‹ La genèseChapitre 129 sur 236 · Si la faute d’Adam est littéralement d’avoir · texte numérisé non relu

Si la faute d’Adam est littéralement d’avoir

chacun l’entend comme il veut, pourvu que l’interprétation ne soit pas contraire à la grammaire. Le mot péri a été traduit en latin par malum, qui se dit de la pomme et de toute espèce de fruits. 11 est dérivé du grec mélon, participe du verbe mé'o, intéresser, prendre soin, attirer.

GiiAPITRE XII

mangré un fruit, elle ne saurait incontestablement, par sa nature presque puérile, justifier la rigueur dont elle a été frappée. On ne saurait non plus rationnellement admettre que ce soit le fait que Ton suppose généralement ; autrement Dieu, considérant ce fait comme un crime irrémissible, aurait condamné son propre ouvrage, puisqu’il avait créé l’homme pour la propagation. Si Adam eût entendu dans ce sens la défense de toucher au fruit de l’arbre et qu’il s’y fût scrupuleusement conformé , où serait l’humanité, et qu’cn aurait-il été des desseins du Créateur? S’il en était ainsi, Dieu aurait créé l’immense appareil de l’univers pour deux individus, et l’humanité serait venue contre sa volonté et scs prévisions.

Dieu n’avait point créé Adam et Ève pour rester seuls sur la terre ; et la preuve en est dans les paroles mêmes qu’il leur adresse immédiatement après leur formation, alors qu’ils étaient encore dans le paradis terrestre : « Dieu les bénit et leur dit : Croissez et multipliez-vous, remplissez la terre et vous l’assujettissez. » (Ch. I, v. 28.) Puisque la multiplication de l’homme était une loi dès le paradis terrestre, son expulsion ne peut avoir pour cause le fait supposé.

Ce qui a donné du crédit à cette supposition, c’est le sentiment de honte dont Adam et Ève ont été saisis à la vue de Dieu et qui les a portés à se couvrir. Mais cette honte elle-même est une figure par comparaison : elle symbolise la confusion que tout coupable éprouve en présence de celui qu’il a offensé.

19. — Quelle est donc, en définitive, cette faute si grande qu’elle a pu frapper de réprobation à perpétuité tous les descendants de celui qui l’a commise? Caïn le fratricide

no fut pas traité si sévèrement. Aucun théologien n’a pu la définir logiquement, parce que tous, ne sortant pas de la lettre, ont tourné dans un cercle vicieux.

Aujourd’hui, nous savons que cette faute n’est point un acte isolé, personnel à un individu, mais qu’elle comprend, sous un fait allégorique unique, l’ensemble des prévarications dont peut sa rendre coupable l’humanité encore imparfaite de la terre, et qui se résument en ces mots: in fraction à la loi de Dieu. Voilà pourquoi la faute du premier homme, symbolisant l’humanité , est symbolisée elle-môme par un acte de désobéissance.

20. — En disant à Adam qu’il tirera sa nourriture de la terre à la sueur de son front. Dieu symbolise l’obligation du travail ; mais pourquoi fait-il du travail une punition? Que serait l’intelligence de l’homme, s’il ne la développait pas par le travail? Que serait la terre, si elle n’était pas fécondée, transformée, assainie par le travail intelligent de l’homme ?

Il est dit (ch. II, v. 5 et 7) : « Le Seigneur Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait point d’homme pour la labourer. Le Seigneur forma donc l’homme du limon de la terre.» Ces paroles, rapprochées de celles-ci : Remplissez la terre, prouvent que l’homme était, dès l’origine, destiné à occuper toute la terre et à la cultiver; et, en outre, que le paradis n’était pas un lieu circonscrit sur un coin du globe. Si la culture de la terre devait être une conséqueuce de la faute d’Adam, il en serait résulté que, si Adam n'eût pas péché, la terre n’aurait pas été cultivée, et que les vues de Dieu n’auraiant pas été accomplies.

Pourquoi dit-il à la femme que, parce qu’elle a commis la faute, elle enfantera dans la douleur? Comment la dou-

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