servant à l'incubation de l'ovule fécondé, et de mamelles pour nourrir et alimenter les petits dès leur naissance.

Tout en variant de forme et de volume, ces organes essentiels et connexes ont un siège presque uniforme chez tous les quadrupèdes. La matrice renfermée à l'intérieur du bassin, situé à la partie infé

VIVIPARITE. 195

rieure et postérieure du corps, repose un peu en avant des pattes de derrière. Les marsupiaux font seuls exception à cette règle, en ayant cette poche à l'extérieur, comme pour révéler l'origine de la viviparité. Dès que les petits de la sarigue et des kanguroos sont un peu développés dans cette poche ouverte, on les voit sortir la tête, puis rentrer et s'y cacher. La mère évite de la sorte tout danger pour eux, en les emportant jusqu'à ce qu'ils soient en état de sauter eux-mêmes.

Les mamelles, toujours doubles et symétriques, sont placées latéralement sous le ventre, un peu plus en avant ou en arrière de l'ombilic et parfois même pendantes entre les cuisses chez les meilleures /aitières, comme la vache. Par exception, la chauvesouris qui vole, les porte sur la poitrine à l'égal de la femme. De deux seulement chez celles qui n'ont qu'un petit à la fois : la chèvre, le cerf et l'éléphant, leur nombre s'élève à quatre chez beaucoup d'autres espèces comme la vache et même de six à huit chez la chienne, la chatte et la souris.

A ces caractères, il est facile de distinguer le mâle de la femelle par des organes différents, apparents et distincts, situés à la même place. Ce sont les deux testicules placés en arrière et renfermés séparément dans une poche, avec le pénis en avant s'étendant plus ou moins sous le ventre et recouvert par le fourreau. Nous n'en dirons rien de plus ici, car les détails étant absolument les mêmes que dans l'espèce

humai 110, on les trouvera à ce mode de génération.

Une exception mérite pourtant d'être signalée : c'est la rétention des testicules dans le ventre de quelques mâles, comme ciiez les oiseaux et les insectes. La baleine, l'éléphant et d'autres grands mammifères, n'ont pas de testicules apparfuts. Chez d'autres plus petits, ils n'en sortent momentanément qu'à l'époque du rut et pour les besoins de l'accouplement. La chauve-souris, la taupe, le hérisson, le rat, le castor et le cochon d'Inde sont dans ce cas.

Mais outre son organisation sexuelle, le mâle se distingue au premier coupd'œil, dans cette classe d'animaux supérieurs, par des avantages extérieurs de développement, de force et de vigueur, qui le font reconnaître facilement. Il est en général plus grand, plus fort, plus robuste, plus audacieux et plus beau. L'étalon, le taureau, le cerf, le bélier, le verrat, le sanglier, le lion en sont de frappants exemples. Des j)roductions extérieures, comme les cornes chez le chevreuil, le musc chez le chevrotin, la crinièie du lion et la trompe des lions marins, les dis> tingiient aussi.

Ces caractères extérieurs, distinctifs des mâles^ sont en rapport avec leur rôle actif, provocateur, pour la fécondation. Plus ardents et plus impétueux, comme l'insecte et l'oiseau, ils poursuivent la femelle qui attend et cède, et dont la résistance ne fait qu'exciter utilement la sécrétion du fluide séminal. C'est par exception que, dans leur lasciveté, les femelles provoquent le mâle ; leurs exhalaisons, leurs cris, beuglements, hennissements ou miaule-

VIVIPARITÉ. 197

menls suffisent toujours à l'attirer. Ils doivent être d'autant plus forts et plus beaux, chez les mammifères, que l'accouplement ne peut s'opérer, à l'état de liberté du moins, qu'avec son consentement. La chamelle s'accroupit ainsi pour recevoir le mâle. Les femelles des insectes à cet égard ne font exception à la règle qu'en raison de leur extrême fécondité.

La force, la pétulance et une hardiesse insoKte sont les marques de la puberté des mammifères. C'est leur premier rut ou chaleur. L'époque en varie, selon leur grandeur et la durée de leur vie. De deux à trois mois chez les souris et autres quadrupèdes de ce genre, elle s'élève de cinq à six mois chez les lapins, de sept à huit chez les lièvres et jusqu'à un an chez le chien. Le renard ne se montre guère en chaleur qu'à dix-huit mois et le loup à deux ans. Deux à trois ans sont nécessaires chez les chevaux, trois à quatre chez les chameaux, sept à huit chez les cerfs et jusqu'à quinze à vingt chez les éléphants, comme un exemple authentique le confirme plus loin.

Les femelles sont généralement plus précoces, mais il ne faut pas toujours satisfaire chez elles cette première chaleur pour avoir de beaux produits. Règle générale, la femelle peut être livrée à la reproduction un an avant le mâle.

Sauf quelques exceptions dans les espèces domestiques, le chien et le chat par exemple, le rut ne se

raanifcple qu'une fois par an chez les grands mammifères, à des époques déterminées, fixes, mais variables suivant les espèces. Il dure le plus longtemps chez les brebis, de novembre à avril, et seulement une quinzaine de jours, au plus fort de l'hiver, chez les loups et les renards. Il en est de même en automne pour le chevreuil et l'ours, au printemps pour les vaches et les juments.

Son influence est si profonde et intense chez certains animaux qu'ils en perdent le sentiment de leur propre conservation. Il commence chez les vieux cerfs, au mois de septembre, par une sorte de mélancolie qui leur fait recherclier la solitude et marcher tète baissée, nuit et jour. Une férocité insolite y succède. Ils attaquent l'homme et tous les animaux qu'ils rencontrent, puis poursuivant les biches à outrance, surtout pendant la nuit, ils en saillissent jusqu'à quinze ou vingt successivement. Pendant quinze jours, ils se livrent les plus rudes combats entre eux pour se disputer leur possession. Ils se précipitent, avec la fureur du lion, sur les chasseurs et les chiens qui les attaquent. Heureusement l'odeur forte et repoussante qu'ils exhalent alors prévient les accidents, en empêchant même les chiens de les poursuivre. Ils se font souvent des blessures mortelles, si ce n'est lorsque, retenus par l'entrelacement de leurs cornes, les loups en profitent pour les dévorer.

Le chameau, si doux et docile, devient aussi indomptable et furieux au printemps, quand le rut se manifeste. 11 attaque tous les animaux qu'il rencon-

VIVIPARITE. 193

tre, les frappe de ses pieds et de ses dents et se précipite, avec une sorte de fureur maniaque, sur ceux qui lui sont bien supérieurs pour l'attaque et la défense, comme le lion, la panthère, le tigre et tant d'autres. Son conducteur n'est même pas à l'abri de ses coups.

Transporté par l'impétuosité de ses désirs et embrasé d'une flammée dévorante, le taureau dédaigne les gras pâturages et s'enfonce, s'égare au plus profond des bois, en frappant de ses cornes, tant sa passion l'aveugle, les troncs noueux des arbres qu'il prend pour des rivaux. Et de même le coursier, fougueux et sauvage, emporté par l'attrait du plaisir, fuit en frémissant dans les plaines lointaines, traversant les déserts et les bois, escaladant rochers et montagnes, il hennit,

Tantôt fier, l'œil en feu, les narines fumantes, Demande au vent les lieux où paissent ses amantes

Sauf les exceptions déjà citées de la baleine et du chameau, l'accouplement de tous les mammifères est le même et s'opère tout simplement par la partie postérieure du tronc. L'éléphant n'agit pas différemment, malgré l'assertion de Buffon ; mais la femelle s'agenouille, comme la chamelle, pour rendre l'approche du mâle plus facile et complète. Si les hérissons, les porcs-épics et les castors se tiennent droits comme la baleine, c'est à cause des obstacles qu'ils auraient à se recouvrir. Les singes seuls se

renversent sur le dos, et c'est par un raffinement de luxure dépravée que l'homme varie ce mode naturel à son caprice, en imitant ceux de tous les autres animaux.

L'absence tout exceptionnelle de vésicules séminales pour la réserve et l'accumulation du sperme, chez les mâles de l'espèce canine, explique la particularité observée chez ces animaux de ne pouvoir se séparer à volonté après l'accouplement. Le sperme ne pouvant s'écouler que goutte à goutte, un obstacle devait les tenir réunis, pendant un certain temps, pour qu'il fût versé, épanché à l'intérieur en quantité suffisante à la fécondation. La consistance osseuse du pénis de Tours, la martre, le chien, le loup, le renard, la hyène et le blaireau, et son gonilement, produisent cet obstacle mécanique et tout providentiel. Cette particularité remarquable, spéciale à l'espèce canine, s'observe même chez le phoque et la loutre parmi les poissons.

La polygynie, c'est-à-dire un seul mâle pour plusieurs femelles, est la règle parmi ces animaux, en raison même de la force et de la vigueur supérieures du premier. Un cochon d'Inde suffit à quinze femelles, le cerf à vingt biches, un taureau à cent vaches et le bélier à un troupeau encore plus nombreux. Les étalons de nos haras sont ainsi spécialement destinés à toutes les juments de la contrée. La mère est chargée exclusivement, en retour, de l'aUmentation et de l'éducation des petits. C'est par exception que le chevreuil ne prend qu'une femelle et la suit partout, en partageant avec elle l'éduca-

VIVIPARITE. 201

lion de la famille. Les baleines paraissent dans le même cas.

Tout rapport sexuel cesse entre les mammifères dès que la femelle est fécondée. Sa chaleur passée, éteinte, le mâle n'est plus attiré ni excité par elle et les deux sexes sont ensemble comme n'en formant qu'un. Peu d'exceptions à cette règle existent seulement dans les espèces domestiques, la jument entre autres.

Toute manifestation du rut cesse dès que l'animal, mâle et femelle, est souffrant ou malade. Une parfaite santé est indispensable à la fonction de reproduction et la force génitale est subordonnée à cette condition essentielle chez les mammifères, d'autant plus qu'ils s'élèvent dans leurs divers ordres et que leur organisme est plus développé et sensible. Tout animal qui souffre est impropre à la génération.

La domestication exerce une influence considérable sur la fécondité des animaux. Elle s'annihile parfois ou s'accroît d'une manière remarquable. La laie sauvage n'a qu'une portée annuelle de six ou huit marcassins, tandis que la truie domestique en donne deux, de dix à quinze petits et même davantage. Une variété du cochon d'Inde, le cobaye, au lieu d'une portée annuelle d'un ou deux petits à l'état sauvage, donne cinq à six nichées de six à dix petits qui servent aux expériences, aux vivisections des savants.

La promiscuité des sexes dans le repos, la stabu-

lation, avec une nourriture assurée et abondante^, contribuent plus que le climat à ce résultat. Obligé de chercher sa vie et de la protéger, l'animal sauvage ne sacrifie à l'instinct génésique que sous l'influence du rut annuel. Le célibataire, en proie aux idées lubriques, aux désirs erotiques, trouve une diversion efficace dans l'exercice, la chasse et les travaux manuels.

L'influence du climat peut changer l'époque de la reproduction, chez les animaux comme chez les végétaux. Une oie d'Egypte, introduite en France, a relardé sa ponte annuelle d'un mois, jusqu'à la faire en avril, comme les oies originaires, au lieu de décembre. Nous montrerons qu'il en est de même de la menstruation chez les filles transportées du climat chaud dans nos régions tempérées.

La fécondité des animaux semble diminue^ à mesure que leur volume croît. Malgré des exceptions nombreuses, cette règle est rendue palpable chez les mammifères, dont les plus grands ne donnent ordinairement qu'un petit. L'éléphant n'en a qu'un seul à la fois et trois ou quatre portées durant sa longue existence de quatre-vingt-dix à cent ans en moyenne. Au contraire, si les fils et les petits-fils d'un seul puceron arrivaient tous à bien pendant un seul été, dit M. de Quatrefages, ils couvriraient environ quatre hectares de terrain. Si le globe entier n'est pas envahi par ces petits animaux, c'est que le chiffre des morts dépasse infiniment celui des vivants. Il est aussi évident que si la multiplication des morues et des esturgeons, dont les œufs se

YIVIPARITÈ. 205

comptent par centaines de mille, n était providentiellement arrêtée, tous les océans en seraient comblés en moins d'une vie d'homme.

Rien de semblable n'a lieu chez les mammifères, en raison même de la perfection du produit. Tous étant vivipares, ils ne peuvent porter qu'un nombre très limité der petits et le temps nécessaire à leur incubation et leur allaitement empêche la plupart d'avoir plus d'une portée chaque année. Le lapin, le chat, la truie parmi les espèces domestiques, font seuls exception à cette règle en ayant trois à quatre portées par an, surtout en raison de la nourriture abondante qu'ils reçoivent, tandis que la jument n'en peut avoir qu'une tous les deux ans au plus.

L'exemple le plus concluant est fourni par l'éléphant, le plus monstrueux des grands pachydermes. Il ne donne qu'un petit à la fois, comme la nais sance toute récente d'Âmerica, à Philadelphie, en offre la confirmation positive et authentique. La rareté de cet événement curieux, d'un éléphant né en captivité, mérite d'en consigner ici les principaux détails, recueillis et publiés par l'Académie des sciences naturelles de Pensylvanie.

Hébé, d'origine indienne, âgée de 18 à 20 ans et pesant huit mille livres, fait partie d'un groupe de sept élé[jhants formant le cirque Cooper, voyageant aux États-Unis. Couverte à deux reprises, le 25 mai 1878, par un mâle de la même troupe, — sans aucune particularité dans l'accouplement venant à l'appui des croyances répandues à cet égard, — elle mit bas le 10 mars 1880, c'est-à-dire après

655 jours de gestation, soit 21 mois et demi. Aucun indice n'annonça la délivrance, qui s'effectua spontanément, sans aide ni assistance que le gardien, réveillé à deux heures et demie du matin par un bruit inaccoutumé. Les six autres éléphants, réunis dans la même loge, tiraient sur leurs chaînes, dansaient, gambadaient et trompetaient» en grande joie autour du nouveau-né. La mère le saisit alors avec sa trompe et, brisant sa chaîne, l'emporta à une certaine distance en renversant et brisant tout «ur son passage. Il fallut la présence du maître pour rétablir l'ordre et la paix.

Le nouveau-né est une femelle pesant 213 livres ^t demie, ayant trente-cinq pouces de haut, quatre pieds et demi de long et quatre pieds environ de circonférence. Elle se leva aussitôt après sa naissance et se mit à teter avec la bouche, non avec la trompe, à deux immenses mamelles, pourvues d'énormes mamelons, placées devant le thorax entre les deux membres supérieurs. La génération de ce monstrueux pachyderme, ainsi vérifiée, ne présente donc rien d'aussi extraordinaire et merveilleux que celle du moindre puceron.

L'accouplement de deux races différentes, mais voisines par leur organisation et leurs mœurs, se rencontre parfois chez les grands mammifères. C'est le croisement ou métissage que l'on opère aussi artificiellement, de même que dans les plantes. Le cheval réuni à l'ânesse peut ainsi la féconder et pro-

VIVIPARITE. 205

duire le bardot qui, par son organisation, se rapproche de l'un et de l'autre. L'âne réuni à la jument produit aussi le mulet ou la mule. Le loup se propage de même avec le chien et celui-ci avec le renard, le sanglier avec les cochons. Mais tous ces produits mélangés, résultats ordinairement artificiels de l'industrie ou de la science, quoique s'opérant entre des espèces très analogues et ressemblantes, sont toujours dégénérés, bâtards et neutres, c'est-à-dire inféconds. Ils ne peuvent se reproduire entre eux et constituer une espèce distincte. C'est leur marque d'origine, et ils reviennent promplement au type primitif dont ils proviennent.

Ce croisement des races est une preuve irrécusable de l'hérédité organique. Le mulet est un des meilleurs exemples de l'influence combinée de deux sexes hétérogènes. C'est fondé sur cette loi que, depuis un siècle environ, l'homme a pu opérer de véritables prodiges. Backwell, le célèbre colon anglais, a pu ainsi, chez les bœufs destinés à la boucherie, donner un développement considérable aux parties charnues, constituant les morceaux de choix, aux dépens des parties inférieures ou de rebut. Après quinze ans d'essais, il put présenter une nombreuse race de bœufs ayant la tête et les os réduits au plus petit volume, les membres courts, le ventre étroit, la peau fine et douce, la poitrine large, l'intervalle qui sépare la croupe ou les hanches très développé et les masses musculaires si considérables qu'elles formaient à elles seules plus des deux tiers du poids i-otal de l'animal. Il fit plus : persuadé que les cornes

sont inutiles et même dangereuses, il arriva à créer dos espèces naturelles complètement privées de cornes. L'Angleterre lui doit également cette race de chevaux gigantesques qui font à Londres le service des omnibus et des chariots.

La réforme du bétail laineux fut sans contredit la plus difhcile de ses entreprises et son plus grand triomphe. Daubenton avait bien obtenu en France l'amélioration de la toison en accouplant exclusivement entre eux les animaux qui présentaient la laine la plus fine et la plus longue. En dix ans, il parvint à former une race dont la laine, grossière et longue de trois pouces seulement à l'origine, en avait vingtdeux en devenant aussi fine que celle du mérinos Mais, en unissant les parents avec les enfants et ceux-ci entre eux, Backwell arriva à des résultats plus prompts et perfectionnés. Seul, il put obtenir, chez ses moutons de Dishley, la réunion des deux qualités que certains agronomes et éleveurs regardent encore comme presque incompatibles : la finesse de la toison et le développement des parties charnues.

D'autres célèbres éleveurs anglais, Fowler, Paget, rlaceps, ont obtenu par le même procédé, en sautant d'une race à l'autre et d'un individu à ses divers produits, telle proportion des membres ou de leurs parties, en croisant des mâles et des femelles présentant au plus haut degré de développement le caractère physique que l'on désirait reproduire par la transmission. La race loutre des moutons-bassets a été créée ainsi en 1791 dans le Massachusetts, où naquit le premier bélier bas sur pattes, et remarqué

VIVIPARITE. 207

par ce fait qu'il ne pouvait franchir comiT\e les autres les barrières où il était parqué. Le premier agneau à laine droite et soyeuse, qui forme en France la race de Mauchamps, naquit de même dans celte ferme, en 1828, au milieu d'un troupeau de mérinos ordinaires.

Des mutilations accidentelles chez les parents peuvent même être un élément d'hérédité pour les petits. Il a suffi d'exciser un membre ou l'une de ses parties pour que cette mutilation se reproduisît. Ce phénomène serait même plus fréquent sur les animaux que chez l'homme, d'après Brown-Séquard.

Les effets de l'éducation se transmettent également par la génération chez les animaux. Les chasseurs savent très bien que les chiens nés de parents bien dressés sont d'autant plus éducables qu'ils leur ressemblent davantage physiquement. Et ce n'est pas seulement l'aptilude qui se communique ainsi, mais jusqu'à sa spécialité. Des recherches expérimentales de Knight, continuées pendant trente ans sur diverses espèces de chiens, ont démontré la vérité scientifique du dicton populaire : « Bon chien chasse de race. » Plus un chien est habitué à se jeter à l'eau, et plus ses petits montrent de dispositions à le faire. Les chevaux issus de parents montés par d'habiles écuyers se forment plus promptement au manège. Leur aptitude pour la voiture ou la selle est également congénitale, Cuvier dit que, dans les localités où les renards sont pris aux lacets, leurt

petits, dès qu'ils sortent de leurs tanières, montrent une circonspection dont manquent les doyens de leur espèce dans les lieux moins fréquentés par les chasseurs et où l'on ne leur dresse pas tant d'embûches. Knighl a constaté également, chez les abeilles, des modilicalions de l'inslinct qui suffiraient à distinguer les races domestiques de celles ayant constamment vécu en liberté.

La génération peut donc être mise largement à profit, même par le croisement de races voisines ou de variétés de la même espèce, pour transmettre et réunir les diverses qualités du mâle ou de la femelle sur le produit nouveau ou pour corriger leurs défauts organiques. L'homme pétrit et façonne aujourd'hui certains êtres, animaux et végétaux, comme la matière morte. D'un type unique, il tire à peu près tout ce qu'il veut, à l'aide de ces deux forces à son service : le milieu et l'hérédité. Car le milieu n'agit pas seulement par le climat, la température, le sol, mais par la nourriture, les soins, les habitudes et les facilités spéciales pour l'existence. De là la formation de variétés et de races différentes, de la même espèce, souvent à de bien faibles distances.

L'armature osseuse et le système musculaire sont héréditaires chez les animaux domestiques, d'après Hofalvor, et les modifications réalisées depuis à ce sujet par la sélection artificielle, sur les bœufs et les chevaux anglais, en sont une démonstration positive. Les chiens et les moutons bassets, les dilToronccs très apparentes entre le bœuf de trait et celui de boucherie, en sont une autre preuve. 11 existe dans le

VIVIPARITÉ. 209

Piacentino, d'après M. de Filipi, une race de bœuf& possédant quatorze paires de côtes au lieu de treize. Les crânes du sanglier et du porc domestique se distinguent au premier coup d'œil, et le cerveau du barbet est le double de celui du dogue.

Toutefois, le système osseux est manifestement le plus difficile et aussi le plus lent à se modifier. John Sebright, le plus habile éleveur de pigeons anglais, disait : « En trois ans, je puis proJuiie n'miporte quel plumage qui m'aura étcindiqué, mais il me faut six ans pour façonner une tête ou un bec. » Lorsque Backwell et ses successeurs ont voulu réduire le squelette du bœuf Dishley au profit de son engraissement, ils n'ont pu obtenir la même perfection à cet égard que les frères CoUins sur le bœuf Durham, quoique agissant par des procédés identiques. Le Durham est devenu ainsi le bœuf de boucherie mo* dèle en réduisant mieux son ossature. Il y a donc des races plus propres que d'autres à cet effet.

Mais on ne peut constituer, établir ainsi une nouvelle espèce par l'impossibilité absolue d'unir ensemble deux espèces d'organisations très différentes, comme le cheval et la vache, le chien et la truie. La promiscuité la plus complète et tous les stratagèmes imaginables, jusqu'à l'injection directe du liquide fécondant, n'ont jamais réussi à donner un produit fécondé, pas plus l'homme avec les animaux que les chiens avec la femme. Ce qui indique que deux cellules, spermatique et ovulaire, d'origine

diffôiente, ne peuvent se fusionner ni s'assimiler ; ■elles sont antipathiques.

Tel est le trait distinctif entre l'hybridité et le métissage, d'après M. de Quatrefages, et qu'il a surtout contribué à bien fixer. Ces deux mots, appliqués séparément à Tun et à l'autre règne, ne sont donc pas synonymes, comme beaucoup de personnes les emploient encore. Le métissage s'opère exclusivement entre les variétés ou les races différentes de la même espèce, tandis que l'hybridité résulte delà fécondation entre espèces différentes. De là l'extrême rareté de celle-ci, malgré la promiscuité des plantes et des animaux. Si tout se passait d'espèce à espèce comme entre les variétés et les races, les hybrides seraient aussi communs que les m.étis, et c'est précisément le contraire qui s'observe parmi les végétaux et les animaux.

L'immutabilité insurmontable de l'espèce dément donc ces miracles, ces prodiges supposés par les modifications du transformisme. Si la sélection artificielle a réussi à établir quelques variétés spéciales de l'espèce, comme les chevaux anglais, les vaches sans cornes, les moutons-bassets et mérinos, des cochons monstrueux, il n'y a pas d'exemple d'une hybridité spontanée et durable par la création d'une espèce nouvelle. La confusion des espèces végétales entre elles et l'action incessante du climat n'ont pu même réaliser, par l'hybridité, une nouvelle espèce distincte. L'acacia non épineux, appelé spectabilis par Descemet, qui le découvrit dans sa pépinière de Saint-Denis en 1805, en offre un exemple. Tandis

VIVIPARITÉ. "211

qu'il s'est reproduit, sans épines, dans le monde entier par la bouture et la greffe, ses graines n'ont jamais donné que des produits épineux. D'où la preuve que ce n'est qu'une variété de la véritable espèce. C'est donc là une loi suprême, inéluctable, qui se manifeste jusque dans les combinaisons chimiques de la matière, par la répulsion de certains atomes entre eux.

Au contraire, l'homme peut à son gré, son caprice, son intérêt ou son profit, diminuer à volonté la fécondité générale des espèces soumises à son empire, soit par l'isolement des femelles, soit par l'éraasculation des mâles, en les châtrant. En perdant la faculté d'engendrer, par l'excision des glandes séminales, la ligature ou la torsion du cordon, c'est-àdire le bistournage amenant l'oblitération du canal circulatoire du liquide fécondant, l'étalon devient nongre, le taureau un bœuf, le bélier un mouton et .e verrat un porc, c'est-à-dire des neutres. De là, la perte de leur force, de leur courage, de leur fierté. Ils deviennent lourds, pesants, lâches, timides, dociles, et, pour ceux dont la chair se mange, elle devient plus tendre, succulente et délicate.

Toutes les femelles à l'état libre ont, comme les oiseaux, l'instinct de se faire un nid, se creuser une tanière pour y déposer leurs petits et les élever. Tandis que les lapins creusent leurs terriers en ligne droite, la femelle sur le point de mettre bas en «reuse un autre en zigzag, pour y déposer ses petits

en pins grande sécurité. Elleloiir prépare un lit des plus cliautJs et doux en s'arracliant les poils du ventre, comme on le voit chez les lapins domestiques. C'est au fond des bois que la louve va choisir une espèce de fort, qu'elle remplit de mousse, pour y déposer ses petits, fiiibles et aveugles en naissant, comme ceux du chien. L'ourse recherche à cet effet une caverne profonde et la garnit aussi de feuilles et de mousse. A ce défaut, elle ramasse et casse de grosses branches pour en faire, avec des herbes, une sorte d'habitation impénétrable à l'eau.

Tel est le lit de travail, de mi:^ère et de douleur de ces animaux, car tous les quadrupèdes se couchent ou s'accroupissent pour mettre bas ; seule, la jument reste debout. La tendresse des mères est si grande ensuite pour leurs petits que la lapine le» réchauffe et les allaite pendant deux jours sans sor'ir. Elle ne les quitte après, comme la louve pendant deux mois, que pour aller prendre la nourriture nécessaire.

Dès qu'elle a mis bas dans son nid, la mère, comme les oiseaux de proie surtout, défend courageusement ses petits contre toute attaque, au péril même de sa vie. La fièvre d'amour maternel exalte ses facultés, centuple ses forces et la fait lutter avec des animaux bien supérieurs. La chatte attaque ainsi le chien qui s'approche, et la chienne ne recule pas davantage contre le loup furieux. La baleine périt plutôt que d'abandonner son baleinon, et ce n'est aussi qu'en marchant sur le cadavre de la louve, de l'ourse, de la lionne, de la laie, défendant l'entrée

VIVIPARITE 213

de la retraite de leur famille avec une fureur sans égale, que ses ennemis pourront s'en emparer.

Sexes. C'est surtout par l'observation des animaux domestiques que l'on a cherché à connaître les influences déterminantes de la formation du sexe dans l'espèce humaine. Les agronomes et les éleveurs ont longtemps cru à une influence occulle cl contribué à faire admettre, sous le règne des doctrines astrologiques, que la lune, la direction du vent, la température, avaient une action à cet égard.

Après vingt-neuf expériences sur des vaches, le professeur Thury, de Genève, attribua le sexe au moment même de la fécondation, c'est-à-dire de la monte ou de l'accouplement. Admettant que l'ovule subit deux phases successives et continues entre les périodes du rut, il fixe le sexe, suivant qu'il est fécondé plus ou moins rapidement, après sa manifestation chez les diverses espèces. La fécondation réalisée dès que l'animal entre en chaleur donnerait une femelle ; un mâle quand elle n'est opérée que plusieurs jours après. On pourrait avoir ainsi des sexes à volonté. Mais le célèbre embryogéniste Coste, ayant vérifié cette ingénieuse théorie sur des poules et des lapins, a aussi bien échoué chez ces espèces multipares que chez la femme, dont la menstruation représente 1 époque du rut. On trouvera à la fécondation humaine une nouvelle théorie se rapprochant de celle-ci, et qui semble la confirmer, mais dont l'interprétation est toute différente.

Une observation plus attentive des espèces dômes-

tiques et une appréciation rationnelle des faits, ont hientôt montré que le sexe dépendait directement des producteurs et était donné par celui qui apporte le plus de chaleur, de force et de vigueur, sinon de matière, dans l'acte de la procréation.

Un éleveur distingué, Girou de Buzareingnes, l'a confirmé, au commencement de ce siècle, par ses expériences et ses recherches patientes et multipliées sur des chevaux, des vaches, des agneaux, des oiseaux, en établissant : que la prédominance des mâles est proportionnée à la vigueur du producteur. Les premières montées dans un troupeau de mouions donnent ainsi moins de mâles que dans les suivantes, quand le bélier a acquis toute son énergie prolifique; absolument comme les mariages précoces donnent ordinairement des filles au début. Les pigeons, les tourterelles, les perdrix et autres oiseaux monogames, s'accouplant à chaque saison des amours, produisent un nombre égal de mâles et de femelles, tandis que les poules, les oies, les dindes et autres oiseaux polygames, dont un seul mâle couvre plusieurs femelles, donnent incomparablement plus de femelles que de mâles. Au contraire, les chiennes, les chiittes, les louves, qui se laissent couvrir par divers mâles, engendrent plus de ceux-ci.

Des résultats diamétralement opposés etcontradictoires ont été obtenus récemment à Houston (Texas) par un avocat américain qui s'est fait éleveur pour sa santé. Basé sur cette supposition toute gratuite que les désirs de la femelle sont constammeiit plus ardents que ceux du mâle, tandis que le service du

VIVIPARITÉ. 21b

mâle est beaucoup plus nécessaire à la distinction du sexe, il a institué l'expérience suivante pour produire des se"xes à volonté. Huit vaches furent choisies à cet effet, dont une seule fut destinée à produire un veau mâle. Il commença à la nourrir le plus abondamment de grains et de bon foin, et, quelques jours avant la période où elle devait entrer en chaleur, il la livra au taureau, qui avait été soumis préalablement au vert et à une nourriture rafraîchissante pour modérer sa vigueur ordinaire. La différence entre les deux animaux étant ainsi très sensible, le sexe mâle, annoncé et prévu, se réalisa parfaitement.

Les sept autres vaches furent d'abord soumises aux galanteries impuissantes d'un taureau coupé, afin de satisfaire leur chaleur et en connaître exactement le retour affaibli. Le taureau qui lo'ir était destiné fut dès lors nourri avec de bons grains et du fom de choix, tandis que les vaches étaient tenues à un régime rafraîchissant et vert. A mesure qu'elles entraient en chaleur, elles étaient livrées d'abord au taureau coupé, comme atténuation, et n'étaient couvertes séparément ensuite qu'à une semaine d'intervalle par le taureau producteur, qui se montrait plein d'ardeur vis-à-vis* de femelles modéréinent excitées. L'expérience était donc l'opposé de la première, et les sept vaches donnèrent chacune un veau femelle. [Journal de f agriculture.)

Ces expériences, répétées dans plusieurs troupeaux, ont constamment donné les résultats prévus, comme l'attestent plusieurs témoins, et l'auteur en

21« LA tiEKÉUATlON.

promet la réalisation à tous les éleveurs qui voudront riiiiiter. Mais qui pourrait y distinguer une règle précise et rationnelle, sinon celle du moment môme (le la fécondation, suivant la théorie de Tliury, ainsi que l'ont fait ses critiques.

On s'est peu occupé de distinguer le sexe des animaux avant leur naissance. Leur multiplicité d'une part et la difficulté de se livrer à un examen et des observations suivies, chez la plupart des mammifères qui ne portent qu'un petit, en rendent compte. Les espèces domestiques pouvaient seules en être l'objet par l'intérêt particulier qu'elles offrent. M. Lemoal, de Rennes, a fait ainsi une remarque importante» à ce sujet, chez la vache et la jument. C'est l'œdème ou l'cnllure des parties génitales externes durant les derniers mois de la gestation, coïncidant avec le sexe emelle, tandis que ce signe n'existe pas quand c'est un inàle. 11 peut être utile de vérifier cette remar- (juc dans certains cas.

L'action directe du mâle sur la femelle, et jusqu'à celle de leurs germes distincts, est rendue évidente par ces derniers modes de génération sexuée. La fécondation des œufs de poisson, s'opérant extérieurement par la laite du mâle et sans accouplement, en est la démonstration évidente, d'autant plus (ju'elle se renouvelle artificiellement par les pisciculteurs. Celle ([ui se fait à l'intérieur par l'accouplement est ainsi éclairée et prouvée par la différence même de conformation des deux sexes, suivant que 1 œul ou

VIVIPARITÉ. 217

l'ovule à féconder est situé plus ou moins profondément. Le simple attouchement des organes suffit chez la plupart des oiseaux, où l'ovule est placé à la surface du cloaque, tandis que ces organes se distinguent et se perfectionnent graduellement, à mesure que l'œuf ou l'ovule se cache ou s'enfonco plus profondément à l'intérieur. Ils se différencieni complètement chez les mammifères, parce que in fluide fécondant est porté directement sur l'ovule par un organe spécial pour le féconder. D'où uii accouplement plus intime, prolongé, et une copulation indispensable entre le mâle et la femelle.

Les modifications imprimées à l'œuf par la fécondation lui font quitter son siège primitif plus ou moins rapidement. Comme le fruit tombe de l'arbre à sa maturité, il se détache de la femelle et est pondu par les oiseaux, sauf à être soumis ensuite à une incubation naturelle ou artificielle pour en développer et faire naître le nouvel individu. Sa migration est si lente, au contraire, chez les ovovivipares, qu'il s'ouvre en parcourant son chemin et que le nouvel être sort tout vivant du sein de sa mère, comme chez les vipères. Ainsi se différencie Toviparité de la viviparité.

Privé de coquille, l'ovule, en quittant l'ovaire des mammifères, tombe dans la matrice, ou il s'entoure de membranes qui l'enveloppent comme dans un sac. C'est la poche amniotique ou des eaux. Entouré de liquide, l'embryon s'y développe par une sorte d'incubation interne pendant un temps plus ou moins prolongé, suivant sou volume et la perfection de ses

organes. Il vit là en nageant et en respirant absolunicnt comme le poisson dans l'eau. Les branchies de celui-ci sont en effet remplacées par le gâteau placentaire ou délivre accolé à la surface interne de la matrice et parcouru par le sang de la mère qui nourrit le fœtus jusqu'au terme naturel de l'incubation. Il s'ouvre alors spontanément un passage à l'extérieur et naît avec sa forme définitive.

C'est parmi les vertébrés et surtout les mammifères, placés sous les yeux de l'homme et soumis à sa domination, que se manifestent les premières lois de la nature sur la réserve à observer dans les premiers rapprochements des sexes pour la génération. Comme pour lui servir d'exemple et d'enseignement à cet égard, les espèces en liberté ne donnent ainsi que des produits inférieurs par leurs accouplements anticipés. Les jeunes poules pondent des œufs de moitié plus petits que celles plus âgées et, selon Bechstein, les produits d'une première fécondation de la chienne acquièrent rarement une grande taille. Là, comme dans l'espèce humaine, la puissance reproductrice exige un exercice répété, ainsi que toutes les autres fonctions, pour imprimer le sceau d'une élaboration parfaite à ses résultats.

Eclairé par cette expérience, l'éleveur retarde l'accouplement de ses bestiaux, quand il les voit entrer trop tôt en rut, pour en avoir de meilleurs et de plus beaux produits. La génisse et la pouliche ne sont ainsi livrées au mâie que lorsqu'elles ont acquis tout leur développement, c'est-à-dire à deui et trois ans.

On ne peut méconnaître une progression graduée dans les divers modes de génération précédents, un perfectionnement proportionné à l'importance, l'utilité, la durée et le rôle des êtres à procréer. Quelle différence entre la simple fragmentation de l'organisme, pour se reproduire, avec la génération sexuée, exigeant le concours de deux êtres distincts, séparés, pour en former un autre, comme celle de tous les vertébrés ! Celle des grands mammifères en offre spécialement le modèle et, si le mécanisme en était décrit, il n'y aurait rien à ajouter ici, car les organes sont absolument les mêmes dans l'espèce humaine. Toute la différence est dans leur action. Les animaux les plus parfaits ne peuvent s'en servir à ''état de liberté que d'une manière intermittente, sous l'influence naturelle du rut et en se laissant aller à leur unique instinct, tandis que la volonté et le raisonnement y président chez l'homme. Il le montre suffisamment en ne s'en servant que d'une manière privée, secrète, mystérieuse, alors que les animaux le font publiquement. C'est là le caractère

220 LA GÈNÉIUTION.

dislinctif et différenlicl en montrant que la pudeur y préside.

Un autre caractère de l'unité distincte et indépendante de l'espèce humaine se déduit de la génération même : c'est la fécondité des diverses races entre elles. Le métissage est aussi facile et fréquent entre les différentes races, blanche et noire, jaune et rouge, que l'iiybridation est rare et difficile à réaliser entre les espèces différentes des végétaux et des animaux. C'est le meilleur signe que l'homme provient d'une seule espèce, et n'en forme pas plusieurs, comme l'admettent les polygénistes. Au contraire, la génération est impossible entre lui et les animaux, si rapprochés qu'on les suppose, pas plus qu'entre le végétal et l'animal bien caractérisés. Ainsi se justifie la description séparée de la génération humaine.

On ne saurait en dire autant de la différence de position employée à cet effet dans l'espèce humaine, la marche seule en étant la cause. Plusieurs animaux s'en servent d'ailleurs, les singes notamment, comme pour marquer leur rapprochement. La nature n'a rien fait par bonds — Natura non facit saltum. — Disposant de l'infinité du temps, elle a accumulé les variations partielles à ce sujet, multiplié les nuances et traversé l'un après l'autre tous les degrés qui séparent l'inertie absolue de la sensibilité la plus exaltée, la passiveté de la liberté et l'instinct de l'intelligence. Toute la vie est ainsi dans la génération chez les animaux inférieurs ; ici, au contraire, elle n'en est que le commencement et

Page 1