Définissons d’abord le sens du mot révélation
Révéler, dérivé du mot voile (du latin vélum) , signifie
littéralement ôter le voile; et, au figuré : découvrir, faire connaître une chose secrète ou inconnue. Dans son acception vulgaire la plus générale , il se dit de toute chose ignorée qui est mise au jour, de toute idée nouvelle qui met sur la voie de ce que l’on ne savait pas.
A ce point de vue , toutes les sciences qui nous font connaître les mystères de la nature sont des révélations, et l’on peut dire qu’il y a pour nous une révélation incessante; l’astronomie nous a révélé le monde astral, que nous no connaissions pas; la géologie, la formation de la terre; la chimie, la loi des alflnités; la physiologie, les fonctions de l’organisme , etc. ; Copernic, Galilée, Newton, Laplace, Lavoisier, sont des révélateurs.
3. — Le caractère essentiel de toute révélation doit être la vérité. Révéler un secret, c’est faire connaître un fait; si la chose est fausse, ce n’est pas un fait, et par conséquent il n'y a pas révélation. Toute révélation démentie par les faits n’en est pas une; si elle est attribuée à Dieu, Dieu ne pouvant ni mentir ni se tromper, ' elle ne peut émaner de lui; il faut la considérer comme
le produit d’une conception humaine.
4. — Quel est le rôle du professeur vis-à-vis de ses élèves, si ce n’est celui d’un révélateur? Il leur enseigne ce qu’ils ne savent pas, ce qu’ils n’auraient ni le temps, ni la possibilité de découvrir eux-mêmes, parce que la
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science est l’œuvre collective des siècles et d’une multitude d'hommes qui ont apporté chacun leur contingent d’observations, et dont profitent ceux qui viennent après eux. L’enseignement est donc, en réalité, la révélation de certaines vérités scientifiques ou morales, physiques ou métaphysiques, faite par des hommes qui les connaissent, à d’autres qui les ignorent, et qui, sans cela, les eussent toujours ignorées.
5. — Mais le professeur n’enseigne que ce qu’ii a appris : c’est un révélateur de second ordre; l’homme de génie enseigne ce qu’il a trouvé lui-méme : c’est le révélateur primitif; il apporte la lumière qui, de proche en proche, se vulgarise. Où en serait l’humanité, sans la révélation des hommes de génie qui apparaissent de temps à autre ?
Mais qu’est-ce que les hommes de génie? Pourquoi sont-ils hommes de génie? D’où viennent-ils? Que deviennent-ils? Remarquons que la plupart apportent en naissant des facultés transcendantes et des connaissances innées, qu'un peu de travail suffit pour développer. Ils appartiennent bien réellement à l'humanité , puisqu’ils naissent, vivent et meurent comme nous. Où donc ont-ils puisé ces connaissances qu’ils n’ont pu acquérir de leur vivant? Dira-t-on, avec les matérialistes, que le hasard leur a donné la matière cérébrale en plus grande quantité et de meilleure qualité? Dans ce cas, ils n'auraient pas plus de mérite qu’un légume plus gros et plus savoureux qu’un autre.
Dira-t-on, avec certains spiritualistes, que Dieu les a doués d’une âme plus favorisée que celle du commun des hommes? Supposition tout aussi illogique, puisqu’elle entacherait Dieu de partialité. La seule solution ration-
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nelle de ce problème est dans bi préexistence de l’àme et dans la pluralité des existences. I/honime de génie est un Esprit qui a vécu plus longtemps; qui a, par conséquent, plus ac([uis et plus progressé «lue ceux qui sont moins avancés. En s'incarnant , il apporte ce (jii'il sait, et comme il sait beaucouii plus que les autres, sans avoir besoin d’apprendre, il est ce qu’on appelle un homme de génie. Mais ce (lu'il sait n’en est pas moins le fruit d'un travail antérieur et non le résultat d’un privilège. Avant de renaître, il était donc Esprit avancé ; il se réincarne, soit pour faire profiter les autres do ce qu’il sait, soit pour acquérir davantage.
Les hommes progressent incontestablement par euxmêmes et par les efforts do leur intelligence; mais, livrés à leurs propres forces, ce progrès est très lent, s’ils ne sont aidés par des hommes plus avancés, comme l’écolier l’est par ses professeurs. Tous les peuples ont eu leurs hommes de génie qui sont venus, à diveraes époques, donner une impulsion et les tirer de leur inertie.
0. —Dés lorsqu’on admet la sollicitude de Dieu pour ses créatures, pourquoi n'admetti’ait-on pas que des Esprits Ciipables, par leur énergie et la supériorité do leurs connaissances, de faire avancer l’humanité, s’incarnent par la volonté de Dieu en vue d'aider au progrès dans un sons déterminé; qu’ils reçoivent une mission, comme un ambassadeur en reçoit une do son souverain? Tel est le rôle des grands génies. Que viennent-ils faire, sinon apprendre aux hommes des vérités que ceux-ci ignorent, et qu’ils eussent ignorées pendant encore de longues périodes, afin de leur donner un marchepied il l’aide duquel ils pourront s’élever plus rapidement ? Ces génies
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qui apparaissent à travers les siècles comme des étoiles brillantes, laissant après elles une longue traînée lumineuse sur l’humanité, sont des missionnaires, ou, si l’on veut, des messies. S’ils n’apprenaient aux hommes rien autre que ce que savent ces derniers, leur présence serait complètement inutile ; les choses nouvelles qu’ils leur enseignent, soit dans l’ordre physique, soit dans l’ordre philosophique, sont des révélations.
Si Dieu suscite des révélateurs pour les vérités, scientifiques, il peut, à plus forte raison, en susciter pour les vérités morales, qui sont un des éléments essentiels du progrès. Tels sont les philosophes dont les idées ont traversé les siècles.
7. — Dans le sens spécial de la foi religieuse, la révélation se dit plus particulièrement des choses spirituelles que l’homme ne peut savoir par lui-méme, qu’il ne peut découvrir au moyen de ses sens, et dont la connaissance lui est donnée par Dieu ou par ses messagers, soit au moyen de la parole directe, soit par l’inspiration. Dans ce cas, la révélation est toujours faite à des hommes privilégiés, désignés sous le nom do prophètes ou messies, c’està-dire envoyés, missionnaires, ayant mission de la transmettre aux hommes. Considérée sous ce point de vue, la révélation implique la passivité absolue; on l’accepte sans contrôle, sans examen, sans discussion.
8. — Toutes les religions ont eu leurs révélateurs, et quoique tous soient loin d’avoir connu toute la vérité, ils avaient leur raison d’étre providentielle, car ils étaient appropriés au temps et au milieu où ils vivaient, au génie particulier des peuples auxquels ils parlaient, et auxquels ils étaient rclati\*ement supérieurs. Malgré les erreurs de leurs doctrines, ils n’en ont pas moins remué les