CHAPITRE XV
et nous ne savons pas non plus qui lui a ouvert les yeux. Interrogez-le; il a de l’àge, qu’il réponde jtour lui-même.
Son père et sa mère parlaient de la sorte, parce qu’ils craignaient les Juifs; car les Juifs avaient déjà résolu ensemble que quiconque reconnaîtrait Jésus pour être le Christ, serait chassé de la synagogue. — Ce fut ce qui obligea le père et la mère de répondre : Il a de l’àge, interrogez-le lui-même.
Ils appelèrent donc une seconde fois cet homme qui avait été aveugle, et lui dirent: Rends gloire à Dieu; nous savons que cet homme est un pécheur. — Il leur répondit : Si c’est un pécheur, je n’en sais rien; mais tout ce que je sais, c’est que j’étais aveugle, et que je vois maintenant. — Ils lui dirent encore : Que t’a-t-il fait, et comment t’a-t-il ouvert les yeux? — Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit, et vous l’avez entendu ; j)ourquoi voulez-vous l’entendre encore une fois ? Est-ce que vous voulez devenir ses disciples ? — Sur quoi, ils le chargèrent d’injures, et lui dirent : Sois toi-même son disciple ; pour nous, nous sommes les disciples de Moïse. — Nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais pour celui-ci nous ne savons d'où il sort.
Cet homme leur répondit : C’est ce qui est étonnant que vous ne sachiez pas d’où il est, et qu’il m’ait ouvert les yeux. — Or, nous savoqs que Dieu n’exauce point les pécheurs ; mais si quelqu’un l'honore et qu’il fasse sa volonté, c’est celui-là qu’il exauce. — Depuis que le monde est, on n’a jamais entendu dire (jue personne ait ouvert les yeux à un aveugle-né. — Si cet homme n’était point envoyé de Dieu, il ne pourrait rien faire de tout ce qu'il a fait.
Ils lui répondirent : Tu n’es que péché dès le ventre de ta mère, et tu veux nous enseigner? Et ils le chassèrent. (Saint Jean, ch. ix, v. de I à 34.)
25. — Ce récit si simple et si naïf porte en soi un carac-' tère évident de vérité. Rien de fantastique ni de merveilleux; c’est une scène de la vie réelle prise sur le fait. Le langage de cet aveugle est bien celui de ces hommes simples chez lesquels le savoir est suppléé par le bon sens, et qui rétorquent les arguments de leurs adversaires avec
LES MIRACLES DE L’ÉVANGILE
bonhomie, et par des raisons qui ne manquent ni de justesse, ni d’à-propos. Le ton des pharisiens n’est-il pas celui de ces orgueilleux qui n’admettent rien au-dessus de leur intelligence et s’indignent à la seule pensée qu’un homme du peuple puisse leur en remontrer? Sauf la couleur locale des noms, on se croirait de notre temps.
Etre chassé de la synagogue équivalait à être mis hors de l’Église ; c’était une sorte d’excommunication. Les Spirites, dont la doctrine est celle du Christ interprétée selon le progrès des lumières actuelles , sont traités comme les Juifs qui reconnaissaient Jésus pour le Messie; en les excommuniant, on les met hors de l’Eglise, comme firent les scribes et les pharisiens à l’égard des partisans de Jésus. Ainsi, voici un homme qui est chassé parce qu’il ne peut croire que celui qui l’a guéri soit un pécheur et un possédé du démon, et parce qu’il glorifie Dieu de sa guérison ! N’est-ce pas ce que l’on fait pour les Spirites? Ce qu’ils obtiennent : sages conseils des Esprits, retour à Dieu et au bien, guérisons, tout est l’œuvre du diable et on leur jette l’anathéme. N’a-t-on pas vu des prêtres dire, du haut de la chaire, qu’eV valait mieux rester incrédule que de revenir à la foi par le Spintismel N’en a-t-on pas vu dire à des malades qu’ils ne devaient pas se faire guérir par les Spirites (jui possèdent ce don, parce que c’est un don satanique? Que disaient et que faisaient de plus les prêtres juifs et les pharisiens? Du reste, il est dit que tout doit se passer aujourd’hui comme au temps du Christ.
Cette demande des disciples : Est-ce le péché de cet homme qui est cause qu’il est né aveugle ? indique l’intuition d’une existence antérieure, autrement elle n’aurait pas de sens ; car le péché qui serait la cause d’une