CHAPITRE XIV
Par son union intime avec le corps, le périsprit joue un rôle prépondérant dans l'organisme; par son expansion, il met l’Esprit incarné en rapport plus direct avec les Esprits libres.
La pensée de l’Esprit incarné agit sur les fluides spirituels comme celle des Esprits désincarnés ; elle se transmet d'Esprit à Esprit par la même voie, et, selon qu'elle est bonne ou mauvaise, elle assainit ou vicie les fluides environnants.
18. — Le périsprit des incarnés étant d’une nature' identique à celle des fluides spirituels, il se les assimile avec facilité, comme une éponge s’imbibe de liquide.
Ces fluides ont sur le périsprit une action d’autant plus directe que, par son expansion et son rayonnement, il se confond avec eux.
Ces fluides pissant sur le périsprit, celui-ci, à son tour, réagit sur l’organisme matériel avec lequel il est en contact moléculaire. Si les effluves sont de bonne nature, le corps en ressent une impression salutaire ; si elles sont mauvaises, l’impression est pénible; si les mauvaises sont permaimntes et énergiques, elles peuvent déterminer des désordres physiques ; certaines maladies n’ont pas d’autre cause.
Les milieux où abondent les mauvais Esprits sont donc
imprégnés de mauvais fluides que l’on absorbe par tous les pores périspritaux, comme on absorbe par les pores du corps les miasmes pestilentiels.
19. — Il en est de môme dans les réunions d’incarnés. Une assemblée est un foyer où rayonnent des pensées diverses. La pensée agissant sur les fluides comme le son agit sur l’air, ces fluides nous apportent les pensées comme l’air nous apporte le son. On peut doûc dire, en
LES tlUIDES •
toute vérité, qu’il y a dans ces fluides des ondes et des rayons de pensées qui se croisent sans se confondre, comme il y a dans l’air deà ondes et des rayons sonores.
Une assemblée est, comme un orchestre, un choeur de pensées où chacun produit sa note. Il en résulte une multitude de courants et d’effluves 'fluidiques dont chacun reçoit l’impression par le sens spirituel, comme dans un choeur do musique chacun reçoit l’impression des sons par le sens de l’ouïe.
Mais, de même qu’il y a des rayons sonores harmoniquefS ou discordants, il y a aussi des pensées harmoniques ou discordantes. Si l’ensemble est harmonique, l'impression est agréable; s’il est discordant, l’impression est pénible. Or, pour cela, il n’est pas besoin que la pensée soit formulée en paroles; le rayonnement fluidique n’existe pas moins, qu’elle soit exprimée ou non; mais s’il s’y mêle quelques pensées mauvaises, elles produisent * l’effet d’un courant d’air glacé dans un milieu tiède.
Telle est la cause du sentiment de satisfaction que l’on éprouve dans une réunion sympathique, animée de bonnes et bienveillantes pensées ; il y règne comme une atmosphère morale salubre, où l’on respire à l’aise; on en sort réconforté, parce qu’on s’y est imprégné d’effluves fluidiques salutaires. Ainsi s’expliquent aussi l’anxiété, le malaise indéfinissable que l’on ressent dans un milieu antipathique, où des pensées malveillantes provoquent comme des courants d’air nauséabond.
20. — La pensée produit donc une sorte d’effet physique qui réagit sur le moral; c’est ce que le Spiritisme se’il pouvait faire comprendre. L’homme le sent instinctivement, puisqu’il recherche les réunions homogènes et sympathiques où il sait qu’il peut puiser de nouvelles
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forces morales; on pourrait dire qu’il y récupère les pertes fluidiques qu’il fait chaque jour par le rayonnement de la pensée, comme il récupère par les aliments les pertes du corps matériel. C’est qu’en effet la pensée est une émission qui occasionne une perte réelle dans les fluides spirituels et par suite dans les fluides matériels, de toile sorte que l’homme a besoin de se réconforter par les effluves qu’il reçoit du dehors.
Quand on dit qu’un médecin guérit son malade par de bonnes paroles, on est dans le vrai absolu, car la pensée bienveillante apporte avec elle des fluides réparateurs qui agissent sur le physique autant que sur le moral.
21. •— Il est sans doute possible, dira-t-on, d’éviter les hommes que l’on sait malintentionnés, mais comment se soustraire à l’influence des mauvais Esprits qui pullulent autour de nous et se glissent partout sans • être vus ?
Le moyen est fort simple, car il dépend de la volonté de
l’homme môme, qui porte en lui le préservatif nécessaire.
Les fluides s’unissent en raison de la similitude de leur
nature ; les fluides dissemblables se repoussent ; il y a incompatibilité entre les bons et les mauvais fluides, comme entre l'huile et l’eau .
Que fait-on lorsque l’air est vicié? on l’assainit, on l’épure, en détruisant le foyer des miasmes, en chassant les effluves malsaines par des courants d’air salubre plus forts. A l’invasion des mauvais fluides, il faut donc opposer les bons fluides ; et, comme chacun a dans son propre périsprit une source fluidique permanente, on porte le remède en soi-même; il ne s’agit que d’épurer cette source et de lui donner des qualités telles, qu'elles soient pour les mauvaises influences un repoussoir, au lieu d’être
LES n,IIlDES
une force attractive. Le p6risprit est donc une cuirasse à laquelle il faut donner la naeilleure trempe possible; or, comme Tes qualités du périsprit sont en raison des qualités de l’âme, il faut travailler à sa propre amélioration, car oe sont les imperfections de l’ànie qui attirent les mauvais Esprits.
Les mouches vont où des foyers de corruption les attirent; détruisez ces foyers, et les mouches disparaîtront. De môme les mauvais Esprits vont où le mal les attire; détruisez le mal, et ils s'éloigneront. Les Esprits réellement bons, incarnés ou désincarnés, n’ont rien à redouter de l’influence des mauvais Esprits.
EXPLICikTION DE QL’ELQÜÏS FAITS RKMCTIÎS SCRNATIREI.S
2Z. — Le périsprit est le trait d'union entre la vie corporelle et la vie spirituelle : c’est par lui que l’Esprit incarné est en continuel rapport avec les Esprits ; c’est par lui, enfln, que s’accomplissent en l’honlme des phénomènes spéciaux qui n’ont point leur cause première dans la matière tangible, et qui, pour cette raison, semblent surnaturels.
C’est dans les propriétés et le rayonnement du fluide périsprital qu’il faut chercher la cause de la double vue, ou vue spirituelle, qu’on peut aussi appeler vue psychique, dont beaucoup de personnes sont douées, souvent à leur insu, ainsi que de la vue somnambulique.
Le périsprit est forgane sensitif de l’Esprit; c’est par son intermédiaire que l’Esprit incarné a la perception des choses spirituelles qui échappent aux sens charnels. Par les organes du corps, la vue, l’ouïe et les diverses sensa-
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tions sont localisées et bornées à la perception des choses matérielles; par le sens spirituel, elles sont généralisées; l’Esprit voit, entend et sent par tout son être ce qui est dans la sphère du rayonnement de son fluide périsprital.
Ces phénomènes sont, chez l’homme, la manifestation do la vie spirituelle ; c'est l'âme qui agit en dehors de l’organisme. Dans la double vue, ou perception par le sens spirituel, il ne voit pas par les yeux du corps, bien que souvent, par habitude, il les dirige Vers le point sur lequel se parte son attention ; il voit par les yeux de l’âme, et la preuve en est , c’est qu'il voit tout aussi bien les yeux fermés, et au delà de la portée du rayon visuel (1).
23. — Quoique, pendant la vie, l’Esprit 'soit rivé au corps par le périsprit, il n’est pas tellement esclave, qu’il ne puisse allonger Sii chaîne et se transporter au loin, soit sur la terre, soit sur quelque point de l’espace. L’Esprit n’est qu’à regret attaché à son coiq)S, parce que sa vie normale est la liberté, tandis que la vie corporelle est celle du serf attaché à la glèbe.
L’Esprit est donc heureux de quitter son corps, comme l’oiseau quitte sa cage; il saisit toutes les occasions de s’en affranchir, et profite pour cela de tous les instants où sa présence n’est pas nécessaire à la vie de relation. C’est le j)hénomène désigné sous le nom à' émancipation de l'ame; il a toujours lieu dans le sommeil : toutes les fois que le corps repose et que les sens sont dans l’inactivité, l’Esprit se dégage. {Livre des Esprits, chap. VIII.)
Dans ces moments, l’Esprit vit de la vie spirituelle, tan-
(1) Faits de double vue et de lucidité somnambulique rapportés dans la Revue Spirite : janvier tS.'iS, page 25; — novembre-1858, page 213; — juillet 1861, page 197 ; — novembre 1865, page 352.
LES FLUIDES
dis que le corps ne vit que de la vio végétative; il est en partie dans Tétât où il sera après la mort; il parcourt Tespace, s’entretient avec ses amis et d’autres Esprits libres ou incarnés coinme lui.
Le lien Iluidique qui le retient au corps n’est définitivement rompu qu’à la mort; la séparation ■complète n’a lieu que par l’extinction absolue de l’activité du principe vital. Tant que le corps vit, l’Esprit, à quelque distance qu’il soit, y est instantanément rappelé dès que sa présence est nécessaire; alors il reprend le cours de la vie extérieure de relation. Parfois, au réveil, il conserve de ses pérégrinations un souvenir, une image plus ou moins précise, qui constitue le rêve; il en ra^iporte, dans tous les cas, des intuitions qui lui suggèrent des idées et des pensées nouvelles, et justifient le proverbe: La nuit porte conseil.
Ainsi s’expliquent également certains phénomènes ca-
ractéristiques du somnambulisme naturel et magnétique,
do la catalepsie, de la léthargie, de Textase, etc., et qui
ne sont autres que les manifestations de la vie sijiri-
tuelle (1).
2-1. — Puisque la vue spirituelle ne s’effectue pas par les yeux du corps, c’est (^ue la perception des choses n’a pas lieu pur la lumière ordinaire : en effet, la lumière ma térièlle est faite pour le monde matériel ; pour le monde spirituel, il existe une lumière spéciale dont la nature nous est inconnue, mais qui est- sans doute une des propriétés du fluide éthéré affectée aux perceptions visuelles de Tà’me. Il y donc la lumière matérielle et la lumière
■ (1) E.xempltis do léthargie et de catalepsie : Hnvuc Spirite, niadarao S.chwabeoliaus, septembre 1858, page 255 ; — la jeune cataleptique de Souabe, janvier 1856, page 18.