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CHAPITRE XII

11. — Moïse est plus dans le vrai quand il dit que Dieu a formé l’homme avec le limon de la terre (1). La science nous montre, en effet (chap. X), que le corps de l’homme est composé d’éléments puisés dans la matière inorganique, autrement dit dans le limon de la terre.

La femme formée d’une côte d’Adam est une allégorie, puérile en apparence, si on la prend à la lettre, mais profonde par le sens. Elle a pour but de montrer que la femme est de la même nature que l’homme, son égale, par conséquent, devant Dieu, et non une créature à part faite pour être asservie, et traitée en ilote. Sortie de sa propre chair, l’image de l’égalité est bien plus saisissante, que si elle eût été formée séparément du même limon; c’est dire à l’homme qu’elle est son égale, et non son esclave, qu’il doit l’aimer comme une partie de luimême.

12. — Pour des esprits incultes, sans aucune idée des lois générales, incapables d’embrasser l’ensemble et de concevoir l'infini, cette création miraculeuse et instantanée avait quelque chose de fantastique qui frappait l’imagination. Le tableau de l’univers tiré du néant en quelques jours, par un seul acte de la volonté créatrice, était pour eux le signe le plus éclatant de la puissance de Dieu. Quelle peinture, en effet, plus sublime et plus poétique de cette puissance que ces paroles : « Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut ! » Dieu créant l’univers par l’accomplissement lent et graduel des lois de la nature, leur eût paru moins grand et moins puissant; il leur fallait quelque chose de merveilleux qui sortît des

(1) Le mot liébreu hoadam, homme, d'où l’on a fait Adam, et le mot haadama, terre, ont la môme racine.

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voies ordinaires, autrement ils auraient dit que Dieu n’était pas plus habile que les hommes. Une théorie scientifique et raisonnée de la création les eût laissés froids et indifférents.

Les hommes primitifs sont comme des enfants, à qui il ne faut donner que la nourriture intellectuelle que comporte leur intelligence. Aujourd’hui que nous somme.s éclairés par les lumières de la science, relevons les erreurs matérielles du récit de Moïse, mais ne le blâmons pas d’avoir parlé le langage de son temps, sans quoi il n’eût été ni compris ni accepté.

Respectons ces tableaux qui nous semblent puérils aujourd’hui, comme nous re.spectons les apologues qui ont éclairé notre première enfance et ouvert notre intelligence eu nous apprenant à penser. C’est avec ces tableaux que Moïse a inculqué dans le cœur des premiers hommes la foi en Dieu et en sa puissance, foi naïve qui devait s’épurer plus tard au flambeau de la science. Parce que nous savons lire couramment, ne méprisons pas le livre oit nous avons appris à épeler.

Ne rejetons donc pas la Genèse biblique ; étudioss-la, au contraire, comme on étudie l’histoire de l’enfance des peuples. C’est une épopée riche en allégories dont il faut chercher le sens caché ; qu’il faut commenter et expliquer à l’aide des lumières de la raison et de la scieace. Tout en en faisant ressortir les beautés poétiques, et les instructions voilées sous la forme imagée, il faut en démontrer carrément les erreurs, dans l’intérét même de la religion. On la respectera mieux quand ces erreurs ne seront pas imposées à la foi comme des vérités, et Dieu n’en paraîtra que plus grand et plus puisstmt lorsque son nom ne sera pas mêlé à des faits controuvés.

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