CHAPITRE XII
17. Il dit ensuite à Adam : Parce que vous avez écouté la voix de votre femme, et que vous avez mangé du fruit de Tarbre dont je vous avais défendu de manger, la terre sera maudite à cause de ce que vous avez fait, et vous n’en tirerez de quoi vous nourrir pendant toute votre vie qu’avec beaucoup de travail. — 18. Elle vous produira des épines et des ronces, et vous vous nourrirez de l'herbe de la terre. — 19. Et vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, jusqu’à ce que vous retourniez en la terre d’où vous avez été tiré, car vous êtes poudre, et vous retournerez en poudre,
20. Et Adam donna à sa femme le nom d’Ève, qui signifie la vie, parce qu’elle était la mère de tous les vivants.
21. Le Seigneur Dieu lit aussi à Adam et à sa femme des habits de peaux dont il les revêtit. — 22. Et il dit : Voilà Adam devenu comme l'un de nous, sachant le bien et le mal. Empêchons donc maintenant qu’il ne porte sa main à l’arbre de vie, qu’il ne prenne aussi de son fruil, et que, mangeant de ce fruit, il ne vive éternellement. (Il dit, Jéhovah Eloim: Voici, l'homme a été comme un de nous pour la connaissance du bien et du mal ; et maintenant il peut tendre la main et prendre de l'arbre de la vie (veala pen ischlach yado velakach mehetz hachayim); il en mangera et vivra éternellement.
23. Le Seigneur Dieu le fit sortir du jardin de délices, afin qu’il allât travailler à la culture de la terre d’où il avait été tiré. — 24. Et l’en ayant chassé, il mit des chérubins (I) devant le jardin de délices, qui faisaient étinceler une épée de feu, pour garder le chemin qui conduisait à l’arbre de vie.
15. — Sous une image puérile et parfois ridicule, si l’on s’arrête à la forme, l’allégorie cache souvent les plu» grandes vérités. Est-il une fable plus absurde au premier abord que celle de Saturne, un dieu dévorant des pierres qu’il prend pour ses enfants? Mais, en môme temps, quoi de plus profondément philosophique et vrai que cette fl-
(I) De l’hébreu cherub, keroub, hœu(,cbarab, labourer. Anges du deuxième cliœur de la première hiérarchie, que l’on représentait .vvec quatre ailes, quatre faces et des pieds de bœuf.
gure, si l’on en cherche le sens moral ! Saturne est la personnification du temps ; toutes choses étant l'œuvre du temps, il est le père de tout ce qui existe , mais aussi tout se détruit avec le temps. Saturne dévorant des pierres est l’emblème de la destruction par le temps des corps les plus durs qui sont ses enfants, puisqu’ils se sont formés avec le temps. Et qui échappe à cette destruction d’après cette même allégorie? Jupiter, l’emblème de l’intelligence supérieure, du principe spirituel qui est indestructible. Cette image est môme si naturelle que, dans le langage moderne, sans allusion à la Fable antique, on dit d’une chose détériorée à la longue, qu’elle est dévorée par le temps, rongée, ravagée par le temps.
16. — Toute la mythologie païenne n’est, en réalité, qu’un vaste tableau allégorique des divers côtés bons et mauvais de l’humanité. Pour qui en cherche l’esprit, c’est un cours complet de la plus haute philosophie, comme il en est de nos fables modernes. L’absurde était de prendre la forme pour le fond ; mais les prêtres païens n’enseignaient que la forme, soit que quelques-uns n’en sussent pas davantage, soit qu’ils eussent intérêt à maintenir lo peuple dans des croyances qui, tout en favorisant leur domination, leur étaient plus productives que la philosophie. La vénération du peuple pour la forme était une source inépuisable de richesses, par les dons accumulés dans les temples, les offrandes et les sacrifices faits d’intention aux dieux, mais en réalité au profit de leurs représentants. Un peuple moins crédule eût moins donné aux images, aux statues, aux emblèmes et aux oracles: aussi Socrate fut-il condamné, comme impie, à boire la ciguë pour avoir voulu tarir cette source en mettant lu vérité à la place de l’erreur. Alors il n’était pas encore en