‹ La génération universelleChapitre 20 sur 82 · SI · texte numérisé non relu

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celui-ci y est conduit et chassé par les conduits éja cuiateurs. {Ovarian physiology and palliology, Londres, 18C5.)

Toute cette critique tombe et se réfute d'ellemême devant l'action exclusivement fécondante des spermalozoaires et la mobilité extrême de ces animalcules. N'ont-ils pas été rencontrés vivants dans les trompes mêmes? Les grossesses extra-utérines, en dehors delà matrice, montrent bien que la fécondation n'a pas lieu que là et s'opère ailleurs. Toute opinion, tout système exclusif, à ce sujet, sont donc prématurés et le seront encore, tant que l'on n'aura pas vérifié ce phénomène sur place.

Ces dissidences montrent l'incertitude oîi l'on est du siège précis de la fécondation et témoignent de la difficulté, l'impossibilité même de le constater positivement de visu. Toutes les données précédentes étant déduites des signes extérieurs de la menstruation, on comprend ces contradictions quand on a vu combien cette foiiction varie dans sa fréquence et sa durée. Au lieu de cherchera déterminer un point fixe, un endroit unique où s'opère le contact, la fusion des spermalozoaires avec l'ovule, n'est-il pas plus simple d'admettre que cette rencontre a lieu indistinctement sur tous les points de ce trajet, depuis l'ovaire jusqu'à la matrice, suivant les mouvements et la vitalité propre des animalcules? Étant constaté d'une part que l'ovule non fécondé parcourt ce trajet en descendant à chaque menstruation, et, d'autre part, du sperme émis ou introduit artificiellement dans les organes femelles ayant permis de

rencontrer plusieurs jours ensuite des spermatozoaires vivants dans la matrice, les trompes et jusque sur l'ovaire, comme la grossesse ovarienne le démontre péremptoirement, il nous semble plus logique et rigoureux d'admettre que la fécondation s'opère indilféremment dans tous ces points que de disputer en faveur de l'un d'eux en particulier. Les phénomènes de la génération des plantes par le pollen et la graine montrent qu'il ne faut pas être localisateur aussi exclusif.

Des preuves concordantes témoignent, au contraire, du rôle actif des spermatozoaires dans ce phénomène. Ils ne se rencontrent dans le sperme qu'après la puberté et n'existent pas dans celui des hommes stériles, ni chez les espèces animales infécondes comme le mulet. Ils meurent quinze à vingt heures après l'excrétion du sperme et sont tués par une décharge électrique, ce que l'on reconnaît à la cessation de leurs mouvements spontanés. Le sperme perd dès lors sa vertu fécondante, lorsqu'il est introduit artificiellement, d'après les expériences de Prévost et Dumas ; démonstration péremptoire de leur rôle principal. Quant à leur mode d'action, c'est là le problème insoluble, le mystère impénétrable de la vie, et le secret de Dieu.

Le Mode d union des deux principes générateurs n'est pas mieux connu que son siège. Plus de deux cents systèmes ont été imaginés successivement par les anciens à cet égard, sans qu'un seul mérite d'être adopté absolument. L'épigenèse et l'évolution,

>\m les résument tous, méritent seules d'être citées cciKiTî M^ ^:f rapprochant le plus des doctrines qui tendent eacore à prévaloir actuellement.

B'aprf'S le système de Vépigenèse, le nouvel être se ioniii primitivement par l'union, le mélange ou lasiipt iposition de molécules ayant la disposition voulue pour le constituer, ou qui la reçoivent par la fécondation. Une force inconnue dans son essence, appelée cosmique, plastique, essentielle, nisus formafiviis ou force de formation, présiderait à leur union. Les anciens philosophes grecs et quelques modernes, comme Blumenbach, Lamarck, expliquèrent ainsi la reproduction journalière des êtres vivants et leur origine primitive. Ilippocrate admettait, par exemple, que chaque sexe apportait deux humeurs ou semences, du mélange desquelles résultait un gargon ou une fille, suivant que ces germes étaient forts ou faibles. Descartes, Pascal, Buffon, adoptèrent cette théorie, en la modifiant selon les idées scientifiques de leur temps. Ayant découvert des globules mobiles dans tous les liquides, animaux et végétaux, Buffon en inféra que c'étaient autant de molécules organiques dont se composait le corps humain et qui servaient à sa formation et à son accroissement. De là son immense retentissement, l'origine de la doctrine cellulaire de Virchow et celle ties germes de Pasteur, qui se disputent encore l'euipire des esprits. Toute la différence, c'est qu'au lieu de s'en servir pour expliquer le mystère de la fécondation, ils en font la cai c des maladies;

au lieu d'édifier, c'est pour détruire ; signe distinctif du temps.

Prévost et Dumas ont bien indiqué autrefois, par suite de leurs observations sur l'œuf des oiseaux, l'existence d'un pertuis au niveau de la matricule servant de voie d'introduction aux spermatozoaires dans le vitellus. Barry aurait même vu un de cei animalcules s'enfoncer dans la zone transparente qui entoure l'ovule chez la lapine, et les études de Pouchet, sur les mollusques, lui ont montré aussi une solution de continuité à la surface de l'enveloppe vitelline.

Le crédit accordé aujourd'hui à la doctrine cellu laire a fait négliger, abandonner toutes ces recherches de mécanique microscopique, maintenant reléguées au dernier plan. Gh. Robin, son chef autorisé en France, admet, comme nous l'avons déjà dit, que cette union consiste dans la dissolution des spermatozoaires avec pénétration endosmotique, molécule à molécule, dans l'ovule femelle. Du contact du sperme avec l'ovule, il s'établirait, à travers celui-ci et de dehors en dedans, des courants spermatiques qui entraîneraient avec eux les zoospermes. [Roubaud.) Mais ce n'est là qu'une simple induction fondée sur les doctrines régnantes ; aucune démonstration n'existe à ce sujet. Autant vaut donc dire, comme dans notre Traité du mariage, quelafécour dation résulte d'une action moléculaire, organique, vitale, car il est impossible de l'expliquer par aucune théorie physique ni chimique.

Aller plus loin, c'est tomber dans l'abstraction et

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rhy/)othèse, c'est tenter l'impossible, en demandant comment, de cette action moléculaire, résulte l'être nouveau. Voici pourtant des observations toutes récentes, faites en Allemagne, qui tendent à confirmer ce mécanisme. Elles ont eu lieu sur des espèces animales inférieures dont la fécondation, rapide et à nu pour ainsi dire, permet d'en étudier, d'en saisir les phénomènes successifs sur le vivant. Ilermann Fol a ainsi décrit et figuré, le premier, la pénétration des spermatozoïdes observée chez l'oursin, dans sa communication à l'Académie des sciences, le 29 février 1877.

Depuis, Ilertwig a vérifié que cette fécondation s'accomplissait par la pénétration de la tête des spermatozoïdes dans l'ovule, où elle se transformait dans le vilellusen un petit noyau qu'il appcUespermatique (spermctAiern). Radié, entouré de rayons au d'expansions, de prolongements, il s'avancerait vers le noyau de l'ovule et s'unirait à lui pour former les deux noyaux de segmentation.

Mais Slrasburger ne peut admettre que le corps même du spermatozoïde forme ce noyau. 11 a remarqué qu'en devenant perceptible chez le Phallusitty ce noyau est toujours plus grand que la tête de ces V animalcules, dont le nombre indélmi assiège de toutes paits la membrane de l'œuf. IVmrlui, c'est par diffusion, comme il l'a vu et conslalé dans la fécondation des plantes, que la subsl;ince nucléaire des spermuto/^oides traverse l'envelojjpe de l'ovule et se concentre à l'intérieur sous la forme du noyau spermatique, sans que celte substance agisse comme

élément morphologique, mais physiologique. C'est donc la confiimation du phénomène etidosmotique admis avant la vérification du microscope.

Dans ses nouvelles Recherches sur la génération des mollusques gastéropodes, le professeur J. Ferez, de Bordeaux, a aussi vu dans le diverticule de l'hélice, en train de pondre ses œufs, des spermatozoïdes s'agiter avec une grande vivacité autour de ces ovules. En dardant leur tête contre ceux-ci, ils semblaient faire effort pour les pénétrer, et, par l'énergie de leurs mouvements, ils imprimaient souvent à l'ovule libre une trépidation très sensible. Ils étaient nombreux et s'agitaient avec le plus de force autour des ovules premiers-venus, placés on haut du diverticule, tandis que l'on n'en découvrait souvent aucun parmi les ovules trouvés en bas et sur le point d'entrer dans Toviducte, où ils se développent très rapidement.

Dans ce diverticule où ils apparaissent à l'œil nuj au nombre de quarante à cinquante — sous forme de petites granulations très régulières, d'un blanc mat, tranchant sur le fond translucide de la paroi du canal qui les contient et rempli aussi de spermatozoïdes en mouvement — aucun de ces œufs, examinés avec grand soin sur toute leur surface, n'a présenté, ni de près ni de loin, rien qui ressemblât à un animalcule engagé dans sa sphère. Au contraire, on ne trouvait pas un seul animalcule autour de tous ceux qui, en bas, offraient les caractères de la fécondation.

Les spermatozoaires disparaissent donc après la

fécoiiidation. On n'en trouve jamais dans le diverticule de l'Iiélice, dès que la ponle est terminée. Aucun des ovules fécondés, trouvés dans l'oviducte, n'en présente de traces apparentes. D'où l'auteur conclut avec Strasburger que la fécondation est simplement le résultat de la dissolution du spermatozoïde » la surlace de l'ovule, qui en absorbe la substance pour s'en nourrir et évoluer ensuite. Les prétendues queues de spermatozoaires pénétrant l'ovule, figurées par les auteurs allemands, ne seraient que les expansions radiées des deux noyaux provenant de la vésicule germinative, lesquels, en produisant les deux globules polaires, formeraient l'origine même du nouvel être. {Journal d'anatomie et de physiologie^ h° 4, 1879.)

Cette tliéorie de la superposition des cellules,, ou plutôt leur transformation, gagne néanmoins cliaque jour des adhérents parmi les observateurs les plus réservés. Ils se limitent à entendre par là que le nouvel être, dans son origine, se forme d'un seul coup, tout en confessant leur ignorance sur le mécanisme de cette formation. M. Balbiani a constaté ainsi, par des recherches microscopiques récentes, qu'outre la cellule germinative il y avait, en dehors des zoospermes et des ovules, d'autres cellules préexistantes, appelées embryogènes, qui participent primitivement à la formation de ces éléments delà fécondation par leur conjugaison avec eux. Il a vu, en dehors du stroma ou trame du testicule et de l'ovaire, deux sortes de cellules, les unes libres et recontiaissables à leur volume, — ovules renfermant une vé-

sicule de Purkinge, ou son horaotype — les autres plus petites, groupées autour de la précétlente, et formant, par leur réunion, une espèce de capsule ou loge dont les parois offrent les caractères épithéliaux.

Et tandis que ces cellules centrales et périphériques restent stationnaires dans le jeune âge, on voit des rapprochements, des soudures, des conjugaisons s'opérer entre elles à l'époque des amours ou du rut. Leur mode de groupement varie même, suivant la nature des produits à obtenir. Selon que le travail physiologique s'opère dans les cellules pariétales ou autour de la cellule centrale, il en résulte un ovule femelle ou une vésicule spermogène, laquelle fournit les spermatozoaires, ce qui exclurait leur génération spontanée.

Évolution. D'après ce système, au contraire, le nouvel être préexiste, sous une forme indéterminée, dans l'un des deux conjoints. Avivé par l'autre dans la fécondation, il commence dès lors la série d'évolutions qui doivent le conduire à former un individu indépendant et différent, car la distinction du sexe reste à expliquer, à moins que lès évolulionnistes ne le supposent tout formé et préexistant à la fécondation par la différence primitive, restée jusqu'ici insensible et inappréciable, des ovoblastes ou des gpermatoblastes. Les uns seraient ainsi mâles et les autres femelles, comme semble l'indiquer le sexe différent des œufs avant leur incubation. En attribuant cette différence de sexualité aux ovoblastes, le

mystère de la fécondation serait très simplifié, le mâle restant absolument étranger à la détermination du sexe. Mais rien n'est encore établi à ce sujet.

Aucun signe perceptible constant ne révèle immédiatement l'imprégnation de la femme, malgré toute l'importance de cet acte. La femme elle-même n'en a pas ordinairement plus conscience que de la chimification des aliments ou des autres fonctions placées en dehors de la volonté humaine. Elle s'opère à l'insu des deux conjoints. La vie commence insensiblement, comme souvent elle finit.

On signale cependant, comme signes du coït fécondant, un spasme voluptueux très intense et simultané chez les deux sexes, suivi d'une sensation de langueur, presque de défaillance, avec aspiration complète du sperme laissant le pénis presque sec et le vagin sans écoulement consécutif. Ces phénomènes, suivis parfois de frisson dans la colonne vertébrale, sont les plus sensibles.

D'autres, plus vagues et moins appréciables, s'observent exclusivement chez la femme : douleur spéciale de l'ombilic, mouvement insolite dans la matrice, chatouillement dans les aines, sentiment de chaleur, de plénitude et de pesanteur dans le basventre, tendance à croiser les cuisses, tremblements, pandiculations, propension au sommeil ; effets évidents de l'éréthisme, de la turgescence générale qui vient d'avoir lieu, sans rien de spécial ni de caractéristique, si ce n'est le gonllemenl du cou quand il s'observe.

Il n'y a donc, dans tout cela, rien de constant ni d'absolu. Si îles femmes ne se trompent pas à quelques-uns de ces signes, les premiers surtout, en déclarant aussitôt qu'elles sont prises, imprégnées, c'est plutôt en vertu de leur expérience persormelle, de certaines perceptions ressenties. Des opérations aussi intimes, moléculaires, mystérieuses, sont très difficilement appréciables et ne peuvent être perçues à coup sûr.

Si limitées que soient encore ces connaissances positives, relativement à ce qui reste à apprendre, elles sont un ^rand progrès sur les théories superstitieuses, les hypothèses gratuites, imaginées pour masquer l'ignorance qui régnait à ce sujet, il y a moins de deux siècles. On admettait les esprits animaux, Vaura ssminalis, la fermentation, l'intussusception, la force vitale, les molécules organiques, l'imagination même, etc., pour expliquer la fécondation sans l'intervention de l'homme. De là ces contes, ces fables rapportés à l'appui de ces croyances naïves, con)me des histoires véridiques, entraînant les plus graves erreurs judiciaires.

Une femme accoucha ainsi de deux jumeaux, selon Tite-Live, après neuf ans de résidence dans une île absolument déserte. L'affirmation de Virgile, qu'une femme peut éti« fécondée en regardant simplement l'occident et en aspirant avec force l'air qui souffle de ce point cardinal, est de la même valeur. Une autre fable analogue, racontée par Amato Lusitano,

est celle d'une femme devenue enceinte après l'embrasseincnt d'une de ses amies qui venait de cohabiter avec son mari. De là le jugement inique du Parlement de Grenoble, rendu en 1651, déclarant légitime et héritier des biens de l'époux un enfant, né après quatre ans d'absence du mari, dont la mère affirmait avoir été fécondée, pendant son sommeil, par la seule force de l'imagination. L'exemple cité par Averroës, d'une femme fécondée en entrant dans un bain oii des libertins s'étaient pollués auparavant, est aussi immoral. Celui de cette jeune fdle, cité par Zaquias, devenue enceinte par l'influence du sperme de son père qui eut, en rêve, une pollution dans le lit où elle dormait, l'est encore bien davantage. Tous ces eflets fécondants de l'imagination ne sont qu'un leurre, une tromperie, comme le montra, dès le dernier siècle, l'opuscule d'Abraham Johnson sur Vart d'être mère sans époux.

On peut en dire autant des Incubes et des Succubes, dont le prétendu rôle est trop obscur pour y ajouter foi. Leur influence mystérieuse est née de l'imagination des anciens théologiens pour fortifier la croyance en la conception miraculeuse de Marie, dont Pie IX a fait récemment un dogme, pour plus de sécurité. Aussi n'eut-elle de succès que sous le règne des projugés et de l'ignorance.

Tout ce fatras de théories, d'erreurs et de superstitions a heureusement fait place à l'observation et à la science pure. Depuis la découverte des animalcules dans le sperme et la formation des vésicules dans les ovaires, l'attention reste lixée sur le rôle

réciproque de ces deux agents distincts, séparés ; leur absence, malgré le coït, entraînant infailliblement la stérilité dans toutes les espèces animales, d'après les expériences multipliées et l'observation universelle. Attiibué d'abord exclusivement à la semence que le père de la médecine croyait provenir également des deux sexes, ce rôle fut ensuite dévolu à la femme par la découverte des ovaires, de leurs vésicules et leurs ovules. Harvey, de Graaf, Malpighi, Valisnieri, Bonnet, Spallanzani, qui ont le plus contribué à ces découvertes, en furent les plus célèbres défenseurs, en attribuant à la femme le rôle principal qui lui est universellement reconnu aujourd'hui. Mais la découverte des sperraatozoaires changea les rôles, et ses auteurs s'exagérèrent tant celui de ces animalcules, qu'ils en firent les agents exclusifs de la génération.

De là les deux sectes des ovaristes et des animalculistes qui se disputèrent longtemps la priorité du nouvel être en faveur de l'homme ou de la femme. La vérité est que ni les uns ni les autres de ces grands esprits n'avaient exclusivement raison. Chacun en avait sa part proportionnelle, puisque la fécondation résulte à la fois de l'homme et de la femme, des sperraatozoaires et des ovules. L'un sans l'autre ne peut rien produire. Chaque observateur avait exactement reconnu la présence de ces deux germes séparés de la vie. Leur tort fut de vouloir tout expliquer systématiquement par leur découverte, sans tenir compte de l'autre, et de raisonner à 'priori sans voir ni observer les faits. C'est par l'observation ultérieure

des savants désintéressés dans ces graves contestations, et à l'aide d'instruments perlectionnés, que le rôle de ces deux grands facteurs de la fécondation fut constaté et fixé définitivement.

Il se révèle d'ailleurs très clairement par l'observation même des êtres inférieurs et c'est ainsi que les premiers naturalistes ont pu s'en rendre comdte et l'expliquer. En se communiquant par la fécondation, la vie humaine, comme celle des grands animaux, est si positivement l'émanation des éléments et des forces qu'ils y apportent réciproquement, que le mâle, en en fournissant la plus grande part, est toujours immédiatement atteint, frappé à l'issue de cet acte. La vie, faible et éphémère, ne peut même résister à cet emprunt, ce dégagement spontané ; elle disparaît en se reproduisant. Les étamines de la fleur tombent, meurent les premières et plusieurs insectes, même assez volumineux, succombent également aussitôt ce suprême sacrifice, comme on l'a vu. L'homme n'y résiste qu'en en étant toujours plus ou moins affaibli, suivant ses forces, sa vigueur constitutionnelle ou la disposition du moment. Tout, dans la nature, révèle cette loi inéluctable que l'on ne doit remplir cette fonction suprême qu'avec mesure et sobriété.

Lente et graduelle est ainsi la marche du progrès. Tous ces différents systèmes avaient quelque fondement, une part de vérité, mais, en prétendant la posséder exclusivement, ni l'un ni l'autre ne purent triompher, et c'est au contraire par leur réunion, leur fusion, que les modernes sont arrivés à en faire

un corps de doctrine positive qui semble inébranlable, indestructible. On peut ainsi espérer que le mystère de la génération finira par s'éclaircir et s'expliquer au foyer des lumières grossissantes du microscope.

Croisements des races. L'hérédité, démontrée dans la génération des mammifères par la sélection artificielle et le métissage, dont nous avons donné des exemples, n'est pas moins évidente dans la génération humaine par le croisement des différentes races. On en distingue quatre principales, d'après la couleur de la peau.

C'est la race blanche qui occupe exclusivement l'Europe et se répand de plus en plus dans les autres parties du monde. Les peuples civilisés qui la composent se divisent en bruns ou blonds, suivant la couleur de leurs cheveux. C'en est le trait distinctif le plus saillant.

Le teint basané, jaune, olivâtre est, au contraire, la caractéristique de la race jaune qui peuple l'Asie. Le Chinois, aux cheveux noirs et plats, nez épaté, yeux obliques, en est le type.

En raison de la couleur brique de la peau, le nom de race rouge a été donné aux sauvages de l'Amérique. Leur chevelure est identique à celle des Asiatiques, mais la conformation du visage est différente.

Enfin les nègres de l'Afrique et de l'Océanie, à la peau cuivrée, lèvres épaisses, cheveux crépus, nez épaté, camard, forment la race noire, la moins avancée en civilisation. '

De l'union, l'alliance de celle-ci avec la race blanche, qui remonte à la plus haute antiquité en raison de leur voisinage et de leurs invasions, résulte la preuve irrécusable de l'hérédité organique par la transmission immédiate des caractères distincts de l'une et de l'autre aux enfants. D'un nègre et d'une blanche naît le mulâtre avec la peau jaune noire, les cheveux noirs et non laineux. Du mulâtre avec une blanche naît le quarteron dont la peau est noircie ainsi que les longs cheveux : ses traits s'éloignent déjà de ceux de la race africaine. Le quarteron et la blanche engendrent l'octavon, moins noir que le quarteron, et se rapprochant du type européen, Ennn le fils de celui-ci, uni à une femme blanche, se confond déjà avec ceux de race caucasique. Quatre générations successives, en sens inverse, font également descendre le type blanc au type nègre, et il est permis de calculer ainsi et de graduer la part qualitative revenant à chaque générateur.

La couleur persistante des cheveux noirs chez les méridionaux de l'Europe peut être rattachée à leur voisinage de l'Afrique, caries peuples du Nord sont particulièrement blonds.

Supérieurs aux animaux, les métis humains, en provenant d'une espèce unique, peuvent se reproduire entre eux. Un exemple remarquable s'en est offert à M. Thibault dans le royaume de Dahomey sur la côte occidentale d'Afrique, en 18Cù. (Jn riche traitant portugais, Da Souzi, avait eu une trentaine d'enfants avec les quatre cents femmes esclaves reniermees dans son harem. Ayant élé réduits, par les

FÉCONDATION. tS8!«

rois du pays, à vivre et à s'unir ensemble dans la plus honteuse promiscuité, ils avaient pu se reproduire jusqu'à la troisième génération, formant entre eux des unions aux degrés de parenté les plus proches et les plus monstrueuses. La misère, la débauche et la syphilis détruisaient ce troupeau de métis dont la peau revenait rapidement au noir foncé, bien qu'issus d'un blanc. {Archives de médecine navale,[S64.)

Ce caractère héréditaire de la génération peut révéler et mettre au jour l'infidélité la mieux cachée- Une princesse turque, étant accouchée d'un enfant noir, l'attribua à l'influence de l'imagination par le saisissement éprouvé en apercevant un nègre pendant sa grossesse. Ellel'avait bien vu...,en effet, comme le pensa le pacha, son mari, qui la fit aussitôt jeter à la mer. Une négresse mit à la fois au monde trois enfants : l'un noir, le second blanc et le dernier cabre, type du mulâtre et de la négresse. Deux jumeaux, incontestablement du même père avec une femme blanche, au lieu d'être uniformément mulâtres, présentaient au contraire, séparément, les caractères distmctifs opposés de couleur et de cheveux de leurs parents : Tur tenant exclusivement du père et l'autre de la mère. La peau méni: peut être blanche et noire à la fois sur des parties dilférenles, comme un exemple remarquable s'en trouve à Hérédité. L'égalité d'action des producteurs se montre dans ces cas aussi clairement qu'entre le métissage des plantes et des animaux.

C'est aussi la démonstration éclatante de l'unité

de l'espèce humaine que les polygénistes divisent suivant ses différents caractères. Leur variabilité dans ce qu'ils ont d'essentiel et de fondamental, comme chez les animaux de la même espèce, en est la contradiction formelle. Nous montrerons que le climat et le milieu suffisent à les modifier, les effacer spontanément dans l'une et l'autre variété.

Les vices organiques, les difformités se transmettent de même et peuvent aussi devenir des révélalions accusatrices. Les caractères moraux et surtout les vices, les aptitudes affectives, les qualités du cœur, l'intelligence, le talent, se transmettent également comme les maladies, ainsi qu'on en trouvera des exemples plus loin.

Formation des sexes. C'est l'une des principales questions à résoudre dans la procréation, la plus délicate et la plus agitée qui ait exercé la sagacité des philosophes et des médecins de l'antiquité. Ils en donnèrent une solution très simple : le sexe masculin provenait des organes du côté droit et le féminin de ceux du côté opposé. Malgré la naïveté de cette croyance, elle a traversé les siècles, et il est encore des populations où les commères, consultées sur le sexe de l'enfant que porte la mère, font étendre celleci sur le sol. Si, pour se relever, elle s'appuie à droite, c'est un garçon et une fille si c'est à gauche. L'art de procréer des sexes à volonté, rajeuni par Millot au commencement de ce siècle, n'avait pas d'autre secret. Il conseillait simplement aux conjoints de s'incliner, pendant la copulation, du côté favorable

à la procréation du sexe désiré pour l'obtenir sûrement.

L'absurdité de cette conception est trop évidente pour la réfuter. La ligature ou l'extirpation d'une glande séminale chez certains quadrupèdes, taureau ou étalon, bélier ou porc, chien ou lapin, eût suffi pour décider la question par les résultats subséquents. On pouvait même en faire autant sur les femelles pour obtenir une certitude complète. Mais le temps n'était pas aux expériences et l'imaginatioB seule avait droit de décision en pareille matière.

Les preuves contradictoires sont aujourd'hui nombreuses et péi emptoires, aussi bien dans l'espèce humaine que chez les animaux. Les hommes monorchides, c'est-à-dire n'ayant qu'un testicule, procréent indistinctement des garçons et des filles, de même que ceux qui, pour une maladie, ont subi la castration d'un côté. Velpeau cite le cas d'une femme, mère d'un garçon et d'une fille, qui, morte à la Maternité, présenta à l'autopsie un seul ovaire et une trompe insérés à l'angle d'un demi-utérus. Des femmes ayant perdu un ovaire ont aussi conçu des enfants des deux sexes. Cette preuve expérimentale est renouvelée tous les jours depuis que Tovariotomie normale et pathologique est pratiquée à profusion, comme on l'a vu à Menstruation. Ce résultat est d'accord avec les expériences de Legallois qui en enlevant un ovaire à des lapines, les a vues donner indistinctement ensuite des mâles et des femelles. En ouvrant des femelles ayant une matrice bilobée ou double, dans l'état de gesta-

tion, on a également rencontré des mâles et des femelles dans le môme compartiment. De là l'erreur des anciennes croyances.

Les doctrines astrologiques ont ensuite eu leur règne et leur crédit. La lune, la direction du vent et la température ont été tour à tour invoquées, par les agronomes, comme ayant une influence sur la détermination du sexe des produits des espèces animales domestiques, qui servaient d'observation et d'étude à ce sujet. 11 fallut les expériences contradictoires de Girou, signalées page 214, pour faire revenir do cette erreur, en montrant d'une manière péremptoire que l'action des producteurs seuls en était directement la cause, suivant que l'un ou l'autre apportait plus ou moins de chaleur, de vigueur et de force, sinon de matière, dans l'acte même de la procréation.

L'observation directe dans l'espèce humaine tend aussi à confirmer cette interprétation. Tandis qu'en Perse et les autres pays de l'Orient où la polygamie existe, les statistiques des naissances donnent la proportion de 106 filles pour 100 garçons, c'est le contraire en Europe, où la monogamie prévaut : il y a 106 garçons pour 100 filles. La fécondation donne aussi plus de filles que de garçons dans les mariages d'hommes de 18 à 24 ans avec des femmes de 15 à 20 ans, et plus de garçons que de filles, au contraire, dans ceux d'hommes de 25 à 40 ans avec des femmes de 21 à 50 ans. Les garçons prédominent toujours quand l'homme est plus âgé que la femme, et les filles dans le cas contraire, pour s'égaliser

ensuite. Le plus grand nombre de naissances masculines dans les campagnes que dans les villes vient encore à l'appui de cette interprétation.

Devant ces faits positifs, faut-il attribuer la prédominance de l'homme ou de la femme, dans la production du sexe, à l'influence de l'âge, des forces physiques, constitutionnelles, ou à une prépondérance locale des organes génitaux, de la faculte génératrice? Le nombre presque équivalent des garçons et des filles, dans la plupart des ménages, tend à prouver le contraire, à moins d'admettre que les générateurs alternent dans leur sujiénorité génésique. Une sage continence et un légiuie tonique, fortifiant, stimulant même, sont ainsi prescrits parfois avec succès à celui des générateurs qui veut obtenir un enfant de son sexe, tandis que des conditions opposées sont requises de l'autre conjoint.

Une opinion différente, opposée, a été émise pour rendre compte de ce fait général : c'est que la prépondérance respective est tout accidentelle, passagère, momentanée, et ne doit s'entendre que de la vigueur et l'ardeur apportées dans la co|tulation et la fécondation qui en résulte. Mais l'appétit, l'ardeur vénérieime, ne sont pas toujours la coiisé(iuence de la force, de la vigueur corporelles. Les hommes obèses engendrent plus de filles que de garçons, et les femmes maigres, nerveuses, plus de garçons que de filles. S'il e^t assez probable que le sexe est déterminé par le conjoint dont la force proIKique, la part d'action, est plus intense dans la fécondation,

il est bien difficile d'agir à cet égard, sinon dans le choix et la détermination du moment propice.

Les embryogénistes allemands, en croyant constater positivement la pénétration de l'ovule par les spermatozoaires dans la fécondation, en ont tiré une explication aussi simple que facile de la formation des deux sexes. Entre les deux noyaux radiés, observés dans l'ovule après la fécondation, lïertwig admet une différence essentielle d'origine : l'un est un noyau femelle {Eikern), l'autre un noyau mâle [Spermakern). Le premier appartient en propre à Tovule, le second y est introduit et résulte de la transformation du spermatozoïde fécondateur. Des différences morphologiques correspondantes à leur origine et à leur fonction distinctes étaient même décrites et figurées, et de leur conjugaison, leur union, résultait le sexe mâle ou femelle, selon la prédominance de l'un ou de l'autre, c'est-à-dire un garçon ou une fille. C'était le trioni[)he du microscope et... de l'école allemande.

« L'obscur mystère de la génération sexuée se trouve flinsi éclairci de la façon la pins simple, s'écrie IliBckel enthousiasmé, et le merveilleux problème de l'amour, cette âme du monde, est enfin résolu sous la forme la plus correcte. » Il ne s'agit plus, pour lui, ni d'organes, ni d'a|)pareils sexuels, acquis et perfectionnés lenteineul et progressivement par le transformisme ; il n'y a, à l'origine, que des cellules ovulaires femelles et des cellules sperma-

tiques mâles. Loin d'être séparées dans des organes spéciaux, distincts, comme chez les êtres sexués, elles sont réunies, confondues ensemble, mélangée» simplement avec d'autres, comme chez les organismes asexués, se reproduisant par scissiparité ou bourgeonnement, l'éponge, par exemple, qui est une «impie masse de cellules. Tout le mystère pour ces cellules de deux sortes, détachées de leur souche, est de se rencontrer dans l'eau et, par leur « affinité chimique, de se confondre l'une dans l'autre ».

Le contrôle de ces observations ou plutôt de ces hypothèses, fait par M. Ferez, a infirmé complètement ces conjectures. La présence, antérieure à la fécondation, de deux noyaux dans la vésicule germinative; leur similitude parfaite, avant comme après, et la formation des globules polaires, auxquels ils donnent lieu, pour se détruire ensuite, montrent tout le néant do ce brillant échafaudage, d'après l'exposé fait page 375.

• Il est impossible, sans doute, de connaître au 'juste les modifications opérées dans l'ovule humain après la fécondation, suivant les données positives acquises sur ces commencements de la vie dans l'œuf de mollusques aussi rudimentaires. Outre toutes les causes d'erreur qu'il y a à observer ainsi au microscope et avec les réactifs des cellules moins stables et résistantes que les cellules humaines, estil permis de conclure d'êtres aussi inlérieurs à l'homme ? Si le mode de génération est le même par l'œuf, est-ce que le mécanisme n'est pas tout dif-

féreni? Les phénomènes de fusion, d'endosmose des cellules doivent varier, de même que leurs effets. Ne serait-il pas erroné, par exemple, de conclure de la fécondation de plusieurs générations à la fois du puceron et de plusieurs œufs de la poule à celle de l'homme, comme des métamorphoses des insectes et de quelques reptiles? Que de modalités différentes et variées la nature emploie pour réaliser ses lois iramuahles ! Ces recherches d'emhryologie comparée ne sont que des jalons propres à guider dans l'examen direct de l'ovule humain, ou du moins de celui des mammifères qui s'en rapprochent le plus. Hippocrate en jugeait ainsi, comme l'immortel Ilarvey et tous les grands embryologistes qui ont fait avancer les connaissances humaines à ce sujet. On ne peut connaître tous les secrets de la vie en ne l'observant, en ne l'interrogeant que sur ses rudiments, suivant la méthode actuelle. Agir ainsi, c'est de la spéculation scientifique, untrompel'œil, comme le prouvent les nombreuses contradictions qui en résultent tous les jours.

N'est-il pas plus physiologique d'admettre que la différence du sexe dépend essentiellement, avec ou sans les conditions j)récitées, du degré de vitalité de l'ovule pour les filles, et de la force, du nombre des spermatozoaires pour les garçons? Un régime plus ou moins azoté, la continence, ou des excès agiraient contradicloirement dans ce cas, comme iur les autres fonctions.

Des observations faites tout récemment à la Maternité de Boston viennent à l'appui de cette théorie. Le docteur Ileitzmann, de New-York, ayant avancé que le sexe dépend de la fécondation de l'ovule par un plus ou moins grand nombre de spermatozoaires : mâle quand plusieurs y concourent, femelle s'il n'y en a qu'un seul, il s'agissait de vérifier, d'après les données positives de l'ovulation , les conditions différentes où ce phénomène opposé a chance de se réaliser. Vingt filles célibataires, dont la date du coït fécondant a pu être précisée ainsi que l'époque de la menstruation, soumises à cette enquête par le docteur Swift, ont fourni les résultats suivants : le sexe a été prédit correctement chez douze avant l'accouchement et confirmé chez cinq, n'ayant eu qu'un seul coït. La date fut vérifiée chez trois après l'accouchement, d'après le sexe de l'enfant. Tous ces faits, rapportés en détail, ont donné dix garçons, dont la conception positive ne pouvait remonter au delà de cinq jours après les règles, tandis que celle des dix filles remontait au moins à neuf.

Telle serait la différence admise entre les sexes, l'après l'explication suivante : la menstruation marquant la descente de l'ovule, il a dès lors la chance de rencontrer un plus grand nombre de sperraatoloaires, et, si la fécondation en résulte, le sexe sera mâle en vertu de leur action prédominante. Plus tôt ou plus tard, ces animalcules ne pouvant atteindre l'ovule qu'à une grande hauteur, peu y parviennent et le sexe féminin en résulte infailliblement, en rai-

son du rôle prépondérant de l'ovule. Les éleveurs, conrorniéiiieut à la doctrine de Thury, réunissent ainsi les deux sexes, au début de la période du rut, quand ils veulent obtenir une femelle, et seulement quand celle-ci est depuis quelque temps en chaleur pour avoir un mâle. Le coït, pratiqué dans les mêmes conditions relativement à la menstruation, doit donc produire un résultat identique, c'est-à-dire qu'à partir de l'expulsion de 1 ovule, jusqu'après l'apparition des règles suivantes, toute fécondation doit donner une fille, et un garçon pendant la descente de l'ovule et son séjour dans la matrice. Le sexe dépendrait donc du moment, de l'époque de la fécondation

Une objection se présente, il est vrai : ce sont les grossesses gémellaires de sexe différent. A moins d'admettre une superfélation, tout le système s'écroule. Mais il se solidifie, au contrane, par ce qui s'observe dans la race juive, soumise à la continence pendant la période menstruelle, selon la loi de Moïse. Elle produit plus de filles que de garçons, comme les polygames d'Orient soumis à la loi analogue du Coran, qui étend à huit jours l'impureté menstruelle de la femme. A Livourne, les filles sont proporîionnellemenl plus nombreuses parmi les juifs que parmi les chrétiens.

Quoi qu'il en soit de ces différentes interprétations, elles reviennent toujours à ce fuit constaté et soutenu par la majorité des observateurs, dans l'es-

pèce humaine comme dans tout le règne animal, à savoir : que la sexualité est produite, déterminée par celui des deux conjoints qui apporte la plus grande part d'action, de force, ou mieux encore qu'elle revient et appartient à celui qui fournit les éléments prédominants de cette fonction mystérieuse.

Il est remarquable que personne n'a songé à attribuer cette différence du sexe à l'ovule même. Sa ressemblance et son uniformité, son identité à l'exa- Ajen, ont sans doute fait rejeter cette induction et dnle considère généralement comme neutre, asexué avant la fécondation. On n'a même pas cherché si quelque différence globulaire, cellulaire ou moléculaire dans sa composition, pouvait en rendre compte. Elle est cependant aussi probable ici, que dans l'œuf ordinaire fécondé dont aucune différence sensible, apparente, ni appréciable, n'existe entre le germe de celui qui doit donner un mâle et celui qui donnera une femelle, après une incubation tout extérieure. Sa réalité latente, cachée, n'en est pas moins ici logique et péremptoire. C'est une supposition forcée. Admettre le contraire serait en contradiction avec l'ordre naturel. Les cellules géantes n'expliquent-elles pas aujourd'hui l'origine du tubercule, comme les leucocytes, lesmicrocytes, les germes microscopiques, les plastidules même, plutôt supposés que démontrés, servent à établir celle d'une fonîe d'autres maladies? La recherche de cette différence possible dans l'ovule avant la fécondation devrait donc être faite.

Elle est justifiée par la présence de deux noyaux ou taches distinctes dans la vésicule germinative avant la lëcondalion, constatés par M. Ferez chez l'hélice. Ils seraient l'origine même de la distinction des sexes. L'évolution de ces deux noyaux, sous l'influence fécondante des spermatozoïdes, se traduit, en effet, en deux globules polaires apparaissant à la surface de l'ovule fécondé, gonflé ; lesquels s'en détachent ensuite, durant la conception, pour aller constituer le nouvel être, tandis que le surplus se réduit en granulations hétérogènes. Il est donc bien permis de prévoir que tout le secret de la distinction du sexe est là, suivant que l'action fécondante des animalcules spermatiques s'exerce sur l'un ou l'autre de ces noyaux primitifs, dont l'un des deux est toujours plus apparent et volumineux. Leur fécondation simultanée pourrait même expliquer les grossesses gémellaires de sexe différent. Autrement le noyau fécondé doit absorber naturellement son congénère par sa vitalité prédominante. C'est la lutte pour l'existence, dès le début de la vio, entre les iniiniment petits, comme plus tard entre les plus grands.

Il ne s'agit donc plus de ces rêves enfantés par l'ignorance sur l'art de procréer les sexes à volonté, ni de faire de beaux et grands enfants au physique et au moral, d'après les règles de la callipédie et dû la raégalanthropogénésie inventées par l'imagination, le charlatanisme. Une influence si considérable

était attribuée à l'imagination dans ces résultats que Pline, le grand naturaliste de l'antiquité, — sûr d'être toujours rencontré sur la grande route de l'incroyable, — raconte qu'une femme de sa connaissance accoucha d'un petit éléphant pour avoir regardé un de ces animaux. Heureusement qu'il était petit! Et Voltaire, le grand sceptique, a si bien cru à cette double erreur, qu'il l'a vulgarisée dans son Dictionnaire philosophique.

Malgré le plus violent désir d'avoir un garçon ou une fille, est-ce que les conjoints, au moment suprême de la fécondation, ont leur libre arbitre pour y penser? Dans l'ardeur qui les transporte, ils se confondent l'un dans l'autre sans s'appartenir eux-mêmes; ils ne pensent ni ne veulent librement, et ne font plus que ressentir leur volupté réciproque, avec une intensité qui les rend fous et leur enlève toute imagination. La nature semble réclamer, dans cet acte, la vie entière de ceux qui Pexercent; il y a incompatibilité de tout autre agent, sous peine de frustrer les vues de la reproduction. L'homme et la femme sont alors des instruments passifs du mystère de la génération : leur raison s'aliène, leur liberté morale disparaît et tout pouvoir moral leur est refusé sur le produit de la conception.

Mieux que tous les raisonnements possibles, les exemples précités de fécondation artificielle infirment péremptoirement cette influence supposée de Timagination. Où serait-elle, de part et d'autre, pendant un acte aussi matériel et exécuté séparément?

Le seul art réel d'avoir de beaux enfants n'est plus un secret pour les physiologistes ni les gens de bon sens : c'est l'union des deux sexes dans les meilleures conditions d'âge, d'esthétique, d'intelligence et de moralité. Accomplie ainsi dans un moment favorable et un état normal, la fécondation suivie d'une conception régulière ne peut donner que des enfants avec les qualités et les défauts des parents, leurs ressemblances et leurs prédispositions. S'ils sont des modèles, des types de beauté corporelle, grands, bien faits, forts et robustes, ils auront infailliblement de beaux enfants. Les individus maigres, débiles, petits et difformes n'ont jamais produit des Vénus ni des ApoUons. S'ils ont de grandes qualités morales, une intelligence vaste et profonde, des facultés saillantes, ils en transmettront les dispositions, comme celles de leurs défauts et de leurs vices. L'éducation, l'instruction, l'exemple ne feront que les développer ou les diminuer, les corriger ou les aggraver. Les ignorants, d'esprit simple et borné, ne feront jamais des Homère ni des Cicéron, des Aristote ni des Sénèque. Un blanc n'a jamais produit un noir, ni le nègre un blanc. Qualis pater, talis filius : tel père, tel fils, est un proverbe aussi vrai que vulgaire, car on ne peut donner ce que l'on n'a pas : Nemo dat quod non habet. I

Du mélange, de la fusion des deux sexes, s'ils «ont opposés physiquement et moralement, sans que l'un prédomine sur l'autre, pourra résulter un produit mixte, où le type de l'un et de l'autre sera

effacé. C'est l'avantage des croisements, du métis sage. L'un corrige ce que l'autre perfectionne, ei. un produit tout louveau, changé, transformé, métamorphosé, en résulte. Mais prétendre régler, préparer les unions humaines, comme celles des animaux, à jour et heure fixes, et dans des conditions déterminées d'avance, comme l'enseignent les faiseurs d'enfants à volonté, c'est méconnaître l'amour, privilège de l'espèce humaine, qui inspire, commande ce grand acte et y préside.

La raison suffit à guider l'homme et la femme pour avoir une progéniture digne d'eux. C'est la seule base scientifique pour avoir des garçons et des filles; ils doivent même se succéder alternativement dans toute union bien faite. Tout le reste n'est que théorie, hypothèse, hasard, anomalies, arrêts de développement ou maladie. Les modifications singulières et les transformations merveilleuses qui s'opèrent tous les jours dans la production végétale et animale — selon qu'elle est spontanée ou guidée, négligée ou cultivée, provoquée, quoique le germe brut seul y préside — montrent bien tous les changements que l'esprit, le sentiment, l'imagination, l'amour, les passions et les vices, dont l'homme est susceptible, peuvent y imprimer en l'animant. Contempler le miroir admirable de la nature, en permanence sous ses yeux, est donc, pour l'homme civilisé, le modèle à suivre pour réprimer ses excès raffinés et dangereux, comme î'homme brut y prendra des leçons de sagesse et de modération.

Hérédité. En donnant la vie par la fécondation, les parents transmettent à leurs enfants leurs conditions physiques de ressemblance, de force et de durée; c'est-à-dire de santé et de maladie, et jusqu'à leurs facultés psycliologiques et morales, sans que la volonté humaine puisse y rien changer. Ces effets résultent des éléments mêmes apportés par les deux sexes dans la génération, leur vitalité et leur influence réciproque. C'est la condition primordiale de la matière organisée des zoospermes et des ovulea dont toute la transformation normale consiste à re produire le type de l'espèce.

L'hérédité a ainsi ses racines dans l'intimité et le fondement même des tissus, de la vie ; elle existe antérieurement à la fécondation même dans ses éléments, du conflit desquels résulte l'un ou l'autre sexe. De leur similitude ou leur antagonisme dans leur rencontre, leur mélange ou leur fusion réciproque, naissent directement les modifications saines ou morbides qui s'observent plus tard. L'allaitement et l'éducation n'ont qu'une influence indirecte pour en atténuer les manifestations. De là l'intérêt, pour les familles et les Etats, de se préoccuper de ces conditions dans l'union des sexes et les "^ alliances, au point de vue du bonheur mutuel et de l'avenir de leur progéniture, en prenant pour base ce qui se produit expérimentalement dans les végétaux et les animaux.

Les principales qualités de forme, de couleur, de sapidité et de goût des plantes se tnuisrneltent par le choix de leur semence dans la plupart des espèces

Tégétales, tandis qu'une même graine, semée d'une manière uniforme dans la même terre, ne tarde pas à donner des produits dégénérés. Les modificalions, les changements, les variétés s'obtiennent, au contraire, par la culture, la greffe et l'hybridité. On les perfectionne ainsi à volonté dans leurs fleurs et leurs fruits. Et la démonstration est encore bien plus évidente chez les animaux domestiques dont on augmente artificiellement les qualités, en accouplant ceux qui les jirésentent au plus haut degré, comme les croisements en offrent l'exemple.

L'hérédité produit les mêmes résultats dans l'espèce humaine. Les enfants offrent la démarche, les mouvements, les manières, les gestes, les traits, le timbre de la voix, les singularités fonctionnelles de leurs parents. Sans se répéter exactement dans leur progéniture, ceux-ci lui impriment avec la vie une partie de la direction et la marche qu'elle avait chez eux. Le type physique, la conformation extérieure, la physionomie, la taille, la couleur sont à peu près les mêmes quand le couple est uniforme. Les traits sont moins distincts et apparents, si l'union s'opère au hasard et avec de grandes divergences, ils passent ainsi inaperçus et l'on ne distingue plus guère que? les caractères des quatre races natives et ceux des peuples principaux et de quelques grandes familles s'alliant entre elles. Tel est l'allongement des dents chez les Anglais et le teint roux pâle des Anglo- Saxons, les cheveux blonds des Allemands, le nez spécial des Juifs, comme l'était celui des Bourbons. Certaines familles romaines étaient distinguées

autrefois par les surnoms de naseones, labeones ou huccones, en raison de la longueur de leur nez et de l'épaisseur de leurs lèvres, comme les grandes maisons de Lorraine, de Mcdicis et de Montmorency l'ont aussi été par des traits, des caractères spéciaux.

Cette ressemblance extérieure, si commune et naturelle, est la première à exciter partout la curiosité et la malice, chez le riche comme le pauvre, à la naissance de chaque enfant. On en fait même le caractère de sa légil^imité et elle peut servir, en effet, à déceler sa bâtardise. Le croisement de deux individus de couleur différente accentuée suffirait à en fournir un signe indélébile, irréfragable, quoique, par l'action de l'atavisme, l'enfant puisse ressembler indirectement à ses grands parents.

La répulsion inspirée par les individus difformes, bossus, manchots, cagneux ou bancals, aux jambes inégales, courtes ou tordues, empêche seule qu'il ne se forme des races de ce genre. S'ils s'alliaient entre eux par défection naturelle, comme on le fait artificiellement par sélection ou choix chez les animaux, le même résultat aurait inévitablement lieu comme chez ceux-ci. La famille Lambert est restée célèbre en Angleterre, sous le nom d'hommes porcs-épics, pour avoir présenté pendant trois générations successives, au dix-huitième siècle, une sorte de carapace brunâtre et épaisse sur la peau avec les piquants d'un porc-épic. Les doigts et les orteils surnuméraires se transmettent si facilement que cette

polydactylie se présenta, à divers degrés, sur plus de quarante membres d'une famille espagnole. Des éminences cornées se sont aussi transmises, et la tribu des Niams Niams occupe une place distinguée dansTorthomorphie, sous le nom d'hommes à queue, par le prolongement de leur sacrum.

Un cas semblable, dont les détails naïfs attestent l'authenticité, est raconté, dans les termes suivants, parle docteur Parsons. Un nègre domestique se maria avec une femme blanche qui servait dans la même maison. Vers la fin delà première grossesse, le maître emmena le serviteur, qui fut absent pendant quelques jours. Dans l'intervalle, la femme accoucha d'une jolie petite fille, semblable à celle de deux parents blancs, présentant tous les traits de sa mère. A son retour, le mari fut profondément troublé en apercevant cette enfantet se prit à jurer qu'elle n'était pas de lui. Mais la nourrice calma bientôt sa colère : elle déshabilla la petite fille et fit voir au père que, du côté droit, le bas du dos et le haut du membre inférieur étaient aussi noirs que luimême. Le mari se réconcilia sur-le-champ avec sa femme et son enfant.

Au lieu d'être uniformes, la couleur blanche et la noire peuvent se juxtaposer en effet; d'où résultent des individus pies . Les faits de cette nature sont assez nombreux dans les unions croisées. White signale deux individus dont le corps était ainsi mi-parti. Chez l'un, la moitié inférieure du corps était noire et la moitié supérieure blanche, tandis que ces couleurs étaient disposées à droite et à gauche chez

l'autre. Cette variété distinctive du mulâtre s'observe également chez les produits d'unions croisées dans les animaux et les plantes.

Le talent supérieur, le génie ne se transmettent guère, pas plus que les facultés mentales dans ce qu'elles ont de plus élevé. Ce sont des dons innés. Minerve sortait armée du cerveau de Jupiter en est le fidèle emblème. Les fils des homn[ies les plus illustres l'ont souvent confirmé en rentrant dans l'obscurité commune : La Fontaine, Racine et Buffon en témoignent. Mais l'hérédité de l'intelligence est indubitable. Beaucoup de descendants ont soutenu avantageusement le nom de leurs pères, ont fait souche, et l'on n'a jamais vu des ignorants ineptes produirent des rejetons de haute capacité.

Lislet-Geoffroy, ingénieur à l'île de France, si souvent cité comme exemple à l'appui, en fournit en effet un témoignage éclatant. Il était né d'une négresse très bornée et d'un Français appartenant aux classes éclairées de la population. Par la couleur, les traits, la chevelure et jusqu'à l'odeur caractéristique, il reproduisait tous les caractères extérieurs de la race maternelle : on l'eût pris pour un nègre pur sang. Il eût été cité comme un exemple de ressemblance unilatérale, s'il se fût agi d'un mouton ou d'un bœuf. Mais son intelligence et ses sentiments étaient tout européens, si bien qu'il avait vaincu le préjugé de la couleur et s'était fait accepter par la société. Ce savant remarquable devint ainsi correspondant de l'Institut de France. Nègre physiquement, cet homme était tout Blanc

intellectuellement et moralement. Le partage était complet.

Une explication très simple de cette différence se présente aux esprits positifs dans l'observation journalière. Autant l'union de parents intelligents, à divers degrés, est naturelle et fréquente, autant celle de deux génies est difficile, sinon impessible à réaliser pour en produire un troisième. Elle serait d'ailleurs probablement stérile, car deux caractères identiques et prononcés, comme celui de Voltaire et de la marquise du Châtelet, sont ordinairement incompatibles et inféconds. Napoléon reçut ainsi le germe de ses grandes facultés mentales d'un couple intelligent et valeureux, et hérita de son père la prédisposition au cancer de l'estomac dont il mourut.

Les caractères moraux, les aptitudes se transmettent aussi fréquemment, surtout des mères aux fils et des pères aux filles. Que de savants et d'hommes distingués ont dû le jour à des femmes remarquables, nées elles-mêmes d'hommes célèbres! L'exemple des parents, l'esprit d'émulation, d'orgueil, l'éducation, en un mot, n'y sont pas étrangers, sans doute; mais combien d'enfants ayant perdu leurs parents au berceau et tombés ou élevés dans une condition sociale toute différente, n'en ont pas moins continué et rappelé leur conduite, leurs traditions, par leurs vertus, leurs passions ou leurs vices! L'histoire en témoigne hautement sans qu'il y ait lieu de s'en étonner. La base du tempérament, de la constitution individuelle, émanant directement

de la génération, entraîne nécessairement les qualités et les défauts qui lui sont inhérents. Les éléments de santé ou de maladie en sont inséparables, comme ceux de l'armature, de la taille, des traits. Les meilleures probabilités d'une longue vie se déduisent de la longévité des ascendants, car en héritant de leur bonne ou mauvaise constitution, on hérite de la santé et des maladies qu'elle entraîne, suivant l'âge, le sexe, la position et surtout Thygiène. Naître, pour l'individu, c'est continuer son père et sa mère, et, en héritant de leurs biens, il recueille de même l'héritage de leurs maladies. C'est l'un des effets les plus constants de la génération.

Une distinction essentielle, fondamentale, doit pourtant être faite à ce sujet. En général, l'hérédité se manifeste surtout par l'élément organique, morphologique de l'individu. Les maladies qui altèrent les tissus, la structure même des organes, comme les tumeurs, les dégénérescences hétéromorphes, le cancer, la tuberculose, les anévrismes, sont les plus redoutables pour la descendance. De là le danger des altérations du sang et des autres liquides de l'organisme qui les produisent le plus souvent. Les maladies lentes, longues, chroniques, sont ainsi presque toutes héréditaires, comme la goutte et le, rhumatisme, la pierre, tandis que les maladies aiguës, rapides, passagères et ne laissant pas de traces, ne le sont presque jamais.

La folie, l'épilepsie, réputées héréditaires au plus haut degré, le sont surtout par les lésions, les allé-

rations organiques qui les provoquent. Les vésanies pures, ou maladies de l'esprit, comme la manie sans lésions, se transmettent beaucoup moins que les folies toxiques causées par l'alcoolisme, le morphinisme, l'encéphalopathiè saturnine, mercurielle, ou les folies diathésiques résultant de la syphilis, la goutte, parce qu'elles laissent toujours un substra tum matériel à leur suite, des lésions appréciables des solides et des liquides de l'économie qu'elles empoisonnent. Voilà ce qui est réellement héréditaire.

Monstruosités. Elles ont été longtemps regardées comme un effet de la colère des dieux du paganisme, qui en étaient bien plus réellement les démons. Confondues avec les difformités ou vices de conformation apparents, ces anomalies de formation de l'embryon dans le sein de sa mère ont été rapportées ensuite à l'influence de l'imagination de la femme au moment de la fécondation ou pendant sa grossesse. La crainte, les frayeurs, les visions, sinon les envies, ont été tour à tour accusées de les produire. Une petite fille étant née privée de ses quatre membres, la mère l'attribua à l'impression profonde qu'elle avait ressentie à la narration d'un cas semblable qui lui fut faite au début de sa grossesse. Une primipare de vingt ansaccouche, le 10 juillet 1879, d'un garçon privé de l'avant-bras gauche. Elle attribua aussitôt ce malheur à ce qu'elle avait été très épouvantée, étant enceinte de deux mois, en voyant un jeune homme faire une chute si grave,

dans une raffinerie, qu'elle nécessita l'amputation du bras gauche.

Ce sont là de simples arrêts de développement par défaut ou absence de groupement des cellules qui doivent donner naissance à ces parties à l'origine de la vie. Il peut y avoir également trouble ou excès de ces cellules pour toutes les autres parties du corps. De là les enfants sans tête et à double tête, comme toutes les autres monstruosités.

Elles n'ont donc pas d'autre cause que le trouble apporté par défaut ou excès des éléments qui doivent constituer les diverses parties du corps de l'embryon ou du fœtus, à mesure qu'elles se développent. Sans pouvoir en saisir le pourquoi, de récentes expériences du professeur Dareste, sur l'œuf de poule fécondé, tendent à le fixer dans l'ovule. Les vieux œufs, tout en conservant la faculté germinative, ne donnent plus que des poulets anormaux «u monstrueux* si la cicatricule, bien que vivante, est déjà atteinte dans sa vitalité et prête à se désorganiser. Les œufs secoués, remués, tapotés, ayant éprouvé des cahots dans leur transport, sont ainsi impropres à l'incubation, comme le savent très bien les fermiers. [Acad. des sciences.) Il est donc admissible que c'est par le défaut de vitalité de leurs ovules ou leur imperfection que tant de femmes bien réglées ne conçoivent pas ou donnent naissance à des monstres.

Conception.

Cet acte, généralement confondu avec celui de la Fécondation, nous semble devoir en être séparé, distingué, d'après sa signification même, comme nous l'avons déjà fait dans notre traité du Mariage. n lui succéderait immédiatement. Œuvre d'un instant, la fécondation donne seulement la vie à l'ovule, sinon à l'un des deux noyaux primitifs de la vésicule germinative, pour être plus précis. Elle s'opère entre les deux sexes, chacun y apportant sa part d'action et de substance, pour ne pas dire de matière. La conception, au contraire, est effectuée par la femme seule. Sa durée est d'environ huit à neuf jours que l'ovule fécondé met à parcourir la trompe. Il subit, pendant ce temps, de profonds changements avant de pénétrer et s'implanter dans la matrice. Pouchet avait fixé cet intervalle de deux à six jours seulement.

Elle consiste, selon nous, dans les modifications intimes, difficiles à préciser, mais entrevues sur les animaux inférieurs, subies par l'ovule durant sa pérégrination dans la trompe. Les changements profonds, signalés page 375, sur les œufs des mollusques gastéropodes, s'opérant dans le diverticule, en donnent surtout une idée exacte, par cette radiation des deux noyaux primitifs dans le stroma de l'ovule et leur épanouissement à sa surface en deux globules polaires, destinés à former l'un ou l'autre

410 LA GÈNËRAIIOB.

sexe. Voici la représentation figurée de ces deux éléments principaux.

Corps radiés à lintéiieur de rotnle Globules polaire»,

fécondé.

Les recherches de Waldeyer, à ce sujet, tendent à admettre, en effet, que l'ovule fécondé reste encore quelque temps hermaphrodite après son imprégnation; ce que confirment les récentes expériences même de M. Perez, Cet acte si important de la génération — la distinction du sexe — ferait donc partie de la conception même et serait exclusivement sous l'inûuence de la mère.

Ces globules polaires, produits par les corps radiés expulsés du vitellus de l'œuf, concourent seuls, d'après M. Perez, à former le nouvel être, à lui donner la vie et même le sexe, suivant que l'un prédomine sur l'autre et l'absorbe. Leur intégrité est donc mdispensable à la bonne conformation de l'embryon et à sa santé. Mais leur structure n'a rien de l'élément cellulaire; ils naissent tout autrement, et leur constatation, bien établie aujourd'hui, infirme complètement la théorie cellulaire pour expliquer la vie, ce que les expériences suivantes tendent à confirmer.

Guidé par les données précédentes sur la formation du sexe pendant la conception, et familiarisé avec ce fait que celui des abeilles et des papillons

dépend des soins et de la nourriture des larves, M. Fiquet, l'éleveur distingué du Texas, a contrôlé cette influence secondaire de la nutrition, sur le sexe produit, de la manière suivante. Ayant choisi des vaches, placées dans des conditions identiques depuis plusieurs mois, il les soumit simultanément au même taureau. Il nourrit ensuite l'une très richement et l'autre très maigrement. Au terme prévu, chacune donna un veau femelle. Il répéta l'expérience avec deux autres vaches en les traitant de même et chacune donna, au contraire, un veau mâle. D'oii cette conclusion logique que la nourriture de la mère, après la fécondation, n'influe nullement sur le sexe du produit. On ne peut affirmer que le renouvellement ou la modification cellulaire y est aussi étrangère, dans l'ignorance oii l'on est du temps précis nécessaire à cette modification, mais on peut présumer au moins de là qu'elle est sans influence.

Tout en étant fécondées, certaines femmes peuvent rester stériles par le défaut de conception ou la rétention de l'ovule fécondé. Une inflammation ou tout autre état morbide des trompes de Fallope, comme un vice inhérent à l'ovule fécondé, peut le détruire sur place ou dans sa pérégrination. Ce sont les avortements rudimentaires ou embryonnaires. Des femmes prétendent ainsi avoir été fécondées ou prises, comme elles disent, sans avoir jamais été enceintes. A défaut de comprendre la distinction que

il-2

MODIFICATIONS SUCCESSIVES DES CELLULES DO CORPS BADIAIRE DE l'hÉLIX.

Of Segmentation cammciicante eu Jeux.

Progrès d^ la segmentation.

Scgmentniion irrégulière.

'^o';nii''nlatioii de l'neu!

dni i'iiacarismiciro- M irno^a, iïr\\>tvs Kôlhker.

MODIFICATIONS SUCCESSIVES DE l'ovULE HUMAIN FÉCONDÉ.}

Vésicule de l'ovaire gonflée pnr Is présence des spermatozoairps péncliant son enveloppe formée de trois mem branes.

Segmentation commençante de l'ovula au contact des sperma'ozoaires.

Segmentation plus avancée.

Segmentation au 5^ degré.

Segmentation au i' degré.

nous cherchons à établir ici, ces femmes sont ordinairement la risée de leurs compagnes et regardées comme stériles.

En raison de Tobscurité de ces phénomènes dans l'espèce humaine, cette distinction sera sans doute taxée d'arbitraire et l'on continuera de les confondre avec ceux de la fécondation même, aussi inconnus. Devant l'impossibilité de les décrire, nous figurons ces changements, tels qu'ils ont été observés et saisis au microscope, pour les rendre plus sensibles, afin de marquer la différence, la séparation de ces deux actes, malgré leur intime connexion.

On peut se convaincre, par ces caractères figurés, des modifications analogues observées sur l'œuf fécondé du moindre mollusque, avant son arrivée dans le cloaque. L'ovule humain doit donc en subir aussi avant de parvenir dans l'utérus. Il serait ainsi intéressant d'étudier comparativement ces changements sur l'œuf non fécondé des oiseaux et celui qui l'a été, car ces caractères différentiels constituent toute la conception. Les autres appartiennent à l'incubation ou gestation.

Cette distinction est fondée sur ce fait que la fécondation des poissons, s'opérant en dehors d'eux, n'est pas suivie de conception, puisque l'incubation commence aussitôt, tandis qu'il y en a une chez les oiseaux. L'œuf fécondé n'est pondu, en effet, qu'un certain temps après et ayant subi déjà de profondes modifications à l'intérieur de la femelle, comme les précédentes figures le démontrent. Et cependant, ce n'est pas encore la gestation ou gros*

sesse, puisque cet œuf n'y est pas soumis, et ce n'est pas davantage l'incubation, puisqu'elle n'a pas encore commencé.

Les grossesses se formant en dehors de l'utérus, ou extra-utérines, fournissent une autre preuve positive de cette distinction. Que l'ovule fécondé ne se détache pas de l'ovaire et germe sur place; qu'il s'échappe du pavillon de la trompe et tombe dans l'abdomen, ou qu'il soit arrêté, en s'engageant dans la trompe, par un obstacle quelconque, sur un point de son trajet, et toujours et partout, la vésicule gonflée par la fécondation met un certain temps à évoluer avant de constituer l'embryon proprement dit. C'est la formation distincte du kyste qui l'enveloppe et du placenta devant servir à sa nutrition et son développement. Les faux germes ou môles n'ont ainsi pas de conception; autrement ils constituent des avortements embryonnaires.

Quoi qu'il en soit de cette distinction, il est positif que l'hermaphrodisme est l'état primitif de tout embryon humain par la confusion même des parties apparentes vues au microscope. Les récentes recherches du docteur Ô. Cadiat sur l'embryon du mouton, aussitôt après la fécondation, montrent que la cavité commune ou cloaque, renfermant les voies génitales, urinaires et intestinales, existe dès le deuxième jour de la vie embryonnaire comme chez le poulet. Elle commence à se diviser en deux lorsque l'embryon atteint 8 millimètres de long ; l'inférieure contenant les voies génito-urinaires qui s'ouvrent dans une cavité commune. Leur séparation

commence seulement quand l'embryon atteint \ 2 millimètres de long. Le cloaque génital se dessine entre les deux autres à une longueur de 2 centimètres. A 2 centimètres et demi, correspondant à la sixième semaine, ces deux voies ne sont pas encore bien distinctes et leur séparation n'est complète que plus lard, l'embryon mâle mesurant 6 à 7 centimètres. Les organes génitaux externes de la femelle sont toujours en retard et leur séparation nette s'établit seulement à quatre mois d'incubation. {Joum. de Vanatomie, 1884, p. 258.)

Dans l'espèce humaine, cet hermaphrodisme persiste pendant les deux à trois semaines qui suivent la fécondation. Jusque-là, il est absolument impossible de déclarer le sexe virtuel. Il ne se distingue ensuite que par les caractères différentiels fixés à l'hermaphrodisme embryonnaire. (Voy. Stérilité et Hermaphrodisme.)

A la conception succède la grossesse par l'arrivée de l'ovule modifié dans l'utérus, oîi il se développe par une incubation de 9 mois ou 270 jours. Et de même que l'oiseau, dans l'œuf, absorbe pour se former et s'accroître le blanc et le jaune, c'est-à-dire l'albumen et le vitellus, l'embryon humain, puis le fœtus, comme tous les mammifères, se développe en se nourrissant du sang de sa mère par l'intermédiaire du placenta ou délivre qui se forme à cet effet dans l'utérus.

Il y aurait donc à décrire ici tous les phénomènes

et les signes de la grossesse, le développement graduel du fœtus, la distinction du sexe, sa présence multiple, aussi bien que les causes e'' les signes de l'avortement et la marche régulière d( l'accouchement.

Mais tout cela se trouve déjà in extenso dans notre Traité du Mariage, avec tous les éclaircissements nécessaires, les soins et les précautions à prendre concernant la puerpéralité ou suites de couches, l'allaitement avec ses divers modes, etc. Près de 200 pages sont consacrées à ces chapitres, et ce serait faire double emploi que d'y revenir. Nous renvoyons donc à ce premier volume de la série de l'hygiène de la Génération pour tout ce qui concerne ces divers sujets.

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