‹ La genèseChapitre 128 sur 236 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

usage de brûler tout vivants les hérétiques; et, cinq siècles plus tard. Christ fut condamné à une mort infamante, comme impie, pour avoir, comme Socrate, voulu substituer l'esprit à la lettre, et parce que sa doctrine, toute spirituelle, ruinait la suprématie des scribes, des pharisiens et des docteurs de la loi.

17. — Il en est de même de la Genèse, où il faut voir de grandes vérités morales sous des figures matérielles qui, prises à la lettre, seraient aussi absurdes que si, dans nos fables, on prenait à la lettre les scènes et les dialogues attribués aux animaux.

Adam est la personnification de l’humanité ; sa faute individualise la faiblesse de l'homme, en qui prédominent les instincts matériels auxquels il ne sait pas résister.

L’arbre, comme arbre de vie, est l’emblème de la vie spirituelle ; comme arbre de la science, c’est celui de la conscience que l’homme acquiert du bien et du mal par le développement de son intelligence et celui du libre arbitre en vertu duquel il choisit entre les deux; il marque le point où l'àme de l'homme, cessant d’être guidée par les seuls instincts, prend possession de sa liberté et encourt la responsabilité de ses actes.

Le fruit de l’arbre est l’emblème de l’objectif des désirs matériels de l’homme ; c’est l’allégorie de la convoitise ; il résume sous une même figure les sujets d’entrainement au mal ; en manger, c’est succomber à la tentation (1). Il croît au milieu du jardin de délices pour

(1) Dans aucun texte, le fruit n’est spécialisé par la pomme) ce mot lie se trouve que dans les versions enfantines. Le mot du texte hébreu est péri, qui a les mêmes acceptions qu’en français, sans spéeifleation d’espèce, et peut être pris dans le sens matériel, moral^ allégorique, au propre et au Gguré. Chez les Israélites, il n’y a pas d’interprétation obligatoire; lorsqu’un mot a plusieurs acceptions,

montrer que la séduction est au sein môme des plaisirs, et rappeler en même temps que si l’homme donne la prépondérance aux jouissances matérielles, il s'attache à la terre et s’éloigne de sa destinée spirituelle.

La mort dont il est menacé, s’il enfreint la défense qui lui est faite, est un avertissement des conséquences inévitables, physiques et morales, qu’entraîne la violation des lois divines que Dieu a gravées dans sa conscience. Il est bien évident qu’il ne s’agit pas ici de la mort corporelle, puisque après sa faute, Adam vécut encore fort longtemps, mais bien de la mort spirituelle, autrement dit de la perte des biens qui résultent de l’avancement moral, perte dont son expulsion du jardin de délices est l’image.

Le serpent est loin de passer aujourd’hui pour le type de la ruse; c’est donc ici, par rapport à sa forme plutôt que pour son caractère, une allusion à la perâdie des mauvais conseils qui se glissent comme le serpent, et dont souvent, pour cette raison, on ne se méfie pas. D’ailleurs, si le serpent, pour avoir trompé la femme, a été condamné h ramper sur le ventre, cela voudrait dire qu’auparavant il avait des jambes, et alors ce n’était plus un serpent. Pourquoi donc imposer à la foi naïve et crédule dos enfants, comme des vérités, des allégories aussi évidentes, et qui, en faussant leur jugement, leur font plus tard regarder la Bible comme un tissu de fables absurdes ?

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