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CHAPITRE III

soins, qu’il imite le son de la voix, qu’il s’essaye à parler et à marcher. Chez l'adulte même , certains actes sont instinctifs; tels .sont les mouvements .spontanés pour parer à uu danger, pour se tirer d’un péril, pour maintenir l’équilibre ; tels sont encore le clignotement des paupières pour tempérer l’éclat de la lumière , l’ouverture machinale de la bouche pour respirer, etc.

12. — IJintdligence se révèle par des actes volontaires, réfléchis, prémédités, combinés, selon l'opportunité des circonstances. C’est incontestablement un attribut exclusif de l’Ame.

Tout acte machinal est instinctif; celui qui dénote la réflexion et la combinaison est intelligent; l'un est libre, l'autre ne Cest pas.

L’instinct est un guide sur, qui ne trompe jamais; l’intelligence , pai’ cela seul qu’elle est libre , est parfois sujette A erreur.

Si l’acte instinctif n’a pas le cai’actêre de l’acte intelligent, il révèle néanmoins une cause intelligente essentiellement prévoyante. Si l’on admet que l’instinct a sa source dans la matière, il faut admettre que la matière est intelligente , plus sûrement intelligente même et prévoyante que l’Ame , puisque l’instinct ne se trompe pas , tandis que l’intelligence se trompe.

Si l’on considère l’instinct comme une intelligence rudimentaire , comment se fait-il qu’il soit , dans certains cas , supérieur à l’intelligence raisonnée ? Qu’il donne la possibilité d’exécuter des choses que celle-ci ne peut pas produire ?

S’il est l’attribut d’un principe spirituel spécial, que devient ce principe? Puisque l’instinct s’efface, ce principe serait donc anéanti? Si les animaux ne sont doués

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que de l’instinct, leur avenir est sans issue ; leurs souffrances n’ont aucune compensation. Ce ne serait conforme ni à la justice ni la bonté de Dieu.

13. — Selon un autre système, l’instinct et l’intelligence auraient un seul et môme principe ; arrivé t\ un certain degré de développement, ce principe, qui d'abord n’aurait eu que les qualités de l’instinct , subirait une transformation qui lui donnerait celles de l’intelligence libre; il recevrait, en un mot, ce que l’on est convenu d’appeler l’étincelle divine. Cette transformation ne serait pas subite , mais graduelle , de telle sorte que , pendant une certaine période , il y aurait mélange des deux aptitudes , la première diminuant à mesure que la seconde augmente.

14. — Enfin , une dernière hypothèse qui , du reste , s’allie parfaitement à l’idée de l’unité de principe , ressort du caractère essentiellement prévoyant de l’instinct, et concorde avec ce que le Spiritisme nous enseigne, touchant les rapports du monde Spirituel et du monde corporel.

On sait maintenant que des Esprits désincarnés ont pour mission de veiller sur les incarnés, dont ils sont les protecteurs et les guides ; qu’ils les entourent de leurs efflu ■ ves fluidiques ; que l’iiomme agit souvent d’une manière inconsciente^ sous l’action de ces effluves.

On sait en outre que l’instinct, qui lui-méme produit des actes inconscients, prédomine chez les enfants, et en général chez les êtres dont la raison est faible. Or, selon cette hypothèse, l’instinct ne serait un attribut ni de l’âme, ni de la matière; il n’appartiendrait point en propre à l’être vivant, mais il serait un effet de l’action directe des protecteurs invisibles qui suppléeraient à l’imperfection

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de riuteliigeiice, en provociuaiit eux-inOiues les actes inconscients nécessaires à la conservation de l’étre. Ce serait comme la lisière à l’aide de laquelle on soutient l’enfant (|ui no sait pas encore marcher. Mais do môme qu’on siqqirime graduellement l’usage de la lisière mesure que l’enfant se soutient seul , les Esprits protecteurs laissent à eux-mêmes leurs protégés à mesure que ceux-ci peuvent se guider par leur propre intelligence.

Ainsi l’instinct, loin d’être le produit d’une intelligence rudimentaire et incomplète, serait le fait d’une intelligence étrangère dims la ph'ni/nde de un force, suppléant !i l’insuffisance, soitd’uno intelligence plus jeune, qu’elle pousserait à faire inconsciemment pour son bien ce que celle-ci est encore incapable do faire par elle-même, soit d’une intelligence mûre, mais momentanément entravée dans l’usage doses facultés, ainsi que cela a lieu chez l’homme dans l’enfance, et dans les cas «l’idiotie et d’affections mentales.

On dit proverbialement ([u’il y a un Dieu pour les enfants, les fous et les ivrognes; ce dicton est jilus vrai qu’on ne le croit ; ce Dieu n’est autre que l’Esprit protecteur qui veille sur l’être incapable de se protéger par sa pro- [)re raison.

L5. — Dans cet ordre d’idées, on peut aller plus loin. Ci'tte théorie, quelque rationnelle qu’elle soit no résout ]wis toutes les difficultés de la question. Pour rechercher les causes, il faut étmlier les eft’ets, et de la nature dos effets on peut conclure h la nature de la cause.

Si l’on observe les effets de l’instinct, on remarque tout d’abord une unité do vue et d’en.sendile, une sûreté de résultats qui n’existent plus que dès (pic l’instinct est rem- [)lacé par l’intelligence libre; déplus, fi l’appropriation

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si pàrfaile et si constante des facultés instinctives aux besoins de chaque espèce, on reconnaît une profonde sagesse. Cette unité de vues ne saurait exister sans l’unité de pensées , et par conséquent avec la multiplicité des causes agissantes. Or, par suite du progrès qu’accomplissent incessamment les intelligences individuelles, il y a entre elles une diversité d’aptitudes et de volontés incompatible avec cet ensemble si parfaitement harmonieux qui se produit depuis l’origine des temps et dans tous les climats , avec une régularité et une précision mathématiques, sans jamais faire défaut. Cette uniformité dans le résultat des facultés instinctives est un fait caractéristique qui implique forcément l’unité de la cause ; si cette cause était inhérente à chaque individualité , il y aurait autant de variétés d’instincts qu’il y a d’individus, depuis la plante jusqu’à l’homme. Un effet général, uniforme et constant, doit avoir une cause générale, uniforme et constante; un effet qui accuse de la sagesse et de la prévoyance, doit avoir une cause sage et prévoyante. •

Or, une cause sage et prévoyante étant nécessairement intelligente, ne peut être exclusivement matérielle.

Ne trouvant pas dans les créatures, incarnées ou désincarnées, les qualités nécessaires pour produire un tel résultat, il faut remonter plus haut, c’est-à-dire au Créateur lui-même. Si l’on se reporte à l’explication qui a été donnée sur la manière dont on peut concevoir l’action providentielle (ohap. II, n'^ 25); si l’on se figure tous les êtres pénétrés du fluide divin, souverainement intelligent, on comprendra la sagesse prévoyante et l’unité de vues qui président à tous les mouvements instinctifs pour le bien de chaque individu. Cette sollicitude est d’autant plus active que l’individu a moins de ressources en lui-

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môme et dans sa propre intelligence, c’est pourquoi elle se montre plus grande et plus absolue chez les animaux et les êtres inférieurs que chez l’homme.

D’après cette théorie on comprend que l’instinct soit un guide toujours sûr. L’instinct maternel, le plus noble de tous, que le matérialisme rabaisse au niveau des forces attractives de la matière, se trouve relevé et ennobli. En raison de ses conséquences, il ne fallait pas qu’il fût livré aux éventualités capricieuses de l’intelligence et du libre arbitre. Par l'organe de la mère. Dieu veille lui-mtme sur ses créatures naissantes.

16. — Cette théorie ne détruit nullement le rôle des Esprits protecteurs dont le concours est un fait acquis et prouvé par l’expérience ; mais il est à remarquer que l’action de ceux-ci est essentiellement individuelle ; qu’elle se modifie selon les qualités propres du protecteuret du protégé, et que nulle part elle n’a l’uniformité et la généralité de l’instinct. Dieu, dans sa sagesse, conduit lui-méme les aveugles, mais il confie à des intelligences libres le soin de conduire les clairvoyants pour laisser à chacun la responsabilité de ses actes. La mission des Esprits protecteurs est un devoir qu’ils acceptent volontairement, et qui est pour eux un moyen d’avancement suivant la manière dont ils le remplissent.

17. — Toutes ces manières d’envisager l’instinct sont nécessairement hypothétiques, et aucune n’a un caractère suffisant d’authenticité poiu* être donnée comme solution définitive. La question sera certainement résolue un jour, lorsqu’on aura réuni les éléments d’observation qui manquent encore ; jusque-là il faut se borner à soumettre les opinions diverses au creuset de la raison

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et de la logique, et attendre que la lumière se fasse ; la solution qui se rapproche le plus de la vérité, Sera nécessairement celle qui correspond le mieux aux attributs de Dieu, c’est-à-dire à la souveraine bonté et à la souveraine justice. (Voir ch. II, n“ 19.)

18. — L’instinct étant le guide, et les passions les ressorts des âmes dans la première période de leur développement, se confondent parfois dans leurs effets, et surtout dans le langage humain qui ne se prête pas toujours suffisamment à l’expression de toutes les nuances. Il y a cependant entre ces deux principes des différences qu’il est essentiel de considérer.

L’instinct est un guide sûr, toujours bon ; à un temps donné il peut devenir inutile, mais jamais nuisible; il s’affaiblit par la prédominance de l’intelligence.

Les passions, dans les premiers âges de l’âme, ont cela de commun avec l’instinct, que les êtres y sont sollicités par une force également inconsciente. Elles naissent plus particuliérement des besoins du corps, et tiennent plus que nnstinct à l’organisme. Ce qui les distinguo surtout de l’instinct, c’est qu’elles sont individuelles et ne produisent pas, comme ce dernier, des effets généraux et uniformes; on les voit au contraire varier d’intensité et de nature selon les individus. Elles sont utiles, comme - stimulant, jusqu’à l’éclosion du sens moral, qui, d’un être passif, fait un être do raison ; à p e moment elles deviennent, non plus seulement inutiles, mais nuisibles à l’avancement de l’Esprit dont elles retardent la dématérialisation; elles s’affaiblissent avec le développement do la raison.

19. — L’homme qui n’agirait constamment que par l’instinct, pourrait être très bon, mais laisserait dormir

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son iiitelligeuce ; il serait comme l’enfant qui ne quitterait pas' l(*s lisières et ne saurait se servir de ses membres. Celui qui ne maîtrise pas ses passions, peut être très intelligent , mais en même temps très mauvais. L'instinct s'annifiüe de lui-même; les passions ne se domptent que par l effort de la volonté.

Tous les hommes ont passé par la filière des passions; ceux (jui n'en ont plus, (pii ne sont, par nature, ni orgueilleux, ni r.mbitieux, ni égoïsies, ni haineux, ni vindicatifs, ni cruels, ni colères, ni sensuels, qui font lo bien sans efforts, sans préméditation et pour ainsi dire, involontairement, c’est (pi’ils ont progressé dans la suite de leurs existences antérieures ; ils sont purgés de la gourme. C’est il tort qu’on dit qu’ils ont moins de mérite à faire le bien que ceux (jui ont à lutter contre leurs tendances ; pour eux, la victoire est remportée; pour les autres elle ne l’est pas encore, et quand elle le sera, ils seront comme les autres : à leur tour ils feront le bien sans y penser, comme des enfants qui lisent couramment sans plus avoir besoin d’épeloi'; ce sont comme deux malades dont l’un est guéri et plein de force, tandis que l’autre n’est encore ipie convalescent et trébuche en marchant; ce sont enfin comme deux coureurs dont l’un est plus près du but que l’autre.

DESTni'CTION DES ÊTRES VIVANTS I.ES TNS PAR I.ES AUTRES

20. — La destruction réciproque des êtres vivants est une des lois de la nature qui, au premier abord, semblent le moins se concilier avec la bonté de Dieu. On se demande pourquoi il leur a fait une nécessité de s’entre-

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détruire pour se nourrir aux dépens les uns des autres.

Pour celui qui ne voit que la matière, qui borne sa vue ù la vie présente , cela 'paraît en elfet une imperfection dans l’œuvre divine ; d’où cette conclusion qu’en tirent • les incrédules , que Dieu n’étant pas parfait, il n’y a pas de Dieu. C'est qu’ils jugent la perfection de Dieu à leur point de vue ; leur propre jugement est la mesure de sa sagesse , et ils pensent que Dieu ne saurait mieux faire que ce qu’ils feraient eux-nâômes. Leur courte vue ne leur permettant pas déjuger l’ensemble, ils ne comprennent pas qu’un bien réel peut sortir d’un mal apparent.

La connaissance du principe spirituel, considéré dans son essence véritable , et de la grande loi d’unité. qui constitue l’harmonie de la création, peut seule donnera l’homme la clef de ce mystère, et lui montrer la sagesse providen* tielle et l’harmonie précisément là où il ne voyait qu’une anomalie et une contradiction. 11 en est de cette vérité comme d’une foule d’autres ; l’homme n’est apte à sonder certaines profondeurs que lorsque son Esprit est arrivé à un degré suffisant de maturité.

21. — La vraie vie, de l’animal aussi bien que de l’homme, n’est pas plus dans l’enveloppe corporelle qu’elle n’est dans l’habillement; elle est dans le principe intelligent qui préexiste et survit au corps. Ce principe a besoin du corps pour se développer par le travail qu’il doit accomplir sur la matière brute; le corps s’use dans ce travail, mais l’Esprit ne s’use pas, au contraire : il en sort à chaque fois plus fort, plus lucide et plus capable. Qu’importe donc que l’Esprit change plus ou moins souvent d’enveloppe ! il n’en est pas moins Esprit; c’est absolument comme si un homme renouvelait cent fois son habillement dans l'année : il n’en serait pas moins le même homme.

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