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CHAPITRE XVI

tiles; il y a plus : celui qui n’aurait jamais été incarné sur aucun monde n’aurait aucune notion des fractions de la durée. Lorsqu’un Esprit étranger à la terre vient s’y manifester, il ne peut assigner de dates -aux événements qu’én s’identifiant avec nos usages, ce qui est sans doute en son pouvoir, mais ce que, le plus souvent, il ne juge pas utile de faire.

16. — Le mode de supputation de la durée est une convention arbitraire faite entre les incarnés pour les besoins de la vie corporelle de relation. Pour mesurer la durée comme nous, les Esprits ne pourraient le faire qu’à l’aide de nos instruments de précision, qui n’existent pas dans la vie spirituelle.

Cependant les Esprits, qui composent la population invisible de notre globe, où ils ont déjà vécu et où ils continuent de vivre au milieu de nous, sont naturellement identifiés avec nos habitudes, dont ils emportent le souvenir dans l’erraticité. Ils ont donc moins de difficulté que les autres à se mettre à notre point de vue pour ce qui concerne les usages terrestres; en Grèce, ils comptaient par olympiades ; ailleurs, par périodes lunaires ou solaires, selon les temps et les lieux. Ils pourraient, par conséquent, plus facilement assigner une date aux événements futurs loraqu’ils la connaissent; mais, outre que cela ne leur est pas toujours permis, ils en sont empêchés par cette raison que toutes les fois que les circonstances de détail sont subordonnées au libre arbitre et à la décision éventuelle de l’homme, la date précise n'existe réellement que lorsque l’événement est accompli.

Voilà pourquoi les prédictions circonstanciées ne peuvent offrir de certitude et ne doivent être acceptées que comme dos probabilités, alors même qu’elles ne por-

THÉORIE DE LA PRESCIENCE

teraient pas avec elles un cachet de légitime suspicion. Aussi les Esprits vraiment sages ne prédisent jamais rien à époques fixes; ils se bornent à nous pressentir sur l’issue des choses qu'il nous est utile de connaître. Insister pour avoir des détails précis, c’est s’exposer aux mystifications des Esprits légers, qui prédisent tout ce qu'on veut sans se soucier de la vérité, et s’amusent des frayeurs et des déceptions qu’ils causent.

Les prédictions qui offrent le plus de probabilité sont celles qui ont un caractère d’utilité générale et humanitaire ; il ne faut compter sur les autres que lorsqu’elles sont accomplies. On peut, suivant les circonstances, les accepter à titre d’avertissement, mais il y aurait imprudence à agir prématurément en vue de leur réalisation à jour fixe. On peut tenir pour certain que plus elles sont circonstanciées, plus elles sont suspectes.

17. — La forme assez généralement employée jusqu’ici pour les prédictions en fait de véritables énigmes souvent indéchiffrables. Cette forme mystérieuse et cabalistisque, dont Nostradamus offre le . type le plus complet, leur donne un certain prestige aux yeux du vulgaire, qui leur attribue d’autant plus de valeur qu’elles sont plus incompréhensibles. Par leur ambiguïté, elles se prêtent à des interprétations très différentes, de telle sorte que, selon le sefhs attribué à certains mots allégoriques ou de convention, la manière de supputer le calcul bizarrement compliqué des dates , et avec un peu de bonne volonté, on y trouve à peu près tout ce qu’on veut.

Quoi qu’il en soit, on ne peut disconvenir que quelquesunes ont un caractère sérieux, et confondent par leur véracité. Il est probable que cette forme voilée a eu, dans un temps, sa raison d’être et même sa nécessité.

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