CHAPITRE XII
dHvelüppé la propriété éclairante du fluide lumineux, et on a concentré ce fluide sur un point ; la bougie est la cause de la lumière répandue dans la chambre, mais si le principe lumineux n’eût pas existé avant la bougie, cellc-ci n'aurait pu être allumée.
11 en est de même du soleil. L’erreur vient de l'idée fausse où l’on a été longtemps que l’univers tout entier a commencé avec la terre, et l’on ne comprend pas que le soleil a pu être créé après la lumière. On sait maintenant qu’avant notre soleil et notre terre, des millions de soleils et de terres ont existé, qui jouissaient par conséquent de la lumière. L'assertion de Moïse est donc parfaitement exacte en principe ; elle est fausse en ce qu’il fait créer la terre avant le soleil; la terre, étant assujettie au soleil dans son mouvement de translation, a dû être formée après lui : c’est ce que Moïse ne pouvait savoir, puisqu’il ignorait la loi de gravitation.
La même pensée se trouve dans la Genèse des anciens Perses, au premier chapitre du Vendedad. Ormuzd, racontant l’origine du monde, dit : « Je créai la lumière qui alla éclairer le soleil, la lune et les étoiles. » (Dictionnaire de mythologie universelle.) La forme est certainement ici plus claire et plus scientifique que dans Moïse, et n’a pas besoin de commentaire.
9. — Moïse partageait évidemment les croyances les plus primitives sur la cosmogonie. Comme les hommes de son temps, il croyait à la solidité de la voûte céleste, et à des réservoirs supérieurs pour les eaux. Cette pensée est exprimée sans allégorie ni ambiguïté dans ce passage (versets 6 et suivants) : « Dieu dit : Que le firmament soit fait au milieu des eaux et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux. Dieu fit le firmâment, et il sépara les eaux qui
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GEKÈSE UOSAÏQUE 261
étaient sous le firmament de celles qui étaient au-dessus du firmament. » (Voir, ch. V, Systèmes des mondes anciens et modernes, n®’ 3, 4, 5.)
Une antique croyance faisait considérer l’eau comme le principe, l'élément générateur primitif; aussi Moïse ne parle pas de la création des eaux, qui semblent avoir existé déjà, a Les ténèbres couvraient l’abîme, » c’està-dire les profondeurs de l’espace que l’imagination se représentait vaguement occupé par les eaux et dans les ténèbres avant la création de la lumière ; voilà pourquoi Moïse dit que : « l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux.» La terre étant censée formée au milieu des eaux, il fallait l’isoler ; on supposa donc que Dieu avait fait le firmament, voûte solide qui séparait les eaux d’en haut de celles qui étaient restées sur la terre.
Pour comprendre certaines parties de la Genèse, il faut nécessairement se placer au point de vue des idées cosmogoniques du temps dont elle est le refiet.
10. — - Depuis les progrès de la physique et de l’astronomie, une pareille doctrine n’est pas soutenable (1). Cependant Moïse prête ces paroles à Dieu même ; or, puisqu’elles expriment un fait notoirement faux, de deux choses l’une : ou Dieu s’est trompé dans le récit qu’il fait de son œuvre, ou ce récit n’est pas une révélation divine. La première supposition n’étant pas admissible, il en faut conclure que Moïse a exprimé ses propres idées. (Cbap. I, n® 3.)
(1) Quelque grossière que soit l’erreur d’une telle croyance, on n’en berce pas moins encore de nos jours les enfants comme d une vérité sacrée. Ce n’est qu'en tremblant que les instituteurs osent hasarder une timide interprétation. Comment veut-on que cela ne fasse pas des incrédules plus tard?