‹ La genèseChapitre 38 sur 236 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Par le spectacle incessant de la destruction, Dieu apprend aux hommes le peu de cas qu'ils doivent faire de l’enveloppe matérielle, et suscite en eux l’idée de la vie spirituelle eu la leur faisant désirer comme une compensation.

Dieu , dira-t-on, ne pouvait-il arriver au même résultat par d'autres moyens , et sans astreindre les êtres vivants à s’entre-détruire ? Bien hardi celui qui prétendrait pénétrer les desseins de Dieu ! Si tout est sagesse dans sen œuvre, nous devons supposer que cette sagesse ne doit pas plus faire défaut sur ce point que sur les autres; si nous ne le comprenons pas , il faut nous en prendre à notre peu d’avancement. Toutefois, nous pouvons essayer d'en chercher la raison, en prenant pour boussole ce principe : Dieu doit être infiniment juste et sage; cherchons donc en tout sa justice et sa sagesse, et inclinons-nous devant ce qui dépasse notre entendement.

22. — Une première utilité qui se présente de cette destruction, utilité purement physique, il est vrai, est celle-ci; les corps organiques ne s’entretiennent qu’à l’aide des matières organiques, ces matières contenant seules les éléments nutritifs nécessaires à leur transformation. Les corps, instruments d’action du principe intelligent, ayant besoin d’être incessamment renouvelés , la Providence les fait servir à leur entretien mutuel ; c’est pour cela que le§ êtres se nourrissent les uns des autres ; c’est alors que le corps se nourrit du corps, mais l’Esprit n’est ni anéanti, ni altéré ; il n’est que dépouillé, de son enveloppe.

23. — n est en outre des considérations morales d’un ordre plus élevé.

La lutte est nécessaire au développement de l’Esprit

LE BIEN ET LE MAL

c’est dans la lutte qu’il exerce ses facultés. Celui qui attaque pour avoir sa nourriture, et celui qui sc défend pour conserver sa vie, font assaut de ruse et d’intelligence, et augmentent, par cela même, leurs forces intellectuelles. L’un des deux succombe; mais qu’est-ce que le plus fort ou le plus adroit a enlevé au plus faible en réalité ? Son vêtement de chair, pas autre chose; l’Esprit, qui n’est pas mort, en reprendra un autre plus tard.

24. — Dans les êtres inférieurs de la 'création, dans ceux où le sens moral n’existe pas, où l’intelligence n'a pas encore remplacé l’instinct, la lutte ne saurait avoir pour mobile que la satisfaction d’un besoin matériel ; or, un des besoins matériels les plus impérieux est celui de la nourriture ; ils luttent donc uniquement pour vivre, c’est-à-dire pour prendre ou défendre une proie, car ils ne sauraient être stimulés par un mobile plus élevé. C'est dans cette première période que l’âme s’élabore et s’essaie à la vie. Lorsqu’elle a atteint le degré de maturité nécessaire pour sa transformation, elle reçoit de Dieu de nouvelles facultés : le libre arbitre et le sens moral, l’étincelle divine en un mot, qui donnent un nouveau coure à ses idées, la dotent de nouvelles aptitudes et de nouvelles perceptions.

Mais les nouvelles facultés morales dont elle est douée ne se développent que graduellement, car rien n'est brusque dans la nature; il y a une période de transition où l’homme se distingue à peine de la brute; dans les premiers âges, l’instinct animal domine, et la lutte a encore pour mobile la satisfaction des besoins matériels ; plus tard l’instinct animal et le sentiment moral se contrebalancent; l’homme alors lutte, non plus pour se nourrir, mais pour satisfaire son ambition, son orgueil, le

Page 1