CHAPITRE XIll
dehors des lois naturelles; et c'est tellement là l'idée qu'on y attache, que si un fait miraculeux vient à trouver son explication, on dit que ce n'est plus un miracle, quelque surprenant qu'il soit.
Un autre caractère du miracle, c'est d'être insolite, isolé et exceptionnel ; du moment qu'un phénomène se reproduit, soit spontanément, soit par un acte de la volonté, c'est qu’il est soumis à une loi,- et dès lors, que cette loi soit connue ou non, ce ne peut être un miracle.
2. — La science fait tous les jours des miracles aux yeux des ignorants. Qu’un homme réellement mort soit rappelé à la vie par une intervention divine, c’est là un véritable miracle, parce que c'est un fait contraire aux lois de la nature. Mais si cet homme n’a que les apparences de la mort, s’il y a encore en lui un reste de riV«lité latmte, et que la science, ou une action magnétique, parvienne à le ranimer, pour les gens éclairés c’est un phénomène naturel, mais aux yeux du vulgaire ignorant, le fait passera pour miraculeux. Qu’au milieu de certaines campagnes un physicien lance un cerf-volant électrique et fasse tomber la foudre sur un arbre, ce nouveau Prométhée sera certainement regardé comme arme d une puissance diabolique ; mais Josué arrêtant le mouvement du soleil, ou plutôt de la terre, en admettant le fait, voilà le véritable miracle, car il n'existe aucun magnétiseur doué d'une assez grande puissance pour opérer un t( 1 prodige.
Les siècles d’ignorance ont été féconds en miracles, parce que tout ce dont la cause était inconnue passait pour miraculeux. A mesure que la science a révélé de nouvelles lois, le cercle du merveilleux s’est restreint; mais comme elle n’avait pas exploré tout le champ de la
c vra :têres des miracles 271»
nature, il restait encore une assez large part au merveilleux.
II. — Le merveilleux, expulsé du domaine de la matérialité par la science, s’est retranché dans celui de la spiritualité, qui a été son dernier refuge. Le Spiritisme, en démontrant que l’élément spirituel est une des forces vives de la nature, force incessamment agissante concurremment avec la force matérielle, fait rentrer les phénomènes qui en ressortent dans le cercle des effets naturels, parce que, comme les autres, ils sont soumis à des lois. Si le merveilleux est expulsé de la spiritualité, il n’a plus de raison d’être, et c’est alors seulement qu’on pourra dire que le temps des miracles est passé (1).
4. — Le Spiritisme vient donc, à son tour, faire ce que chaque science a fait à son avènement : révéler de nouvelles lois, et expliquer, par conséquent, les phénomènes qui sont du ressort de ces lois.
Ces phénomènes, il est vrai, se rattachent à l’existence des Esprits et à leur intervention dans le monde matériel ; or c’est là, dit-on, qu’est le surnaturel. Mais alors il faudrait prouver que les Esprits et leurs manifestations sont contraires aux lois de la nature ; que ce n’est pas et ne peut être là une de ces lois.
L’Esprit n’est autre que l’àme qui survit au corps; c’est l’être principal puisqu’il ne meurt pas, tandis que le corps n’est qu’un accessoire qui se détruit. Son existence est
( 1 ) Le mot élément n’est pas pris ici dans le sons de corps simple» élémentaire, de molécules primitives, mais dans celui de partie constituante d'un tout. En ce sens, on peut dire que Vélément spirituel a une part active dans l’économie de l’univers, comme on dit que Vélément civil et Vélément militaire figurent dans le chiffre d’une population ; que Vélément religieux entre dans l’éducation; qu’en Algérie, il faut tenir compte de Vélément arabe, etc.