CHAPITRE XVllI
core un enfant; mais à son tour il deviendra un homme. Ainsi en est-il des différentes fractions de l’humanité ; les plus arriérées avancent, mais ne sauraient d’un bond atteindre le niveau des plus avancées.
10. — L’humanité, devenue adulte, a de nouveaux besoins, des aspirations plus larges, plus élevées; elle comprend le vide des idées dont elle a été bercée, l’insuflBsance de ses institutions pour son bonheur; elle ne trouve plus dans l’état des choses les satisfactions légitimes auxquelles elle se sent appelée ; c’est pourquoi elle secoue ses langes, et s’élance, poussée par une force irrésistible, vers des rivages inconnus, à la découverte de nouveaux horizons moins bornés.
Et c’est au moment où elle se trouve trop à l’étroit dans sa sphère matérielle, où la vie intellectuelle déborde, où le sentiment de la spiritualité s’épanouit, quo des hommes se disant philosophes , espèrent combler le vide par les doctrines du néantisme et du matérialisme I Étrange aberration I Ces mêmes hommes qui prétendent la pousser en avant, s’efforcent de la circonscrire dans le cercle étroit de la matière d’où elle aspire à sortir; ils lui ferment l’aspect de la vie infinie, et lui disent, en lui montrant la tombe : Nec plus ultra !
11. — Lamarche progressive de l’humanité s’opère do deux manières, comme nous l’avons dit : l’une graduelle, lente, insensible, si l’on considère les époques rapprochées, qui se traduit par des améliorations successives dans les mœurs, les lois, les usages, et ne s’aperçoit qu’à la longue, comme les changements que les courants d’eau apportent à la surface du globe ; l’autre, par des mouvements relativement brusques, rapides, semblables à ceux d’un torrent rompant ses digues, qui lui font franchir en
LES TEMPS SONT ARRIVÉS
quelques années l'espace qu’elle eût mis dos siècles à parcourir. C’est alors un cataclysme moral qui engloutit en quelques instants les institutions du passé, et auquel succède un nouvel ordre de choses qui s’assied peu à peu, à mesure que le calme se rétablit, et devient définitif.
A celui qui vit assez longtemps pour embrasser les deux versants de la nouvelle phase, il semlde qu’un monde nouveau soit sorti des ruines de l’ancien; le caractère, les mœurs, les usages, tout est changé; c’est qu’en effet des hommes nouveaux , ou mieux régénérés, ont surgi; les idées emportées par la génération qui s’éteint ont fait place à des idées nouvelles dans la génération qui s'élève.
C'est à l’une de ces périodes de transformation, ou, si l'on veut, de croissance morale, qu’est parvenue l'humanité. De l’adolescence elle passe à l'âge viril; le passé ne peut plus suffire à ses nouvelles aspirations, à ses nouveaux besoins; elle ne peut plus être conduite par les mêmes moyens; elle ne se paye plus d’illusions et de prestiges : il faut à sa raison mûrie des aliments plus substantiels. Le présent est trop éphémère; elle sent que sa destinée est plus vaste et que la vie corporelle est trop restreinte pour la renfermer tout entière ; c’est pourquoi elle plonge ses regards dans le passé et dans l’avenir afin d’y découvrir le mystère de son existence et d’y puiser une consolante sécurité.
12. — Quiconque a médité sur le Spiritisme et ses conséquences, et ne le circonscrit pas dans la production de quelques phénomènes, comprend qu’il ouvre à l’humanité une voie nouvelle, et lui déroule les horizons de l’infini ; en l’initiant aux mystères du monde invisible, il lui montre son véritable rôle dans la création, rôle perpétuel-