ORIGINE PHYSIOLOGIQUE DE LA VIE
Les procédés de reproduction, dans la nature vivante, sont si divers, variés et multiples, selon les genres, les classes et les espèces, que toute analogie, tout rapprochement entre eux semble d'abord impossible, si on les considère isolément. Il y a autant de différence entre la graine, la bouture et la greffe, servant à la reproduction des végétaux, qu'entre la segmentation, le bourgeonnement et l'oviparité qui y donnent lieu chez les animaux. Là, un seul organisme est nécessaire, ici, deux sont indispensables.
L'hermaphrodisme ou la réunion des organes des
Jeux sexes chez le même individu est ainsi la rède
physiologique chez les êtres inférieurs, comme la plante, et une exception monstrueuse chez les plus élevés, au point d'annihiler la reproduction même chez l'homme et d'entraîner fatalement la neutralité ou la stérilité. Aussi n'est-il qu'apparent dans la plupart des cas réputés tels. Les individus des deux sexes en sont toujours privés et impropres à la génération.
La fonction est pourtant uniforme et la même dans tous ces procédés, au point de vue de la vie d'un être nouveau qu'ils produisent tous également. Aussi bien ont-ils, sur ce point commun, une complète similitude. Règle générale, ils n'agissent qu'en apportant une molécule d'un être semblable ou delà même espèce à celui qu'ils doivent reproduire. C'est la condition indispensable de toute génération. Tous les êtres du règne organique, végétal et animal, naissent donc, puisque leur vie est toujours le produit de la vie d'un autre individu antérieur. Il n'y a pas d'exception à cette règle dans la création. Rien ne naît de rien. On peut surtout l'affirmer bauteraent aujourd'bui que l'existence des germes ambiants des infiniment petits dans l'atmospbère a été démontrée et que la doctrine de la panspermie est adoptée partout. La science la plus ingénieuse et la plus positive en arrive ainsi à proclamer, à affirmer un Dieu créateur.
Génération spontanée.
Les anciens croyaient, et des contemporains croient encore, à une génération spontanée, dite aussi équivoque. Elle était d'autant plus admissible par les premiers observateurs qu'ils ignoraient les lois immuables de la nature et la filiation de ses trois règnes dont la transition est presque insensible. Entre tous ces infiniment petits, végétaux et animaux, qui apparaissent et se développent d'une
manière éphémère à la surface du globe, sans génération apparente ni appréciable, comment apercevoir les rapports avec la vie des grands, dont ils pouvaient se rendre matériellement compte ? Et cette croyance était d'autant plus logique que la vie de l'homme même était attribuée à une puissance surnaturelle, divine.
Le règne végétal, avec ses diversités infinies, a dû présenter surtout un profond mystère à cet égard. Comment découvrir l'origine de la vie chez ces plantes qui se reproduisent seules, sans organes apparents, fixées au sol, sans mouvement possible, et que l'on voit apparaître spontanément, ici et là, parfois à des distances considérables où elles ne s'étaient jamais montrées ? Par quel lien rattacher les mousses, les lichens, les champignons, sans floraison ni fiuctifîcation sensible, à toutes ces fleurs brillantes, à tous ces arbres couverts de fruits, et comment les distinguer des coraux, des polypiers placés dans le règne animal ?
C'est en caractérisant la vie par la génération et son renouvellement à volonté que le végétal a été distingué du minéral. Ses lois de reproduction, étudiées et observées pendant des siècles, ont pu être ainsi fixées et résumées par Linné et de Jussieu dans leurs œuvres immortelles. La base de leur classification est, en effet, lemode de reproduction des plantes. D'où la ruine de leur génération spontanée : l'intervention de l'air, des vents, de la pluie, des orages et autres phénomènes atmosphériques suppléant à leur immobilité pour la dispersion, le transport de
leurs semences et leurs graines à distance, afin d'en propager les espèces suivant les climats et les lieux qui leur conviennent. Les animaux et jusqu'à l'homme servent même à cet effet en les transportant à leur insu. C'est le véritable esprit des plantes; mais il est remarquable qu'il ne leur est pas inhérent: il opère ces sortes de miracles en dehors d'elles, par l'intermédiaire d'agents étrangers.
La sensibilité et le mouvement, produits par le système nerveux, distinguent l'animal de la plante. Mais ces caractères sont si obscurs chez les zoophytes rudimentaires, commençant le règne animal, qu'ils se confondent presque avec les végétaux qui s'en rapprochent le plus. Les feuilles de la sensitive et des dionées sont plus sensibles au contact, au toucher, que les coraux, les polypes, les éponges. Une mouche ou tout autre insecte se posent-ils sur une feuille de dionée qu'elle se ferme aussitôt et étouffe l'animal, en raison même des efforts qu'il fait pour sortir. Il se dessèche et disparaît à l'intérieur. D'où le nom de plantes carnivores qui leur a été donné récemment et tous les contes débités sur leurs propriétés de succion et d'absorption des viandes.
Des expériences et des analyses faites récemment ont encore rapproché la plante de l'animal. Claude Bernard a supprimé les mouvements de la sensitive en l'anesthésiant avec Télher. En plaçant des graines de cresson, humectées d'eau, dans trois tubes différents, des tigelles, munies de deux feuilles verdàtres à leur extrémité, apparaissaient dès le len-
demain dans l'un d'eux. Mais il suffît d'avoir ajouté un peu d'éther dans le second et du chloroforme dans le troisième pour arrêter la germination des autres, quoique légèrement gonflées par l'absorption de l'eau. Elle ne se manifeste que quelques heures après l'évaporation de ces anesthésiques. D'où la démonstration que les propriétés vitales des graines ont été endormies par ces agents, absolument comme chez l'homme, sans en être détruites
Une autre ressemblance entre l'homme et les plantes est tirée de l'identité de leurs principes immédiats. M. A. Gautier ayant réussi à obtenir la matière verte des végétaux : la chlorophylle, pure et cristallisée, a constaté qu'elle était soluble dans les mêmes liquides que la matière colorante de la bile humaine : la bilirubine, et douée des mêmes réactions. Les cellules du foie, dans la sécrétion de cet organe, remplissent donc le même rôle que les cellules végétales : d'où la supposition de l'unité de la vie dans tout l'empire organique et une origine commune à tous les êtres vivants, dont l'empreinte se retrouve jusque dans les plus éloignés.
Ach. Richard a comparé ainsi l'ensemble des êtres organisés comme formé par deux pyramides se touchant par la pointe. Une vésicule organique en estlepoint de départ commun. Elle s'anime pour commencer la série animale et reste immobile pour servir de base à l'individualité végétale. C'est en se rapprochant de ce point commun que les analogies existantes entre ces deux grands embranchements augmentent, tandis que leurs différences s'accrois»
sent à mesure qu'on s'en éloigne. L'ensemble de la vie ne peut se résumer par une image plus exacte et sensible.
Si comj)lète est cette unité des deux règnes, qu'après avoir observe attentivement la structure et la reproduction de nouveaux infusoircs rudimentaires, le professeur Cli. Robin proclame qu'à l'état unicellulaire végétal et animal ne se distinguent pas, l'œil étant armé du plus puissant microscope. « L'infusoire est plante ou animal, dit-il, selon la nature des milieux où il vient à être placé, car il englobe, pour les digérer et se développer, les corpuscules qui lui sont étrangers. » La cellule primitive est élevée en effet, par les positivistes contemporains, à l'état d'unité animée, indépendante, vivant et s'assimila nt séparément, llieckel, pour la rendre plus sensible à l'esprit, la compare, toute minuscule qu'elle est, à l'homme adulte, remplissant toutes ses fonctions. Comparaison aussi erronée qu'exagérée, car l'une est aussi simple et passive que l'autre est actif et compliqué. Ce n'est que par la génération des gemmes, pour les besoins de la reproduction, que les cellules passent temporairement à l'état multicellulaire, se semientant et se divisant bientôt en des cellules nouvelles, c'est-à-dire autant d'organis- .nes séparés ot indé[)endants, que l'on voit se former jOus le champ du microscope.
De là le discrédit croissant de la génération sponanée des inUuiment petits du règne animal. En
voyant les vers et d'autres animalcules apparaître spontanément dans les cadavres, les chairs mortifiées, putréfiées, Aristote, Hérodote, Virgile, Plutarque, ont pensé et admis qu'ils se formaient simplement par la chaleur, la fermentation, la putréfaction. Les grenouilles, les crapauds, les sauterelles sortaient tout formés de terre, suivant eux, et sans le concours de germes préalables. Ne sachant comment expliquer l'existence des vers intestinaux, par exemple, ni surtout cette immensité d'infusoires qui apparaissent subitement dans l'eau, le vin, le vinaigre, même après que ces liquides ont bouilli très longtemps, les modernes comme Frey, Rudolphi, Bremser, Lamarck, Geoffroy, Bory de Saint-Vincent ont admis que tous ces milliers d'êtres vivants, grouillants, n'avaient ni père ni mère, ne naissaient pas en un mot. La formation résultait d'après eux d'une force cosmique ou nisus formativus qui ne supposait d'aucune manière l'intervention d'individus semblables, antérieurs.
Une doctrine opposée; plus rationnelle et positive, ne tarda pas à s'élever. Dès 1658, Redi découvrit que les vers se développant dans les chairs, y sont produits par les germes que les mouches y déposent. Mais la naissance des myriades d'animaux microsco piques, développés par la fermentation et la putréfac tion, restait inexpliquée, lorsque Ppallanzani avança et soutint qu'elle était due à l'éclosion de germes flottant dans l'atmosphère en quantité innombrable. De là la panspermie actuelle, ou doctrine des germes, opposée à l'hétérogénie ou génération spontanée.
Celle-ci ne se rencontre que dans le règne minéral, inanimé, par l'action chimique, dialitique ou mécanique de ses atomes s'agrégcant entre eux en vertu des forces dont ils sont doués. De là les formations organiques et les agrégats gypseux apparaisgant spontanément dans certains liquides inorganiques. Mais dans l'impossibilité absolue de se reproduire, ils ne constituent ni la génération ni la vie, au sens strict de ces mots.
Panspermie.
Sans être complètement résolue, cette question a bien avancé dans ces vingt dernières années par les beaux travaux de M. Pasteur. Ce que ses prédécesseurs n'avaient qu'entrevu, il l'a démontré positivement par diverses expériences ingénieuses. Il a constaté ainsi que l'air est parsemé de corps étrangers et qu'un liquide pur quelconque, sans organismes, mis à l'abri de son contact ou placé dans un air chimiquement pur, se conserve indéfiniment sans altération ni putréfaction, c'est-à-dire sans qu'aucun organisme s'y développe. D'où cette conclusion logique : que ces corps étrangers, disséminés et flottants dans l'air ambiant, sont les germes des organismes microscopiques, nombreux et variés, qui se développent spontanément, en apparence, dans les solides el les liquides exposés à l'air :
L'Océan éternel où bouillonne la vie,
a dit A. Chénier, s'inspirant des idées de Lamarck.
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Il est démontré d'ailleurs que la putréfaction, loin d'être un phénomène primitif et de donner naissance, par une force cosmique, à ces myriades d'animalcules vivants qui paraissent à sa suite, est elle-même produite et déterminée par la présence antérieure de germes organisés, animaux ou végétaux, vibrions ou champignons, agissant comme des ferments. On la provoque à volonté clans un liquide ou un tissu par le dépôt, l'ensemencement ou l'inoculation de ces germes. Leur présence seule dans l'eau, le lait, la bière, le vin, le vinaigre et d'autres liquides, en détermine bientôt la décomposition par leur multiplication, leur prolifération rapide. Au contraire, cette fermentation est prévenue en empêchant ou en arrêtant le développement de ces organismes par l'ébullition, la chaleur ou certains acides qui les tuent et les détruisent. La décomposition des fruits et leur pourriture sont dues également à l'introduction de ces germes dans leur tissu. En pénétrant dans les organes de l'homme et des animaux par des voies naturelles, artiQcielles ou accidentelles, ils déterminent de même les maladies les plus graves lorsqu'ils rencontrent un milieu favorable à leur prolifération, suivant M. Pasteur. Le charbon et la maladie des vers à soie, le choléra des poules, en seraient aussi le résultat, comme la décomposition ammoniacale des urines chez l'homme et l'empoisotmement des plaies exposées.
En reculant ainsi, à ces dernières limites, la génération spontanée, si opiniâtrement défendue encore aujourd'hui par MM Pouchet, Frémy et Trécul,
le célèbre panspcrmiste a mis en évidence l'inanité de cette doctrine. Sa constatation ingénieuse des germes atmosphériques ambiants et l'interprétation de leur rôle générateur, répétées, vérifiées et confirmées depuis, sont encore fortifiées, corroborées par l'observation des inl'usoires unicellulaires de M. Robin, rapportée plus haut, quoique paraissant les infirmer et les contredire. L'infusoire étant plante ou animal, comme il le dit explicitement, suivant la nature des milieux oii il se trouve placé, il est rigoureux d'admettre que le germe aérien est probablement aussi unicellulaire, c'est-à-dire végétal et animal. En tombant dans tel ou tel liquide, il produit alors une infinité de microphytes ou animalcules différents, qui en déterminent la fermentation, la décomposition. N'est-il donc pas logique d'admettre qu'en tombant accidentellement sur la terre ou dans l'eau — siège par excellence de l'incubation des plantes par les matériaux alimentaires qu'elles y rencontrent — ils ne produisent aussi des microzoaires végétaux, comme les champignons, par exemple ? Toute la différence de cette interprétation est dans le moment précis où l'observation a lieu. Au début, comme l'a fait M. Robin, la cellule primitive a pris un genre et la qualité d'animal ou végétal, selon les éléments étrangers qu'elle s'est assimilée. Avant, elle n'était qu'un germe indéfini, mais dès lors, elle est une unité vivante, indépendante, complète avec tous ses attributs. Elle va se dédoubler par gemmation pour se reproduire en des cellules semblables à elle, suivant son mode de génération. Pour M. Pasteur.
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au contraire, c'est seulement à cette période consé cutive où plusieurs cellules sœurs sont réunies, ag glomérées en chapelet, comme la tige du corail, que l'infusoire vivant et mobile forme l'animalcule, le microbe complet, auquel il fait jouer un si grand rôle dans la production des maladies des végétaux, des liquides, des animaux et deiliomme en particulier. Les infiniment petits, sous cette forme rudimentaire et microscopique, seraient ainsi plus redoutables et dangereux pour l'homme que les plus féroces animaux, soit en s'introduisant subtilement dans son organisme, soit en s'y formant, mais en altérant toujours le sang, comme les poisons les plus pernicieux.
Ce désaccord des deux plus illustres naturalistes français : à savoir si les microbes ou corpusculesgermes sont des cellules végétales ou animales, des spores, mycéliums de champignons ou des animalcules, est donc en apparence de peu d'importance, car on sait par expérience qu'ils sont aussi malfaisants sous l'une que sous l'autre forme. Le muguet empoisonne et tue l'homme comme la bactéridie septicémique, et le charbon est aussi redoutable pour les animaux que le phylloxéra, le doryphora et tant d'autres pour les végétaux.
Mais M. Robin va plus loin et envisage cette dissidence plus sérieusement et scientifiquement. Il a constaté, à l'aide des réactifs, l'acide acétique et l'ammoniaque notamment, que les infusoires animés sont tués et entièrement dissous dans ces liquides. Le grumeau muqueux ou le plasma albuminoïde dont ils sont formés n'y résistent pas ,
tandis que la cellulose, contenue dans tous les végétaux, y résiste complètement. Elle ne s'y dissout pas. Et la moindre cellule végétale en contenant, jusqu'aux microspores et aux conidies, ce caractère de résistance à l'acide acétique suffit à distinguer la nature végétale ou animale des infiisoires. En suivant d'ailleurs l'évolution de ces ferments, M. Robin y a confirmé tous les caractères des cellules végétales, spores et filaments mycéliens, qui représentent le ferment ou levure.
Les prétendus vibrioniens de M. Pasteur ne seraient donc que des cryptogames, de la classe des champignons, dans leurs métamorphoses évolutives. La motilité des mycéliens, dont il fait un caractère de l'animalité, l'a seule induit en erreur. Cette distinction capitale entre les deux règnes, végétal et animal, est très positivement indiquée, il est vrai, par le corail et l'éponge qui en forment manifestement l'intermédiaire. La partie végétale en reste tixée et adhérente au rocher, tandis que l'animalcule s'est échappé spontanément de sa cellule, en se détachant du tronc, comme un bouri^eon ou le fruit de l'arbre. Mais depuis que certaines plantes supérieures sont exceptionnellement reconnues douées de mouvement et de sensibilité à l'reil nu, et que le microscope a révélé des mouvements actifs de germes polliniqucs allant à la rencontre de germes à féconder, ce caractère ne saurait plus être absolu pour distinguer des êtres aussi rudimentaires et instables que le vibrion. On ne comprend pas d'ailleurs ces animalcules vivant sans air et que l'oxygène tue.
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comme M. Pasteur l'a vu et consacré en les divisant en aérobies et anaérobies, c'est-à-dire vivant avec ou sans air.
Ces infiniment petits, dit M. Robin, ne sauraient avoir d'autre manière d'être ni d'autre force que les infiniment grands. Etant la résultante même de l'accumulation des premiers, ils en sont l'expression exacte. Un animalcule microscopique ne peut donc agir par un autre principe d'activité que les plus grands. Toute idée contraire implique l'extraordi-naire, le surnaturel, c'est-à-dire l'impossible, et c'est à cette conclusion que conduit forcément la doctrine des animalcules ferments de M. Pasteur. Les cellules végétales unicellulaires ou multicellulaires peuvent seules avoir cette propriété et cette vie sans air ; c'est leur rôle naturel. Il existe sans nul doute des bactéries et des vibrions dans l'enduit des gencives, dans le sang, la sérosité et le mucus avec ou sans infection ; mais, au lieu d'être la cause de la putréfaction de ces humeurs, ils en sont le résultat, comme dans tous les autres liquides fermentes, par le développement même des spores et des mycéliums cryptogamiques ou végétaux.
La conséquence de cette nouvelle doctrine, logique et rigoureuse, des fermentations par des spores ou des mycéliums, c'est-à-dire des poussières végétales au lieu d'animalcules, est l'affirmation implicite d'une génération spontanée, car elle fait naître spontanément l'animal du végétal, par le seul lait de la putréfaction succédant à la fermentation. On sait que ce phénomène — la putréfaction — en mani-
testation constante sous nos yeux, change et trans- Ibrme la nature dos milieux solides et liquides où elle s'opère, en produisant des gaz, dos vapeurs. Est-ce donc par cette modification du milieu, plasma ou plasson, comme on l'appelle, que la cellule végétale ou sans noyau peut changer de règne, en s'assimilant des matériaux propres à devenir animale, suivant l'explication donnée plus haut? L'auteur ne le dit pas; mais il est évident que si cette mutation a lieu, elle dépend de ce phénomène important.
Transformisme.
C'est la filiation, par une succession ininterrompue de transformations, de tous les êtres vivants, végétaux ou animaux, depuis la molécule éternelle et inaltérable jusqu'à l'organisme le plus parfait. Formulée en termes précis depuis peu d'années, cette doctrine positiviste se rapproche manifestement du transformisme indiqué par Diderot, il y a plus d'un siècle, et que Lamarck affirma ensuite sans le démontrer. Cette gloire était réservée à un illustre Anglais, Darwm, qui, par la sélection naturelle des espèces et des individus dans l'acte de la génération, prétend expliquer leur amélioration et leur perfectionnement, leur élévation graduelle dans l'échelle organique par le climat, la nourriture et l'éducation, jusqu'à leur transformation complète : le singe devenant homme par exemple. Et invoquant à l'appui de cette conception l'hybridité chez les végétaux et le
métissage chez les animaux, il admet que tout le règne animal est descendu de quatre ou cinq types primitifs et le règne végétal d'un nombre égal, sinon moindre. Il n'est même pas éloigné de les faire descendre d'un seul prototype, et c'est ainsi que par analogie les positiA'istes allemands nous font descendre indirectement de la matière du plasson, par l'union d'espèces ou de variétés différentes. Mais on connaît les limites restreintes de ces infractions à la règle ; on en compte les résultats. Ils ne s'opèrent qu'entre espèces très rapprochées et sont toujours transitoires. Malgré la présence des polypes entre le règne végétal et le règne animal, jamais une plante, un chou ne deviendra un homme, comme les commères le donnent à croire aux petits enfants, pour expliquer leur origine.
Ce transformisme est en opposition manifeste avec l'unité invariable de l'espèce, consacrée par l'immutabilité, la ressemblance et la fécondité. L'hybridité résultant de la reproduction entre des espèces végétales différentes, et le métissage du cheval et de l'âne produisant le mulet infécond, en sont des preuves frappantes; comme le mulâtre, né du blanc et du nègre, revient rapidement à l'un ou l'autre type primitif. En admettant des espèces douteuses pour la commodité de son système et en les assimilant aux variétés, qui en sont les formes moins distinctes et plus variables, Darwin ne fait qu'une hypothèse détruite par la règle. Les variétés ou les groupes d'une espèce se graduent bien en s'éloignant de celle-ci pour se rapprocher de celle-là, et c'est par ces inter-
niédiaires que la transition devient presque insensible entre les règnes, comme entre les classes, les espèces et les familles. Mais le prototype n'en existe pas moins avec ses caractères différentiels et invariables, qui disparaissent ou s'effacent seulement dans les variétés, sans passer ni se confondre jamais de l'une à l'autre. Il est difficile et peut-être impossible, dit Darwin lui-même, de citer un seul exemple authentique d'hybride {H^ovenant de deux espèces évidemment distinctes et dont les représentants se soient montrés parfaitement féconds. {Origine des espèces, p. 55.) Cet aveu est la négation même de la théorie de la transformation des variétés en espèces nouvelles, distinctes et supérieures, comme celle du singe en homme. Il ne suffit pas de constater la fécondité de quelques plantes hybrides entre les espèces si nombreuses de pelagornium, de fuchsia, de pétunia et de rhododendron, pour en inférer celle des animaux supérieurs ; la stérilité absolue des hybrides dément cette induction. Ce n'est pas du bas de l'échelle organique qu'il faut contempler et conclure, mais à l'opposé. Que voyons-nous de la terre au ciel? Tout est si caché, confus,mêlé, désordonné dans cette végétation dont le secret de la génération échappe si souvent ; l'action intime de l'air, du milieu, du climat sur les plantes est si difficilement appréciable, que l'on ne saurait prendre les phénomènes sensibles comme exemple de ce qui se passe dans le règne animal. La confirmation de ce qui a lieu ici peut seule être cherchée là. Et comme les hybrides y sont constamment stériles, on ne peut conclure qu'il en est autrement de
l'hybridité des plantes. M. Gartner a constaté, par des expériences prolongées, que les hybrides bien entretenus diminuaient de fertilité à chaque génération, et son observation expérimentale mérite plus de créance que celle des jardiniers.
La conception de Darwin, sur l'origine même de la vie par les cellules, se confirme surtout par l'examen microscopique fait par M. Robin. Admettant, avec tous les histologistes modernes, que les cellules ou unités élémentaires du corps se propagent par division spontanée ou gemmation, il suppose encore un autre mode de multiplication de ces cellules : c'est d'émettre des granules ou atomes, c'est-à-dire des gemmules, qui, en se disséminant dans tout l'organisme, deviennent les éléments mêmes de la génération du nouvel être. Mais toutes ne pouvant y concourir, ces cellules non fécondées sont transmises, durant plusieurs générations, dans un état transitoire que Darwin appelle dormant. Et il admet alors que leur développement ultérieur dépend de leur union avec d'autres cellules partiellement développées ou naissantes par une affinité mutuelle de ces gemmules entre elles. Pourquoi pas tendresse ou sympathie? C'est la sélection naturelle, d'où résulte leur agrégation en bourgeons ou en éléments sexuels.
Telle est l'origine de la sélection naturelle que son auteur place surtout dans l'acte delà génération. De là la sélection sexuelle que l'homme réalise artificiellement chez les animaux par des croisements à volonté, en choisissant ses producteurs dans les plus beaux types. Mais se produit-elle de même à
l'état naturel? Darwin cite bien, à l'appui, la lutte des mâles pour la possession des iemelles, les combats des alligators entre eux au temps du rul, l'indilTérence cruelle d'une abeille assistant au combat do deux mâles pour la posséder et suivant ensuite lo vainqueur, l'exemple d'un paon panache, généralement préféré par toutes les femelles de son espèce ; mais il ne fournit pas un seul exemple qu'un avantage durable et persistant en résulte dans le volume, la conformation ou le plumage de l'espèce, ni la moindre transformation.
Une preuve évidente de ce transformisme est, selon Math. Duval, dans la métamorphose subie par la grenouille. Son œuf fécondé n'est d'abord qu'un têtard, vivant exclusivement dans l'eau et respirant, comme les poissons par des branchies, l'air qui s'y trouve dissous. C'est donc un vrai poisson : il meurt asphyxié dès qu'il est à l'air libre. Mais bientôt apparaissent, sous forme de bourgeons, des appendices latéraux qui se développent en membres à mesure que la nageoire caudale s'atrophie et disparaît, de même que les branchies, remplacées par une sorte de vessie natatoire, puis par des poumons aériens parfaits. Dès lors la grenouille n'est plus poisson, en vertu de cette métamorphose, de ce perfectionnement. C'est un amphibie vivant sur terre et s'élevanl ainsi dans la classe supérieure des reptiles.
A ce degré informe, on ne peut voir que la liaison, le trait d'union de deux classes voisines de vertébrés différant absolument dans leur genre de vie : les uns vivant sur terre et les autres dans l'eau. Une gre-
nouille n'est jamais devenue serpent, ni mêniie lézard Choisir cet exemple exceptionnel en faveur du transformisme, c'est le discréditer, car il y aurait bien d'autres métamorphoses à invoquer contre lui. Suivant l'ordre naturel, les plus grandes dissemblances entre les genres, les embranchements, classe, groupe, ordre, famille ou espèce se trouvent au milieu oîi en est le type végétal ou animal. Les extrémités offrent toujours les plus grandes analogies entre elles pour mieux en marquer la liaison naturelle, le lien inséparable. La nature n'est ainsi qu'une échelle graduée, indivisible. La scission artificielle n'est faite que pour en faciliter l'enseignement et l'élude.
L'ignorance où l'on est encore des caractères distinctifs des micro-organismes a bien pu faire méconnaître la véritable nature de certains infusoires, animaux suivant M. Pasteur, végétaux pour M. Robin. Celle de leurs mœurs et de leur mode de reproduction a pu faire admettre également une génération alternante, pour mieux étayer celte brillante théorie du transformisme, alors qu'elle n'est peut-être qu'une nouvelle application du métissage ou de l'hybridité, sinon une simple métamorphose.
En s'appliquant aussi bien à la mort qu'à la vie, à la perfection des espèces, comme à leur transfor mation se réalisant par la destruction des individualités défectueuses, la doctrine de la sélection naturelle n'est pas aussi matérialiste qu'elle en a l'air. En dehors de l'hérédité qui préside à la transmission régulière des caractères et qui représente l'action de l'homme, c'est-à-dire la matière, Darwin
admet encore un principe conservateur de toutes les beautés et les perfections de la nature, comme il est le destructeur de toutes les laideurs et les monstruosités physiques et morales. Pour bien in terpréter et comprendre l'histoire de la nature, dit A. Laugel à ce sujet, il faut y voir le jeu éternel ^l'une double action. C'est la dualité humaine ou notre sexualité emblématique. Or, quel peut être ce second facteur, représenté par la nature, sinon Dieu même, c'est-à-dire l'Esprit gouvernant et régissant la matière? La matière seule et ses forces sont impuissantes à réaliser ce miracle : de choisir et conserver tout ce qui est beau, bon et pur, à l'exclusion de ce qui est laid, monstrueux, méchant ou mauvais. Oui, l'Esprit infini, parfait, éternel et indestructible, peut seul concevoir cette distinction suprême, divine et opérer ce partage. Grâce à cette interprétation tacite, sous-entendue, cette doctrine, en révélant Dieu, a pu rallier, sous sa bannière, matérialistes et spiritualistes, l'adoptant et la défendant à l'envi. Elle est donc morale et pousse à la recherche, au travail, à la perfection. Malheureusement, ce ne sont pas les seules conséquences que l'on en tire; le plus souvent, elles sont tout opposées.
Tous les efforts et le zèle des positivistes actuels ont en effet pour but de rendre plus évidente l'action seule de la matière présidant à ces opérations du transformisTie. Leurs investigations patientes, leurs observations attentives, leurs expériences ingénieuses et subtiles, leurs procédés d'analyse fine et déliée par les réactifs, la culture et le raisonnement
surtout n'ont d'autre mobile ni de secret que d'établir irréfutablement ces transformations à l'origine de la vie. Ne pouvant les saisir ni les démontrer sur des êtres bien déterminés des espèces stables, ils vont en chercher les preuves, les exemples dans les rudiments mêmes de la vie, à l'origine du règne animal ou de ses embranchements. Jamais au milieu où le type seul existe fixe et invariable. Les infusoires, les microzoaires indéterminés, invisibles à l'œil nu, ou des espèces informes comme les radiolaires, les éponges, les polypes, les méduses sont leurs principaux exemples dont ils généralisent les résuljats à toutes les classes supérieures.
C'est dans cet embranchement primitif — considérablement augmenté et s'étendant tous les jours depuis la découverte des microbes — où la vie végétale se confond et m dispute avec la vie animale, ayant les caractères des deux à la fois, que l'obscurité et le chaos ont toujours régné en maîtres. Ce fut d'abord pour la détermination des espèces et c'est à propos d'elles que se sont posées et se posent encore, comme on le verra, tous ces points redoutables d'interrogation sur la génération alternante, la vie latente ou suspendue, la mélagénèsc, etc. Aujourd'hui, c'est la solution du problème mémo de l'origine de la vie et de la maladie que l'on cherche. On a beau jeu à disputer et argutier sur le rôle de ces infiniment petits ! Aussi est-ce sur eux, contradiction étrange, que se porte tout l'effort des matérialistes modernes pour démontrer les changements et les transformations des plus grands.
Ce sera en vain, car si la cellule primitive, isolée> change et se modifie, se transforme par ragrégation, la concressence d'autres éléments, à la lumière artificielle du microscope, toutes les cellules réunies dans l'organisme fixe et complet doivent se modifier et se transformer de même. C'est logique et rigoureux. L'évolution de l'une ne se comprend pas sans l'évolution des autres. Les résultats en devraient donc être d'autant plus rapides et apparents à l'œil nu chez les races et les espèces supérieures, bien établies et déterminées. Les changements et les transformations en seraient ainsi facilement constatables depuis les milliers de siècles que le monde existe. Des espèces auraient disparu, d'autres se seraient fait jour. L'impossibilité de cette constatation est la négation même de cette transformation continue. C'est la meilleure réponse à faire aux espérances que les esprits spéculatifs fondent sur les recherches et les expériences faites dans ce monde essentiellement variable et instable des infiniment petits.
Doctriine ccllulaîre.
Si compliquée et embarrassée que soit cette hypothèse de l'origine de la vie par la cellule, elle est déjà dépassée, quoique remontant seulement à 1858. Avant cette époque, Lamarck et d'autres naturalistes avaient bien posé les principes de cette doctrine par la force même de leur dialectique, mais sans pouvoir en établir la base tangible et pondérable.