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CHAPITRE XIV

Il y a, d’ailleurs, dans toute leur personne, dans leurs allures quelque chose d’étrange et d’insolite qui tient de la matérialité et de la spiritualité ; leur regard, vaporeux et pénétrant tout à la fois , n’a pas la netteté du regard par les yeux de la chair ; leur langage bref et presque toujours sentencieux n’a rien de l’éclat et de la volubilité du langage humain; leur approche fait éprouver une sensation particulière indéfinissable de surprise qui inspire une sorte de crainte, et, tout en les prenant pour des individus pareils à tout le monde , on se dit involontairement : Voilà un être singulier (1).

37. — Le périsprit étant le même chez les incarnés et chez les désincarnés, par un effet complètement identique, un Esprit incarné peut apparaître, dans un moment de liberté, sur un autre point que celui où son corps repose, sous ses traits habituels et avec tous les signes de son identité. C’est ce phénomène, dont on a des exemples authentiques, qui a donné lieu à la croyance aux hommes doubles (2).

38. — Un effet particulier à ces sortes de phénomènes, c’est que les apparitions vaporeuses et môme tangibles ne sont pas perceptibles indistinctement par tout le monde ; les Esprits ne se montrent que quand ils veulent et à qui ils veulent. Un Esprit pourrait donc apparaître

(1) Exemples d’apparitions vaporeuses ou tangibles et d’agénères : Revue Spirite, janvier 1858, page 24; — octobre 1858, p. 291; — févriej 1859, page 38; — mars 1859, page 80; — janvier 1859, page U; — novembre 1859, page 303; — août 1859, page 210; — avril 1860, page 117; — mai 1860, page 150; — juillet 1861, page 199; — avril 1866, p 120; — le laboureur Martin, présenté à Louis XVIII, détails complets; décembre 1866, p. 353,

(2) Exemples d’apparitions de personnes vivantes : ftevne Spirite, décembre 1858, pages 329 et 331 ; — février 1859, page 41 ; — août 1859, page 197; — novembre 1860, page 356.

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dans une assemblée à un ou à plusieurs assistants, et n'âtre pas vu par les autres. Cela vient de ce que ces sortes de perceptions s'effectuent par la vue spirituelle, et non par la vue charnelle : car non-seulement la vue spirituelle n'est pas donnée à tout le monde, mais elle peut au besoin être retirée, parla volonté de l’Esprit, de celui à qui il ne veut pas se montrer, comme il peut la donner momentanément, s’il le juge nécessaire.

La condensation du fluide périsprital dans les apparitions, même jusqu’à la tangibilité, n’a donc pas les propriétés de la matière ordinaire : sans cela, les apparitions, étant perceptibles par les yeux du corps, le seraient par toutes les personnes présentes (1).

39. — L’Esprit pouvant opérer des transformations dans la contexture de son enveloppe périspritale, et cette enveloppe rayonnant autour des corps comme une atmosphère fluidique, un phénomène analogue à celui des apparitions peut se produire à la surface même du corps. Sous la couche fluidique, la flgure réelle du corps peut s’effacer plus ou moins complètement et revêtir d’autres traits ; ou bien les traits primitifs vus à travers la couche fluidique modiflée, comme à travers un prisme, peuvent prendre une autre expression. Si l’Esprit, sortant du terre à terre, s’identifle avec les choses du monde spirituel, l’expression d’une flgure laide peut devenir belle, radieuse, et parfois même lumineuse; si, au contraire, l’Esprit est

(1) 11 ne faut accepter qu’avec une extrême réserve les récits d’apparitions purement individuelles qui, dans certains cas, pourraient être l’effet de l’imagination surexcitée, et parfois une invention' faite dans un but intéressé. Il convient donc de tenir un compte scrupuleux des circonstances, de l'honorabilité de la personne, ainsi que de l’intérêt qu’elle pourrait avoir à abuser de Incrédulité d’individus trop confiants.

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exalté par de mauvaises passions , une figure belle peut prendre un aspect hideux.

C'est ainsi que s'opèrent les iront figurations, qui sont toujours un reflet des qualités et des sentiments prédominants de l’Esprit. Ce phénomène est donc le résultat d'une transformation fluidique ; c’est une sorte d’apparition périspritale qui se produit “sur le corps même vivant et quelquefois au moment de la mort, au lieu de se produire au loin, comme dans les apparitions proprement dites. Ce qui distingue les apparitions de ce genre, c’est que généralement elles sont perceptibles par tous les assistants et par les yeux du corps, précisément parce qu’elles ont pour base la matière charnelle visible, tandis que, dans les apparitions purement fluidiques, il n'y a point de matière tangible (1).

40. — Les phénomènes des tables mouvantes et parlantes, de la suspension éthéréenne des corps graves, de l’écriture médianimique, aussi anciens que le monde, mais vulgaires aujourd’hui, donnent la clef de quelques phénomènes analogues spontanés auxquels , dans l'ignorance de la loi qui les régit, on avait attribué un caractère surnaturel et miraculeux. Ces phénomènes reposent sur les propriétés du fluide périsprital, soit des incarnés, soit des Esprits libres.

41. — C’est à l’aide de son périsprit que l’Esprit agissait sur son corps vivant; c’est encore avec ce même fluide qu’il se manifeste en agissant sur la matière inerte, qu’il produit les bruits, les mouvements de tables et autres objets qu’il soulève, renverse ou transporte. Ce phénomène n’a rien de surprenant si l’on considère que, parmi

(1) Exemple et théorie de la traosOguration, Revue Spirite, mars 1859, page ü2. {Livre des Médiums, chap. VII, page 142.)

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nous, les plus puissants moteurs se trouvent dans les fluides les plus raréfiés et même impondérables, comme l’air, la vapeur et l’électricité.

C’est également à l’aide de son périsprit que l’Esprit fait écrire, parler ou dessiner les médiums; n’ayant pas de corps tangible pour agir ostensiblement quand il veut se manifester, il se sert du corps du médium, dont il emprunte les o'rganes, qu’il fait agir comme si c’était son propre corps, et cela par l’effiuve fluidique qu’il déverse sur lui.

42. — C'est par le môme moyen que l’Esprit agit sur la table, soit pour la faire mouvoir sans signification déterminée, soit pour lui faire frapper des coups intelligents indiquant les lettres de l’alphabet, pour former des mots et des phrases, phénomène désigné sous le nom de typtnlogic. La table n’est ici qu’un instrument dont il se sert, comme il fait du crayon pour écrire ; il lui donne une vitalité momentanée par \e fluide dont il la pénètre, mais U n« s'identifie point avec elle. Les personnes qui, dans leur émotion, en voyant se manifester un être qui leur est cher, embrassent la table, font un acte ridicule^ car c’est absolument comme si elles embrassaient le bâton dont un ami se sert pour frapper des coups. Il en est de même de celles qui adressent la parole à la table, comme si l’Esprit était enfermé dans le bois, ou comme si le bois était devenu Esprit.

Lorsque des communications ont lieu par ce moyen, il faut se représenter l’Esprit, non dans la table, mais à côté, tel qu'il était de son vivant, et tel qu’on le verrait si, à ce moment, il pouvait se rendre visible. La môme chose a lieu dans les communications par l’écriture ; on verrait l’Esprit à côté du médium , dirigeant sa main

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ou lui transmettant sa pensée par un courant fluidique.

43. — Lorsque la table se détache du sol et flotte dans l’espace sans point d’appui, l’Esprit ne la soulève pas à force de bras, mais l’enveloppe et la pénètre d’une sorte d’atmosphère fluidique qui neutralise l’effet de la gravitation, comme le fait l’air pour les ballons et les cerfs-volants. Le fluide dont elle est pénétrée lui donne momentanément une légèreté spécifique plus grande. Lorsqu’elle est clouée au sol, elle est dans un cas analogue à celui de la cloche pneumatique sous laquelle on fait le vide. Ce ne sont ici que des comparaisons pour montrer l’analogie des effets, et non la similitude absolue des causes. [Livre des Médiums, chap. IV.)

On comprend, d’après cela, qu’il n’est pas plus difficile à l’Esprit d’enlever une personnne que d’enlever une table, de transporter un objet d’un endroit à un autre, ou de le lancer quelque part; ces phénomènes se produisent par la même loi (1).

Lorsque la table poursuit quelqu’un, ce n’est pas l’Esprit qui court, car il peut rester tranquillement à la même

(I)Tel est le principe tiu ))liénom»''ne dos apports; phénomène très réel, mais qu’il convient de n’accepter qu’avec une extrême réserve, car c’est un de ceux qui se prêtent le plus à l'imitation et à la jonglerie. L’honorabilité irrécusable de la personne qui les obtient, son désintéressement absolu matériel et moral, ei le concours des circonstances accessoires, doivent être pris en sérieuse considération. Il faut surtout se délier de la trop grande facilité avec laquelle de tels effets sont produits, et tenir pour suspects ceux qui se renouvellent trop fréquemment et pour ainsi dire à volonté; les prestidigitateurs font des choses plus extraordinaires.

Le soulèvement d’une personne est un fait non moins positif, mais beaucoup plus rare peut-être, parce qu’il est plus difficile de l’imiter. Il est notoire que M. Home s’est plus d’une fois élevé jusqu’au plafond on faisant le tour de la salle. On dit que saint üupertin avait la même faculté, ce qui n’est pas plus miraculeux pour l’un que pour l’autre.

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place, mais il lui donne l’impulsion par un courant fluidique à l’aide duquel il la fait mouvoir à son gré.

Lorsque des coups se font entendre dans la table ou ailleurs, l’Esprit ne frappe ni avec sa main ni avec un objet quelconque; il dirige sur le point d’où part le bruit un jet de fluide qui produit l’effet d’un choc électrique. Il modifie le bruit, comme on peut modifier les sons produits par l’air (1).

44. — Un phénomène très fréquent dans la médiumnité, c’est l’aptitude de certains médiums à écrire dans une langue (jui leur est étrangère; à traiter par la parole ou l’écriture des sujets hors de la portée de leur instruction. Il n’est pas rare d’en voir qui écrivent couramment sans avoir appris à écrire ; d’autres qui font de la poésie sans avoir jamais su faire un vers de leur vie; d’autres dessinent, peignent, sculptent, composent de la musique, jouent d’un instrument, sans connaître le dessin, la peinture, la sculpture ou la science musicale. Il est très fréquent qu’un médium écrivain reproduit, à s’y méprendre, l’écriture et la signature que les Esprits qui se communiquent par lui avaient de leur vivant, quoiqu’il ne les ait jamais connus.

Ce phénomène n’est pas plus merveilleux que de voir

(1) Exemples de tnanifestalions matérielles et de perturbations jiar les Esprits: Hevue Spirite, jeune tille des Panoramas, janvier 1858, page 13 ; — mademoiselle Clairon, février 1858, page 44 ; — Esprit frappeur de Bergzabern, récit complet, mai, juin, juillet 1858, pages 125, 153, 184; — Dibbelsdorf, août 1858, page 219; — Boulanger do Dieppe, mars 1860, pagelG; — Marchand de Saint-Pétersbourg, avril 1860, page 115; — rue des Noyers, aotU 1860, i>. 236; — Esprit frappeur de l’.\ube, janvier 1861, page 23; — lit. au seizième siècle, janvier 1864, page 32 ; — Poitiers, mai 1864, page 156, et mai 1865, page 134; — sœur Marie, juin 1864, page 185; — Marseille, avril 1865, page 121 ; — Fives, août 1865, page 225; — les rats d’Equihera, février 1866, page 55.

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