CHAPITRE Vil
5. — La position ncrmale des couches* terreuses ou pierreuses provenant de dépôts aqueux, est la direction horizontale. Lorsqu’on voit ces immenses plaines qui s’étendent parfois à perte de vue, d’une horizontalité parfaite, unies comme si on les avait nivelées au rouleau, ou ces fonds de vallées aussi planes que la surface d’un iac, on peut être certain qu’à une époque plus ou moins reculée, ces lieux ont été longtemps couverts par des eaux tranquilles qui, en se retirant, ont laissé à sec les (erres qu’elles avaient déposées pendant leur séjour. Après la retraite des eaux , ces terres se sont couvertes (le végétation. Si au lieu de terres grasses, limoneuses, argileuses ou marneuses, propres à s’assimiler les principes nutritifs, les eaux n’ont déposé que des sables siliceux, sans agrégation, on a ces plaines sablonneuses et arides qui constituent les landes et les déserts. Les dépôts que laissent les inondations partielles, et ceux qui forment les atterrissements à l’embouchure des rivières, peuvent en donner une idée en petit.
6. — Bien que l’horizontalité soit la position normale et la plus générale des formations aqueuses, on voit souvent sur d’assez grandes étendues, dans les pays de mon-
tagnes, des roches dures que leur nature indique avoir été formées par les eaux, dans une position inclinée et parfois même verticale. Or, comme d’après les lois de l’équilibre des liquides et de la pesanteur, les dépôts aqueux ne peuvent se former qu’en plans horizontaux, attendu que ceux qui ont lieu sur des plans inclinés sont entraînés dans les bas-fonds par les courants et leur propre poids, il demeure évident que ces dépôts ont dû être soulevés par une force quelconque, après leur solidification ou transformation en pierres. v
De ces considérations on peut conclure avec certitude que toutes les couclies pierreuses provenant de dépôts aqueux dans une position parfaitement horizontale, ont été formées à la suite des siècles'pardes eaux tranquilles, et que toutes les fois qu'elles ont une position inclinée, c’est que le sol a été tourmenté et disloqué postérieurement par des bouleversements généraux ou partiels plus ou moins considérables.
7. — Un fait caractéristique de la plus haute importance par le témoignage irrécusable qu’il fournit, consiste dans les débris fossiles d’animaux et de végétaux que l’on rencontre en quantités innombrables dans les différentes couches; et comme ces débris se trouvent môme dans les pierres les plus dures, il en faut conclure que l’existence de ces êtres est antérieure à la formation de ces mêmes pierres; or, si l’on considère le nombre prodigieux de siècles qu’il a fallu pour en opérer le durcissement, et les amener à l’état où elles sont de temps immémorial, on arrive à cette conséquence forcée, que l’apparition des êtres organiques sur la terre se perd dans la nuit des temps et qu’elle est bien antérieure, par conséquent, à la date assignée par la Genèse (1).
(I) Fossile, du latin fossilia, fossilis, dérivé do fossa, fosse, et de fotlere, fouir, creuser la terre. Ce mot se dit, on géologie, des corps ou débris de corps organisés, provenant d’ôtres qui vivaient antérieurement aux temps historiques. Par extension, il se dit éga- lement des substances minérales portant les traces de la présence d'êtres organisés, telles que les empreintes de végétaux ou d’animaux.
Le mot fossile, d’une acception plus générale, a été substitué à celui de pétri fention qui ne s’appliquait qu’aux corps transformés en pierre par riullltration de matières siliceuses ou calcaires dans les tissus organiques. Toutes les pétrifications sont nécefsairemeut des fossiles, mais tous les fossiles ne sont pas des pétrifications.
Les objets qui se revêtent d’une couche pierreuse, lorsqu’il» sont plongés dans oertainos eaux chargées de substances calcaires, ne
8. — Parmi ces débris de végétaux et d’animaux, il en est qui ont ôté pénétrés dans toutes les parties de leur substance, sans que leur forme en ait été altérée, de matières siliceuses ou calcaires qui les ont transformés en pierres dont quelques-unes ont la dureté du marbre; ce sont les pétrifications proprement dites. D’autres ont été simplementenveloppôs parla matière à l’état de mollesse; on les trouve intacts et quelques-uns dans leur entier, dans les pierres les plus dures. D’autres, enfin n’ont laissé que des empreintes, mais d’une netteté et d’une délicatesse parfaites. Dans l’intérieur de certaines pierres on a trouvé jusqu’à l’empreinte des pas, et à la forme du pie<l, des doigts et des ongles on a reconnu de quelle es^v péce d’animal ils provenaient.
9. — Les fossiles d’animaux ne comprennent guère, on le conçoit, que les parties solides et résistantes, c’est-àdire les ossementsj les écailles et les cornes; quelquefois ce sont des squelettes complets; le plus souvent ce n’en sont que des parties détachées, mais dont il est facile de reconnaître la provenance. A l’inspection d’une mâchoire, d’une dent, on voit de suite si elle appartient à un ani-^ mal herbivore ou carnassier. Comme toutes les parties de l'animal ont une corrélation nécessaire. Informe de la tête, d’une omoplate, d’un os de jambe, d’un pied, suffit pour déterminer la taille, la forme générale, le genre de vie de l’animal (1). Les animaux terrestres ont une orga-
sonl pas (les pétrifications proprement dites, mais de simples incrustations.
Les monuments, inscriptions et objets provenant de fabrication humaine, appartiennent A l'archéologie.
(1) Au point où Georges Cuvier a porté la science paléoutologique, un seul os suffit souvent pour déterminer le genre, l’espèce, la forme d’un animal, ses habitudes, et pour le reconstruire tout entier.
nisation qui ne permet pas de les confondre avec les animaux aquatiques. Les poissons et les coquillages fossiles sont excessivement nombreux ; les coquillages seuls forment quelquefois des bancs entiers d’une grande épaisseur. A leur nature on reconnaît sans peine si ce sont des animaux marins ou d’eau douce.
10. — Les cailloux roulés qui, dans certains endroits constituent des roches puissantes, sont un indice non équivoque de leur origine. Ils sont arrondis comme les galets du bord de la mer, signe certain du frottement qu’ils ont subi par l’effet des eaux. Les contrées où on les trouve enfouis en masses considérables, ont incontestablement été occupés par l’Océan, ou par des eaux violemment agitées.
11. — Les terrains des diverses formations sont en outre caracférisés par la nature même des fossiles qu’ils renferment; les plus anciens contiennent des espèces animales et végétales qui ont entièrement disparu de la surface du globe. Certaines espèces plus récentes ont également disparu, mais ont conservé leurs analogues qui ne différent de leurs souches que par la taille et quelques nuances de forme. D’autres enfin, dont nous voyons les derniers représentants, tendent évidemment il disparaître dans un avenir plus ou moins prochain, tels que les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames, etc. Ainsi, à mesure que les couches terrestres se rapprochent de notre époque, les espèces animales et végétales se rapprochent aussi de celles qui existent aujourd’hui.
Les perturbations, les cataclysmes qui ont eu lieu sur la terre depuis son origine, en ont donc changé les conditions de vitabilité, et ont fait disparaître des générations entières d’êtres vivants.