CENTRE GÉNITAL
subjugue réside dans ce cordon nerveux, tandis que la volonté est impuissante à le réveiller s'il est endormi, ni à le créer s'il n'existe pas ou s'il est éteint, paralysé.
Delà les impressions diverses, opposées, produites par les maladies de la moelle sur les fonctions sexuelles. Elles sont augmentées, activées, dépravées même quand la moelle est excitée, irritée par une blessure, une compression, une lésion quelconque. Elles diminuent ou cessent dans le cas d'affaiblissement, d'anémie par une altération, une dégénérescence ou la division de ce cordon nerveux. De là l'impuissance la plus fréquente. L'instinct génital peut même être complètement anéanti quand les relations de ces organes avec le centre nerveux du cerveau sont affaiblies ou interceptées.
L'une des maladies les plus communes et les plus graves de la moelle, l'ataxie locomotrice, produit ainsi consécutivement l'exaltation des fonctions génitales, par l'irritation de la moelle qui en résulte au début et la paralysie ensuite lorsqu'elle est sclérosée, dégénérée. Le pouvoir de répéter le coït plu- -sieurs fois successivement, comme les oiseaux, le bélier, le taureau, le cerf, est toujours un fait anormal et de mauvais augure chez l'homme. Cette névrose çjénitale est un signe d'irritation de la moelle qui peut eire l'annonce ou l'avant-coureur de cette redoutable maladie. Un ataxique de l'Hôtel-Dieu avouait à Trousseau avoir pu répéter le coït huit à neuf fois par nuit peu de temps avant son anaphrodisie •complète. Ces travaux d'Hercule, lorsqu'ils s'accom
pagnent de rétention d'urine ou de pertes sémmates, sont ordinairement un prodrome de l'ataxie.
La cause de tous les excès vénériens, surtout contre nature, réside donc primitivement dans la moelle. En réagissant à leur tour sur ce foyer exubérant d'innervation, ces excès suscitent en lui des altérations de tissu qui l'affaiblissent, le détruisent et entraînent une impuissance irrémédiable. C'est le tabès dorsalis ou consomption dorsale, observée par le grand Hippocrate, il y a plus de 2200 ans, et vérifiée depuis par tous les grands médecins anciens et modernes. Cet enseignement universel de l'observation des malades n'est-il pas plus concluant que tous les systèmes et les expériences anatomiques et physiologiques pour révéler le vrai siège du centre génital? Si le cerveau a une très grande part, comme centre d'incitation de l'amour par les désirs, les idées, les images, les souvenirs qui y naissent spontanément dans les régions oii siège l'imagination» l'action n'en vient-elle pas surtout des impressions nerveuses émergeant de la pulpe des doigts, de la surface des lèvres, de l'intérieur des yeux et en particulier de la moelle épinière et des nerfs qui se distribuent aux organes de la génération?
Il est donc essentiel de connaître l'état normal, régulier des organes secrets, déliés et délicats qui sont comme les ministres, les agents spéciaux de ce centre insaisissable et dont les actes si soudains et voluptueux sont aussi incompréhensibles que leurs résultats sont grandioses et merveilleux. Que l'une de leurs parties constituantes manque, soit lésée ou
ORGANES GOPULATEURS. 251
altérée, que l'un des canaux fins, déliés, dans lesquels circulent la source et l'essence même de la vie future, soit bouché, oblitéré, et c'en est fait du mécanisme tout entier. La génération sera impossible. Décrire séparément ces organes et leurs fonctions, en montrer le mécanisme, est donc indispensable. Les deux planches suivantes, en en figurant les parties principales dans leur type de conformation normale chez les deux sexes, rendront cette interprétation plus aisée. Toute difformité capitale ou malformation deviendra facilement appréciable à chaque intéressé. Ces planches serviront de base à l'ouvrage pour en favoriser l'intelligence en évitant les répétitions.
Organes copnlatears.
Ils sont uniques en apparence, chez chacun des deux sexes. La forme en est diamétralement opposée et disposée pour une fonction unique et commune. Séparés, ils ne servent à rien, ils sont inutiles. C'est la preuve de leur destination réciproque. Le rôle actif étant dévolu à l'organe mâle, c'est par lui que nous en commencerons la description.
Chez l'homme, cet organe unique est cylindroïde : «'est le pénis ou verge, situé à la partie inférieure et médiane de l'abdomen, soutenu et fixé parun ligament fibreux et la peau mince, fine et lisse, qui l'enveloppe. Il est assez bien connu, sous diverses dénominations métaphoriques, pour rendre toute description superflue ; mais il n'en est pas de même de ses
î-ias
LA GÉNÊHATION.
ORSAKES COPULATEURS.
ZU
ORGANES GEMTAUX FEMININS.
MATRICE OU UTERUS
S54 Ik GÉNÈRATIOIH.
diverses parties constituantes qui, en vertu de leur texture spéciale, le font changer soudainement de consistance, de volume et de forme, au point de le rendre méconnaissable. De mou et pendant, dans le repos, il grossit, durcit et s'érige sous diverses influences, physiques et morales, qui ne sont pas toujours celles de l'amour. C'est le phénomène de l'érection, indispensable à son rôle actif d'organe copulateur mâle, et qui en fait l'agent principal de la génération.
Considéré, dans les temps primitifs, comme le symbole de la force et de la virilité, il a été adoré sous le nom de Phallus. De là aussi le culte odieux rendu par la Grèce à la monstruosité de Priape. Son importance et la considération superstitieuse dont il a joui à diverses époques, dans l'enfance des sociétés, viennent surtout de la mutilation féroce que les. peuples sauvages en faisaient dans leurs guerres. Pour mettre fin à la coutume trop commune des Juifs de recourir à cet ignoble attentat dans leurs combats, Moïse condamne la femme qui saisit l'homme par ses parties naturelles à avoir la main coupée, de même qu'il rend l'eunuque indigne d'entrer dans l'assemblée de l'Éternel. {Deutéronome, XXIII, 1, et XXV, 11 et 12).
Au contraire, un sentiment de pudeur très respectable, parmi les nations civilisées, porte aujourd'hui chacun à tenir cet organe secret et soigneusement caché, comme une partie honteuse, et il est même indécent de prononcer les diverses appellations triviales qui le désignent ou y font allusion, comme il
ORGANES COPULATEURS. 255
est lâche et infâme d'attenter à la région où il se trouve.
Trois parties principales entrent dans la structure du pénis et méritent ici une description séparée, par le rôle différent qu'elles remplissent dans l'acte de la copulation : ce sont les corps caverneux, siège principal de l'érection; le gland, source du plaisir et de la volupté, et le canal de l'urèthre, servant à l'émission du sperme ou éjaculation.
Les corps caverneux s'étendent de chaque côté de la verge dans sa portion externe, depuis le pubis jusqu'à l'espèce de cône qui la termine en avant. Ils sont formés d'un. tissu érectile et spongieux, composé d'aréoles, de vacuoles qui se remplissent de sang, sous l'influence de l'excitation sexuelle qui l'y fait affluer. En se gonflant, les mailles de ce tissu triplent le volume et la longueur du pénis. La stagnation prolongée du sang dans ces vacuoles, par la répétition et la durée de l'érection, peut ainsi en les dilatant, les agrandissant outre mesure, augmenter le volume de l'organe. Les jeunes masturbateurs en particulier sont dans ce cas. La castration, avant la puberté, en arrête, au contraire, le développement. Mais les hommes adonnés à la masturbation sont privés de bonne heure du pouvoir de l'érection, car ce tissu perd bientôt le ressort et la vitalité qui lui Bont propres. De là leur impuissance précoce.
Quand les esprits animaux étaient considérés au-
trefois comme les moteurs de la machme humaine, 011 pensait que ces esprits déterminaient l'érection en remplissant la verj^e et que les muscles la soutenaient et la redressaient comme un bâton soutenu par des cordes. C'est à de Graaf que l'on doit cette découverte, en démontrant expérimentalement qu'elle résulte de l'accumulation du sang. Ayant lié le pénis d'un chien à sa racine, au moment de l'érection, il le trouva rempli de sang et le vit revenir à sa flaccidité ordinaire quand il en fut expulsé. Il confirma ce fait en injectant de l'eau, par les veines honteuses, dans le pénis d'un homme mort, et il en résulta une distension et une érection plus énergiques que sur le vivant.
Restait à déterminer par quel mécanisme le sang était retenu dans les veines pour entretenir l'érection. Attribuée d'abord à une propriété spéciale du tissu érectile, puis à la contractilité même des parois des vacuoles de ce tissu par Bérard aîné, cette propriété restait à démontrer. Un mécanisme beaucoup plus simple est résulté des injections et des dissections minutieuses du docteur Kobelt. La compression môme des veines du gland, surtout à sa partie postérieure, à sa couronne, par la turgescence même des corps caverneux, déterminerait cette rétention du sang et la prolongation même de l'érection. Sans entrer dans les détails anatomiques propres à démontrer ce mécanisme, il suffit pour le comprendre de connaître la sensibilité exquise du gland et son extrême vascularité. Aidée de l'action des muscles bulbo et ischio-caverneux et de la circulation inter-
ORGANES COPULATEURS. 257
médiaire entre le gland et le bulbe, au moyen du corps spongieux de l'urèthre, l'érection s'explique ainsi très rationnellement*.
C'est sous l'influence d'attouchements excitants ou de l'imagination que le pénis se gonfle, durcit et s'érige. Siège principal de l'érection, les corps caverneux ne paraissent jouer aucun rôle dans la manifestation de la volupté. 11 est au moins permis de l'inférer de la consistance osseuse de la verge, chez les animaux de l'espèce canine, nécessaire à leur fécondation même, comme on l'a vu. Leur fonction est donc de supporter simplement les organes du plaisir, de faciliter l'intromission dans les organes femelles et leur servir d'excitant.
Le gland est cette espèce de cône tronqué, coupé obliquement à sa base, qui termine le pénis. Il est formé d'un lacis veineux excessivement riche en nombreuses ramifications dont les plus ténues aboutissent à la surface, surtout sur la couronne, sous forme de petites houppes qui en sont l'épanouissement. Comme dans tous les organes des sens dont une partie est abondamment pourvue de nerfs sensitifs servant de foyer à tout le reste de l'appareil, ce centre particulier, dont l'excitabilité est mise enjeu parles impressions internes et externes, est richement doté de nerfs qui y pénètrent surtout à l'endroit de If couronne. Leurs rameaux traversent l'intérieur en st
1. De l'appareil du sens génital des deux sexes, au point de vu* anatomiqiic et physiologique, traduit de l'allemand par le docteuf Kaula. Slrasboaig, 1851.
ramifiant et lormentdcs réseaux tellement entrelacés et serrés qu'on ne peut les suivre. Ils viennent ensuite s'épanouir à la surface, d'une manière insaisissable, en donnant lieu à celte sensibilité voluptueuse si exquise qui en fait le principal siège du plaisir-
En raison même de ce rôle spécial et pour conserver intacte cette exquise sensibilité du gland, si essentielle à l'intuition même du sens génésique, il est recouvert d'une expansion non adhérente de la peau de la verge. C'est le prépuce, dont la fonction est de le protéger et le garantir contrôle contact et les frottements extérieurs, en dehors de la copulation, pour ne pas en émousser la sensibilité. C'est l'analogue du fourreau chez la plupart des mammifères. 11 le couvre ainsi complètement chez les enfants pour lesquels il est parfois une cause d'irritation par le smegma accumulé dessous et qui les incite à l'onanisme. 11 ne se rétracte spontanément en arrière que par le gonflement du gland, sous l'influence de l'érection, fixé qu'il est en dessous par le frein ou filet, beaucoup plus court, qui le maintient derrière la couronne du gland.
Trop long, le prépuce constitue une véritable difformité, surtout nuisible à la copulation et parfois même à la génération. Le rétrécissement de son ouverture, en l'empêchant de franchir le gland, constitue le phimosis et exige une petite opération, un débridement. C'est la circoncision des petits garçons juifs prescrite par Moïse, autant comme mesure hygiénique (jue comme distinction de la race. Trop court, il reste fixé en arrière et constitue le paraphi-
ORGANES COPULATEURS. 259
mosis, en laissant le gland continuellement découvert, exposé à l'extérieur, ce qui en émousse, en altère la sensibilité.
Ces difformités sont assez fréquentes, souvent par défaut de soin, d'attention chez les enfants, d'abus chez les jeunes gens. Elles sont la source de nombreux accidents et de maladies, dans l'exercice même de la génération. Beaucoup d'hommes, ayant l'habitude de tenir le gland découvert, perdent, à la longue, les plus vives et douces sensations de la sensibilité de cet organe ; ceux atteints de phimosis o'éprouvent qu'une volupté obtuse.
Le gland est donc, dans le sens génital de l'homme, le centre autour duquel toutes les actions viennent aboutir. Le corps spongieux de l'urèthre, le bulbe et le muscle bulbo-caverneux n'en sont que les auxiliaires placés sous ses ordres. Son inflammation ou fcalanite entraîne l'impuissance.
L'urèthre est le conduit membraneux servant à l'émission de l'urine et du sperme. Placé sous la verge entre les corps caverneux, il part de la vessio et s'étend, sur une longueur de 16 centimètres environ, jusqu'au gland, au milieu duquel est son ouverture appelée méat. On en distingue la portion libre, mobile, externe et apparente, de celle qui es( cachée, interne et fixe. La première, dite spongieuse est la plus extensible et élastique pour suivre tous les mouvements du pénis et de beaucoup aussi la plus longue et la plus régulière. La portion cachée, au contraire, est fixée dans les tissus, immobile, irré-
gulière, s'élargissant et se rétrécissant alternativement. C'est Jà que s'ouvrent les canaux éjaculateurs donnant issue au sperme.
De là l'importance de l'intégrité, la perméabilité de ce conduit pour raccomplissement normal de l'éjaculation. Qu'il soit rétréci dans son trajet, à la suite de l'inflammation ou chaude-pisse, ou qu'il s'ouvre anormalement le long de son parcours, par une mauvaise conformation, un accident ou une maladie, et l'éjaculation étant incomplète ou imposable, la stérilité en résultera, sinon l'impuissance.
L' imperforation ou atrésie du méat entraîne l'ouverture vicieuse, anormale de Turèthre : soit sous le gland en hypospadias, soit au-dessus en épispadias. En s'opposantà une éjaculation normale, complète, elle est aussi une cause fréq^uente de stérilité, encore plus que d'impuissance. On peut cependant rester fécond, malgré cette difformité parfois héréditaire. Le docteur Dousseau a observé deux frères dans ce cas, en Savoie, dont la paternité légitime se justifiait par la même difformité chez leurs fils .
La brièveté extrême du frein, en attirant l'ouverture du méat en bas, simule parfois l'hypospadias et produit le même effet.
La plupart des hommes atteints de ces difformités, assez fréquentes, et ceux qui ont des rétrécissements du canal de l'urèthre, des fistules ou ouvertures accidentelles le long de son trajet, se livrent plus ou moins régulièrement au coït. Ils ne sont pas impuissants, mais l'éjaculation lente, indirecte et incomplète qui en résulte, les rend ordinairement infié-
ORGANES COPULATEURS. 26t
conds : le sperme n'étant pas lancé avec cette force» cette vélocité, nécessaires à l'œuvre mystérieuse de la fécondation.
Il n'y a absolument rien de fondé sur tout ce que l'on a dit des dimensions trop exiguës ou du volume exagéré du pénis, comme cause d'impuissance et de stérilité. Son développement varie, non seulement suivant les individus, mais il n'a souvent aucune proportion avec leur taille ni leur constitution, pa& même avec leur nez, comme on l'a imaginé. Il en a encore moins avec la vigueur dans la copulation et l'énergie fécondante.
Son absence seule est un obstacle absolgi à la reproduction. Il s'est en effet rencontré des hommes où il a'avait que le volume du mamelon. Chez un jeune soldat bien conformé du reste, Fodéré a constaté un simple bouton, d'où s'échappait l'urine, à la place du pénis. C'est la plus rare difformité congénitale, l'arrêt de développement le plus monstrueux. Aussi l'impuissance de ce fait est-elle radicale et sans remède. Tous les liniments et les emplâtres ne serviraient à rien, pas même en traversant le prépuce d'un anneau pour y suspendre un plomb, comme on le fit, dit-on.
Mais la verge est exceptionnellement le siège d'excroissances, verrues ou condylomes, varices ou tumeurs, brides ou adhérences qui, en la déformant, s'opposent à son érection, son intromission, et les rendent douloureuses. La chirurgie est si
puis>:ante et l'art si ingénieux pour vaincre ces dilfonuités, qu'elles sont rarement des causes d'impuissance absolue.
L'appareil correspondant chez la femme se compose, au contraire, d'un canal membraneux appelé vagin, de 11 à 12 centimètres de profondeur et dont le diamètre varie dans de grandes proportions, suivant les besoins et les circonstances : témoignage évident que ces deux organes correspondants sont destinés l'un pour l'autre et ne forment chacun que la moitié d'un tout, suivant cette belle figure touchante qui fait deux moitiés de l'homme et de la femn\e pour se réunir par l'union sexuelle.
Ce conduit de la génération commence intérieurement à la matrice dont il embrasse l'ouverture ou col. De là il se dirige de bas en haut, entre la vessie et le rectum, vers l'extérieur, où il se termine par une ouverture verticale appelée vulve. Une couche musculaire lui donne l'élasticité nécessaire »ses fonctions. Un tissu érectile rampe aussi dans toute sa longueur, entre les diverses membranes qui le constituent, pour le rendre plus impressionnable. Etroit et serré lors de la puberté, il se dilate progressivement, au point de donner passage au produit de la conception lors de l'accouchement; mais l'entrée en est toujours la partie la plus étroite pour lui conserver sa destination.
Deux replis membraneux, placés de chaque côté de cette ouverture, l'entourent de haut en bas et la
ORGANES COPULATEURS. 263
ferment, la cachent, comme le prépuce lecouvre le gland chez l'homme. De là le nom de lèvres. Les plus grandes sont extérieures, formées par un repli de la peau et garnies de poils. Elles recouvrent les deux petites ou nymphes, formées par un repli de la muqueuse et placées à l'intérieur. De même que le prépuce, elles sont souvent ou trop grandes ou trop petites et parfois réunies, souciées ensemble. Elles acquièrent de telles dimensions, en Turquie et en Perse, que le rapprochement sexuel en est rendu difficile, sinon impossible. Elles forment le tablier des Hottentotes au cap de Bonne-Espérance, d'où l'habitude de leur excision.
Ces lèvres forment ainsi le vestibule de la vulve. L'entrée en est fermée en arrière, surtout en bas, par un repli transversal qui, en s'élevaiit plus ou moins sur les côtés, prend la forme d'un croissant ou demi-lune. C'est Vhymen dont on a fait le sceau de la virginité. Cette membrane, très mince et fragile, presque tranchante dans l'extension, est analogue au frein de la verge, qui y correspond directement dans l'union sexuelle. Comme celui-ci, l'hymen peut donc se distendre, se rompre et se briser accidentellement sans aucun rapprochement.
C'est à tort que l'absence de cette membrane est considérée comme un signe de défloration. Si sa déchirure ou sa rupture récente est un signe de viol chez les petites filles, il n'en est pas de même chez les femmes nubiles. Monter à cheval, sauter un fossé et parfois le moindre écart suffit à la rompre. Elle est si épaisse, dense, musculeuse et résistante,
dans quelques cas exceptionnels, qu'elle devient un obstacle sérieux à la copulation. Imperforée^ elle peut même s'opposer à l'écoulement du sang des règles et former parfois un tel obstacle à l'accouchement, que le chirurgien est obligé d'intervenir.
Cette barrière virginale est rarement le principaF obstacle à l'accouplement des sexes. Elle est même franchie le plus souvent sans douleur ni effusion de sang, si les rapports des parties ne sont pas trop disproportionnés. L'orifice vaginal est assez large, ample et ses bords souples, chez certaines jeunes filles, aux tissus lâches, mous, pour que les premiers rapports sexuels aient lieu sans rupture ni déchirure. 13 femmes étaient dans ce cas sur les 75 examinées et interrogées spécialement à ce sujet par le docteur Budin. Les nouveaux mariés ont donc conçu bien à tort des soupçons injurieux contre leurs femmes, à cause d'une pénétration trop facile. Il en est même qui les ont accusées, sur ce seul motif, de les avoir trompés et des séparations en sont résultées. C'était probablement pour avoir rencontré d'extrêmes difficultés dans des déflorations antérieures.
Des hémorrhagies considérables se manifestent au contraire parfois. Deux jeunes mariés, partis en voyage aussitôt après la cérémonie nuptiale, furent ainsi obligés de s'arrêter et de descendre de chemin de fer pour avoir les secours d'un médecin à cet effet. La perte de sang était si effrayante que la nouvelle mariée faillit succomber. Appelé au Grand Hôtel pour un accident semblable, arrive à de nou-
ORGANES COPULATEURS 265
veaux mariés, le professeur Depaul trouva la jeune femme exsangue. C'est une leçon, pour ceux dont l'état local peut inspirer des craintes de produire de tels délabrements à leurs premières approches de ne pas fuir sitôt. Un jeune garçon, tout novice, me consultait récemment pour savoir s'il n'était pas dans le cas de blesser la femme qu'il était à la veilla d'épouser. Après examen, je dus, en raison de l'exubérance du pénis, le dissuader d'entreprendre son voyage de noces avant d'avoir positivement acquis la preuve du contraire.
L'occlusion ou l'imperforation du canal vaginal, par l'accolement, la soudure des nymphes entre elles, est bien plus redoutable. Mais elle se décèle toujours, chez les jeunes filles pubères, par la rétention des règles et les douleurs mensuelles qui en sont la conséquence. Une femme de vingt-cinq ans, mariée de^Kiis cinq mois, ne s'en aperçut ainsi, malgré les douleurs continues qu'elle éprouvait depuis l'âge de dix-huit ans, que par l'impossibilité de tout rapprochement sexuel. Jamais elle n'avait eu ses règles. Les seins étaient peu développés. H suffit au docteur Marchai de pratiquer une incision pour faire disparaître les accidents et rendre la jeune femme mère. [Revue méd. de l'Est, mars 1878).
Le cloisonnement du vagin, par l'hymen épaissi, induré, tout en permettant la copulation et l'issue du sang, peut empêcher la fécondation, comme un exemple en a été observé récemment par le docteur Boens, chez une femme de trente ans, restée stérile depuis dix ans de mariage. Elle était chlorotique et
266 Lk. GÉNÉRATION.
très parcimonieusement réglée. Un simple pertuis suffisait au suintement du sang, mais le fluide séminal ne pouvait s'introduire. Une simple incision fit disparaître tous les accidents.
Mais l'imperforation peut être totale et complète. U y a alors absence même de vagin et l'impuissance de la femme est radicale, absolue. Le docteur L. Le Fort en a rencontré un exemple sur une fille de vingt-six ans qui n'avait jamais été réglée. Il réussit à créer un vagin artificiel, au moyen de l'électrolyse et sans effusion de sang. [Acad. de méd., juillet 1876).
Ce phénomène de l'absence totale de l'organe copulateur, si rare et si curieux chez l'homme qu'il est presque introuvable, est assez commun au contraire chez la femme. Une dizaine d'exemples en sont relatés dans notre traité de V Impuissance physique et morale contre un seul chez l'hofnme. La raison de cette différence est toute simple et naturelle. Ce vice de conformation étant absolument incurable chez l'homme, sans que rien puisse l'atténuer ni le corriger, il le prive irrémédiablement de son sexe. Susceptible d'être le plus souvent modifié, corrigé, sinon détruit complètement par l'art cheï la lemme, il n'est qu'un accident pour elle. Des efforts naturels ont même suffi à creuser assez ce canal pour qu'il servît imparfaitement à son usage. C'est le secret de sa fréquence.
C'est surtout dans l'étroitesse extrême du vagin ou sa sensibilité excessive, la contracture du muscle constricteur, que consistent les plus graves et fré-
ORGANES COPULATEURS. 267
quents obstacles à l'union des sexes, comme nous l'indiquerons à la copulation.
A cet organe unique de la copulation chez la femme se rattachent aussi, comme chez l'homme, divers accessoires dont le rôle important complète l'acte copulateur. C'est d'abord le clitoris, correspondant au gland comme siège de la volupté ; les deux bulbes ef le muscle constricteur du vagin, agissant sur l'érection, et enfin l'éminence qui se trouve audessus et surnommée le mont de Vénus.
Clitoris. Petit tubercule, allongé et érectile, caché sous une espèce de capuchon formé par la réunion supérieure des deux replis membraneux, appelés grandes et petites lèvres, dont le rôle est de cacher et de protéger l'entrée de la vulve en la fermant. C'est l'organe le plus sensible de l'appareil génital de la femme, surtout par son extrémité ou gland. En s'érigeant, en vertu de son érectilité dans l'acte copulateur, il se dirige de haut en bas, contrairement au pénis, dont il reçoit ainsi les frottements, aurtout s'il est développé outre mesure, comme chez certaines femmes. De là la volupté qui en résulte pour elles. 11 sert à \a masturbation des petites filles en entraînant des accidents fort graves. C'est ce qui en a fait pratiquer l'excision par divers chirurgiens. Baker-Brownl'a instituée à Londres sous le nom de clitoridectomie . 11 la pratiquait surtout contre l'onanisme, la manuélisationet le saphisme; ce qui a été un opprobre pour la mémoire de ce gynécologiste distingué.
Les deux 6m/6<?s, placés sur les parties latéralct de l'entrée du vagin, ont la même fonction que celui de l'homme; en resserrant l'entrée du vagin, ils compriment le pénis et activent ainsi la copulation. Le muscle constricteur du vagin, en se contractant^ comme tous ceux qui ferment les ouvertures naturelles, contribue également à ce double effet.
La volupté de la femme est encore augm^tée par la présence des poils qui garnissent le mont de Vénus et dont l'influence sur la sensibilité de cette partie n'a pas échappé aux physiologistes.
Sauf leurs différences de situation et de développement, l'analogie de ces organes, chez les deux sexes, est évidente, malgré leur diversité. Ils sont également impairs, se garnissent uniformément de poils à l'extérieur, lors de la puberté, et l'odeur spéciale qui s'en exhale est, pour les deux sexes, un «timulus puissant lors de leur rapprochement. Une sorte d'érection ou plutôt d'éréthisme se manifeste aussi chez la femme, sous l'influence des désirs qu'elle éprouve. Les anciens n'y voyaient qu'un fond commun de similitudes, parce que leurs détails anatomiques n'étaient pas connus comme aujourd'hui. Un véritable parallélisme de rapports existe au moins entre eux. Celui du pénis avec le vagin est surtout frappant, et une étroite correspondance de forme et de tissu existe entre le frein et l'hymen, (e prépuce et les grandes lèvres, dans l'exercice de la fonction importante qui leur est dévolue.
ORGANES COPULATEURS. 26»-
Mous et spongieux extérieurement chez les deux sexes, et recouverts d'une peau très fine, ces organes sécrètent et absorbent en grande abondance un liquide spécial, crémeux ou caséiforme, très odorant et fétide, qui les lubrifie et en facilite le glissement. Mais, en s'accumulant dans leurs replis, il devient acre et corrosif et provoque la démangeaison, le prurit. C'est là souvent la première cause qui incite les enfants à y toucher et à contracter de mauvaises habitudes.
Une extrême propreté de ces organes est donc indispensable, surtout pendant l'été. L'homme et la femme doivent se laver tous les jours les aines et le périnée avec de l'eau pure, de source ou de rivière, et légèrement savonneuse de temps en temps. Le scrotum et les grandes lèvres doivent aussi être débarrassés des résidus de la transpiration épaisse de toutes ces parties et jusqu'aux replis du gland et des nynjphes où se forme le smegma. Si l'étroitesse du prépuce s'oppose à ces lotions, comme dans le phimosis, il est indispensable de pratiquer de fréquentes injections d'eau tiède pour l'entraîner. L'odeur fétide qu'il développe en s'accumulant est une cause de dégoût, d'irritation et d'inflammation de ces parties, ce qui donne lieu à la vulvite chez les petites filles et à la balanite chez les garçons. Des écoulements blancs s'ensuivent même avec excoriations et ulcérations parfois.
Négliger la propreté de ces parties, c'est s'exposer en outre à en altérer les fonctions. Si l'un des conjoints n'est pas propre, et que l'autre, plus délicat,
en éprouve de la répulsion, il en résultera de la froideur et une impuissa ce relative qui peut entraîner des désagréments et troubler la paix et l'union. Le divorce en est même résulté. Les injections, les bains, les ablutions, doivent être employés, surtout après la copulation et la menstruation en particulier. Pour tous ces usages de la toilette intime, l'eau pure et limpide, froide ou dégourdie, est encore préférable à tous les parfums inventés par le charatanisme.
Considérés isolément, les organes externes de la génération humaine n'ont qu'un rôle des plus infimes. Ce sont de simples conduits évacuateurs des réservoirs auxquels ils correspondent directement : la vessie chez l'homme, la matrice chez la femme. Ils ne servent donc séparément qu'à l'émission de l'urine et à l'élimination du sang, sans avoir à changer de volume ni de forme pour remplir ce rôle passif.
C'est tout le contraire dès qu'ils sont mis en contact, réunis et agencés; ils remplissent alors la fonction la plus élevée de la vie : la procréation. Ils en sont du moms les agents actifs. L'usage est donc tout différent. Aussi, pour se livrera ce noble rôle de communiquer la vie, une vitalité nouvelle doit s'emparer d'eux. Celle des deux conjoints n'est pas de trop pour celte œuvre sublime. Elle s'y concentre «oudainement tout entière pour se transmettre plus «ûrement. Du cœur, le sang s'y porte avec violence
pour les animer et ils vont aussitôt changer de couleur, de volume, de forme et d'aspect. De mous, froids et pâles, ils se congestionnent, se colorent et s'érigent, en devenant durs, chauds, brûlants. C'est une véritable transformation, une métamorphose : le spectacle de la vie remplaçant la mort apparente. Les causes de ce phénomène sont toutes différentes. A l'état normal, naturel, il est provoqué chez les deux sexes par un besoin réel des sens ou un violent désir du cœur. Dans le premier cas, il est le signe évident, la manifestation de l'orgasme vénérien; dans le second, il est l'expression de l'amour. Il peut ainsi résulter de l'un ou l'autre séparément, mais il n'est complet, énergique et efficace, que s'il est produit par les deux à la fois. Il est même permis d'affirmer que l'acte est toujours imparfait sans cette union des cœurs avec la coopération des sens. A ce prix seul, il donne le plaisir pur et les jouissances ineffables que l'on y cherche, les fruits que l'on espère ou les effets salutaires que l'on en attend. Sans cette participation du corps et de l'esprit, c'est un amusement vain et stérile, ne donnant que des se;isations artificielles et préjudiciables à l'un ou à l'autre et parfois à tous les deux. On le comprendra par la description physiologique du mécanisme des deux phases principales de cet acte.
Érection.
Cette fonction consiste en ce que le pénis grossit, durcit et s'érige, comme la condition indispensable
pour accomplir l'acte copulateur. On n'en tient compte que chez l'homme parce qu'elle se manifeste le plus souvent chez lui d'une manière spontanée, en raison de son rôle actif et provocateur, lorsque l'instinct, le désir ou la volonté éveillent l'orgasme vénérien. C'est à tort, car la femme la subit également. Outre l'éréthisme qui s'empare de tout son appareil génital, lorsqu'elle éprouve le besoin ou le désir du coït, le clitoris et le mamelon s'érigent, durcissent et sont le siège d'une érection réelle. Si, en raison du rôle passif de la femme, elle n'est pas indispensable de sa part, on n'en doit pas moins tenir compte dans un coït normal.
D'après les phénomènes apparents de l'érection,^ Haller l'avait comparée, assimilée à une irritation. Le sang se porte avec violence à toute partie enflammée, dit-il ; elle se gonfle, devient rouge et chaude, et sa sensibilité est augmentée à l'excès. Mais c'est là une excitabilité spécifique, propre au sens génital, sans analogie avec la sensibilité générale, et qui se manifeste dans l'appareil nerveux si riche du gland. Il devient ainsi un organe tout nouveau, lorsque l'âge de la puberté, soit de quinze à sei/e ans, développe l'éréthisme vénérien par les changements survenus dans sa sensibilité. En retentissant sur la sensibilité générale, par l'excitation du cerveau, cet éréthisme du gland est d'autant plus augmenté qu'il appelle un afflux considérable de sang artériel dans son tissu ou parenchyme. Toutes le» puissances auxiliaires entrent en jeu, sous l'influence de la rétention du sang et la compression intense el
rapide qu'il subit à l'intérieur des vaisseaux. L'appareil musculaire du bulbe, mis en mouvement à son tour par un phénomène réflexe, détermine par ses contractions, analogues au choc du cœur, l'émission du sperme. C'est là du moins l'explication mécanique qu'en donne Kobelt.
Comparant cet appareil à une machine hydraulique dont le jeu accroît à chaque instant la force motrice, \ç docteur Roubaud décrit encore plus clairement ce mécanisme. « L'éréthisme vénérien, dit-il, en éveillant cette sensibilité générale du gland, attire dans cette partie une plus grande quantité de sang, dont l'effet est d'augmenter suffisamment la sensibilité générale pour qu'elle aille retentir dans les centres nerveux. Par suite, l'excitabilité des muscles bulbo-caverneux est éveillée à son tour et leurs contractions, en comprimant le bulbe, chassent vers le giand, par le corps spongieux de l'urèthre, un plus grand afflux de sang. Augmentée encore par cette pression sanguine, la sensibilité du gland double, à son tour, l'énergie contractile du muscle bulbo-caverneux ; et ainsi de suite jusqu'au moment où l'émission du sperme, annonçant que la fonction est remplie, ramène le calme au milieu de tout cet appareil si violemment agité. » Ne tenant compte que de l'intromission des parties, de leur rapport immédiat, de la chaleur et de l'excitation qui se dégagent de leur frottement, nous disons simplement que l'éjaculation éclate aussi soudaine et involontaire que la décharge électrique par la rencontre des deux pôles.
Si le mécanisme précédent de l'érection est exact, il aurait l'avantage d'éclairer les causes mêmes de l'impuissance passagère. Elle se produira, en effet, dès que la circulation du sang sera entravée par le moindre obstacle, comme une petite tumeur variqueuse, dans le lacis vasculaire, si fin et ramifié, qui provoque l'érection ; elle serait aussi l'effet de la paralysie des fibres des muscles qui l'entretiennent par leurs contractions. Le sang, n'arrivant pas en quantité suffisante au gland, n'en pourra entretenir l'excitation primitive, et l'éréthisme vénérien, se lassant d'appeler en vain la sensibilité générale, s'éteindra au milieu de ces efforts inutiles.
On a prétendu expliquer ainsi toutes les causes d'anaphrodisie par des lésions matérielles, en reléguant l'influx nerveux, tant invoqué à cet égard, comme étant le bouclier de l'ignorance. Mais des expériences toutes récentes contredisent cette interprétation. Il a suffi à MM. Laffont et Yizzu d'exciter le nerf honteux externe, soit dans sa continuité, soit dans le bout périphérique après sa section, pour provoquer l'érection du gland chez le mâle et celle du mamelon chez les femelles. [Soc. de biologie, novembre 1879.)
L'influx nerveux n'est donc pas un mythe dans la production de ce phénomène. Des érections presque inconscientes naissent ainsi sous l'influence d'une irritation du cervelet et de la moelle. Toute convulsion violente du système nerveux produit l'érection et l'émission même, dit Haller. L'épilepsie, différents poisons, l'opium en particulier, déterminent
ce phénomène. Les pendus sont trouvés souvent aussi en état d'érection. La chaleur du lit, la réplétion de la vessie ou du rectum, en gênant la circulation veineuse, suffisent à la provoquer chez les enfants et les vieillards, comme chez les adultes, en dehors de toute excitation vénérienne. La constipation, résultant de la dureté des matières fécales retenues dans le rectum, est souvent la cause d'une érection mécanique, fatigante, et d'une sorte d'éjaculation à chaque selle, chez les individus affaiblis par les excès. Il ne faut donc pas confondre ces érections morbides avec l'érection normale résultant des désirs vénériens.
Le défaut d'érection constitue l'impuissance radicale de l'homme. En dehors des causes physiques extérieures, la faiblesse ou débilité de constitution, des vices héréditaires, ou une frigidité naturelle, en sont aussi la cause. La vieillesse ou l'âge avancé l'entraîne fatalement. Mais la vieillesse acquise^, prématurée, par les abus, les excès et la fatigue, l'intempérance, le travail, la masturbation surtout, est encore bien plus redoutable. Les pertes séminales involontaires ou spermatorrhée en sont aussi une cause très fréquente.
Et telle est l'influence de l'imagination et du cerveau sur cette fonction, que peu d'hommes ne se sont trouvés impuissants au moment de satisfaire les plus ardents désirs, soit à la suite d'une contention prolongée, soit par le trouble du cerveau. Plus d'un fougueux amant s'est trouvé paralysé honteusement près de consommer ce qu'il convoitait avec tant
d'ardeur. Une idée fixe, la crainte, les soupçons, le respect, la honte ou la timidité, un soupir mal interprété, un souvenir inopportun, une parole équivoque, la surprise causée par un bruit ou la présence de quelque personne étrangère, la répugnance ou le dégoût, suffisent à en empêcher la manifestation ou à l'arrêter momentanément, preuve que la volonté est insuffisante à produire l'éreclion.
Foyers érogèncs.
Il est encore généralement admis que le sentiment spécial et si voluptueux se dégageant des organes copulateurs par leur fonctionnement mutuel et réciproque entre les deux sexes, dépend indifféremment de toutes leurs parties constituantes; c'est une erreur. Des centres distincts, isolés, sont chargée d'y présider en vertu de leur organisation particulière. En eux réside l'élément nerveux correspondant au cerveau, centre de l'imagination qui incite et porte aux plaisirs de l'amour, par l'intermédiaire de la moelle épinière qui les met en rapport. Ce gros cordon nerveux en transmet et en distribue le sentiment à tout l'organisme par les nombreux filets qui s'en détachent. La main, les lèvres, les yeux en sont ainsi les principaux auxiliaires par le réseau nerveux qui s'épanouit à Içur surface.
De là l'importance d'indiquer ici ces foyers de l'amour, après la description des organes qui en sont le siège. Us aideront à en comprendre le mécanisme
FOYERS ÈROGÈNES. 277
et le fonctionnement pour développer et augmenter ia volupté qui s'en dégage.
Le gland est l'unique foyer erotique du sens génital chez l'homme. C'est autour de lui que viennent aboutir toutes les actions, en vertu du lacis veineux si riche et ramifié qui en forme la trame. En s' épanouissant à sa surface en forme de petites houppes, notamment sur la couronne, les filets nerveux ténus et déliés déterminent cette sensibilité voluptueuse si exquise qui en fait le principal siège du plaisir. D'où l'indication précise de le tenir recouvert du prépuce, son enveloppe naturelle, afin de conserver intacte cette sensibilité si précieuse de l'amour, sans l'émousser par le contact de l'air et des frottements, ni l'altérer en le tenant emprisonné comme dans le phimosis.
Ce foyer est réparti en trois organes distincts chez la femme : le clitoris, la matrice et les mamelons, jouissant à divers degrés de cette sensibilité voluptueuse qui les fait entrer en érection comme le gland chez l'homme. Les deux premiers se confondent, il est vrai, en un seul par la copulation, en donnant leur part d'action réciproque chez les femmes les mieux organisées, comme on en jugera par son mécanisme. Le troisième y joint même ordinairement la sienne pour tripler la somme de volupté résultant de ce consensus et mieux en assurer l'effet. Mis simultanément en action, comme il convient à l'état physiologique, les trois n'en forment réellement qu'un seul et l'un supplée ou remplace l'autre au besoin, en doublant son activité.
La preuve que ces foyers sont aussi isolés et distincts dans leur action que séparés dans leur siège, c'est que l'un est ordinairement choisi, préféré par la femme à l'exclusion des deux autres, à cause des sensations plus voluptueuses qu'elle en éprouve, soit par sa sensibilité plus grande, soit par son excitabilité spéciale. Le foyer clitoridien est en général le plus actif. C'est lui qui correspond directement à celui de l'homme et comme tel il prend ordinairement la part la plus active à la préparation et l'accomplissement de l'acte réflexe qui détermine la jouissance et la mène graduellement au maximum de son intensité, sans que le volume plus ou moins minuscule paraisse y contribuer. La plupart des femmes n'entrent en éréthisme sensuel que par lui, quel que soit le procédé employé, direct ou indirect, c'est-à-dire naturel ou artificiel. De là le rôle prédominant accordé à cet organe.
Mais la preuve qu'il n'est pas absolument indispensable, c'est que pour certaines femmes l'intromission pénienne est tout. Il faut que le foyer utérin soit touché, secoué et fortement mis en action, ébranlé si l'on peut dire par une copulation très active. Là s'élabore toute la sensation progressivement accrue et de là aussi s'élance l'irradiation terminale du spasme vénérien, sans que le clitoris paraisse y prendre aucune part, même avec un volume relativement considérable dans quelques cas.
Les mamelons, aussi érectiles et richement innervés que les deux autres, sont beaucoup moins actifs. Il est exceptionnel qu'ils acquièrent la faculté de
l'érélhisme voluptueux au point que leur titillation puisse provoquer dans toute leur plénitude et leur intensité les sensations du spasme génital avec émission du liquide vulvaire qui l'accompagne. Il est cependant avéré que certaines nourrices éprouvent une vive impression de plaisir par la succion de l'enfant en les tétant.
Ces différences d'excitation isolée des foyers erotiques chez la femme sont surtout accentuées dans les divers procédés d'onanisme. Notre ouvrage sur ce sujet spécial, qui vient de paraître, en est la démonstration.
Copulation.
L'union intime des deux sexes, mettant en rapport immédiat les organes dont la description précède, constitue la copulation ou coït. C'est l'acte générateur effectué eu commun pour la procréation. Le mécanisme en est si simple et naturel qu'il est superflu de le décrire. On n'enseigne pas la déglutition, et, malgré son mécanisme compliqué, le nouveau-né même ne s'étrangle pas. Il y a des deux parts tant de volupté dans cette réunion intime, secrète, et chacun trouve un attrait, un plaisir si irrésistible dans cette délicieuse étreinte, que personne ne se trompe pour l'accomplir. A plus forte raison pour ceux qui se sont choisis, aimés librement et qu'un mutuel amour réunit. Libres et confondus, ils n'ont plus qu'à se dire et se prouver réciproquement tout le bonheur qu'ils en éprouvent.
280 LA GÉNÉIUTION.
C'est le propre de l'amour de savoir sans avoir appris, dit Michelet dans VInsecte. C'est aussi la plus sûre garantie mise par la nature à la conservation de l'espèce humaine, et la cause qui en fait user si souvent illicitement et démesurément.
Un correctif à cette opinion absolue est indispensable ici, d'après un exemple constaté personnellement, depuis la première édition, chez un commisvoyageur de vingt-cinq ans, grand et beau garçon, ayant les allures dégagées et l'aisance de son emploi. Marié en Belgique depuis quatre jours à une belle fille de vingt ans, bien réglée, il était venu passer sa lune de miel à Paris et, malgré des tentatives réciproques et persévérantes jusqu'à déterminer de la rougeur et de la cuisson de part et d'autre, ils n'avaient pu consommer leur mariage. Jeunes, vigoureux, pleins d'amour et de tendresse l'un pour l'autre, quel pouvait être l'obstacle à leur union? Il n'en savait rien. Bien conformé et en pleine érection, il n'avait pu pénétrer dans aucune ouverture. Pourtant il y en a une, dis-je, puisque votre femme est réglée. — Oui, je m'en suis assuré en y portant le doigt, comme vous l'indiquez dans le Mariage. — Pourquoi n'avez-vous pas suivi cette voie? Votre femme n'est donc pas conformée comme les autres? Je ne sais, jamais je n'en ai vu ni touché une. C'était le mot de l'énigme.
J'acquis l'assurance que ces deux innocents novices, retenus par une pudeur exagérée, avaient omis de s'éclairer mutuellement. Dans leur ignorance réciproque, ils avaient employé la simple po-
sition horizontale à plat, sans élétalion du siège ni écartement suffisant des cuisses chez la femme. L'ouverture du vagin étant ainsi dissimulée, effacée, le pénis s'était constamment fourvoyé dans la partie supérieure de la vulve, comme l'indiquait la rougeur du frein, tandis que l'ouverture cherchée était en has, à l'endroit que je lui indiquai sur lui-même. Cette démonstration topique lui valut un succès complet le soir même; ce qui me démontra que l'enseignement de cet exercice, si simple et naturel, est parfois indispensable à ceux-là dont la désinvolture semble indiquer tout le contraire.
La seule condition indispensable à l'exécution normale de cette fonction, c'est l'état régulier et physiologique des organes qui y concourent. L'absence de pénis ou du vagin, dont nous avons précité des exemples, la rend absolument impossible. L'extrême exiguïté de ces organes, chez l'homme en particulier, est parfois un obstacle très sérieux. Telle était l'étroitesse du vagin constatée par les commissaires anglais, chargés de reconnaître la virginité de Jeanne d'Arc, qu'elle constituait une véritable impuissance. De là son surnom de Pucelle d'Orléans.
Ce rétrécissement du vagin constitue rarement une impuissance absolue, car les auteurs relatent divers cas où ce conduit n'avait que le calibre d'une plume à écrire et qui permit cependant, par une dilatation progressive, la copulation et jusqu'à 1 accouchement.
Tel est le cas, rapporté par Van Swieten, d'une
femme qui, ne pouvant recevoir son mari, allait voir son mariage déclaré nul. Benevoli, consulté, employa d'abord les fomentations émollientes et introduisit ensuite une racine de gentiano dont il augmenta progressivement le volume ; en se gonflant par l'humidité, elle dilata le passage. La moelle d'une tige de maïs et l'éponge préparée, employées successivement, le rendirent ensuite apte à sa fonction naturelle.
L'agrandissement dont les canaux ou ouvertures, revêtues de membranes muqueuses, sont parfois susceptibles est étonnant, quand les tentatives de dilatation sont graduées, prolongées et faites à un âge où la rigidité des tissus ne s'oppose pas au succès. Le docteur Latour, d'Orléans, en a constaté un singulier exemple chez une femme qui l'appela pour une incontinence d'urine. Son mari s'étant plaint à son directeur spirituel de la stérilité de sa femme, celui-ci, le supposant assez candide et simple pour substituer l'urèthreau vagin, lui avait répondu métaphoriquement : qu'il ne suivait peut-être pas le bon chemin. L'homme essaya en effet d'une autre voie, et, malgré la difficulté des commencements, il dilata tant et si bien l'urèthre qu'il resta dans l'erreur, jusqu'à ce que les accidents en résultant l'obligèrent d'appeler le médecin qui seul l'éclaira.
L'absence complète d'ouverture vaginale n'est pas un obstacle absolu à la copulation. L'anus et l'urèthre peuvent en tenir lieu quand le sang des règles s'écoule par ces voies anormales. Le fameux exemple de Louis fit ainsi approuver par la cour de Rome
l'usage de la parte poste en vue de la génération et celui de l'urèthre est également justifié par le cas récent, observé à l'hôpital d'Épernay [Marne), oh l'acconchement s'ensuivant détermina une si vaste dilacération des parties qu'un nouveau vagin en résulta. Il n'y a pas lieu de s'arrêter ici sur ces faits authentiques, relatés in extenso dans notre traité de Vlmpuissance physique et morale chez les deux sexes, pages 428 à 452.
La conformation, le volume et la capacité des organes copulateurs ne sont pas ordinairement les principaux ni les plus fréquents obstacles à cet acte naturel. On peut s'en assurer facilement chez les animaux. Quelles que soient leurs dimensions en plus ou en moins, monstrueuses ou exiguës, on arrive toujours, avec le temps, des soins et des efforts mutuels, à les accorder et les agencer réciproquement. Mais ce n'est pas tout. Normaux en apparence, ils peuvent être atteints de lésions latentes, cachées, que rien n'indique et qui les rendent impropres ou impuissants à l'épreuve. Celle-ci réserve ainsi parfois de cruelles déceptions dans le mariage, de la part de la femme vierge. Tel est le vaginisme ou état nerveux du vagin, qui, associé ou non au rétrécissement de ce canal, provoque de telles douleurs à l'approche du mari que la femme le repousse involontairement. Il s'agit ordinau'ement d'un état spasmodique déterminant le resserrement convulsif du canal, au point que l'on ne peut y tou-
cher ni inlroduire une plume sans provoquer des cris. Les jeunes (ilies nerveuses, hystériques, y sont particulièrement exposées, et cette extrême sensibilité forme une barrière insurmontable à l'accomplissement du mariage, comme un cas récent relaté plus loin nous en a fourni l'exemple.
Il y a ainsi plus à s'inquiéter de la femme que de l'homme pour le succès de cette première épreuve. Le pouvoir de l'érection, indispensable à celui-ci pour l'exécution de son rôle actif dans cet acte, lui est toujours connu d'avance, car elle se manifeste spontanément, comme tous les besoins naturels, dès l'âge de la puberté. C'est pour lui le signe delà virilité, comme la menstruation chez la jeune tille. Ce sont les deux conditions essentielles pour se livrer à la copulation.
Attouchements. Tous les sens contribuent plus ou moins à l'exercice régulier de cette fonction, comme La vue, l'ouïe, l'odorat, mais l'intégrité du toucher, du tact, lui est surtout nécessaire. Il en est le compagnon indispensable par les baisers qui en sont le prélude, le complément et la fin. La main caresse avec volupté les seins et les formes arrondies de la femme, et ces attouchements envoient à l'âme des deux conjoints des excitations plus vives, qui hâtent et provoquent l'éjaculation. L'exemple relaté plus haut montre de quel secours ils sont aux novices ignorants pour leur faire reconnaître et tracer la voie à suivre.
Positions. Il y a, pour toutes les espèces animales, un mode d'accouplement naturel dont la diversité est admirable suivant leur forme et leur volume. Les serpents s'entrelacent, les oiseaux s'accouplent sans intromission chez la plupart. Chez les araignées, dont la femelle egt plus forte que le mâle, comme chez les crapauds et les grenouilles, l'union dure six à huit jours et même davantage, comme nous l'avons signalé, en offrant des phénomènes curieux et bien dijijnes d'études. Sans iioUî faire le narrateur complaisant de la position horizontale, usitée dans l'espèce humaine, nous devons mettre en garde contre les autres postures illégitimes, les attitudes forcées et capricieuses, inventées par la prostitution et le libertinage.
Décrites par les fameuses courtisanes grecques, — Cyrène en inventa jusqu'à douze, — dont la peinture décorait les alcôves de Tibère et que l'obscénité a perpétuées plus ou moins clandestinement, par le burin ou la lithographie, jusqu'à nos jours, ces positions contre nature sont toujours fatigantes et la source d'accidents, de lésions ou de maladies graves. Les animaux n'en ont qu'une, et c'est conseillé par la satiété, la lasciveté iippuissante et corrompue, sinon le vice, que l'homme a pu violenter la nature de plusieurs manières. Aussi ces égarements et ces abus de la liberté morale sont-ils toujours cruellement punis.
« Celle où l'on se parle bouche à bouche en s'embrassant par devant, l'homme prenant l'empire qu'il a sur sa femme, selon les lois de la nature, est
encore la plus commode et la plus voluptueuse, dit Venelle en son Tableau de Vamour conjugal. Il est bien lâche à lui de se soumettre à une femme, quand ils veulent prendre ensemble des plaisirs amoureux. C'est une atteinte à son privilège et une honte qu'il s'attire par cetlq complaisance. » {Cologne, 1696.)
Au nom de l'hygiène et de la morale, il faut stigmatiser ces aberrations inqualifiables et ces pratiques abominables de l'onanisme à deux, car tous ces expédients infâmes, suggérés par le dégoût, la satiété ou les vils calculs de l'intérêt, que l'on décore faussement du nom de poses de Vamour, sont antagonistes de l'amour même; ils éludent ou contrarient le but de la copulation et convertissent cette fonction en véritable prostitution clandestine. Les dangers et les mauvais résultats en seront indiqués plus loin.
Certains états particuliers, comme l'extrême obésité, la polysarcie, une grossesse avancée, la disposition à l'avortement, certaines hernies ou d'autres maladies, peuvent être une exception permanente ou seulement temporaire au mode naturel et légitime de la copulation horizontale. Plusieurs vices de conformation des organes génitaux, n'en permettant pas le rapport immédiat, peuvent aussi commander des positions artificielles pour réaliser plus sûrement la fécondation, comme nous l'indiquerons à YExercice.
Vheiire la plus propice à cet acte est la nuit,
avant de se livrer au sommeil, lorsque la digestion est terminée ainsi que le travail mental ou mécanique qui constitue la profession.
Trop de clarté fait peur au doux plaisir,
dit Parny, et Victor Hugo l'exprime dans les ver& suivants :
Le plaisir, fils des nuits, dont l'œil brillant d'espoir S'éteint vers le matin et se rallume au soir.
La copulation délasse alors agréablement les membres fatigués et prédispose au sommeil, comme un doux narcotique. C'est le contraire, si les facultés mentales sont excitées par une forte contention d'esprit, un bal, une soirée, réunion ou spectacle, ayant pu stimuler l'érotisme d'une manière factice. Le repos est alors nécessaire et mieux vaut remettre au lendemain matin, sans prendre le change comme dans la consullation suivante :
Jeanne voulait savoir du médecin Lequel vaut mieux, le soir ou le matin, Au jeu d'amour. 11 dit que plus plaisant Était le soir, le matin plus duisant Pour la santé. « Lors, dit Jeanne en riant, Je le ferai d'un appétit friand, Doncques au soir pour la grand' volupté, Et le malin pour la bonne santé. »
Les érections du réveil, provoquées par la réplétion de la vessie et la chaleur du lit, sont rarement
28g LA GÉNÉRATION.
l'expression d'un besoin naturel, comme cela est déjà signalé à Érection.
Le coït est lent et dangereux immédiatement après le repas et pendant les deux à trois he\ires que dure la première digestion. On doit aussi^ s'en abstenir après une grande fatigue, l'agitation, l'exaltation des facultés intellectuelles. On savoure mal les plaisirs de l'amour après un bal. Il faut surtout s'en priver durant la période menstruelle, dès ses premières manifestations jusqu'à la fin. Moïse le prescrivit aux Juifs, sous peine de mort, pour prévenir l'abâtardissement et la dégénérescence de la race, et le Coran, plus rigoureux, étend cette obligation aux huit jours qui précèdent et suivent la menstruation. C'est beaucoup trop, surtout d'après les rè<^les de la théorie positive de l'ovulation, c'est-àdi?e pour avoir des enfants. Il faut, au contraire, n'en user qu'avec une grande réserve pendant la crrossesse et l'allaitement pour les conserver.
Des positivistes modernes ont prétendu trouver, dans les phénomènes purement locaux et mécaniques du coït, tout le secret du plaisir et de la volupté qui en résultent. Après la période de préparation, des caresses, des baisers et des attouchements, soug l'influence desquels Véréthisme vénérien fait entrer les organes en érection, par la stimulation, l'excitation générale en résultant, ils font dériver toutes les suites vivifiantes du mécanisme seul de l'inU-orais-
sion et du frottement des organes. La rencontre du clitoris par le gland allume tout d'abord ces deux foyers sensitifs, dit Roubaud ; puis le corps du pénis embrassé, serré à mesure qu'il pénètre dans le \agin par les deux bulbes et le tissu érectile qui le tapisse et dont la turgescence augmente graduellement par les mouvements répétés de la copulation, on arrive au point culminant de cette excitation mutuelle et réciproque par l'éjaculation d'une part, et, de l'autre, la réception du sperme dans la matrice. D'où la fécondation.
Cette théorie purement anatomique du professeur Kobelt, de Fribourg, qui entre à cet égard dans les plus minutieux détails pour mieux l'établir, rendrait compte de tout le plaisir éprouvé dans cet acte, sans y faire intervenir ni le cœur, ni l'amour, ni l'esprit. Comparant l'étendue de la surface muqueuse du vagin avec celle du gland, et le nombre des papilles qui s'y trouvent, il fait de ce mécanisme physique et purement charnel tout le secret de cet acte. Et c'est en tenant compte seulement de la grande sensibilité générale de la femme, provoquée par la compression énergique de ses bulbes, qu'il prétend résoudre la question insoluble et tant controversée :A ^ui revient la plus grande part de volupté dans c*^.t acte? pour l'attribuer au sexe féminin. Comme si ce résultat n'était pas essentiellement variable et transitoire, suivant le tempérament, l'âge et les dispositions du moment. Aussi vaut-il encore mieux dire avec Roussel : que la nature n'est marâtre en vers personne.
200 LA «ËNEUA'l'ÎUN.
Les sensualistes démoralisés ont pu prendre, dans ces doctrines matérialistes, des leçons pour leurs raffinements licencieux dans la salislaction de leurs passions erotiques. Par* des calculs mathématiques de proportion, de volume et de capacité, on obtiendrait la plus grande somme de jouissances. Heureusement, il n'en est pas ainsi le [)lus souvent et les libertins, en y comptant, s'exposent à de fréquenies et amères déceptions. Chacun sait par expérience que les plus sûres garanties du bonheur à éprouver, dans cet acte, sont le désir, le besoin de se trouver ensemble réunis et confondus dans un mutuel amour. Le mécanisme est si accessoire, qu'en dehors de ces conditions essentielles il suffit d'un mot, d'un geste, du sentiment, même le plus léger, de douleur, de crainte, de dégoût, pour le rendre instantanément impossible en faisant cesser l'érection. C'est pourquoi, dit Fodéré, l'acte de la copuhition exige la confiance en ses propres forces, la complaisan-^-e de la femme, la tranquillité d'esprit, le silence, la solitude et le secret.
Les excitations extérieures ne sont assurément pas sans action sur l'éveil du désir. Souvent même, inerte ou paresseux, celui-ci ne sort de son apathie qu'à la vue d'une belle femme ou par des attouchements licencieux. Mais l'érélhisme général comme l'érection locale et, par suite, le plaisir, la volupté, chez les deux sexes, ne se manifestent que sous l'influence du sens intime de l'âme, de l'imagination, c'est-à-dire de la partie intellectuelle de l'être. La fenmie violée ou contrainte à la copulation, avec un
homme que son cœur repousse, reste passive dans l'acte qu'elle laisse accomplir sans volupté. Et cependant le stimulus extérieur ne lui a pas manqué, les frottements ont eu lieu comme d'habitude, et tandis que, dans d'autres circonstances, ils l'eussent plongée dans des ravissements frénétiques, ils la laissent froide et insensible, parce que l'initiation morale lui a fait défaut.
Les préludes du coït valent ainsi mieux que le coït même. En tenant les facultés de l'âme, de l'esprit et du cœur, dans l'extase et le ravissement, par l'excitation générale de tout le corps, le cœur et le cerveau en particulier, ils exaltent à la fois toutes les fonctions et les sentiments, en les contenant à un degré élevé d'activité et de perception intense qui en fait les délices. La copulation, en exagérant tout à coup ces douces sensations et en les élevant à leur apogée, entraîne, au contraire, la raison au milieu de la tempête qu'elle soulève dans l'organisme, enlève à celui-ci la conscience du stimulus intérieur et ne lui laisse qu'une conception troublée et affaiblie des sensations vénériennes par l'émission du sperme d'une part, et l'arrosement du col de la matrice de Vautre.
Une indication précise en ressort pour 1 jomme qui veut goûter toute la volupté de cet acte et en recueillir les fruits : c'est de ne pas trop se presser dans son accomplissement, suivant le naïf conseil d'Ambroise Paré au cultivateur, de n'entrer dans le champ de Nature humaine à l'estourdy, sans que premièrement n'aye fait ses approches à sa compagne par des caresses, des baisers et des attouche-
mcnts, afin qu'elle soit aiguillonnée et titillée tant qu'elle soit esprisc des désirs du mâle et prenne volonté et appétit d'habiter et faire une petite créature de Dieu. {La manière d'habiter et faire génération, G* édition, 1007.) Il doit toujours se régler sur l'excitation simultanée de sa compagne et attendre qu'elle soit arrivée à son diapason pour que l'union soit complète. Il est probable, malgré toute la difficulté de constater le fait, que le secret du 'plaisir et de la fécondité est dans cette concordance du désir et de l'excitation des conjoints.
La froideur ou frigidité de beaucoup de femmes dans le coït dépend souvent de ce défaut d'excitation. Ne tenant pas compte de la lenteur de l'excitabilité génitale de leur compagne, certains maris 3goïstes ne savent pas éveiller, a\ant de terminer eux-mêmes l'acte sexuel, le sens qui paraît manquer et qui le plus souvent sommeille. Il ne s'agit que de l'exciter adroitement pour qu'il se manifeste. A ces femmes de marbre en apparence, il suffit de convoler en secondes noces avec un époux plus habile, sachant les mettre à leur diapason, pour éprouvei "orgasme vénérien dans toute son ivresse. Si l'acaité du plaisir n'est pas égale chez toutes les femmes, il en est peu qui ne soient capables de le ressentir, 8i l'on sait en exciter la sensibilité spéciale en lui donnant le temps de se développer.
Par l'exaltation momentanée des facultés morales, qui, sous l'empire des désirs vénériens ou de la copulation, dicte ces paroles magiques à l'ignorant, ces hymnes à l'amoi^r, on a la preuve que le cerveau,
c'est-à-dire l'esprit et l'âme, prend une large part à l'acte de la génération. Il a même été considéré comme son siège, et l'on verra à Exercice que de nombreux faits militent en faveur de cette opinion.
Exécutée normalement, cette fonction est si peu localisée aux organes chargés de la remplir, qu'elle produit, du commencement à la fin, un retentissement sur tout l'organisme. Tous les principaux organes de la vie, le cœur, les poumons, le cerveau el tous les systèmes à la lois : circulatoire, nerveux et musculaire, y prennent une part considérable. Dès qr.8 le désir survient, par la vue ou au contact d'une femme ou d'un homme aimés, avant même que l'organisme vénérien impressionne les organes génitaux, la circulation du sang s'accélère et donne lieu à une chaleur générale, le cerveau est excité, les yeux brillent, la respiration est plus ample et rapide, et ce consensus général va a^escendo, d'accord avec la turgescence locale, jusqu'à son accomplissement.
11 n'y a là rien d'étonnant. La vie doit être élevée à son apogée lorsqu'il s'agit de la transmettre, autrement elle ne peut croître ni se développer. C'est pourquoi, à la description imagée et imaginaire des organes génitaux, tracée par les anatomistes qui n'ont pu ni les voir, ni les saisir dans leur fonctionnement que chez les animaux, nous substituerons, comme plus fidèle, authentique et exact, le tableau physiologique des copulateurs dont chacun peut se rendre compte.
L'excitation générale, en activant la circulation, porte surtout le sang au cerveau. Arrêté par la contraction des muscles du cou et le renversement de la tête en arrière, il y détermine une congestion momentanée, pendant laquelle l'intelligence se perd et toutes les facultés s'anéantissent. Les yeux, violemment injectés, deviennent hagards et rendent le regard incertain ; dans la majorité des cas, ils se ferment même spasmodiqueraent pour éviter le contact de la lumière.
La respiration, haletante et entrecoupée chez quelques-uns, se suspend chez d'autres par la contraction spasmodique du larynx, et l'air comprimé ne s'échappe au dehors qu'à travers des paroles sans suite et des mots inconnus.
Toutes les sensations, rendues confuses par la congestion du cerveau, la motilité et la sensibilité, sont dans un désordre inexprimable. Les membres, saisis de convulsions et même de crampes, s'agitent dans tous les sens ou se tendent et se raidissent comme des barres de fer; les mâchoires serrées font grincer les dents et quelques personnes portent le délire erotique si loin, qu'oubliant le compagnon de leurs voluptés, elles mordent jusqu'au sang une épaule qu'on a eu l'imprudence de leur abandonner.
Cet état frénétique, ce délire n» dure qu'un moment. Démocrite l'a ainsi comparé à un petit accès d'épilepsie chez l'homme, à une attaque d'hystérie chez la femme. L'émission \ sperme le fait cesser subitement ; il est remplacé par un abattement, une langueur, une faiblesse, proportionnés à la violence
de l'éréthisme, à l'intensité de l'effort couvulsif, ressentis, éprouvés par riiomme en faisant passer une partie de sa vie dans le sein de la femme avec sa liqueur prolifique pour allumer une vie nouvelle. Tout animal est ainsi, dit Galien : Triste est omne animal post coitum, prœter mulierem gallumque. Il aurait pu en excepter l'oiseau, dont le vol hardi et joyeux est un démenti à cet adage. La profonde tendance au sommeil, qui s'empare ensuite de l'homme, est comme un avertissement pour lui indiquer de ne se livrer au coït que la nuit, afin de pouvoir réparer plus facilement ses forces aussitôt.
Tous ces phénomènes, causés manifestement par l'éjaculation, sont en général beaucoup plus marqués chez l'homme que chez la femme. Quelle que soit l'énergie qu'elle apporte dans cet acte, elle n'en éprouve ou du moins ne paraît pas en ressentir la même excitation. Sa lassitude passagère est incomparablement inférieure à la prostration de l'homme, ce qui lui permet bien plus tôt la répétition de l'acte. Aussi n'est-il pas probable qu'elle en éprouve la plus grande volupté.
C'en est assez pour s'assurer, par ces efTets généraux, étendus et variés, que tout l'acte copulateur et surtout les suprêmes délices qu'il procure ne proviennent pas exclusivement des organes génitaux, comme le prétendent les anatomistes. Il émane aussi du cœur, de l'âme et de l'amour qui s'en dégage. L'impression douce, vive et profonde, ressentie par tous les sens à la fois, — quand il s'accomplit dans les conditions naturelles et normales où le cœur
préside de part et d'autre, — en dépose hautement si on la compare avec ces convulsions violentes, aiguës, épileptiformes et presque douloureuses, qui suivent un coït purement charnel, artificiel, prolongé, dont la lubricité et la salacité font tous les frais. Ces exploits brutaux ne sont que des paroxysmes spasmodiques, convulsifs ou épileptiformes, durant lesquels s'écoule lentement une petite quantité de fluide muqueux et irritant, provenant des glandes prostate et de Cowper plutôt que des testicules. Là, les plus douces sensations touchent, pénètrent, ébranlent tout le système nerveux, de la tête aux pieds et jusqu'au bout des ongles, alors que l'imagination, le cœur et l'esprit sont dans un transport délicieux, céleste, paradisiaque; ici, la sensation, toute locale, est irritante, cuisante, à force d'être aiguë, et retentit avec la même violence sur les centres nerveux, par suite de l'irritation prolongée, spasmodique des organes, leur tétanisation. Loin d'être étrangers à la copulation, le désir, le sentiment, l'imagination, l'amour, en sont ainsi des adjuvants nécessaires, et c'est pourquoi il faut interroger le coeur et l'esprit dans les cas assez fréquents d'impuissance et de stérilité coexistant avec rintégrité des organes.
La jeunesse florissante et une virilité robuste sont les plus aptes à cette fonction. C'est au printemps, jeunesse de l'année, période d'animation, d'expansion et de joie, que l'homme éprouve une tendance spéciale à la procréation. L'automne est réputé la saison Ô2 la plus grande efQcacilé créiîrice au phy-
sique comme au moral. Au contraire, une e^rande discrétion convient en hiver, sinon une abstention complète. En été, dans les mois sans r surtout, comme juin, juillet et août, il ne faut, d'après un proverbe espagnol, ni femme, ni caracol; les éva' cuations spermatiques débilitent et exténuent pendant les grandes chaleurs.
Tous les excès, bs abus de la copulation, sont contraires à son but et préjudiciables à ceux qui les commettent. De là la flaccidité des organes génitaux, les pertes involontaires d'un sperme mal élaboré, peu consistant et infécond. Parla répétition trop fréquente du coït, il devient ainsi de plus en plus rare, liquide, et, par son défaut de stagnation dans ses réservoirs, il ne contient plus que des animalcules imparfaits. C'est la cause de l'infécondité assez fréijuente des nouveaux mariés pendant les premiers mois de leur union.
La stérilité ordinaire des femmes publiques, jeunes surtout, est une preuve démonstrative de la nocuité de ces excès. Le système génital perd ainsi l'excitabilité nécessaire à la fécondation. Dénuées du sentiment moral, qui est la condition de la saine fécondité et de la maternité, ces débauchées donnent à peine, d'après la statistique deParent-Duchateiet sur la prostitution dans la ville de Paris, six accouchements annuels par mille. Admirable loi de la Providence ne permettant pas que l'espèce humaine se conserve par la prostitution et préférant tarir la source de la vie que de propager des germes de corruption.
Organes séminiféres.
Unis par une étroite solidarité et une connexÎD! intime avec les précédents, puisqu'ils forment en semble l'appareil de la génération, ces organes s'ei distinguent essentiellement par la fonction plus dé licate et élevée qui leur est dévolue : la fécondation Elle est ainsi placée en dehors de la volonté hu maine, quoique inséparable de la copulation vo lontaire qui la prépare et la provoque. De là, la réalivsation fréquente de cet acte et la rareté de son accomplissement.
Le testicule chez l'homme, l'ovaire chez la femme, en sont sans doute les deux principaux, mais que d accessoires déliés, multiples et compliqués! Ils sont doubles, symétriques de part et d'autre, afin que, si l'un manque ou se trouve lésé, altéré, l'autre puisse y suppléer et le remplacer. Cachés à la vue, sinon au toucher, ils sont exclusivement le siège de la stérilité. D'oij la difficulté d'en découvrir les causes et de la combattre efficacement. Une description plus étendue et minutieuse est donc nécessaire.
Les Testicules chez l'homme sont deux glandes placées dans une poche en forme de sac, appelé scrotum, qui se trouve connue appendu au pénis. Une cloison interne le sépare en deux compartiments ou bourses, une pour chaque glande. De
ORGANES SÉMINIFÊRES. 299
forme ovoïde, légèrement aplaties de droite à gauche, elles ont, à l'âge viril, le volume d'un petit œuf de poule, pesant 30 à 32 grammes. La droite est un peu plus grosse et élevée que la gauche. Des filaments tubulés, creux, très ténus, déliés et flexueux, entrelacés et repliés en tous sens, dont la longueur totale est évaluée à plus de 2000 mètres, en forment le tissu. Ce sont les conduits ou tubes séminifères,où se forme, se mêle et circule le sperme. Des veines, des artères, des nerfs, les accompagnent, de manière à former un parenchyme, un réseau si serré et inextricable, qu'il est impossible de les injecter.
Une membrane ferme, dense, serrée, enveloppe tous ces conduits filiformes, les encapsule pour ainsi dire, au point d'en former comme un tout homogène. Mais, en se réunissant, leur calibre augmente, ils se dressent et traversent leur enveloppe à la partie supérieure et interne en formant une saillie allongée. Elle se résume bientôt en un seul conduit ou sinus appelé épididyme. C'est un petit corps allongé, vermiforme, qui coiffe pour ainsi dire la partie supérieure du testicule. C'est de là que part, en remontant avec le cordon spermatique, le canal déférent qui conduit le liquide spermatique dan» son réservoir en pénétrant dans l'abdomen par le canal inguinal.
Des anomalies assez fréijuentes se rencontrent dans le volume, le nombre et le siège même de ces organes essentiels de la virilité. Ils sont en effet indispensables à la génération, comme l'indique leur
nom du latin testis, témoin. Retonus dans le ventre, au-dessous des reins, jusqu'au sej)tième mois de la vie fœtale, ils ne descendent dans le scrotum qu'après cette époque, attirés par l'action d'un ligament spécial. Ils restent toujours à l'intérieur chez beaucoup d'animaux, privés de scrotum, et ne descendent chez d'autres qu'à l'époque des amours, comme on l'a vu. De même chez l'enfant, l'absence ou le défaut d'action du ligament peut en empêcher, en troubler, ou retarder la descente; l'un ou l'autre des testicules reste ainsi en chemin, arrêté ou renversé dans le canal inguinal, comme les recherches spéciales du docteur Godard l'ont démontré.
Pour être exceptionnelle, l'anomalie de trois ou quatre testicules s'est rencontrée dans le scrotum. Le docteur Cebeira en a observé récemment un exemple sur un militaire en garnison à Figueras en Catalogne. Une uréthrite s'étant compliquée de chancres étendus sur le scrotum du côté gauche, un petit testicule, comme un œuf de chardonneret à peine, et pourvu de son épididyme, fit saillie par l'ulcération qui en résulta. Un second un peu plug gros que le premier, placé au-dessous et en dehors, se montra ensuite parfaitement séparé par l'agrandissement de l'ulcération. Il se distinguait de son surnuméraire par sa masse pulpeuse et sa couleur jaunâtre. Un simple vestige du canal déférent les réunissait. L'exploration manuelle révéla la même anomalie dans la bourse droite.
La présence d'un seul testicule, à droite ou à gauche, est assez fréquente. C'est la monorchidie.
ORGANES SÉMINIFÈRES. 301
L'absence complète constitue la cryptorchidie, c'està-dire la génération sans organes apparents, comme chez les plantes cryptogames. Il est, en effet, des hommes à testicules cachés, c'est-à-ilire restés dans le ventre, et qui sont néanmoins aptes à la reproduction. Mais c'est là une exception très rare. En général, ces organes cachés ne produisent pas de spermatozoairea, ils sont inutiles et la cause de souffrances et de maladies graves. Des douleurs si aiguës en résultent qu'ils simulent la hernie étranglée. Une erreur de ce genre est rapportée par le docteur Delasiauve qui assistait à l'opération. Il s'agissait d'un garçon de quinze ans et demi. En rencontrant, au lieu de l'intestin, le testicule au fond de la plaie, le chirurgien en fit l'excision et dix-sept à dix-huit jours après, l'opéré était guéri sans aucun accident. Ce cas est resté unique dans la science.
Le testicule arrêté à l'aine est en outre souvent fra()pé de dégénérescence cancéreuse. De là la proposition, faite par le docteur Aubert au congrès de l'Association française en 1878, d'en pratiquer préventivement l'excision ou l'enlèvement dans le canal inguinal, aussitôt après la puberté. 40 à 50 faits, actuellement connus, de celte opération, témoignent de son innocuité relative par un seul cas de péritonite mortelle. {Mnnod.)
La castration par l'enlèvement des deux testicules, pratiquée chez l'enfant pour maladie ou accident, entraîne la perle totale de la virilité masculine. Mais il n'en est pas de même chez l'homme adulte.
Ses érections peuvent persister. Un commis de nou ▼eautés, âgé de vingt-cinq ans, à qui le professeui Ricliet avait enlevé successivement les deux testi culcs pour une induration fistuleuse, présentait unr grande obésité vingt ans après. Et chose plus eu rieuse, il prétendait remplir exactement et avec efficacité tous ses devoirs conjugaux, ajoute ce chirurgien dans ses leçons (1879). Une sécrétion abondante de la prostate et des glandes de l'urèthre lui faisait sans doute prendre ce liquide pour du sperme en simulant une pollution.
La circulation du sperme, en se dirigeant ainsi de bas en haut, contre les lois de la pesanteur et avec les obstacles qu'il rencontre dans les flexuosités, les sinuosités étroites qu'il doit parcourir, ne peut donc s'effectuer qu'avec uue extrême lenteur, dans cette première partie de son trajet. Elle ne saurait dès lors sufiire à la quantité qui en est émise séparément à chaque éjaculation, sans l'existence d'un réservoir où il s'accumule et se modifie profondément. La preuve en est offerte par l'espèce canine oij ce réservoir manque; ce qui l'oblige à rester forcément si longten^ps accouplée pour opérer la fécondation.
Les Vésicules séminales constituent ce réservoir. Ce sont deux petites poches membraneuses, aplaties, bosselées, inégales, pincées oblicjuement sous la vessie, auxquelles aboutit, de chaque côté, le canal déférent (|ui charrie le .sperme. En se séparant du cordon spermatique, soutien du testicule, dès son
ORGANES SÉMINIFÈRES. 303
entrée dans l'abdomen, ces canaux se diri^^ent en dedans, se rapprochant l'un de l'autre, et pénètrent dans chaque vésicule qui en forme ainsi comme le renflement ampuUaire.
Déposé dans ces petites vésicules, le sperme n'y séjourne pas simplement jusqu'à son expulsion ; il augmente de quantité et s'y modifie profondément, comme les observations de M. Gosselin sur l'homme l'ont démontré. Malgré l'oblitération du canal déférent avant sa pénétration dans les vésicules, notamment à la suite de l'épididymite, les éjaculations consécutives étaient aussi abondantes qu'auparavant et le liquide excrété avait la même consistance, la même couleur et la même odeur qu'à l'état normal. La seule différence au microscope était l'absence de spermatozoaires. La quantité de sperme fournie par le testicule est donc très minime, quoique la plus importante, puisqu'elle est caractérisée par les animalcules qui en sont la substance fécondante. Le liquide fourni par les vésicules n'en serait que le véhicule propre à la nutrition et au développement de ces animalcules.
Canaux éjacuîaleurs. Le liquide renfermé dans les vésicules séminales ne peut y rester sans inconvénient; il doit être éliminé au dehors. Un conduit très délié, de 2 à 3 centimètres de long, part à cet effet de chaque vésicule par un angle très aigu, empêchant le liquide de s'écouler spontanément. Ce sont les canaux destinés à lancer le sperme au dehors. Dirigés symétriquement en avant et accolés
l'un à l'autre,, ils vont s'ouvrir dans l'urèthre par un orifice oblong, après avoir traversé la glande prostate, placée sur leur trajet, et qui prend part ainsi à l'acte séminal.
La Prostate est un corps charnu, glanduleux, très dense, gros comme une noix, ayant la forme d'un cône tronqué, dont la base embrasse l'ouverture de la vessie, tandis que le sommet protège la partie de l'urèthre qui y fait suite. Deux autres petites glandes oblongues, grosses comme un pois chiche, sont aussi placées parallèlement en avant sur les côtés de l'urèthre. Chacune est pourvue d'un canal excréteur s'abouchant dans l'urèthre avec les douze ou quinze conduits semblables de la prostate. Un fluide visqueux, jaunâtre et comme huileux, sécrété par ces trois glandes, s'en échappe pendant l'érection pour lubrifier le canal de l'urèthre, le préserver de l'acidité de l'urine et servir de véhicule au sperme.
Toutes ces parties concourent essentiellement à l'acte séminal et c'est une grande erreur de l'attribuer exclusivement aux testicules. Ceux-ci sont essentiels et indispensables, sans doute, et le meilleur témoignage de virilité et de force, puisque tout le reste, sans eux, est et reste nul pour la lécondation. Mais que le libre cours de la semence fécondante qu'ils sécrètent soit entravé, suspendu, arrêté par un obstacle quelconque dans les étroits défilés qu'elle parcourt, et, malgré leur présence, la stérilité
ORGANES SÈMINIFÈRES. 30»
n'en sera pas moins fatale. Toutes ces parties se relient donc dans une étroite solidarité et c'est par ce mécanisme compliqué que, sous l'influence de l'érétliisme général produit par la copulation, — toutes les puissances nerveuses et musculaires de cet appareil entrant simultanément en action, les muscles bulbo-caverneux entre autres, — le sperme s'échappe au dehors, par saccades, avec le sentiment vif, profond et retentissant qui en fait la plus douce jouissance.
Trois fonctions distinctes, séparées, sont donc indispensables à la virilité masculine pour être féconde. Dans la première, le sperme se forme dans les testicules ; sécrétion toute passive et involontaire comme celle de la salive et des larmes, mais qui est aussi provoquée, activée, augmentée par tous ses stimulants naturels. Le spcrmt formé est ensuite mis en réserve; c'esL la fonction de conservation dans laquelle il acquiert toutes ses propriétés técondantes. La troisième est la jjrojection du sperme au dehors: c'est la fonction d'émission dont la rapidité, l'instantanéité et la force constituent l'éjaculation. Il suflit que l'une on l'autre du ces trois étapes du sperme dans son cours soil incoUiplète ou altérée, depuis sa sécrétion jusqu'à scn émission, pour que ce fluide n'ait plus ses propriétés et que la stérilité de l'homme s'ensuive.
Toutes les maladies et les altérations des testicules et leurs annexes sont les principales causes de la stérilité en diminuant la quantité du sperme et en en ?.'ié( . ' ia qurilxié. Les excès de coït et de k
masturbation en provoquent surtout l'irritation e l'inflammation qui appauvrissent le sperme et diminuent sa consistance. D'oîi la spermatorrhée, perte passive et involontaire du sperme, qui rend l'homme, doublement stérile et impuissant.
En effet, la faiblesse et l'atonie qui accompagnent ordinairement celte maladie déterminent la paralysie des muscles éjaculateurs et leur enlèvent, en même temps que la propriété fécondante du sperme, la faculté de l'éjaculer.
Ces altérations spermatiques se rencontrent dans la puberté prématurée comme à l'âge sénile. Les suppurations prolongées d'abcès ou de fistules et la syphilis surtout y donnent lieu, ainsi que d'autres maladies constitutionnelles. Elles succèdent aux affections mentales dépressives : la mélancolie, la manie, l'hypochondrie, I3 priapisme et le satyriasis ; aux excès de travail mental, comme à la convalescence des maladies aiguës, longues et prolongées. Par un effet diamétralement opposé, la continence absolue augmente la consistance du sperme et favorise sa rétention dans les vésicules séminales. Elle peut l'épaissir au point de former des concrétions solides, appelées sympexions, qui font obstacle ensuite à son excrétion par l'oblitération du canal éjaculateur. De là des douleurs insupportables et la nécessité d'opérations graves, comme nous en cite rons des exemples à VHijgiène de la génération.
Toutes les maladies de la prostate, son atrophie surtout, qui en empêche ou en trouble la sécrétion, peuvent aussi être des causes de stérilité, car l'hu-
ORGANES SÉMINIFÈRES 307
meur prostatique, qui sert de véhicuie aux zoospermes, étant diminuée ou nulle, la vertr. fécondante du sperme est détruite. Krauss de Vienne prétend que le sperme ne devient coloré, odorant, alca lin et coagulable qu'après sou passage à travers cette glande par le fluide prostatique spécial qu'elle transmet en passant. Sans cette addition, les spermatozoaires des mammifères ne peuvent vivre dans la matrice, tandis que, par son aide, ils gardent leur vitalité pendant trente-six à quarante heures dans cette cavité.
Le Sperme, appelé aussi semence, liqueur spermatique ou séminale, est un liquide blanchâtre, visqueux, épais et filant, d'une odeur fade, spéciale, rappelant celle de l'eau de javelle et de la fleur de châtaignier. Aussitôt émis, il se divise en deux parties distinctes : l'une liquide, transparente, et l'autre plus épaisse, grumeleuse et filamenteuse, d'autant plus abondante que l'individu est plus robuste et que ses émissions sont plus rares. Laissé en repos à l'air, ce mélange se fluidifie et se détruit rapidement.
Sa composition varie suivant les divers points de son parcours où il est recueilli et examiné. Alcalin et albumineux lors de sou émission, il se coagule par la chaleur et les acides, mélangé qu'il est avec le liquide des glandes rencontré sur son trajet.
On a admis longtemps la présence d'un gaz spécial, Vaura seminalis, auquel on attribuait la propriété fécondante. Spallanzani, n'ayant jamais pu obtenir
la fécondation, chez différentes espèces animales, sans le contact immédiat du sperme, en a rejeté, nié l'existence. A moins de faire consister cet aura dans l'odeur spéciale et pénétrante qui s'en dégage, il faut placer cette propriété fécondante dans l'une de ses parties constituantes ou dans toutes à la l'ois.
Au microscope, on aperçoit, dans le liquide qui en forme la plus grande partie, des globules muqueux, des granules élémentaires et des corpuscules filiformes doués de mouvements, appelés spermatozoïdes ^zoospermes, animalcules spermatiques ^ etc. Un jeune étudiant allemand, Louis Hamm, en fît la découverte en 1677, et Leuwenhœck, qui les vit, les étudia ensuite. De nombreuses recherches expérimentales, faites depuis avec des instruments perfectionnés, ont permis de constater qu'ils fourmillent dans le sperme de tous les animaux à l'époque du rut, avec des caractères particuliers suivant les espèces, et n'apparaissent chez l'homme qu'à l'âge de la puberté. Ils présentent ainsi une partie renflée, formant le corps ou la tête, et un fîlament en forme de queue, beaucoup plus effilée que chez le têtard naissant. Invisibles à l'œil nu, ils apparaissent à un grossissement de 3 à 40Ô diamètres, d'une longueur d'un vingtième de millimètre, avec des mouvements vifs, exécutés par la queue qui ondule. Sans direction déterminée, ils vont et viennent en tous sens, se heurtent et se croisent, déplacent des globules dix fois plus gros qu'eux, et parcourent ainsi un espace de deux ccr.'.imètr -. en se^'t à huit
ORGANES SEMINIFERES
DÉVRLOPPFMENT DES SPERSIATOZO.VIUES.
^ Globules rudimcxitnires.
Ampoule contenant les globules originaires.
Formation progressive
Spermatozoairs? roulés.
ft
5 îi
Spermatozoaires redressés.
Spermatozoaires microscopiques se mouvant dans une goutte de^ sperme.
Spermatozoaires di' l'homme.
Spermatozoaires du cheval.
Spermatozoaires du cheval.
3/t> LA GÉNÉRATION.
minutes. Ces mouvements persistent pendant plusieurs heures et même un jour entier à l'examen, mais il diminuent sous l'influence du froid, de la chaleur ou du dessèchement. Une décharge électrique, les acides, les narcotiques, les font cesser rapidement, tandis que le mucus, la Sidive, le lait, le pus, l'urine, sont sans effet sur eux. Au contraire, ils persistent bien plus longtemps dans les organes génitaux de la femme et le liquide qui les lubrifie. Plusieurs observateurs en ont acquis la certitude en examinant le sperme trouvé dans le vagin, l'utérus et même les trompes, plusieurs jours après qu'il y avait été naturellement introduit. Prévost et Dumas ont vu les zoospermes s'agitant encore dans les trompes d'une chienne, huit jours après l'accouchement, et Bischoff dans celles des lapines.
A l'état primitif, ces animalcules microscopiques sont simplement constitués par une ampoule ou vésicule ne renfermant que de très petits globules, depuis deux jusqu'à vingt, sans rien autre chose. Ils représentent ainsi Vaura ou les esprits d'autrefois. C'est seulement en s'accroissant que un ou plusieurs points se distinguent comme les rudiments des zoosperraes. Us se développent renfermés dans l'ampoule et roulés sur eux-mêmes, jusqu'à ce que, l'enveloppe se rompant, ils se redressent, tenus ensemble comme un faisceau régulier, toutes les têtes tournées du même côté. Ils sortent du testicule dans cet état, et parcourent les canaux déliés qui en émergent pour se rendre dans les vésicules séminales où ils se dissocient.
ORGANES SEMINIFERES. 311
Tels sont les animalcules dont on fait aujourd'hui les agents essentiels de la fécondation. Pour les naturalistes, ils sont les rudiments de l'espèce humaine, de véritables hommes en miniature, suivant Buffon. Leur origine primitive est indubitablement dans le testicule, puisqu'on les a vus augmenter graduellement de densité, de dimension, d'énergie et même de quantité, depuis l'endroit où ils s'y rencontrent jusqu'à leur émission. M. Gosselin a constaté aussi leur rareté depuis le testicule jusqu'à l'épididyme, dans l'état normal, tandis qu'ils sont très nombreux dans les vésicules séminales; ils y font défaut, au contraire, quand, à la suite de certaines orchites graves, les canaux épididymaires, placés au-dessou«i, sont oblitérés.
L'animalité indépendante de ces organismes est néanmoins encore vivement controversée. Quelques naturalistes n'y voient que de petits tubes renfermant le vrai sperme, dont la rupture serait provoquée par leurs mouvements. Depuis que la théorie cellulaire, venue d'Allemagne, a remplacé partout celle de la génération spontanée et que l'on veut, en tout, arriver en dernière analyse à cet élément microscopique, en vertu de la formule : Omnis cellula ex cellula, on en a fait aussi de simples cellules embryonnaires, distinctes les unes des autres, qui, en se séparant, se segmentant, iraient s'unir par endosmose aux cellules analogues de l'ovule femelle en les fécondant.
M. Ch. Robin, le représentant français le plus autorisé de cette doctrine allemande, ne pouvant en
faire la démonstration ni sur l'homme, ni sur les grands mammileres qui s'eA rapprochent le plus, est allé en chercher la preuve sur les méduses ou orties de mer, simples zoophyles gélatineux, de forme circulaire, qui flottent sur les eaux et dont les organes génitaux sont des plus rudimentaires. {Acad. des sciences, 1848.) Concluant de ces iidiniment petits aux zoospermes humains et à tous ceux de l'échelle animale, qu'il réduit à de simples cellules embryonnaires, il compare leur queue ondulante au développement des cils vibratilesdes cellules épithéliales et à leurs mouvements involontaires observés dans tout protoplasma de matière vivante, sinon à ceux des molécules du pollen qui féconde les fleurs.
A défaut d'avoir pu vérifier, contrôler celte assertion sur les méduses, les micrographes n'ont pas contredit le fait signale. Mais tous ont pu observer une grande différence entre les spermatozoaires figurés et les cils vibratiles des cellules végétales et animales. On ne peut les confondre. La question de la génération n'est donc pas encore résolue sous ce rapport. Le mystère persiste, d'autant plus que cee animalcules ont été rencontrés chez des vieillards d< 86 ans par M. Duplay en 1852, et qu'ils se mon trent en plus grand nombre, sinon exclusivement, dans les vésicules séminales.
Spermatogénèse. Tout en admettant la formation des spermatozoaires par une cellule, comme les anciens physiologistes, les moJernes en diffèrent en
SPERMATOGÉNÈSii:. 313
lui accordant une forme et un rôle spéciaux, d'après les récentes constatations de Pouchet, Balbiani, Rouget et de Lavalette Saint-Georges. Cette cellule aurait la forme d'un chandelier, d'une pyramide avec les spermatozoaires adhérents au sommet. Tel serait le nouveau spermatoblaste supportant une grappe de ces animalcules. C'est la théorie exogène ou par scissiparité à laquelle la plupart des physiologistes se rallient actuellement. {Spermatogénèse et fécondation, par le docteur Planteau^ 1880.)
En examinant les tubes séminifères avec les plus puissants microscopes, le docteur H. Gibbes n'a constaté qu'une membrane propre, pourvue d'un enduthélium nucléaire où se distinguent en petit nombre des cellules sj)éciales qu'il appelle germinatives. Leurvolume est supérieur à toutes les autres, avec un noyau ovale transparent et une enveloppe distincte avec des opacités formant les nucléoles. Les cellules-mères ont un noyau arrondi contenant un épais réseau particulier qui se divise en parcelles étoilées donnant lieu aux cellules-filles plus petites que les précédentes. Elles se rencontrent dans la lumière des tubes séminifères sous forme de saillies ou plutôt de bourgeons qui, en s'allongeant progressivement d'un côté, constituent le corps des spermatozoïdes, tandis que le noyau en forme la têle.
Des investigations ont fait découvrir au même auteur un filament spiroïde à l'intérieur de ces animalcules provenant du rat, de l'axolotl, du pigeon, de l'oie, de la limace et notamment des sangsues. Une grande variation de longueur a aussi été
constatée sur les sperinatozoaires de l'homme et il a même rencontré des têtes sans queue ; observations confirmées par le docteur Jensen, de Bergen, et le professeur Fleming, de Kiel. D'où la suggestion que ces dil'férences morphologiques peuvent avoir une certaine influence sur la fécondité. Ces spermatozoaires sans queue peuvent bien être impropres à féconder l'ovule et ce pouvoir augmente avec leur taille et leurs mouvements.
Mais toutes ces constatations microscopiques, faites gur des animaux inférieurs, en faisant naître par assimilation et induction les spermatozoaires indispensables à la fécondation humaine, d'une cellule spéciale des tubes séminifères, ne résolvent pas la question fondamentale. Le sperme étant sécrété dans ces mêmes tubes, sans que l'on en connaisse les glandes spéciales, on n'est guère plus avancé qu'autrefois en disant : Tout Tiiomme est dans le sperme. Il Y a, en effet, confusion entre sa formation et celle de ces petits aniinalcules, (jui sont en définitive la source jusqu'ici la plus certaine de la vie humaine par leur action fécondante sur l'ovule femelle.
Spermatose. L'importance du sperme se démontre par ce fait que la moindre parcelle contient la vie en puissance et peut la communiquer. De là l'augmentation de force et d'énergie que sa présence, sa sécrétion, communiquent à l'organisme, de même que ses pertes réitérées énervent et fatiguent rapi- •lement le corps. La sécrétion et l'émission forcées du fluide séminal sont ainsi essentiellement préju-
SPERMATOSE. 315
diciables à l'économie. La perte de 30 grammes équivaut à celle de 1200 grammes de sang. Sa formation empêche celle de la graisse, et de là la maigreur rapide et la détérioration organique considérable qui suit la prodigalité spermatique.
« Tout l'homme est dans le sperme », disaitFernel. Sa permanence dans ses réservoirs communique un degré de vigueur à l'organisme, proportionné à la durée de la continence. Sa résorption soutient et accroît la force vitale. Ce qui donne la vie sert aussi à la conserver. La révolution opérée dans l'organisme lors de la puberté, la castration des animaux, la débilité et l'imperfection organiques des eunuques, des castrats, en sont les preuves.
La spermatose ou sécrétion du sperme s'opère d'une manière latente, insensible, comme celle de la salive et des larmes. Elle est surtout comparable à celles-ci en raison de sa rareté ; et s'il est vrai que l'amour fasse souvent verser des larmes, les causes en sont pourtant tout opposées. Le chagrin, le désespoir, la jalousie, font couler celles-ci, tandis que la satisfaction de tous les sens, la joie, le bonheur sont indispensables à celle-là. Comme ce qu'il y a de plus subtil dans le chêne se rassemble dans le gland, cette sécrétion forme l'extrait, la quintessence organique. Elle est spécialement provoquée, excitée, augmentée par toutes les causes retentissant sur le sens génésique et dont l'effet perceptible est l'érection. L'amour en est le spécifique, le piment.
Elle a cependant des limites physiologiques très étroites, dans sa d'irée, sa quantité et sa qualité,
au delà desquelles ce fluide manque ou n'a plus la consistance ni les éléments nécessaires à sa fonction. L'int'ccondilé assez IVéquente des nouveaux mariés, pendant les premiers mois de leur union, dépend ainsi bien plutôt d'un sperme trop fluide, mal élaboré, ne contenant que des animalcules imparfaits, par la répétition trop fréquente du coït, que de l'imagination exaltée et de l'ardeur frénétique qui accompagne les premières caresses conjugales, auxquelles on l'a attribuée.
De même que l'organisme entier vit, agit et fonctionne par la rénovation incessante de ses principes constituants, chaque organe particulier ne peut s'entretenir et s'accroître qu'en lui empruntant les matériaux nécessaires à sa fonction spéciale. Or, la sécrétion séminale se formant directement du sang de l'artère sj)ermatique, son entretien régulier est subordonné au bon état de la circulation générale, à une composition normale du sang. Que celle-ci soit diminuée, altérée par l'âge, la maladie, le jeune, la misère, et la sécrétion spermatiqueen subira l'influence la plus sensible, en raison même de son exiguïté et de sa rareté. Excités par le système nerveux, les désirs pourront bien se manifester et, en faisant affluer le sang vers les organes génitaux, sui'fire momentaném.ent aux besoins de cette sécrétion, mais, on le comprend, c'est toujours au plus grand détriment de la force et de la santé. De là l'amaigrissement et la faiblesse résultant de la surexcitation de cette fonction.
Son absence, Vagénésie ou aspermatistne, déter-
SPERMATOSE. 317
mine la stérilité absolue de l'homme. Elle est heureusement fort rare et le résultat ordinaire de la castration. La suppression de l'organe entraîne naturellement celle de la fonction. Privés ainsi de leurs testicules, les eunuques sont fatalement stériles et ne peuvent procréer, sans être toujours impuissants; c'est pourquoi on enlève même le pénis à ceux qui sont chargés de surveiller les femmes des harems o
Mais il suffit que cette fonction soit dérangée, entravée par les lésions, les troubles, les altérations, les maladies des testicules et leurs conduits, pour être anéantie. L'atrophie ou diminution du testicule, souvent consécutive aux oreillons chez les jeunes gens, comme sa rétention dans l'abdomen et sa dégénérescence cancéreuse ou tuberculeuse, entraînent leur infécondité absolue. L'altération de la partie albumineuse et mucilagineuse du sperme détermine l'absence ou l'inertie des animalcules, comme l'analyse chimique et l'examen au microscope l'ont démontré. La fécondation est ainsi rendue impossible; le malade est stérile sans être impuissant.
Les obstacles à la circulation du sperme, dans ses conduits si fins et déliés, par les lésions, les maladies des vésicules séminales et des canaux éjaculateurs, en sont une autre cause fréquente. Ils résultent ordinairement des maladies vénériennes auxquelles les jeunes gens s'exposent avec tant d'insouciance, comme la blennorrhagie ou chaudepisse. Qu'un rétrécissement du canal persiste et s'ag-
518 LA GENËRATiOM.
grave, que rinflammation de l'épididynie ou orchile s'ensuive, comme c'est si souvent le cas, et surtout l'induration consécutive, et voilà autant de causes absolues de stérilité, si les deux testicules sont atteints à la fois. Combien de maris jeunes et robustes, aptes à la copulation, sont ainsi stériles sans le savoir ! (V. Hygiène de la génération.)
La femme est pourvue d'organes fécondables assez analogues et ressemblants aux organes fécondateurs précédents, pour avoir été comparés ensemble et assimilés l'un à l'autre. On leur a attribué et disputé tour à tour le principal rôle, mais, malgré une certaine similitude de fonctions et de rapports, on va voir que ce rôle est tout différent, et que ceux-ci sont plus nombreux et compliqués que ceux-là, en raison de la part considérable de la femme dans l'œuvre de la génération.
Deux Ovaires correspondent aux testicules dans l'ordre organique et dans l'ordre fonctionnel. Ce sont deux corps glandulaires oblongs, aplatis comme l'amande ou la fève, enveloppés dans un repli du péritoine et flottant dans le bassin, un de chaque côté de la matrice à laquelle ils adhèrent par un pédicule, simulant le cordon. De là leur nom de testes muliebres, testicules féminins, qui leur a été donné par les anciens.
D'un rouge pâle, à surface lisse chez les femmes non fécondées, rugueuse chez celles qui sont deve-
OVOGÉNÈSE. 31S
nues mères, ces organes sont le siège des germes ou ovules servant à la fécondation. Vingt-cinq à trente de ces petits œufs se rencontrent en moyenne sur chaque ovaire, bien que ce nombre, très variable, puisse être moindre ou supérieur, sans rien de fixe à cet égard. La fécondité variable des femmes en est la conséquence.
Ces ovules sont renfermés dans de petits sacs ou vésicules transparentes, du volume d'un grain de chènevis ou de millet. On les appelle vésicules de Graaf, qui lésa découvertes le premier en 1671,^ peu de temps avant leurs similaires chez l'homme. Une enveloppe fermée, tout à fait homogène et incolore, en protège le contenu, comme la coque de l'œuf ordinaire. L'intérieur est rempli d'un liquide visqueux, rouge jaunâtre, désigné sous le nom de vitellus ou jaune, avec quelques rares et fines granulations moléculaires. Au centre se distingue à peine, à l'œil nu, un petit corps solide nageant dans le liquide. C'est l'ovule microscopique ou vésicule germinative qui, par la fécondation, développe l'embryon humain, comme les deux figures suivantes en donnent une idée exacte.
Ovogénèse ou formation de l'ovule. On a cru et admis tout d'abord et à priori que l'ovule était une simple dépendance de l'ovaire se développant aux aîoens de cet organe. Les histologistes allemands ont montn>, au contraire, qu'ils se développaient simultanément. Comme le plus important, l'ovule préexisterait même > l'ovaire, qui n'en serait que le
contenant, le substratum. Waldeyer dit quels noyau ou vésicule germinative apparaît le premier sous forme de chapelet. Mais les recherches récentes du docteur Cadiat, examinant au microscope de nombreux embryons de lapins, chiens, moutons, depuis la fécondation jusqu'à la naissance, ont modifié cette mterpiétation. Jamais il n'a rencontré l'ovule figuré sur les embryons peu avancés dans leur développement. Au lieu de la couche ovigène, uniforme et continue d'épithclium cylindrique qui recouvre
Ovule,
Ovule extrait de sa vésicule avee son enveloppe et sa tache ger- Vésicule ovarienne» minative.
l'ovaire à l'état adulte, cette enveloppe est partielle, irrcgulière, à peine distincte et variable chez les divers embryons; o^Q est constituée par des cellules à bords nets, foncés, sphériques, dont le volume varie suivant l'époque où on les examine. Ce sont les ovoblastes ou cellules spéciales, qui par leur développement produisent les ovules, comme les spermatozoaires naissent des spermatoblastes. L'origine des deux germes màie et lemelle est absolument identique.
OVOGÉNÈSE. 32i
Ces cellules ovigènes sont pourvues de prolongjsments ou queues, formés de cellules épithéliales accumulées en forme de chapelets qui, en s'enfonçant plus ou moins profondément dans la trame de l'ovaire, servent d'intermédiaire à leur développement. Ces chapelets puisent dans cet organe tous les maté riaux nécessaires à la constitution des ovoblastes et leur transmettent, jusqu'à leur formation complète en vésicules de Graaf. {Journ. de Vanatomie et la physiologie, n" 1, 1881.)
Bipulsion de Tovule de la Tésicule (Xrtrienne.
Vésicule genni- " 7^%°° o° o '* i__ Enveloppe de U
native. - '!r°=o oo"! | vésicule.
Ovule.
L'ovule préexiste ainsi à la puberté. Il a été constaté par divers naturalistes chez de jeunes femelles de vertébrés et de mammifères, et plusieurs médecins ont confirmé le fait sur les ovaires de petites filles mortes peu après la naissance. L'apparition du sang à la vulve sous forme de règles, chez des enfants au maillot, comme des exemples en ont été observés, en serait la conséquence. Une petite fille morte à trois ans d'une bronchite, avait un écoulement sanguin vaginal régulièrement toutes les quatre semaines depuis l'âge d'un an. A l'autopsie, l'u-
térus était plus développé que chez l'enfant et les ovaires étaient aussi volumineux qu'à l'époque de la puberté. La fécondation d'autres enfants de huit à neuf ans, sans être réglées, confirme encore cette interprétation du développement précoce de l'ovule. Dès l'âge de quatre à cinq ans, les vésicules sont en effet assez injectées pour avoir le volume d'un grain de coriandre ou un petit grain de raisitj à la forme sphéroïde, d'un 15" à un 20* de millimètre de diamètre.
Très petites et comme ensevelies dans le tissu même de l'ovaire, les vésicules de de Graaf s'arrêtent d'abord à ce premier degré de développement pendant que d'autres se forment successivement. Elles se dirigent ainsi graduellement du centre de l'ovaire à sa périphérie et apparaissent enfin à sa surface, sans s'isoler ni se pédiculiser comme chez l'oiseau. La partie saillante s'amincit, devient transparente, et, arrivées au terme de leur accroissement ou de leur maturité, ces vésicules se rompent, sous l'influence de l'excitation provoquée, soit par la maturité de l'œuf, soit par le rapprochement des sexes. Elles se déchirent enfin dans le point le plus saillant, comme l'abcès qui s'ouvre spontanément sous l'influence du pus qu'il contient ; les parois se rétractent ensuite avec force et expriment l'ovule avec tout le liquide qui l'entourait. Tel est l'acte ovarien, le mécanisme de l'ovulation figurée ci-dessus.
Ovulation. La découverte de petites vésicules ou ovules, laite sur les ovaires par de Graaf, fut l'un
des principaux e'claircissements du mystère de la génération humaine. Elle équivaut à celle des animal- . cules dans le sperme et en est la contre-épreuve confirmative. Assimilés jusque-là aux testicules, les ovaires étaient considérés comme sécrétant un liquide séminal analogue, dont l'action naturelle ne pouvait expliquer le phénomène de la génération, d'après les lois observées sur les animaux inférieurs. De là tant de théories surnaturelles et erronées où l'inconnu, le mystère et le miracle avaient la plus grande part. Les esprits avaient libre carrière et ne manquèrent pas de s'exercer à ce sujet.
Harvey, le glorieux initiateur de la circulation du sang, s'étant livré à un massacre savant des biches et des daines dans les parcs royaux d'Angleterre pour étudier ce sujet, formula le premier l'axiome : Omne viviim ab ovo : Tout ce qui vit vient de l'œuf. C'était la révélation nouvelle, confirmée parla découverte de deGraafdans l'espèce humaine. Les oiseaux en étaient le plus frappant exemple ; mais les autres vertébrés et surtout les grands mammifères furent bientôt reconnus être également soumis, comme l'homme même, à cette loi naturelle de provenir d'un simple ovule. L'assimilation put paraître dégradante, sa réalité montra une fois de plus que les lois immuables de la nature sont au-dessus des conceptions humaines et ne changent ni ne varient pas comme elles.
L'ovulation est donc la fonction spéciale de l'ovaire. Après avoir produit ces ovules, il les nourrit jusqu'à leur accroissement complet, suivant les lois
524 LA GÈNÉRATIOM.
de l'organisme. Arrivés à maturité, ceux-ci s'en détachent par le mécanisme décrit plus haut, et tombent, comme le fruit mûr se détache de l'arbre. Elle correspond ainsi à la sortie du sperme du testicule, avec cette différence qu'elle s'effectue périodiquement, tous les mois environ, sou? forme d'un écoulement sanguin. C'est la m.enstruation.
Van Beneden a constaté que l'ovulation, chez les mammifères, ne coïncide pas avec le rut. Elle peut être spontanée, mais le coït en est l'une des causes déterminantes. De nombreuses expériences lui ont montré que l'introduction des spermatozoaires n'est pas nécessaire à cet effet. C'est l'excitation des organes génitaux externes pendant l'orgasme vénérien qui amène, par voie réflexe, la rupture des follicules permettant à l'ovule inclus d'être fécondé directement par les spermatozoaires. Afin de faire comprendre les pérégrinations de ce germe humain vers sa destination définitive ckèz la femme, comme nous l'avons fait pour l'homme, il faut décrire préalablement les organes accessoires servant à son cours.
Trompes. Ce sont deux canaux étroits, gros comme une plume d'oie, de 10 à 12 centimètres de long, qui naissent des deux angles supérieurs et opposés de la matrice. Chacun se dirige de dedans en dehors vers l'ovaire adjacent où leur extrémité libre, évasée et frangée en forme de pavillon, les couvre et les coiffe pour ainsi dire. Une ou deux de ces
languettes adhèrent même à l'ovaire et s'appliquent dessus pour en aspirer l'ovule et le conduire dans la .c.strice.
^ es recherches microscopiques d'anatomie comparée sur la grenouille ont conduit le professeur M. Duval à modifier cette interprétation du plus important phénomène de la génération. Ayant observé, an laboratoire de physiologie, le pavillon de la trompe fixé en haut par des ligaments, au niveau du cœur, chez la grenouille comme chez beaucoup d'autres animaux, il en conclut qu'il ne peut venir coiffer l'ovaire. Et en examinant les femelles à l'époque du rut, qui a lieu en mars, il a constaté effectivement, sur la paroi antérieure du péritoine, des traînées de cellules à cilsvibratiles, mobiles, qui semblent transporter les ovules détachés de l'ovaire vers la trompe. De la poudre de charbon, déposée sur ces cellules, est en effet entraînée vers l'orifice des trompes, sans que rien de semblable se manifeste chez le mâle.
La présence de ces cils vibratiies péritonéaux ne s'observant en abondance qu'au moment de l'accouplement, l'auteur se demande s'il ne s'en développerait pas de même chez la femme à chaque menstruation ou ovulation, pour diriger l'ovule, sorti en bavant de la vésicule de Graaf, dans le pavillon de la trompe. Cette probabilité est très admissible, Walr deyer ayant déjà observé des cils vibratiies sur le ligament tubo-ovarique et la menstruation s'accomp a gnaiitdemues épithéliales dans l'utérus. Des femme» opérées de kystes de l'ovaire ont aussi présenté un épithélium cylindrique à cils vibratiies abondant au
voisinage des trompes et sur des tumeurs des ligaments larges. On a même observé la migration d'un ovule d'une trompe à l'autre, chez la femelle du cobaye. {Soc. de biologie, 13 mars 1880.)
Puisque la trompe n'est pas fixée, attachée chez la femme ni les grands mammifères, comme chez la grenouille et d'autres animaux inférieurs ; que le pavillon et ses franges sont flottants, au contraire, au point que l'une de celles-ci s'applique sur l'ovaire, comme nousl'avons figuré, pourquoi vouloir assimiler
la fonction au même mécanisme et conclure ainsi des plus petits aux plus grands ! C'est l'abus du microscope et la prétention exagérée des ministres exclusifs de cet admirable instrument de vouloir tout abaisser, niveler à son éclairage artificiel, et de ne proclamer vrai que les résultats de ses grossissements. Étrange erreur des nouveaux systèmes qui soumettent tout à son examen.
Une grande ressemblance de forme et une analogie probable de fonction existent, comme on voit, entre cette extrémité ouverte, étalée, aspirantet retenant l'ovule, et les vésicules séminales chezl'homme. C'est là que les zoospermes, sécrétés par les testicules, restent, séjournent pendant un temps inappréciable, pour y subir sans doute le développement, les modifications et peut-être la multiplication nécessaires à l'acte de la fécondation. C'est le point intermédiaire entre la formation de ces principes, ces éléments de vie, et leur mise en action. Leur mtégrité a donc une importance décisive sur la fécondité des deux sexes, car il est encore permis de dou-
' ter que ces éléments soient fécondants et fécondables avant de le franchir.
Une lésion grave et presque inconnue de cet organe a été découverte par la mort de la célèbre et sympathique artiste, miss Neilson, décédée à Paris au mois d'août 1879. C'est la rupture spontanée des veines variqueuses de la trompe gauche ayant déterminé une hémorrhagie interne rapidement fatale. Des douleurs violentes dans le bassin, que rien ne put calmer, avec vomissements, pouls insensible, furent les seuls signes observés, suivis en quelques heures d'une syncope mortelle. L'autopsie, pratiquée par le professeur de médecine légale à la Faculté, montra ce fait extraordinaire et des plus rares, d'un épanchement considérable de sang dans le péritoine correspondant à la rupture de quatre à cinq millimètres de diamètre de la veine variqueuse de la trompe de Fallope. C'est un accident dont il faudra tenir compte à l'avenir.
Utérus ou Matrice. C'est l'organe servant d'intermédiaire entre les deux sexes pour réaliser la fécondation. Si la copulation est possible sans lui, elle est toujours frustre au point de vue de la génération, car alors la fécondation et la menstruation, qui en sont les deux conditions indispensables, deviennent impossibles. Malgré son rôle spécial, qui est de servir à l'incubation et la gestation du produit de la conception, la description en est nécessaire pour l'intelligence de ces deux fonctions.
Creux et de la forme d'une poire renversée ou d'un
ballon allongé, un peu aplati d'avant en arrière, Tu- * térus est placé dans la cavité du bassin, à l'extrémité supérieure du vagin, auquel il l'ait suite. Ilestenvironné d'autres organes creux : la vessie en avant, le rectum en arrière. Sa grosse extrémité, arrondie et dirigée en haut, est recouverte par le» intes-
Oo'i ou ouverture —
de la matrk*^
Vuiiiu uuvevL
lins et fixée par des ligaments lâches et élastiques lu. permettant de s'élever et se développer selon les besoins, durant la grossesse. C'est là que s'ouvrent les orilices des trompes servant à condun-e l'ovule dans l'intérieur de la matrice où l'enfant se développe jusqu'à raccouchenicnt. Sa partie mferieure descend dans le v.gin, où elle s'ouvre par -me fente
transversale renflée, appelée col. Emboîtés pour ainsi dire l'un dans l'autre, ces deux conduits n'en font qu'un pour donner passage au liquide fécondant, comme aux règles ou menstrues et au produit de la conception.
Composée de fibres musculaires très serrées et contractiles, la matrice sert à la fois de réceptacle commun aux deux éléments principaux de la vie humaine : les zoospermes et les ovules, ensemble ou séparément. Sans prendre une part active, directe, à la fécondation, elle est le siège du rendez-vous de «es éléments. Elle aspire, retient ou livre passage aux premiers, et est l'aboutissant forcé des seconds. A l'état frustre, c'est pour les expulser aussitôt avec l'écoulement sanguin qu'ils provoquent dans sa cavité ; fécondés, ils y séjournent pour subir leur développement complet et former le nouvel être. C'est ainsi l'organe le plus important dans la vie de la femme, l'un des pôles de son organisation. Toutes ses sympathies organiques y aboutissent, comme ses affectionB physiques et morales. L'utérus fait la femme ; elle est tout entière dans l'utérus, a dit Hippocrate, comme l'homme est en entier dans le sperme, d'après Fernel.
Indispensable à la reproduction dont elle est le centre, comme l'estomac est celui de la conservation, la matrice doit être étudiée surtout dans sa fonction principale : la menstruation. Son intégrité est aussi essentielle à la génération que celle des organes mêmes de la fécondation. De là l'utilité de sa description.
330 I.A GÈNÉIIATIOM.
Menstruation.
Écoulement sanguin mensuel, telle est la signification de ce mot. C'est une fonction spéciale et distincte de la femme, le signe précieux de sa fécondité. Elle commence ainsi avec la puberté, dont elle est la caractéristique, se suspend pendant la grossesse et l'allaitement, et cesse définitivement à l'âge mûr, soit de quarante à cinquante ans dans nos climats.
Des exceptions se montrent parfois. On a observé des menstruations excessivement hâtives et très retardées, de même qu'elle persiste durant les premiers mois de la grossesse et reparaît après quelques mois d'aliaitement. Ce sont là des accidents, des anomalies si rares qu'elles confirment simplement la règle. Au lieu de revenir régulièrement tous les mois, comme d'habitude, elle apparaît tous les quinze jours ou trois semaines, d'autres fois tous les deux ou trois mois. Ce sont de simples exagérations, des avances ou des retards de quelques jours, résultant le plus souvent des variations inhérentes à la vie et aux occupations de la femme, à ses imprudences, ses émotions, son tempérament ou ses passions. Néanmoins, ces dérangements, ces irrégularités sont en général aussi préjudiciables à sa santé qu'à sa fécondité.
Le siège de la menstruation est évidemment dans la matrice, d'où le sang sort par exhalation, comme dans les épistaxis ou saignements de nez. La congés-
tion ou turgescence de cet organe s'annonce périodiquement, à chaque époque, par des coliques, des maux de reins, des pesanteurs et des douleurs locales qui en indiquent assez le siège, sans compter les autres signes généraux, déjà notés à Puberté.
S'il y a des menstruations précoces, comme on l'a vu, il y en a aussi de tardives et même de frustres. Tous les signes habituels de cette hémorrhagie se manifestent parfois, moins l'écoulement du sang qui en est le principal. Tels sont les cas d'absence ou de suppression accidentelle de cet écoulement. Les autres signes en sont d'autant plus graves et douloureux que celui-là manque.
Le sang ainsi excrété n'est ni vénéneux ni malfaisant, comme des croyances superstitieuses l'ont fait enseigner. Sa fétidité, sa décomposition, sa pu-' tréfaction même, quand elle existe, est due à sa rétention dans les organes et à la chaleur qui y règne, mais surtout à la malpropreté. Sa viscosité résulte de son mélange avecle mucus vaginal, toujours plus abondant alors. Son examen au microscope y a fait constater de nombreux globules, comme dans le sang normal. Il est donc pur, inodore et sans nocuité,' quand les femmes n'épargnent pas les linges ni les^ soins de propreté.
Comment en expliquer dès lors la périodicitéT' Dans l'ignorance où étaient les anciens de l'acte ovarien ou ovulation, ils l'attribuaient aux phases delà lune. Un rêveur allemand, le docteur Stœber,'
«'est même encore rencontré récemment pour donner, d'après l'examen d'un grand nombre de femmes, une créance en apparence scientifique à cette Tieille doctrine astrologique du temps d'Aristote. Bien d'autres ont servi tour à tour à l'expliquer aussi empiriquement. On l'a rapportée à la surabondance générale du sang, à la pléthore de la matrice et surtout à l'excès de carbone et d'azote. Ce fut pour d'autres un simple effet mécanique de sa pesanteur et de la station bipède ; pour ceux-ci un ferment ; pour ceux-là un molimen spécial. Emmett, en particulier, n'y vit qu'une érection de l'utérus, et Lecat, une phlogose amoureuse. Roussel a même été jusqu'à s'inscrire contre le témoignage de Moïse et d'Hippocrate, en admettant que cette fonction n'avait pas toujours existé et n'était que l'effet d'un régime trop succulent transmis par l'habitude.
Ces suppositions ne pouvaient conduire à la vérité. Le sang menstruel venant directement de la matrice, on n'en cherchait la cause que là. Son absence pendant la grossesse et l'allaitement fit ainsi admettre qu'il servait à l'alimentation de l'enfant. C'était logique et séduisant. Mais les accoucheurs Dugès et Mme Boivin, en rencontrant l'utéras sans ovaires à l'autopsie de femmes n'ayant jamais été réglées, et en observant que la menstruation avait cessé avec l'enièrement, l'excision de ces organes, en conclurent que l'influence sympathique de l'ovaire sur l'utérus en était la cause. C'était la confirmation de ce qu'avait dit Baudelocque auparavant, sans le démontrer : que la menstruation était un
avortement périodique. Dès 1835, Schweighseuser» en Allemagne, adoptait cette opinion, et Pouchet professait la doctrine de l'ovulation spontanée et périodique comme cause de la menstruation. Les faits ne manquèrent pas de confirmer bientôt cette nouvelle interprétation par l'examen des ovaires sur des femmes mortes avant, pendant et après leurs règles. On constata à la surface, soit le grossissement, l'hypertrophie de l'une des vésicules ou des petits œufs dont elles sont le siège, soit une tache blanchâtre ré-
taptan d'ans vécicule de de Graaf et Issue de l'ovule provoquant la menslruation.
Saillies
et
cicatrices
ovarieanes.
aultant de leur détachement, comme le montre la figure ci-dessus.
En se répétant partout et en tous pays, par les gynécoiogistes les plus autorisés : Coste, Bischoff, Raciborski et tant d'autres, la même démonstration ne tarda pas à répandre universellement cette doctrine, admise aujourd'hui sans conteste, que la menstruation est l'effet et la manifestation extérieure d'une rupture et la chute d'un ovule arrivé à sa maturité et non fécondé. C'est une ovulation
frustre, telle qu'elle est décrite et figurée plus haut; phénomène correspondant à l'émission si souvent inlruclueuse du sperme, aux éjaculations frustres si h'équenles de l'homme. En voici le mécanisme.
Par l'effet d'une excitation régulière ou d'une activité vitale périodique de l'appareil génital, l'une des vésicules ovariennes se gonlle, fait saillie à la surface et se rompt. L'ovule qu'elle contenait s'échappe, est saisi, aspiré par le pavillon de la trompe, et tombe dans son canal qu'il parcourt lentement et qui le conduit directement dans la matrice où il s'abouche. Arrivé là, à la suite de la turgescence, l'hypérémie ou la congestion du travail précédent, — accusé par la sécrétion et l'écoulement plus abondant d'un fluide muqueux, le malaise, les pesanteurs et les coliques locales, — il provoque l'écoulement du sang, pendant deux à cinq jours, et avec lequel il est expulsé.
La réalité de ce mécanisme est confirmée par ce qui se passe chez les animaux suivant leur espèce. Sanguinolent chez la guenon, cet écoulement est simplement muqueux chez d'autres. Un suintement périodique a aussi lieu par la vulve des mammifères en chaleur. C'est une simple turgescence chez quelques espèces inférieures, à l'époque du rut. La corrélation de ce phénomène est d'autant plus évidente avec la maturité des vésicules de Graaf, qu'il se manifeste seulement à l'époque de la fécondation. Avant comme après, on a constaté d'ailleurs, chez différentes espèces animales ovipares, les mêmes changements sur leurs ovaires que sur ceux de la femme.
C'est la démonstration expérimentale que chaque menstruation est une ovulation spontanée, une ponte mensuelle ou du moins périodique ; sorte de dérivation des forces plastiques qui, à défaut de la fécondation et de la grossesse, les compense en entretenant, par ces excitations périodiques, l'énergie des organes de la génération. Cette preuve se répète d'ailleurs tous les jours, sur la femme elle-même, depuis que l'ovariotomie, ou résection des ovaires, est entrée dans le domaine de la chirurgie. L'enlèvement complet de ces organes fait aussitôt cesser la menstruation. Dans l'Inde, où l'on fait subir la castration des ovaires aux femmes qui remplacent les eunuques mâles, la cessation immédiate des règles en est aussi la conséquence. Telle est la certitude de ce résultat, que, dès que la menstruation est la cause de troubles et d'accidents nerveux hystériformes, de douleurs, les chirurgiens américains excisent immédiatement l'ovaire pour y mettre fin. Les preuves sont donc surabondantes.
On objecte à cette doctrine la fréquence ou la rareté de cette fonction, son abondance ou sa modicité, ses irrégularités et ses déviations. Mais ce sont là de «impies exceptions dont la cause est souvent le genre de vie, l'habitation, la nourriture, les vêtements, une maladie locale, un état particulier du sang, qui fcnt prendre pour les règles des hémorrhagie» provoquées par l'excitation, les manœuvres, le rapprochement sexuel. Les femmes pauvres, mal nour-
ries, perdent ainsi généralement moins que celles qui vivent dans l'opulence et se nourrissent copieusement. De même, les femmes lascives et débauchées sont réglées plus fréquemment et en plus grande abondance que les femmes chastes et d'un tempérament froid. De là, la raison de ces différences.
L'écoulement périodique du sang, s'établissant en dehors de la matrice, est une déviation exceptionnelle, une sorte d'aberration de la nature. On a vu sourdre le sang du vagin chez des femmes pendant la grossesse, comme on a observé des femmes réglées par l'urèthre, le rectum, les voies pulmonaires, les mamelons ou tout autre endroit de la peau. Ces irrégularités, très rares, sont presque toujours l'effet de véritables états morbides.
La persistance momentanée des règles après l'enlèvement de la matrice et des ovaires, observée par le docteur Storer, ovariotomiste américain, est plus surprenante. Dix-huit jours après cette mutilation complète et vingt-six après la dernière époque, l'opérée eut encore ses règles. Le lambeau du col utérin, qui avait été conservé, en était le siège. C'était un suprême effort de la nature, semblable à la dernière oscillation d'un pendule, lorsque la force impulsive qui le mettait en mouvement a cessé d'exister.
Semblable fait s'est produit chez une opérée du docteur Tillaux, âgée de trente-cinq ans, soumise à l'examen de l'Académie de médecine au mois d'octobre 1879. Toute la pai'tie supérieure de la matrice avait été amputée pour un énorme corps fibreux
qui en remplissait l'intérieur. Le col seul avait été épargné, ainsi que les ovaires. Des traces de menstruation persistèrent dans ce moignon, ce qui n'a rien d'extraordinaire, puisque les ovaires existaient pour déterminer ce molimen hémorrhagique men- «uel. Il suffit, en pareil cas, d'un utérus rudimentaire ou d'un lambeau subsistant, si petit soit-il, pour donner lieu à la menstruation, comme deux exemples d'Atlee en sont la preuve irrécusable.
L'explication paraissait plus difficile quand les règles persistent avec régularité après l'ablation des deux ovaires, sans modification de la quantité ni de la qualité du sang, comme le docteur Storer en a observé un exemple. Sur cent trente-cinq ovariotomies doubles faites pendant la vie menstruelle, Goodell a trouvé quinze cas où les règles ont persisté régulièrement tous les mois et neuf où elles étaient irrégulières et moindres en quantité. D'où l'on inféra que les ovaires n'étaient pas indispensables à cette fonction, puisqu'elle existait sans eux. Mais, comme il suffit du moindre lambeau de la matrice pour qu'une exhalation sanguine s'y produise, le docteur Kœberlé, le premier, suggéra qu'un débris du- stroma de l'ovaire pouvait bien avoir échappé au couteau du chirurgien, lors de l'ovariotomie, dans le pédicule ou autrement, pour rendre compte de ces faits exceptionnels.
D'ailleurs, la présence anormale d'un seul ovaire, comme d'un seul testicule, constatée chez quelques individus, dans l'espèce humaine, permettait d'admettre qu'il pouvait en exister de surnuméraires
pour expliquer ces anomalies de la menstruation. Le nombre, n'en est pas toujours fixe à deux, chez les animaux. Les uns n'ont qu'un seul ovaire comme les mixinoïdes et quelques squales. Plusieurs poissons osseux n'ont également qu'un ovaire et un testicule, et chez la plupart des oiseaux, à l'exception des rapaces, l'ovaire et l'oviducte gauches se développent seuls. D'autres animaux inférieurs en comptent, au contraire, un très grand nombre. Tous les annelés, les vers cestoïdes, par exemple, sont pourvus d'organes mâles et femelles lors de leur maturité, comme nous l'avons déjà indiqué.
De même qu'un testicule supplémentaire a été rencontré parfois chez l'homme, Kocks a trouvé un troisième ovaire adhérent à la matrice d une femme morte d'un cancer. Le docteur Puech a collecté plusieurs cas semblables contenant un vrai stroma, et des recherches récentes de Beigel à ce sujet il résulte que ce fait n'est pas absolument rare. Sur trois cent cinquante autopsies, il a rencontré huit fois un ovaire supplémentaire. 11 est donc rigoureux d'admettre que la menstruation persistante après l'ablation de deux ovaires, surtout dans l'oviriotomie normale qui se pratique à l'aveuglette — c'est-à-dire au simple toucher par le vagin, comme chez certains animaux — est due à une influence ovarienne.
Les exemples de l'écoulement direct de ces règles par la cicatrice de l'opération, lorsque le pédicule ou moignon du kyste enlevé a été fixé à l'extérieur, sont une grande probabilité qu'elles résultent d'un
fragment de l'ovaire échappé au couteau. Le docteur Weinleichner en a obtenu la preuve positive en pratiquant une ovariotomie double à une jeune fille qui n'avait eu que trois fois ses règles auparavant. Elles reparurent régulièrement ensuite pendant huit années consécutives. Une tumeur, grosse comme une tête d'adulte, se montra alors. C'était un nouveau kyste formé dans les débris abandonnés de l'ovaire gauche. Les difficultés inhérentes à une opération si délicate expliquent une méprise aussi légère. Au lieu d'être une contradiction à la règle, ces faits exceptionnels en sont donc une éclatante confirmation.
La menstruation est aussi fondamentale pour la propagation de l'espèce que pour la santé et la conservation de l'individu. Ses rapports sont si nombreux et profonds avec les autres fonctions, que ses dérangements et sa suppression surtout entraînent les plus graves conséquences. Une peur, une joie, un plaisir ou une forte émotion, les chagrins prolongés, suffisent à arrêter les règles, dont le retentissement a surtout lieu sur le cerveau. Un fait démonstratif de cette étroite dépendance cérébrale a été observé, par le célèbre aliéniste Esquirol, chez une dame de cinquante ans, dont la menstruation avait cessé depuis un an. Un tardif amour étant venu troubler son repos, le flux menstruel reparut et dura plusieurs années, soutenu par l'incitation de cette cause morale.
Les dérangements de la menstruation, par retard ou insuffisance, en réagissant directement sur le
cerveau, amènent spécialement des troubles de la vue, de l'ouïe chez les jeunes filles nerveuses, hystériques, en particulier de la onzième à la dix-sep tième année. Elles ne peuvent souvent se servir de leurs yeux pour un travail quelconque à courte distance : lire, écrire ou coudre, qu'il y ait injection ou non. Des bourdonnements, des surdités passagères se manifestent également, et l'on a même observé des oreillons sympathiques, absolument comme les jeunes militaires. Devant ces accidents symptomatiques, c'est donc la menstruation qu'il faut rétablir ou régulariser pour les faire cesser.
L'écoulement des règles, étant causé par l'expulsion de l'ovule hors de la vésicule ovarienne, devient ainsi le signe apparent de la fécondité de la femme. Mais ce signe n'est pas absolument indispensable à sa fécondation. Les ovules existant dans l'ovaire antérieurement à la menstruation, celle-ci en marque seulement la maturité. Ils peuvent donc être fécondés par une copulation antérieure à son apparition, comme plusieurs exemples en témoignent.
Une fille de huit ans est ainsi devenue enceinte en 1878 à Oberpallen (Luxembourg), d'après un rapport fait à l'Académie de médecine de Belgique. Les jeunes filles précoces à rechercher les rapports sexuels avant la menstruation y sont incitées sans doute par une maturation hâtive des ovules. D'oii ie danger de leur fécondation.
On citait en 1879 l'exemple d'une veuve russe de Nijni-Novogorod, réglée pour la première fois à
trente-six ans, après avoir eu seize enfants, dont plusieurs jumeaux. Mariée à seize ans, sans être menstruéc, elle avait été constamment enceinte ou nourrice ensuite, sans que les règles aient eu le temps de paraître. La mort seule du mari permit à cette fonction de s'établir.
Morgagni rapporte l'observation d'une fille qui, s'étant mariée sans être réglée, n'en fut pas moins féconde. Sa mère avait offert la même particularité, ce qui n'a rien d'extraordinaire, puisque la menstruation n'est que la manifestation extérieure de la maturité des ovules.
On peut juger, par cette description, des causes essentielles de stérilité qui menacent la femme et la frappent si souvent. Si, par le défaut d'érection, l'homme est soumis à de bien plus nombreuses causes d'impuissance qu'elle, combien n'est-elle pas plus exposée que lui à des causes directes et multiples de stérilité! Il suffit que la matrice, organe unique, manque ; que l'ouverture principale, sa bouche, comme disent les Anglais, soit fermée, rétrécie, déplacée ou oblitérée par le gonflement, le sang ou le mucus, et le zoosperme ne pouvant y pénétrer pour aller féconder l'ovule, la génération est rendue impossible. Les inflammations et les déplacements, les hémorrhagies, les tumeurs et toutes les maladies de cet organe sont autant d'obstacles à la réunion des deux principes de la fécondation, allant à la rencontre l'un de l'autre, et dont il est
l'unique intermédiaire. Ce centre de la génération en est ainsi le plus grand écueil et son intégrité ne suffit pas d'ailleurs à la réaliser.
D'autres causes existent encore en deçà comme au delà. Malgré l'état intact delà matrice, l'absence des ovaires, les tumeurs et les kystes de ces or^çanes, leur dégénérescence et leurs déplacements n'entraînent pas moins la stérilité, absolument comme les lésions, les altérations correspondantes des testicules et leurs annexes chez l'homme. Les vices de conformation, les oblitérations et les maladies des trompes de Fallope jouent le même rôle que l'épididymite, l'induration et Tobstruction des canaux déférents dans l'autre sexe. Il est aussi difficile de les reconnaître, les constater, que de les combattre. Un signe seul pourrait en indiquer plus sûrement l'existence chez la femme : l'absence, les troubles ou les irrégularités de la menstruation. Mais la symétrie de ces organes annexes de l'utérus prévient ordinairement la manifestation de ce signe indicateur et empêche même la stérilité absolue. Comme tous les organes doubles, qui le sont ainsi en raison de leur importance, quand l'un manque, est déplacé, malade ou altéré, l'autre y supplée et la fonction persiste. Il est très rare que les deux ovaires soient hernies simultanément, mais les kystes doubles sont assez fréquents. Beaucoup de femmes perdent ainsi leurs attributs, depuis que les chirurgiens anglais et américains nous ont appris à enlever ces organes presque aussi facilement que les testicules. L'ovariotomie est la castration de la femme et entraîne fatalement
Ffie.OMI>AllON. 343
sa stérilité comme chez l'homme, mais sans rien supprimer de ses idées, ses désirs, ses goûts, ses sentiments, ni rien de ses qualités de femme.
Fécondation.
C'est l'acte principal et décisif de la génération. Il résulte du contact, de la fusion et de l'assimilation l'une par l'autre des deux substances vitales émises par les deux sexes dans le spasme du coït. Un sperme fécondant, animé par les spermatozoaires, et un ovule fécondable, mûr, sont les deux conditions indispensables à sa réalisation. L'un de ces éléments sans l'autre n'est rien, il est stérile ; réunis, mélangés, fusionnés, ils produisent, au contraire, cette œuvre admirable de la création : l'être humain. La vie est donc la résultante de la vie même par l'accomplissement préalable des deux fonctions séparées, mais analogues, des testicules et des ovaires, dont la spontanéité est au-dessus de la volonté. De la dualité naît ainsi la triplicité.
Mécanisme. Sa connexité avec celui de la menstruation, qui précède, en facilitera la description et l'intelligence. Seule, la copulation doit s'y ajouter pour mettre en rapport immédiat les deux appareils de la vie de reproduction.
Ainsi émis par l'homme au fond du vagin, le sperme — en vertu de l'érectilité et du spasme réciproque produit à ce moment suprême par l'orgasme
vénérien de tout le système génital — est projeté, /ancé, dardé sur le col ou ouverture de la matrice qui l'aspire avec les animalcules qu'il contient. Dans leurs mouvements ondulatoires et ascendants, ceuxci s'introduisent dans l'une des trompes qui les conduit, les transporte jusqu'à l'ovaire. Qu'ils rencontrent dès lors, ici ou là, sur leur trajet, un ovule fécondable, mûr, adhérent à l'ovaire ou en descendant à leur rencontre, et ces deux éléments de l'embryon humain iront directement l'un vers l'autre pour se pénétrer et se fusionner réciproquement. C'est la même attraction naturelle et mystérieuse qui guide le plus petit grain de pollen, sur les ailes du vent, vers les fleurs à féconder, comme le poisson dans les flots est conduit sur le frai, répandu au hasard, pour y épancher sa laitance.
A ces conditions essentielles doivent s'ajouter sans doute l'état normal et réciproque des organes copulateurs et la perméabilité des conduits mettant en rapport immédiat le liquide fécondant avec l'ovule fécondable. Le moindre obstacle entre eux entraîne fatalement l'infécondité, la stérilité de la copulation, comme nous avons pris soin de rindi(|uer à la description de chaque organe et de leurs fonctions. Il sulfit qu'un écoulement de flueurs blanches acides et purulentes, produit par le catarrhe de la matrice si fréquent chez les femmes, baigne le vagin, pour tuer les spermatozoaires sur place et empêcher la fécondation. Mais la condition principale est que, chez l'homme, l'éjaculation ait lieu avec la force, la vélocité et la spontanéité qui en soni ie caractère
spécial. Une éjàculation lente, déterminée par une érection incomplète, l'obturation des conduits, l'âge, la faiblesse ou les préoccupations, y nuit essentiellement. L'infécondité ordmaire des vieillards, malgré la présence des animalcules dans leur sperme, est ainsi attribuée à leur insuffisance dans l'art reproducteur.
Quoi qu'il en soit, voici le mécanisme, tel qu'on le représente, de l'acte intime de la fécondation de l'ovule par les spermalozoaires pénétrant son enveloppe.
Cette doctrine positive, déduite de nombreuses et patientes observations faites au microscope sur la femme et les animaux, suppose, comme on voit, la génération spontanée. Ces spermatozoaires dont les mouvements indiquent la vie, comment sont-ils nés dans les profondeurs des testicules, à l'époque précise de la puberté ? Depuis que la théorie cellulaire et la découverte des germes atmosphériques et organiques ont fait rejeter cette génération spontanée, les uns, à l'exemple de M. Ch. Robin, prétendent que ces animalcules ne sont qu'un composé de cellules qui, en se dissociant au contact de celles de l'ovule, se mêlent, se fusionnent et s'absorbent par endosmose pour produire l'embryon humain. D'autres, plus clairvoyants, comme llîeckel, n'y verront que des plastidules infinitésimales s'agrégeant et se disposant, motu proprio, pour le former. Enfin les
panspermistes admettront sans cloute dans le sperme, avec M. Pasteur, à défaut de pouvoir les démontrer, des germes formateurs des spermatozoaires qui donnent la vie humaine. Et voilà comment, de théories en hypothèses, on est arrivé aujourd'hui, pour expliquer la vie sans Dieu, à ériger des systèmes sur des molécules, des atomes impondérables, qui reculent la difficulté de la question sans la résoudre. Car ces cellules, ces plastidules, ces globules-germes se formant par segmentation ou scissiparité d'êtres infiniment petits, comme la bactéridie, le vibrion, ne sont-ils pas, en définitive, une portion minime de cette vie même? Ils la transmettent donc au même titre qu'ils l'ont reçue, sans que le secret, le mystère, en soient mieux éclaircis.
Cette proposition ressort des dernières recherches de M. Duval pour saisir les premières phases de la formation des spermatozoïdes de la grenouille. (V. p. 325.) Au lieu d'en examiner les testicules quelques mois seulement avant l'époque de son accouplement en mars, comme on l'avait fait avant lui, il l'a répété immédiatement après en avril. Et il a reconnu le développement de grandes cellules avec de nombreux noyaux, au lieu de l'aspect en grappe constaté par les micrographes précédents. Un bourgeon apparaît en juillet sur chacun de ces noyaux, s'isolant lentement de la grande cellule-mère. Ce sont les spermatoblasles qui, en se délimitant, se disposent en grappe et dont chacun est un spermatozoïde en voie de formation.
En reliant ainsi la formation des animalcules fé-
condants au Sj'stème cellulaire, comme chez les plantes et les zoophytes, sans sexe, on croit triompher de la difficulté. Mais l'impossibilité de constituer spontanément une seule cellule vivante laisse le problème de l'origine de la vie de cette cellule aussi redoutable et insoluble que celle du spermatozoïde. La difficulté est tournée, elle n'est pas vaincue. Si la vie réside dans toute cellule, sous quelque forme qu'elle se présente, on est bien forcé d'admettre que celle-ci est douée de propriétés spéciales et supérieures. Après les constatations faites sur les animaux de la réunion, la fusion de ces deux cellules différentes, spermatique et ovarienne ou mâle et femelle, et l'absorption consécutive de l'une par l'autre, il est démontré que des modifications profondes sont aussitôt imprimées à celle qui survit. Comme le simple grain de levure, ajouté à la pâte, la fait lever et fermenter, celle-ci sort de sa vie latente, endormie, et acquiert une vie active apparente, toute nouvelle, un développement dont elle était incapable auparavant. Elle prolifère et produit les éléments, les tissus, les organes qui apparaissent successivement pour former l'embryon et le fœtus ensuite. Et delà simple conjugaison de ces cellules, ovoblastes ou spermatoblastes, résulteront deux êtres aussi distincts que l'homme et la femme, sans que l'on puisse seulement découvrir le secret de cette différence du sexe par les caractères de ces cellules, ni même des œufs. Si donc cette cellule est l'origine de la vie humaine, il faut bien reconnaître qu'elle est la puissance et la majesté suprêmes, au-dessus d«
toutes les autres qu'elle contribue à former. C'est la cellule-uière et ipaîtresse, contenant l'homme tout entier, puisqu'il résulte de son développement et sa prolifération.
La volonté, le désir des conjoints, sont aussi indifférents à cette fusion que la simultanéité du spasme voluptueux auquel on l'a souvent attribuée. La fécondation de la femme s'opère avec indifférence et même répugnance de sa part. Des exemples assez nombreux en témoignent. Telles sont les violences brutales commises par des rôdeurs, l'odieuse licence des soldats dans les places de guerre prises d'assaut et autres faits du même genre. Elle peut aussi être fécondée étant évanouie, endormie ou insensibilisée par le magnétisme ou l'hypnotisme, le chloroforme, l'ébriété ou la fureur erotique. Mais rien ne démontre avec plus d'évidence son rôle passif, dans cet acte important, que sa fécondation artificielle, réalisée sans copulation, dans ces derniers temps.
Spallanzani ayantréussi, dès la fin du dix-huitième siècle, à féconder artificiellement des femelles de plusieurs espèces anmiales, notamment la chienne, en leur injectant dans la matrice une petite quantité de sperme recueillie chez le mâle, dos tentatives furent faites sur la femme, llunter conseilla ainsi à un homme atteint d'hypospadias, qui ne pouvait f^ conder sa femme, de lui injecter directement son sperme avec une seringue, ce qui réussit parfaite-
meut. Le docteur Girault répéta cette expérience sur douze femmes, stériles jusque-là, auxquelles il pratiqua vingt-sept injections. Il en obtint huit gros- S€.sses dont une de deux jumeaux. Les observations en ont été publiées en 1870, comme un sûr remède contre la stérilité.
D'autres médecinsdistingués, le professeur Courty, L'iarion.Sims, Gigon, Lesueur, Roubaud, ayant révété ces expériences de différentes manières, en ont obtenu des succès variés. Sans examiner la moralité de cette pratique, ses différentes méthodes, ni les indications limitées de son emploi, elle n'en prouve pas moins péremptoirement la fécondation, en détruisant toutes les hypothèses contraires, et reste une précieuse ressource à utiliser, quand il n'est pas possible de faire autrement, pour guérir la stérilité. Les divers procédés de la Fécondation artificielle sont ainsi décrits dans la Stérilité humaine comme un remède à lui opposer dans certains cas. Les époux peuvent même en employer en secret.
La fécondation à distance, aussi bien constatée et incontestable que la précédente, en offre d'ailleurs la confirmation, tout en en étant le plus frappant contraste. Observée dans tous les temps, elle fut attribuée autrefois par erreur à l'essence gazeuse, la vapeur, sinon l'odeur du sperme, ou aura seminalis. Ce fut longtemps la doctrine régnante avant la découverte des spermalozoaires. En se répétant de nos jours, ces faits ont dû être interprétés, expliqués
par le mouvenienl ondulatoire et ascensionnel de ces animalcules, lorsque le sperme est émis simplement sur la vulve. Cette émission suffit en effet, sans la moindre intromission de la verge, pour que la fécondation s'ensuive, comme les deux cas suivants en sont des preuves authentiques.
Joulin fut consulté en 1861 par une femme de vingt-sept ans pour une tumeur abdominale qui lui causait de vives inquiétudes. Après un examen attentif, il conclut à une grossesse de six à sept mois. Elle opposa à ce diagnostic une raison péremptoire en apparence : elle était vierge. La membrane hymen, très développée, était intacte et permettait à peine l'introduction du petit doigt. Néanmoins, l'auscultation révélait les bruits du oœur du fœtus, qui confirmaient assurément une grossesse indéniable. D'après ses aveux spontanés, elle n'avait subi qu'un seul rapprochement prévulvaire, c'est-à-dire plutôt en avant que sur la vulve. Et malgré la véracité de ce récit, elle était bien enceinte.
Une dame d'une trentaine d'années, vêtue de noir, grande, brune, figure pâle, fatiguée, un sac de nuit à la main, se présente à six heures du matin chez le professeur Pajot. « Monsieur, dit-elle, j'arrive d'un pays très éloigné; j'ai passé la nuit en chemin de fer et je repars dans une heure. J'ai fait ce voyage pour vous adresser une question. Le médecin de mon pays a été votre élève et voilà comment je sais votre nom et votre adresse.
— Mais, madame, lui dit M. Pajot, pourquoi n'avoir pas fait cette question à votre médecin?
FÉGOiNDATION. 351
— Vous allez voir que je ne le pouvais pas. // ne faut pas que je sois enceinte. Une femme peut-elle le devenir sans rapports, sans contact avec un homme?
— Entendons-nous, madame, qu'appelez-vous sans contact?
— Voici les faits. En revenant chez moi d'un château des environs, en calèche, avec un homme que j'aime et qui m'aime, mais auquel je ne dois pas appartenir, supposez tout, sauf le contact. Une grossesse serait-elle possible dans ces conditions?
— Enfin, madame, tout ouvrage est précédé d'une préface, d'un avant-propos ou d'une introduction ; y a-t-il eu une préface î
— Tout, excepté cela.
— Ce serait un bien grand hasard, cela n'est pas probable; laissez-moi vous examiner.
Ses règles n'avaient jamais manqué ; elles manquaient depuis trois mois. L'aréole avait bruni. Le palper atteignait le fond de l'utérus au-dessus du pubis. Au toucher, le segment inférieur était développé. La muqueuse du pourtour de l'orifice nuUipare molle et un peu gonflée. Nausées, vomissements, dégoûts, picotements des seins, enfin toua les signes d'une grossesse probable.
En lui disant ce qu'il en pensait, M. Pajot pressa encore celte dame de tout lui révéler. Elle affirma avec un air de sincérité indéniable qu'elle avait dii toute la vérité, et s'affaissa sur un siège.
Cette observation m'est revenue à la mémoire,
dit l'auteur, quand j'ai eu à constater, par excep-
352 LA GÉNÊIUTION.
lion, des spermes de la richesse la plus extraordinaire. Si elles pouvaient prévoir, combien les femmes se défieraient de ces mâles d'une si puissante opulence! Au milieu d'une tranquillité complète, quelle stupéfaction pour elles en s'apercevant que les graines jetées sur le seuil ont pu s'introduire et fructifier dans la maison ! Là est, en partie, le secret des grossesses avec intégrité de l'hymen, » [Travaux d'obstétrique.)
Ces faits s'expliquent par la mobilité dont les spermatozoaires sont doués, A peine déposés sur la vulve, ils s'introduisent avec le sperme dans le vagin et se dirigent vers la cavité utérine. Leur vitesse est, d'après Henle qui l'a mesurée, de un centimètre en quatre minutes. Et comme la vingt millième partie d'un milligramme de sperme suffit à animer un ovule, la fécondation peut ainsi en résulter. Beaucoup de grossesses se réalisent à l'insu même des intéressés, alors qu'ils ont tout fait pour les prévenir. Il n'est pas rare de rencontrer des maris et des amants qui sont disposés à décliner de bonne foi une paternité très légitime dans ces conditions, sous prétexte qu'ils ont toujours accompli la dernière partie du coït de manière à rendre la fécondation impossible. Pour le repos des familles, il est bon que cette erreur soit complètement détruite. Une femme peut devenir mère, sans que, dans le rapprochement sexuel, il y ait eu intromission.
VÉpoque essentiellement favorable pour la fécondation de la femme est l'apparition de ses règles.
FËCONDATÎOS. 353
En indiquant la maturité de la vésicule de de Graaf et sa rupture pour l'expulsion de l'ovule, la menstruation provoque aussi une excitation des organes génitaux très propice à l'imprégnation. Le père de la médecine l'avait bien observé en érigeant ce précepte pour les femmes stériles : « de rechercher les rapprochements conjugaux pendant les jours qui suivent immédiatement les règles ». Boerhaave a confirmé le fait parces paroles : Fœmine semper concipiunt post uUima menstruael vix ullo alio tempore. C'est en suivant ce conseil, donné par Fernel à Henri II, que ce monarque, après onze ans de mariage demeuré stérile, vil sa femme Catherine de Médicis lui donner plusieurs héritiers. Halier, Burdach et tous les grands médecins ont émis la même opinion, établie depuis sur des preuves positives par Pouchet, de Rouen, au commencement de ce siècle.
« La conception, dit-il, ne peut s'opérer que du premier au douzième jour consécutif aux règles et n'a jamais lieu après cette époque. Elle est physique* ment impossible après lesquatorzc jours qui suivent jusqu'à leur réapparition. » C'est, en effet, à partir de leur dernière menstruation que comptent les femmes enceintes pour accoucher, mais sans avoir jamais établi si l'accouchement coïncide toujours exactement avec cette époque ou les dix à quinze jours suivants. Le plan du docteur A. Mnyer, de laisser aux époux, qui ne veulent pas augmenter leur famille, un. temps suffisant entre les époques menstruelles pour se livrer librement au coït, sans
contrainte, ni artifice, ni fraude, est appuyé sur celle théorie. Il dit bien n'avoir trouvé que peu de faits pour la démentir, mais de nombreuses exceptions lui ont été signalées par d'autres médecins.
L'observation, chez la femme, est d'ailleurs insuffisante pour établir une sécurité parfaite à ce sujet. D'autant moins que beaucoup de femmes sont réglées irrégulièrement, en avance ou en retard, variant de plusieurs jours. Si l'infécondité est fixée, d'après ces calculs, du quatorzième jour après les règles aux quelques jours qui les précèdent, quel serait cet intervalle propice chez les femmes, jeunes surtout, qui sont réglées tous les dix-huit à vingt jours, comme c'est le plus souvent le cas?
La fécondation est réputée impossible pendant le cours des règles, non seulement à cause de l'écoulement du sang faisant obstacle à la progression du sperme, mais parce que la vésicule que doit émettre l'ovule se développe durant cet écoulement. De là les lois de Moïse et celles de l'hygiène pour observer la continence durant cette période, considérée généralement comme frappée d'impureté. C'est seulement ensuite, soit immédiatement après leur cessation, soit durant les huit à dix jours suivants, que l'époque la plus propice est fixée. Telle est la règle ; mais l'étude et l'observation journalière démontrent qu'elle se réalise aussi ultérieurement. En douter serait méconnaître et nier la loi générale des variétés organiques individuelles. L'ovaire varie dans la sécrétion, l'abondance et la maturité des vésicules germinatives, selon les conditions mdivi-
duelles de la femme, comme le sperme et les animalcules chez l'homme. De là les variations def règles et de la fécondation. La doctrine de Poiichet est donc trop absolue et peut induire bien des époux en erreur; en la suivant à la lettre, ils s'exposent à de grandes déceptions.
De même que le laboureur plante et sème dans des circonstances et des conditions déterminées pour avoir une germination féconde, sans influer directement sur celle-ci, le pouvoir et la volonté de Vhomme sont limités à observer les conditions précitées et celles qui suivent, indiquées par l'embryogénie, pour avoir des enfants.
Il en est autrement chez les animaux, dont la première copulation est presque toujours certainement suivie de fécondation. N'étant possible et pratiquée qu'à des intervalles éloignés, à des époques fixes de l'année, elle est plus constante et sûre dans ses résultats. Les parties génitales des deux sexes, celles de la femelle surtout, se trouvent à un degré d'excitation qui la fait réussir presque à coup sûr. Incessamment praticable dans l'espèce humaine, au contraire, elle y est ordinairement frustre. Les excès et les abus innombrables commis entre les deux sexes, où le coït n'est qu'un stérile et énervant passe-temps, font manquer le plus souvent l'excitation naturelle nécessaire à cet acte.
Une certaine période de l'année a cependant été fixée de tout temps comme spécialement favorable à cette fonction, pour l'espèce humaine comme pour les animaux, et il est [îermis de se demander si elle
356 LA Cjfci>£ùAi Iviii.
ne lui a pas été primitivement assignée comme plus féconde que toutes les autres, a Vernum aulem tempus optimum est ad conceptum » est un aphorisme répété depuis vingt siècles pour exprimer ce fait et le consacrer. Presque toutes les statistiques recueillies en Europe confirment, en effet, que !• plus grand nombre de fécondations s'opère dans le mois de mai. Le tableau des naissances à Paris pendant six ans, dressé par Duvillard, donne, sur un total de 595 463 naissances, 161299 dans le premier trimestre, ce qui correspond à la fécondation du printemps, au lieu de 140 à 146 000 seulement dans les trimestres suivants.
Les recherches statistiques faites depuis par M. Villermé, en France, et Quételet, en Belgique, ont entièrement confirmé cette prédominance des fécondations au printemps. Cette saison du renouveau exerce une action excitante tellement spéciale sur les fonctions génératrices qu'elle est plus marquée dans les campagnes que dans les villes, les grandes capitales surtout, oii cette influence printanière est moins ressentie par les habitants en vertu du climat artificiel qu'ils se créent en hiver. C'est par la même raison que le maximum des fécondations en Suède, en Finlande et à Saint-Pétersbourg a lieu en décembre et en janvier, car l'influence du printemps est sensible partout ailleurs.
Elle se révèle jusque dans la statistique de la justice criminelle. C'est au printemps que se commettent le plus de viols et d'atlendats à la pudeur, sans que l'on puisse expliquer la fréquence de ces
crimes par suite des promenades solitaires avec des vêtements légers, les rencontres dans les bois et lea lieux écartés, qui ont lieu à cette époque. En se reproduisant en août et en septembre, ces mêmes causes déterminent des effets tout dilférents, car ces mois sont ceux où il y a le moins de viols et de conceptions.
En effet, des 800 cas de ce genre recueillis par Villermé pendant trois années successives, 295 existent dans le trimestre de mai, juin et juillet, tandis que 205 figurent seulement dans le suivant et de moins en moins dans les deux autres.
La même proportion est confirmée par les résultats obtenus de 1858 à 1869 inclusivement. De 4194 dans le premier trimestre, les cas sont réduits à 3221 dans le second et de plus en plus inférieurs dans les deux autres. C'est donc une loi confirmée.
Démonstrations évidentes que le printemps, jeunesse de l'année, saison des fleurs, du bonheur et de l'allégresse de la nature, période de pléthore et d'exubérance de la vie, est aussi l'époque de l'ardeur génésique et de l'énergie prolifique de l'espèce humaine; sorte de rut périodique auquel l'homme ést assujetti, jusqu'à un certain point, comme les autres espèces animales. Dès qu'il s'agit des fonctions reproductrices, des rapports qui relient les unes aux autres les générations successives, il se manifeste entre les deux règnes des ressemblances qui vont jusqu'à l'identité.
VAge le plus favorable à la fécondité est, d'après les statistiques, de 33 ans pour l'homme et de 26
pour la femme, surtout quand ils se rapprochent dans cette proportion moyenne. Sur 51 mariages contractés en France et ayant donné 10 enfants au moins, M. Ducliâtelier' a trouvé que la femme avait trois ans de plus que l'homme dans 12, et dans 12 autres il y avait égalité d'âge, tandis que dans 27 le mari comptait de cinq à neuf ans de plus que la femme.
En Angleterre, la fécondité des mariages est, d'après Sadler, de 4,87 lorsque le mari est plus jeune que la femme; de 6,17 dans le cas d'égalité d'âge, et de 5,57 quand le mari est plus âgé de un à seize ans. Au delà do cette augmentation, elle tombe à 4,55.
La meilleure condition, dans les climats tempérés, c'est que l'âge de l'homme soit élevé de quelques années sur celui de la femme.
C'est de 30 à 35 ans que la fécondité est le plus intense chez la femme. Sur une statistique de plus de 1 500 000 naissances en Suède, une accouchée sur 4,3 avait cet âge et une seulement sur 4,6 de 25 à 30 ans. Elle cesse ordinairement de 45 à 50 avec la menstruation. Les femmes encore fécondes à cet âge sont de très rares exceptions.
Les différonces constatées à ce sujet tiennent à la vitalité ou l'atonie des ovaires et à leur atrophie. L'embonpoint et l'obésité sont les meilleurs signes extérieurs de l'infécondité et la maigreur du contraire.
Les Prédispositions, en dehorsde la menstruation, ne sont guère plus accentuées ni mieux connues.
Les femmes les plus ardentes ne sont pas toujours les plus fécondes ; il en est de très froides qui ont beaucoup d'enfants. Une parfaite régularité des règles, en quantité et en qualité normales, accusant une grande vitalité des ovaires pourvus de nombreuses vésicules ou ovules, est évidemment k plus positive. La fécondation est alors rendue d'autant plus probable qu'une certaine harmonie d'opposition physique et morale existe entre les deux conjoints.
L'objet essentiel de ce contraste favorable à la fécondité est que leurs qualités physiques et morales se complètent et s'achèvent les unes par les autres, en formant un tout harmonique au bénéfice de l'œuvre commune à accomplir. Les hommes éprouvent ainsi une répulsion pour les temmes hommasses et les iemmes pour les hommes efféminés. C'est entre l'homme brun, robuste, ardent et impétueux, et la femme blanche, faible, timide et nerveuse, que s'établit l'amour le plus pénétrant. Plus il y a de contrastes dans leurs caractères, plus il y a d'union dans leurs harmonies, dit Bernardin de Saint-Pierre, dans ses Études de la nature. De là, selon Virey, des sympathies innées de l'individd constitué en plus avec celui constitué en moins, d'où résulte l'unité physique et morale décrite par les philosophes grecs et si désirable dans le mariage.
L'abaissement, le prolapsus de la matrice ou l'allongement de son col, saillant et béant à l'entrée du vagin, comme cela existe chez quelques femmes, rendent la fécondation d'autant plus facile et fré-
quente. Elle s'opère .ilors presque artificiellement par le contact immédiat du pénis avec l'ouverture delà matrice. Des grossesses imprévues en résultent, malgré toutes les fraudes, les ruses et les précautions imaginables. Les coïts dérobés, incomplets, debout, sont même les plus dangereux sous ce rap. port, par l'intromission, la pénétration incomplète qui en résulte, comme les deux exemples suivants en sont la preuve.
Une fille de vingt-sept ans, atteinte de leucorrhée abondante, avait la matrice si fortement abaissée que le col apparaissait à l'entrée du vagin. Ce déplacement pouvait être attribué aux lourds fardeaux qu'elle avait longtemps soulevés et portés sur sa tête. Elle était enceinte, quoique ayant pratiqué le coït debout pour ne pas avoir d'enlants. Le sperme ayant pu jaillir sur le col, entre les lèvres de la vulve béante, avait rendu la fécondation possible, sans que l'amant voulût reconnaître l'enfant, disant qu'il était impassible qu'il fût le sien.
Une femme de quarante-quatre ans, veuve depuis douze ans et ayant de grands garçons, craint d'être enceinte pour s'être oubliée debout cinq mois auparavant. Au toucher, elle avait le col très bas et se trouvait enceinte en effet de trois à quatre mois. ^Bergeret, Des fraudes dans r accomplissement des fonctions génératrices. Paris, 1877.)
C'est naturellement le contraire dans les conditions opposées. Les femmes mal réglées, en avance ou en retard, avec excès ou parciuionie, et toujours plus ou moins leucorrhéiques, sont peu exposées à
la fécondation, surtout avec un homme d'un tempérament froid, lymphatique.
La similitude de tempérament, de goûts et de dispositions constitutionnelles, est aussi une causé d'infécondité. Elle se manifeste ainsi entre veufs et veuves remariés, encore jeunes et ayant eu séparément des enfants d'une union précédente; tandis que beaucoup de mariés, n'ayant eu aucun enfant ensemble, en ont ensuite séparément par une union clandestine ou légitime. Cette infécondité relative ne doit pas être confondue avec la stérilité. Voltaire et la marquise du Châtelet, d'un tempérament et d'un caractère semblables, ne pouvaient ni se quitter ni rester longtemps ensemble ; l'égalité de leur esprit était une source de querelles, essentiellement nuisible à la fécondité.
De là l'infécondité fréquente des unions consanguines, causée par la ressemblance du tempérament, diBS goûts et des dispositions constitutiotmelles. Sur 82 mariages entre cousins germains ou issus de germains et 4 entre oncle et petite-nièce, datant de huit à dix ans, "22 ont été stériles, dont 16 absolument et 6 où la conception a été suivie d'avortement dès les premiers mois. Les lois civiles et religieuses qui condamnent et empêchent ces unions entre proches parents, au point de vue de la pudeur et de la morale, sont donc aussi bien justifiées quant à leur infécondité par le défaut de contrastes et la frigidité
qui en résulte. C'est leur principal écueil. L'extinc*
tion (le la noblesse française et des grands nom» historiques des autres nations de l'Europe est ainsi rapportée à l'habitude, existante autrefois, de s'ailiôr et de s'unir entre consanguins, pour mieux consfîïver titres, noms et fortunes.
Une notable disproportion d'âge, comme la similitude de tempérament, une antipathie décidée ie caractères et de goûts, des défauts organiques cachés, sont aussi des causes de stérilité, à moins que l'harmonie d'humeur ne s'établisse à la longue par l'effet de l'habitude. Les fécondités tardives n'ont souvent pas d'autres causes.
L'infécondité a aussi été attribuée à une grande disparité de naissance, d'éducation, déposition, de fortune, comme à l'uniformité d'occupation et de profession. Mais aucune preuve concluante n'est fournie à l'appui, car l'exemple suivant, rapporté par Roubaud, n'est guère démonstratif.
Deux époux, ayant perdu leur premier enfant, établirent un commerce qui les obligeait de rester assis de sept heures du matin à minuit, dimanches et fêtes compris. Dix ans après, il n'avait pas eu d'autre enfant, et ce repos absolu, dans la position assise surtout, pouvait sans doute être une cause de stérilité. La femme étant devenue enceinte, le mari confia à son médecin qu'il avait une autre preuve de sa virilité : une maîtresse qu'il avait depuis trois mois était aussi enceinte. Mais le docteur apprit ensuite d'une domestique que l'épouse avait aussi un amant et qu'il était l'auteur de sa grossesse par l'aveu même de la femme. La stérilité n'était
donc que relative entre les deux époux, puisqu'ils avaient pu être léconds séparément. Leur occupation uniforme en était-elle plutôt la cause que leur infidélité réciproque? That is tlie question.
La nutrition est inséparable do la fécondité. Un individu trop peu nourri est stérile; à partir d'un certain degré de nutrition, il devient fécond; mais la fécondité n'augmente pas indéfiniment avec la nutrition, elle atteint bientôt son m;ixiinum, puis diminue peu à peu et finit par disparaître chez les gens trop nourris ou trop avancés en évolution.
L'embonpoint, l'obésité de la femme diminue manifestement sa fécondité. L'exemple de tous les grands mammifères domestiques le confirme, car il suffit de les soumettre à un engraissement précoce pour les rendre stériles. Le développement exagéré des plantes, fruits et légumes surtout, détermine également leur infécondité. Les fleurs dont les étamines se transforment en pétales, par un excès de nutrition, sont aussi stériles, comme les femmes dont les forces vitales abandonnent l'appareil génésique pour se concentrer dans le tissu graisseux. La vie molle, luxueuse, mondaine, des femmes riches, est aussi, pour le docteur A. Mayer, une cause de stérilité, contrairement à ce qui a lieu chez l'homme, dont la condition principale d'énergie et de fécondité estd'étrelargemenlnourrietbiendisposémoralement.
Fondé sur ce fait bien connu, ce disciple de Malthus, dont l'apostolat consiste à limiter la popula-
tion française, a promulgué une nouvelle Ihéori* «'imposant d'autant plus à l'examen qu'elle sembla justifier le dicton populaire : les malheureux vien nent dru comme grêle. C'est que la fécondité de la femme est proportionii«IUè l'intensité des privations qu'elle endure. « En raison de son rôle passif, ces privations sont, dit-il, une condition de sa fécondité, parce que la force plastique, ne trouvant pas à épuiser son action dans l'élaboration des matériaux destinés à l'entretien de l'individu, em.ploie son surcroît d'énergie au bénéfice de la reproduction. »
11 assimile de la manière suivante ces pauvres femmes aux carpes de la Sologne, dont la croissance et le développement sont si rapides dans les étangs, qu'elles restent stériles. Pour en conserver la graine et les rendre fécondes, les propriétaires en placent dans d'étroites pièces d'eau, appelées carpières de misère, oîi, entassées par myriades les unes sur les autres, ces carpes, mourant de faim et ne pouvant ni profiter ni croître, pondent et produisent des peinards, « comme les femmes du peuple, ajoute-t-il, dans ces ménages entassés les uns sur les autres dans les étroites carpières des cités industrielles, produisent ces enfants qui sont le peinard humain ». Touchant rapprochement !
Ce réaliste incomparable trouve encore la preuve de cette étrange doctrine parmi les femmes du peuple chétives, exténuées et souffreteuses, qui pullulent, comparativement aux femmes du monde si peu fécondes, quand elles ne restent pas absolument stériles. Et il cite h l'appui l'exemple de cette dame
qui ne put avoir d'enfants tant qu'elle mena du matin au soir une existence somptueuse et dissipée à Londres, tandis que devenue pauvre, par un revers de fortune, elle se vit, en peu d'années, mère d'une nombreuse famille, quoiqu'elle ne fût pas privée de viande. Mais ce n'est là qu'un fait exceptionnel, dont l'explication toute naturelle est peut-être dans l'âge et la vie mondaine, sinon galante, de cette femme. On ne saurait donc s'y arrêter, pas plus qu'aux statistiques montrant une natalité considérable après les grandes disettes et les époques où le jeûne de l'Eglise était rigoureusement observé. Tant d'autres causes peuvent y contribuer, qu'il serait puéril de l'attribuer exclusivement aux privations. Cette interprétation est d'ailleurs contradictoire. Un cruel tyran, le ventre, domine toute la nature, dit Michelet; il dompte jusqu'à l'amour. L'aisance et le bien-être augmentent la puissance prolifique de l'homme, en raison de son rôle actif. Il est peu enclin aux plaisirs de l'amour, quand, insuffisamment nourri, il souffre de la faim, succombe sous le poids de la fatigue corporelle et est accablé par les soucis d'une existence mal assurée : — sme Bacchus et CererCy friget Venus. — Mais comment, le mari n'étant pas dans les conditions de misère physique et morale pour se livrer aux rapprochements sexuels, la femme s'y trouve-t-elle pour être fécondée si facilement? Les privations, la misère, le chagrin, sont ordinairement communs dans le ménage, comme le bien-être, la joie et le plaisir. En faire profiter exclusivement l'homme au détriment de la femme est
une supposition inadmissible ; elle n'est imaginée
que pour les besoins de la cause.
La différence de race entre les deux conjoints augmente parfois la fécondité. Les Ilottcntotes obtiennent tout au plus trois ou quatre enfants de leurs maris. Avec les nègres, elles triplent ce nombre et plus encore avec les blancs, selon Levaillant. Comme métis, les mulâtres entre eux sont moins féconds que croisés avec des races primitives.
Le Siège, ou plutôt le lieu oiî s'opère le contact immédiat des spermatozoaires avec l'ovule, n'est précisément ni fixe ni déterminé. D'après les expé riences et les observations, ce phénomène s'accomplirait sur l'ovaire même, où les animalcules fécondants s'élèvent par leurs propres mouvements, en parcourant tout l'étroit pertuis de la trompe qui va de la matrice sur l'ovaire. On les a rencontrés vivants, cheminant dans ce conduit, sur des chienne» et des lapines mises en expérience plusieurs jour» après avoir été couvertes une seule fois.
Cette opinion, la plus accréditée, a aussi de grandes probabilités en sa faveur. L'ovaire est l'analogue du testicule; l'un et l'autre subissent les plus grands changements à l'époque de la puberté, et leurs maladies, comme leur ablation, entraînent également la stérilité de l'homme et de la femme. On sait positivement, d'autre part, que les femelles des espèces infécondes, comme la mule, n'ont ni vésicules ni ovules dans leurs ovaires. Nul doute ainsi que la partie fécondable n'en vienne.
On a tiré d'autres preuves des grossesses extra-utérines, c'est-à-dire hors de la matrice. Les grossesses abdominales ont été ainsi attribuées à la chute de l'ovule fécondé que le pavillon de la trompe ne peut saisir ou laisse échapper et qui tombe alors dans le ventre. La rétention ou l'arrêt de cet ovule dans l'étroit conduit des trompes, par un spasme ou une obstruction quelconque, rendraient également compte des grossesses tubaires. Enfin la plus convaincante serait la grossesse ovarienne même, dont le professeur Lallemand a constaté un exemple, dans les circonstances suivantes. Une femme venait de recevoir les caresses de son mari, lorsqu'un homme se présenta subitement dans sa chambre. Une grossesse extra-utérine en résulta, dont cette femme mourut. L'autopsie montra un embryon développé dans l'ovaire, et l'on admit que la frayeur éprouvée au moment de la fécondation avait si fortement agité, ébranlé les trompes, que l'ovule n'avait pu s'y introduire et s'était ainsi développé sur l'ovaire même.
Si incontestables que soient les grossesses de ce genre, elles n'en justifient pas mieux l'interprétation qu'on leur donne. Cette fécondation instantanée, par l'acheminement immédiat des spermatozoaires sur l'ovule, n'est pas admissible. Le trajet de la matrice à l'ovaire est trop long et difficile pour le parcourir aussi subitement. Les grossesses ovariennes, comme les autres ayant lieu hors de la matrice, sont des aberrations organiques qui ne peuvent servir à fixer le siège précis de la fécondation, puisqu'elles s'ob-
servent également dans le ventre, les trompes et l'ovaire. La présence ni l'action des spermatozoaires sur cet organe ne sont pas d'ailleurs indispensables pour ouvrir les vésicules de de Graaf et donner issue à l'ovule, puisqu'il s'en échappe spontanément à chaque menstruation.
D'autres ont fixé ce siège dans la partie supérieure des trompes, près du pavillon, où les zoospermes iraient instinctivement s'accrocher et attendre l'issue proj)ic8 de l'ovule, lors de la menstruation, pour le féconder à son passage. C'est trop ingénieux pour être vraisemblable. L'évasement du pavillon des trompes est trop manifestement destiné à saisir, aspirer ou recevoir l'ovule fécondé ou non, et le transporter à sa destination définitive, pour lui supposer un autre rôle. Il est ainsi inadmissible que les traînées de cellules à cils vibratiles, découvertes tout récemment par M. Duval sur le péritoine des grenouilles au moment du rut, contribuent à ce phénomène important. (Voy. Ovulation, page 525.)
La théorie de Pouchet, fixant l'époque la plus propice à la fécondation du quatrième au douzième jour après les règles, admet implicitement qu'elle s'effectue dans la matrice. D'après ses propres calculs sur l'ovulation spontanée ou menstruation, l'ovule tombe, s'échappe de l'ovaire un à quatre jours après la cessation des règles, et met ensuite deux à six jours pour parcourir la trompe. Du troisième au sixième jour après les règles, il sera donc forcément descendu dans la matrice. C'est démontrer arilhméliquement que la fécondation peut s'o-
pérer dans cette cavité, bien que l'ovule ne réunisse pas les modifications ni l'aptitude nécessaires pour se greffer aux parois de cet organe.
C'est également l'opinion plus récente du docteur Rilchie, de Glasgovf . La densité, l'épaisseur du sperme humain et le tube filiforme des trompes qu'il aurait à parcourir, à gravir de bas en haut, contre les lois mêmes de la pesanteur, lui paraissent des obstacles insurmontables à ce qu'il puisse atteindre l'ovaire. D'autant plus que, d'après les expériences du docteur Blundell, ce conduit étroit est alors rempli d'un liquide abondant, venant en sens contraire, opposé. Il l'a constaté sur des lapines en les soumettant au mâle après avoir interrompu la continuité du vagin avec la matrice et en ouvrant celle-ci aussitôt après leur accouplement. Une grande quantité de liquide albumineux, s'écoulant de l'orifice utérin des trompes, baignait l'intérieur de la matrice. Un double courant en sens contraire et des contradictions opposées rendsfnt ce mécanisme hypothétique, il est déclaré impossible.
Etant positif, d'autre part, que l'ovule se détache spontanément de l'ovaire à chaque menstruation de la femme non fécondée, le siège de la fécondation dans la matrice est considéré comme démontré. Comment la segmentation consécutive de l'ovule et la formation de la membrane enveloppant le chorion pourraient-elles d'ailleurs s'effectuer dans la trompe? Celle-ci est donc considérée comme le simple réceptacle de l'ovule non fécondé qu'elle conduit et chasse dans la matrice à la rencontre du sperme, comme