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DOCTRINE CELLULAIRE

Grâce au microscope, Schleiden, botaniste allemand, la démontra le premier dans le règne végétal, et Schwann dans le règne animal, comme une unité vivante, autonome. De là les noms d'organismes élémentaires, de foyers de vie, d'unités vivantes, qui leur ont été donnés successivement pour mieux en marquer l'indépendance et le caractère.

Son nom vient de la ressemblance que présente au microscope la structure d'une coupe de tissu végétal ordinaire avec un rayon de miel. On aperçoit et l'on distingue alors, dans les parties élémentaires de ce tissu, des unités indépendantes, sous forme de petites poches ou vésicules closes, remplies de liquide, dispo- ^ , » \ •.'•*..". ' ' ' \ sées les unes contre les [ ' ' r - '• autres en une trame i • • V

compacte et serrée, •,-., '''-■.

comme les alvéoles dans ^,(^-'<^'-".

un rayon de miel. D'où *' ''' * * • " '* "' * *

le nom de cellules qui Développement des cellules, d'après ^ Schwann.

leur a été imposé.

L'étude graduelle et séparée de cette prétendue unité organique y fit bientôt découvrir des parties distinctes : un noyau réfringent, entouré d'un liquide ou fluide transparent, contenu dans une enveloppe membraneuse. C'était donc la reproduction microscopique exacte de l'œuf ordinaire pour les animaux, du noyau ou de la graine pour les végétaux. Et des phénomènes connus, apparents, de i'œiif et de la graine, on déduisit logiquement les phénomènes inconnus et invisibles des cellules. La

vie réduite ainsi à deux éléments générateurs : le noyau et le fluide l'enveloppant, comme le blanc enveloppe le jaune dans l'œuf, il s'agissait de déterminer lequel des deux en était la source. Les uns tinrent pour le noyau, les autres pour le plasma, et les plus simples, voyant naître l'oiseau en perçant sa coque, comme la plante son noyau ou sa graine, tinrent pour toutes les deux à la fois, en soutenant que l'un et l'autre étaient également indispensables à la génération.

La découverte rapide de cellules sans enveloppe ni noyau montra bientôt que personne n'avait absolument raison. La substance molle, demi-fluide et solide, qui constitue alors uniquement la cellule, est albumineuse, transparente comme le blanc d'oeuf et quoique très ressemblante en apparence et d'une grande analogie, sa composition chimique varie suivant les règnes, les familles, les classes, les genres, les espèces et même les individus. Composée d'atomes, de granulations imperceptibles, cette matière grumeleuse serait la substance formatrice des cellules, le facteur en action de la vie cellulaire. D'où son nom de protoplasma. En s'en nourrissant, les granules formeraient le noyau primitif, offrant le premier une organisation. Ce serait donc la substance vitale par excellence, remplissant à la fois les fonctions de la nutrition et de la reproduction, du mouvement et de la vie ; c'est la base physique de la vie, suivant Huxley.

D'après cette théorie, la première manifestation de la vie à la surface du globe aurait été une simple

cellule qui, émergée un jour de la vase ou du limon, pour parler comme la Bible, serait parvenue, par des efforts de prolifération et de sélection sou* tenus pendant des milliers de siècles, à constituer tous les types de la nature vivante. Au récit poétique de la Genèse, relégué dans la pure mythologipar les positivistes modernes, il faudrait substituer cette genèse beaucoup plus simple : « Au commencement, il y avait une cellule et le monde vivant fut. »

Théorie des plastidules.

En voici la réalisation ! Sous l'influence envahissante des Teutons, guidés et dominés par la philosophie positive de Kant, la doctrine cellulaire s'est tellement exagérée, que l'un d'eux, éprouvant le besoin de remonter plus haut pour faire du nouveau, a divisé théoriquement cette cellule en plastides et plastidules, atomes ou granules matériels, qui, en se réunissant et s'agrégeant avec le simple secours de l'eau, formeraient la cellule mère. Et comme celle-ci représente l'être vivant, végétal ou animal, celui-ci, l'homme y compris, résulterait, avec l'aide du transformisme, de l'agrégation même de la matière. Tels sont les effets de la philosophie kantérienne que les plus grands esprits du jour contemplent exclusivement la matière comme le créateur universel, c'est-à-dire la négation même de l'Esprit qui l'anime.

Cette interprétation toute récente est née de la

eO LA GÉNÉRATION.

décoiivcrte des monères, faite à Nice en 1864, par llœckcl. Cet organisme nouveau est d'une extrême simi)licité : son corps tout entier, à l'état de développement complet et de libre locomotion ou mouvement, est constitué par une petite masse, homogène comme le cristal, sans structure ni organisation; c'est du protoplasma sans enveloppe ni noyau et absolument amorphe, comme d'autres observateurs l'ont vérifié et confirmé depuis. Ce simple grumeau muqueux et vivant est donc moins que la cellule complète et moins aussi que le plasma cellulaire, puisqu'il ne réussit pas à former un noyau et que chaque molécule ou particule qui le compose est identique au corps entier.

Une remarque est à faire ici. Pourquoi aller chercher les premières manifestations de la vie, et en faire son origine même, dans ces grumeaux de vase, de limon qui se trouvent au fond des mers du Midi? Ne sont-ils pas le résultat de l'évaporation intense et de la fermentation, organiques et rapides, dont elles sont le siège? Autant vaudrait la prendre dans les résidus de nos excrétions physiologiques, comme ces grumeaux de mucus demi-solides, organisés, venant du nez et des bronches, ces crachats contenant des cellules, des fibres épithéliales, douées de mouvements amiboïdes lors de leur excrétion. Et cependant, ils ne sont que l'expression même de la mort ! Où est la preuve qu'il en est autrement des autres?

Néanmoins, c'est sur cette prétendue démonstration que l'origine de la vie est reportée au delà de l'organisation si simple de la cellule, même végé-

taie. Le naturaliste français, M. Robin, n'a vu, sinon conçu, que le granule protoplasmique ou cellulaire, le corpuscule-germe de l'infusoire devenir une cellule végétale ou animale, selon la nature du milieu où il est placé et qu'il s'assimile. C'était la transition du règne végétal au règne animal seulement. Le naturaliste allemand va plus loin, car le plasma de la monère n'est, pour Hœckel, que l'agglomération, la nucléation des éléments plastiques ou plastidules de la matière brute et inorganique. On l'appelle ainsi plasson au lieu de plasma, pour mieux indiquer son essence matérielle qui forme la limite entre la nature inanimée et la nature vivante. « Seules, les raonères sont capables de lui faire concevoir comment, au début, celle-ci est sortie de celle-là et résoudre le grand problème de l'origine de la vie. Car ces organismes n'ont pu naître, dit-il, que par la génération spontanée delà matière inorganique. » {Psychologie cellulaire, page 26.)

De là est née la théorie cytodique des plastidules dans l'imagination matérialisée des Allemands. Elle ne pouvait se produire que là . C'est la vie, naissant immédiatement de la matière amorphe, terrestre, dont les atomes supérieurs, purifiés et choisis, se rapprochent par l'attraction de leurs propres forces, en se nucléant, s'agrégeant ensuite à l'aide de l'eau, par l'affinité de ce liquide avec la terre. Grâce aux progrès de la chimie moderne, où l'esprit joue incontestablement aujourd'hui un plus grand rôle que la matière, les positivistes lui ont emprunté ses procédés les plus délicats cl ses plus subtiles opérations

pour en faire l'imnge, la comparaison de l'origine même de la vie. llaickel la fait naître ainsi d'une combinaison chimique entre les molécules du plasson dont le carbone serait le principe fondamental, parce qu'il lui paraît la cause ultime des propriétés dislinctives des corps organisés avec les inorganisés. Et son traducteur de renchérir encore en précisant qu'il n'est pas beaucoup plus merveilleux de voir sortir la vie, avec toutes ses manifestations, y compris la pensée, d'une telle combinaison, que l'eau résulter de celle de l'hydrogène avec l'oxygène ; les propriétés de l'eau étant aussi différentes de ces deux gaz que celles de l'acide carbonique, de l'eau et de l'azote avec le protoplasma et moins encore avec le plasson. Tels seraient nos premiers ancêtres que de malins critiques, plus clairvoyants, les ont réduits à un agrégat gypseux.

Cette doctrine de l'âme, résultant de l'agrégation des atomes, n'est pas nouvelle. Elle remonte à Démocrite, philosophe grec, enseignant : qu'il y a des substances innombrables, indivisibles, impassibles, sans différences ni qualités, disséminées dans le vide où elles se meuvent, n'éprouvant ni changement, ni altération en raison de leur solidité. Ce sont les atomes qui, en s'approchant les uns des autres, s'unissent et s'entrelacent, et forment par leur agrégation.... une plante ou un homme. M. Ha3ckel n'a donc rien inventé en adaptant cette théorie au plasson et aux plastidules modernes. Le désaveu que

l'écolo positiviste en fait aujourd'hui est égaloment imité de Plutarque disant : qu'on ne peut faire une couleur de ce qui est sans couleur, ni une substance, ni une âme de ce qui est Fins âme et sans qualité, et traitant celte doctrine d'absurde, à peu près comme le fait M. Soury.

Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les détails de toutes ces hypothèses pour en montrer l'inanité; mais les ultra-positivistes actuels, en déinontranti par leurs recherches et leurs expériences minutieuses sur les infiniment petits microzoairos, jusqu'où peut être reculée la génération, croient-ils mieux éclairer l'origine de la vie? Arrivés à cette limite extrême oîi elle anime la matière, ils n'en perçoivent pas plus sûrement, ni distinctement la manifestation, le souffle, l'émanation que les plus spiritualistes. Pour l'expliquer, ils sont réduits à invoquer, chez ces infiniment petits qui en offrent à peine les premiers linéaments, toutes les lois régissant celle des animaux supérieurs. Ils appliquent ainsi à des êtres imparfaits et incoiiscients les processus et les principes des plus parfaits, de l'homme même, et c'est en matérialisant 1 1 pensée, la volonté, chez les animaux inférieurs où elle se confond avec l'instinct, l'habitude machinale, (pi'ils prétendent en surprendre la manifestation. Ils les graduent progressivement avec le perfectionnement de la matière pour faire de la conscience et de l'âme même de simples émanations de celle-ci.

« Ici comme partout, dit M. Paul Bcrt, la physiologie constate une gradation suivie, sans aucune de

CCS (K'inarcations nettes, de ces espèces d'abîmes que la inétliodc a priori se plaît à imaginer entre les èties qu'elle dédaigne d'observer. On a bien souvent j)arlé de l'abîme intellectuel qui sépare l'bomme do l'animal; mais un abîme aussi pioi'ond ne semblc-t-il pas creusé entre le singe anlbrojiomorplie et l'amibe dil'fluente? On peut aller plus loin encore et retrouver jusque dans le besoin de mieux être, qui fait cbcrcber aux plantes la lumière, des traces bien obscures de celte volonté et de ce sentiment déjà si effacés cbez l'amibe. »

La vie du monde entier est ainsi expliquée aujourd'bui par la théorie cellulaire et plastidulairc aidée du transformisme, c'est-à-dire en supposant une longue suite de perfectionnements progressifs dans les états cellulaires. Ilaîckel place ainsi « au bas de l'échelle, au dernier degré d'association et de communauté cellulaire, les algues et les champignons dans le règne végétal, les éponges et les coraux dans le règne animal, et les compare, par leur nature rudimejitaire de la division du travail et de la centralisation, à nos grossières hordes de sauvages. La puissante république cellulaire de l'arbre, l'admirable monarchie cellulaire du vertébré — où la nature complexe de l'élaboration et la division du travail des cellules constituantes donnent lieu à l'apparition des organes les plus divers — sont au contraire assimilées à l'homme civilisé des sociétés actuelles, où la coordination et la subordination des états sociaux, l'action commune pour le bien général, la centralisation du gouvernement, en un

mot l'organisation, ont atteint une si étonnante hauteur. »

Et il prétend démontrer par là Torigine de l'organisme cellulaire si complexe de l'homme, avec son arrangement conforme au but à atteindre. « Loin d'avoir été appelé à l'existence par un plan de création préconçu, comme on le suppose d'ordinaire par une vue bien erronée, dit-il, il n'est que l'organisation de cet état cellulaire, développée au cours de millions et de millions d'années, par l'effet tout simple du concours et de l'évolution historique des cellules constituantes; de même que les nations civilisées se sont développées, en quelques siècles, par l'action réciproque et la division progressive du travail des citoyens.» L'histoire de la civilisation humaine explique ainsi celle de l'homme, tandis que la logique enseigne tout le contraire. Il suffira de poser ensuite les bases inébranlables de la génération humaine pour renverser cet échafaudage de théories aussi absolues qu'erronées.

Matérialisme et Spiritualisme.

En face do ces impossibilités matérielles à découvrir la source de la vie et son dégagement, devant ces suppositions gratuites pour l'expliquer, l'esprit s'étonne de tant de subtilité de la matière et la raison s'indigne de ces assimilations contradictoires. Doter la plante de volonté et de sentiment parce qu'elle s'élève ou s'incline pour se diriger vers l'air.

la lumière, le soleil, qui sont ses aliments indispensables de vie, n'est-ce pas confondre les lois d'attraction, d'aflinité et les forces de la matière pour l'aire du surnaturel à plaisir? Absolument comme îlaîckel attribuant des « forces » aux granules vivants, aux atomes matériels de ses plastidules imaginaires qu'il ne démontre même pas. Douer ces atomes supposés de plaisir et de déplaisir, d'amour et de haine lorsqu'ils se rejoignent ou se repoussent, de sensibilité et de volonté, de mémoire, d'une âme pensante enfin, n'est-ce pas infiniment plus subtil et mystérieux que d'admettre l'âme humaine ? Aussi son traducteur la refuse-t-il à l'homme, qui en offre des preuves si éclatantes, chez lequel elle apparaît d'autant plus brillante et distincte devant ces grossières comparaisons.

11 est à remarquer que cette méthode d'observation et de raisonnement, procédant du simple au composé par l'assimilation à l'hounne du végétal ou de l'infusoire les plus rudimentaires, sans corps ni sexe, est essentiellement illusoire et diamétralement opposée à celle du maître. « La vie chez les animaux supérieurs est de plus en plus distincte de ses manifestations, dit Cl. Bernard ; elle est de plus en plus confuse chez les êtres inférieurs. Les manifestations vitales sont mieux isolées, plus nettes dans les degrés élevés de l'échelle que dans ses degrés inférieurs. C'est pourquoi la physiologie des animaux supérieurs est la clef de la physiologie de tous les autres, contrairement à ce qui se dit — et il eut pu ajouter à ce qui se fait — gêné-

Tâlemeni. (Leçons sw^lesphénomènes delavie,VdiTis.) ' Scruter ainsi la matière dans ce qu'elle a de moins organisé, pour y découvrir l'esprit et la vie, c'est aoaisser l'homme et le matérialiser. Mais en découvrant chez ces atomes microscopiques des attributs et des propriétés si élevés, c'est dévoiler ïa Divinilc chez les âmes d'élite et la rendre plus perceptible et saisissable. Admettre une âme chez ces infinimcnî. petits par quelques-unes de ses manifestations, c'est la rendre évidente chez l'homme. Par l'exaiTération de leurs agissements et leurs assertions contraires, les positivistes rappelleront à bref délai le règne exclusif du vitalisme et du spiritualisme, à défaut de pouvoir expliquer la vie et l'esprit autrement. Si sentir et réagir sont le fondement de toute vie psychique, selon eux, ces deux fonctions suffiront à tout esprit, digne de ce nom, pour résister à leurs entraînements matérialistes et conserver son idéal. Ce ne seront pas les disciples de Socrate et de Platon qui nous révéleront le secret de notre origine spirituelle, s'écrie M. J. Soury, tout en convenant, avec une bonne foi qui l'honore, que les natu raîistes ne le connaissent pas davantage, puisqu'ils le cherchent. Mais il admet que les méthodes scientifiques actuelles et les progrès des connaissances permettent de dégager des lois communes et d'édi< lier des hypothèses légitimes à cet égard, comme celles de la gravitation universelle, de l'éther cosmique et de l'évolution de notre monde solaire, qui sont des vérités relatives tant qu'elles ne seront pas remplacées par de plus vraisemblables.

Expériences minutieuses et microscopiques, interprétations et assimilations différentes, hypothèses contradictoires, voilà donc tout le bilan des systèmes en vogue, sous le patronage des positivistes contemporains les plus avancés. Nous les avons exposés sans leur donner un entier crédit, car il faut reconnaître et confesser impartialement que basés seulement sur des réalités microscopiques, infinitésimales, ils ne sont encore que des abstractions imperceptibles et inappréciables pour le commun des mortels, ressemblant beaucoup, par leur généralisation, au merveilleux et au surnaturel d'autrefois. L'idéal n'est pas dans la cellule, ni le globule, ni le microbe et encore moins le plasson, qui abaissent toujours leurs contemplateurs de plus en plus vers la matière. Il est au contraire dans les grandes idées générales de la vie, les vues d'ensemble de la création qui élèvent et grandissent l'homme jusqu'au ciel.

La faveur dont le matérialisme jouit actuellement ne repose donc pas sur une base plus solide que tous lés systèmes précédents. Peut-être n'a-t-il un cours si élevé qu'en s'adaptant mieux à l'esprit et aux idées du jour que les explications purement vitalisles et spiritualistes d'autrefois. D'autres le remplaceront sans doute. Quand Bonnet, inspiré de Kant dans sa Palingénésie philosophique {Amsterdaïriy 1762), considérait l'organisme humain comme une simple machine, il ne voyait partout

que des fibres pour la faire mouvoir et réduisait tous les tissus en fibres pour les besoins de son système. Une glande, une artère n'étaient formées, pour lui, comme le muscle, « que de la réunion ou de l'entrelacement d'un grand nombre de fibres et de vaisseaux plus ou moins déliés, différemment combinés, arrangés, repliés, calibrés ». L'anatomie générale de Bichat et l'histologie moderne ont démontré depuis l'erreur de cette conception systématique. De nouvelles découvertes ou une autre interprétation changeront infailliblement de même toute l'économie du matérialisme actuel, en en ruinant les bases. Un système unique, absolu, n'a jamais rien expliqué ; tandis que, uni à l'organisme vivant, le spiritualisme rationnel qui s'impose, et dont la durée séculaire est une garantie de vérité, subsistera éternellement. Il faut laisser à l'esprit et à la pensée, à la conscience surtout, leur domaine immatériel, et à moins de les assimiler à des exhalaisons gazeuses du cerveau, comme les gaz, la vapeur se dégageant de la matière, on ne parviendra jamais à les réduire.

Ces deux grandes doctrines opposées se sont rencontrées face à face à l'école de Halle, lors de sa création à la fin du dix-septième siècle. C'est là qu'elles ont brillé du plus vif éclat, personnifiées dans les deux plus grands noms qui les aient soutenues : Hoffmann et Stahl. Chacun jouissait d'un immense talent d'exposition avec un esprit tout différent. Pendant de longues années, ils les ont séparément exposées et défendues, côte à côte, avec

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autant de conviction et de sincérité, sans s'inquiéter l'un de l'autre, tout en se critiquant et se combattant réciproquement avec courtoisie. Stalii n'avait que des mots insultants pour les anatomistes purs : Nego ad medicinam facere, dit-il tandis que pour Hoiïmann, les lois qui président à la matière étaient sans exception dans le corps humain.

Quoique jouissant d'un grand avantage sur son contradicteur, par son âge et son titre de doyen de l'école, celui-ci ne remporta pas les honneurs de la guerre. Le matérialisme, malgré le renfort puissant que lui apporta l'Anatomie générale de Bichat, pour enfler ses voiles, ne sut pas rester dans ses sage» limites. Il se divisa, se morcela en sectes différentes ; chimiques, physiques, mécaniques et, malgré sa vogue persistante, il s'émiette aujourd'hui en expériences de toutes sortes.

Les plantes et les plus petits animaux, la matière même, lui servent à expliquer la vie de l'homme, au nom du microscope et des réactifs, par les microbes, les microzymas ou l'agrégat gypseux, le plasson! Le vitalisme de Stahl, au contraire, reste intact, malgré l'animisme et le vitalisme organique que les écoles de Montpellier et de Paris ont voulu v substituer. 11 reste toujours le principe même de la vie. (Lasègue, Conférences histoi^iques yParïs, 1866.)

Pour satisfaire ce besoin d'expliquer la vie, dont l'esprit humain est incessamment tourmenté et dont l'éternelle mission sera d'en chercher l'origine, bien d'autres systèmes ont été imaginég à toutei

ies périodes de l'histoire. Ce fut toujours le principal objectif des espriis spéculatifs de toutes les époques du monde connu. Philosophes et savants se sont donné libre carrière à ce sujet, conformément aux croyances et aux idées dominantes du temps. L'origine seule de la vie humaine en a suscité des certaines, sans que l'on en connaisse mieux le secret intime. Ils se résument aujourd'hui dans l'épigénèse et l'évolution, seuls débris de tous ces systèmes, dont nous parlerons à la Fécondation.

Des trois systèmes absolus qui se partagent actuellement l'empire des esprits pour expliquer la vie sous ses différentes formes : hétérogénie ou matérialisme, panspermie et transformisme par la sélection, aucun ne satisfait complètement en laissant des lacunes, des vides à combler. Résultant chacun de faits scientifiquement constatés, démontrés et irrécusables, ils contiennent certainement une part de vérité. Ne serait-il pas plus rationnel de les réunir et d'en former un ensemble, comme nous le concevons? Ce serait la matière, répandue partout sous diverses formes, incessamment agitée dans l'air et dans l'eau, se mêlant et s'agrégeant sans cesse en vertu de ses affinités, ses attractions naturelles, et déterminant ainsi par ses réactions, ses combinaisons, une effervescence et des fermentations qui, l'animant et lui communiquant la vie et l'esprit, la transforment et lui donnent des formes et des propriétés nouvelles. D'après les phénomènes mécaniques, physiques et chimiques, géologiques mêmes, qui se passent sous nos yeux, c'est là du

moins ce qu'il est permis d'imaginer le plus rationnellement, sans pouvoir le démontrer.

Vie latente oa suspendae.

Toutes les obscurités et les contradictions ne sont pas dissipées par le matérialisme actuel. Bien des inconnues mystérieuses restent à élucider sur l'origine de la vie. Ce redoutable problème n'est ^uère plus avancé par toutes ses expériences et ses n.kerprctations, en présence de la conservation latente de ra vie dans les germes, œufs, graines ou cellules pendant des mois, des années et des siècles, san* aucune manifestation extérieure. Des grains, relrou vés dans les pyramides d'Egypte, ont germé, dit-on, après y avoir été renfermés des milliers d'années à l'abri de l'air, de la lumière et de l'humidité^ c'est-à-dire en dehors des conditions même de leur germination. On sait que les spores des champignons, les graines des plantes, les œufs des insectes comme ceqx des oiseaux, restent ordinairement un temps plus ou moins long de froid ou de chaleur, de sécheresse ou d'humidité, sans se développer. Les conditions convenables d'air, de température ou d'hygrométricité leur permettent seules d'évoluer et de se reproduire ensuite. On comprend qu'ils se nourrissent de leurs propres éléments, comme l'organisme malade à la diète se nourrit de sa propre substance. La vie s'entretient ainsi, comme les éléments mêmes, pendant un certain temps.

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