CHAPITRE VI
lifères, des parages somptueux où Dieu a semé les mondes avec la même profusion qu’il a semé les plantes dans les prairies terrestres.
Or, il y a à peine quelques minutes que nous marchons, et déjà des centaines de millions et de millions de lieues nous séparent de la terre, des milliards de mondes ont passé sous nos regards, et pourtant, écoutez ! Nous n’avons pas en réalité avancé d’un seul pas dans l’univers. ■ Si nous continuons pendant des années, des siècles, des milliers de siècles, des millions de périodes cent fois séculaires et incessamment avec la mime vitesse de l'éclair, nous n’aurons pas avancé davantage I et cela de quelque côté que nous allions, et vers quelque point que nous nous dirigions, depuis ce grain invisible que nous avons quitté et qui s’appelle la terre.
Voilà ce que c’est que l’espace !
2. — Le temps, comme l’espace, est un mot défini par lui-méme ; on s’en fait une idée plus juste en établissant sa relation avec le tout infini.
Le temps est la succession des choses; il est lié à l’éternité de la même manière que ces choses sont liées à l’infini. Supposons-nous à l’origine de notre monde, à cette époque primitive où la terre ne se balançait pas encore sous la divine impulsion , en un mot, au commencement de la Genèse. Là le temps n’est pas encore sorti du mystérieux berceau de la nature, et nul ne peut dire à quelle époque de siècles nous sommes, puisque le balancier des siècles n’est pas encore en mouvement.
Mais silence ! la première heure d’une terre isolée sonne au timbre éternel, la planète se meut dans l’espace, et dès lors il y a soir et malin. Au delà de la terre, l’éternité reste impassible et immobile, quoique le temps
URANOGRAPIIIE GÉNÉRALE
marche pour bien d’autres mondes. Sur la terre, le temps la remplace, et pendant une suite déterminée de générations on comptera les ans et les siècles.
Transportons-nous maintenant au dernier jour de ce monde, à l'heure où, courbée sous le poids de la vétusté, la terre s’effacera du livre de vie pour n’y plus reparaître: ici la succession des événements s’arrête ; les mouvements terrestres qui mesuraient le temps s'interrompent, et le temps finit avec eux.
Cette simple exposition des choses naturelles qui donnent naissance au temps, le nourrissent et le laissent s’éteindre, suffit pour montrer que, vu du point où nous devons nous placer pour nos études, le temps est une goutte d’eau qui tombe du nuage dans la mer, et dont la chute est mesurée.
Autant de mondes dans la vaste étendue, autant de temps divers et incompatibles. En dehors des mondes, l’éternité seule remplace ces successions éphémères, et remplit paisiblement de sa lumière immobile l’immensité des cieux. Immensité sans bornes et éternité sans limites, telles sont les deux grandes propi-iôtés de la nature universelle.
L’œil de l’observateur qui traverse, sans jamais rencontrer d’arrêt, les distances incommensurables de l’espace, et celui du géologue qui remonte au delà des limites des âges, ou qui descend dans les profondeurs de l’éternité béante où ils se perdront un jour, agissent de concert, chacun dans sa voie, pour acquérir cette double notion de l’infini : étendue et durée.
Or, en conservant cet ordre d’idées, il nous sera facile de concevoir que le temps n’étant que le rapport des choses transitoires, et dépendant uniquement des choses