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CHAPITRE VI

qui se mesurent, si, prenant les sicnlcs terrestres pour unités, nous les entassons milliers sur milliers pour en former un nombre colossal, ce nombre ne représentera jamais qu'un point dans l’éternité; de même que les milliers de lieues joints aux milliers de lieues ne sont qu’un point dans l’étendue.

Ainsi, par exemple, les siècles étant en dehors de la vio éthérée de l’àme, nous pourrions écrire un nombre aussi long que l’équateur terrestre, et nous supposer vieillis de ce nombre de siècles, sans qu’en réalité notre âme compte un jour do plus; et, en ajoutant à ce nombre indéfinissable des siècles , une série longue comme d’ici au soleil de nombres semblables, ou plus considérables encore, et nous imaginant vivre pendant la succession prodigieuse de périodes séculaires représentées par l’addition de tels nombres, lorsque nous parviendrions au terme, l’entassement incompréhensible de siècles qui pèserait sur nos tètes serait comme s’il n’était pas : il resterait toujours devant nous l’éternité tout entière.

Le temps n’est qu’une mesure relative de la succession des choses transitoires; l’éternité n’est susceptible d’aucune mesure au point de vue de la durée ; pour elle il n’y a ni commencement ni fin; tout est présent pour elle.

Si des siècles de siècles sont moins qu’une seconde par rapport à l’éternité, qu’est-co que la durée de la vio humaine ?

LA MATlfcnE.

.O. — Au premier abord, rien ne parait si profondément varié, si essentiellement distinct, que ces diverses

URANOGRAPHIE GÉNÉRALE substances qui composent le monde. Parmi les objets que l’art ou la nature fait journellement passer sous nos regards, en est-il deux qui accusent une identité parfaite, ou seulement une parité de composition? Quelle dissemblance au point de vue de la solidité, de la compressibilité, du poids et des propriétés multiples des corps, entre les gaz atmosphériques et le filet d’or; entre la molécule aqueuse du nuage et celle du minéral qui forme la charpente osseuse du globe ! quelle diversité entre le tissu chimique des plantes variées qui décorent le régne végétal, et celui des représentants non moins nombreux de l’animalité sur la terre!

Cependant nous pouvons poser en principe absolu que toutes les substances connues et inconnues, quelque dissemblables qu’elles paraissent, soit au point de vue de leur constitution intime, soit sous le rapport de leur action réciproque, ne sont en fait que des modes divers sous lesquels la matière se présente, que des variétés en lesquelles elle s’est transformée sous la direction des forces sans nombre qui la gouvernent.

4. — La chimie dont les progrès ont été si rapides depuis mon époque, où ses adeptes eux-mêmes la reléguaient encore dans le domaine secret de la magie, cette nouvelle science que l’on peut à juste titre considérer comme enfant du siècle observateur, et comme uniquement basée, bien plus solidement que ses sœurs aînées, sur la méthode expérimentale ; la chimie, dis-je, a fait beau jeu des quatre éléments primitifs que les Anciens s’étaient accordés à reconnaître dans la nature; elle a montré que l’élément terrestre n’est que la combinaison de substances diverses variées à l’infini ; que l’air et l’eau sont également décomposables, qu’ils sont le pro-

CIIAPITHE VI

iliiit d’un certain nombre d'équivalents de gaz; que le feu, loin d'être, lui aussi, un élément principal, n’est qu'un état do la matière résultant du mouvement universel aucpiel elle est soumise, et d’une combustion sensible ou latente.

En revanche, elle a trouvé un nombre considérable de principes jus([u'alors inconnus , qui lui ont paru former, par leurs combinaisons déterminées , les diverses subsüinces, les divers corps qu’elle a étudiés, et qui agissent simultanément suivant certaines lois, et en certaines pi-oportions, dans les travaux opérés au grand laboratoire de la nature. Ces principes, elle les a dénommés corps simples, indiquant par là qu’elle les considère comme primitifs et indécomposables, et que nulle opération, Jusqu’à ce jour, ne saurait les réduire en narties relativement plus simples qu’eux-méraes (1;.

5. — Mais là où s’arrêtent les appréciations do l’homme, aidé mémo de ses sens artificiels les jilus impressionnables, l'œuvre de la nature se continue ; là où le vulgaire prend l’apparence pour la réalité, là où le praticien soulève le voile et distingue le commencement des choses, l’œil de celui qui a pu saisir le mode d’action de la nature, ne voit, sous les matériaux constitutifs du monde, que la matière cosmique primitive, simple et une, diversifiée en certaines régions à l’époque de leur naissance, partagée en corps solidaires durant leur vie, et démembrés un Jour dans le réceptacle de l'étendue par leur décomposition.

(1) Les principaux corps simples sout ; parmi les corps non nié- (alliques, l’oxygène, riiydrogène, l’azote, le chlore, le carbone, le phosphore, le soufre, l'iode; parmi les corps métalliques : l’or, l’argent, le platine, le mercure, le plomb, l’étain, le zinc, le fer, le cuivre, l’arsenic, le sodium, le potassium, le calcium, raluminium, etc.

URAN06RAPHIE GÉNÉRALE

6. — Il est de ces questions que nous-mômes, Esprits amoureux de science, ne saurions approfondir, et sur lesquelles nous ne pourrions émettre que des opinions personnelles plus ou moins conjecturales; sur ces questions je me tairai ou je justifierai ma manière de voir; mais celle-ci n’est pas de ce nombre. A ceux donc qui seraient tentés de ne voir dans mes paroles qu’une théorie hasardée, je dirai: Embrassez, s'il est possible, dans un regard investigateur, la multiplicité des opérations de la nature, et vous reconnaîtrez que, si l’on n’admet pas l’unité de la matière, il est impossible d’expliquer, je ne dirai pas seulement les soleils et les sphères, mais sans aller si loin, la germination d’une graine sous terre, ou la production d’un insecte.

7. — Si l’on observe une telle diversité dans la matière, c’est parce que les forces qui ont présidé à ses transformations, les conditions dans lesquelles elles se sont produites, étant en nombre illimité, les combinaisons variées de la matière ne pouvaient qu’être illimitées elles-mêmes.

Donc, que la substance que l’on envisage appartienne aux fluides proprement dits , c’est-à-dire aux corps impondérables, ou qu’elle soit revêtue des caractères et des propriétés ordinaires de la matière, il n’y a dans tout l’univers qu’une seule substance primitive : le cosme ou matière cosmique des uranographes.

l.ES I.OIS ET LES FORCES.

8. — Si l’un de ces êtres inconnus qui consument leur existence éphémère au fond des régions ténébreuses

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