CHAPITRE IX
les abandonner à nouveau et rentrer dans son ancien lit. Ce mouvement périodique, renouvelé indéfiniment, constituerait une véritable marée universelle de 25,000 ans.
La lenteur avec laquelle s’opère ce mouvement do la mer le rend presque imperceptible pour chaque génération ; mais il est sensible au bout de quelques siècles. Il ne peut causer aucun cataclysme subit, parce que les hommes se retirent, do génération en génération, à mesure que la mer avance, et ils avancent sur les terres d’où la mer se retire. C’est à cette cause, plus que probable, que quelques savants attribuent le retrait de la mer sur certaines côtes et son envahissement sur d’autres.
10. — Le déplacement lent, graduel et périodique de la mer est un fait acquis ù l’expérience, et attesté par do nombreux exemples sur tous les points du globe. Il a pour conséquence l'entretien des forces productives de la terre. Cette longue immersion est un temps de repos pendant lequel les terres submergées récupèrent les principes vitaux épuisés par une production non moins longue. Les immenses dépôts dematières organiques formés par le séjour des eaux durant des siècles de siècles, sont des engrais naturels périodiquement renouvelés, et les générations se succèdent sans s’apercevoir de ces changements (1).
(1) Pumii les faits les plus récents qui prouvent le déplacement de la mer, on peut citer les suivants :
Dans le golfe de Gascogne, entre le vieux Soulac et la tour de Cordouan, quand la mer est calme, on découvre au fond de l’eau des pans de muraille : ce sont les restes de l’ancienne et grande ville de Noviomagus, envahie par les flots en 580. Le rocher de Cordouan, qui était alors relié au rivage, en est maintenant îi 12 kil.
Dans la mer de la Manche, sur la côte du Havre, la mer gagne chaque jour du terrain et mine les falaises de Sainte-Adresse, qui s'écrouh nt petit à petit. .A 2 kilomètres de la côte, entre Sainte- Adresse et le cap de la Hève, existe le banc de l’Eclat, jadis il dé-
RÉVOLUTIONS DU GLOBK
CATACLYSMES FITCRS.
11. — Les grandes commotions de la terre ont en lieu à l’époque où la croûte solide, par son peu d’épaisseur, n’offrait qu’une faible résistance il l’effervescence des matières incandescentes de l’intérieur ; on les a vues diminuer d'intensité et de généralité àraesure que la croûte s’est consolidée. De nombreux volcans sont maintenant éteints, d’autres ont été recouverts par les terrains de formation postérieure.
Il pourra cerüvinement encore se produire des perturbations locales, par suite d’éruptions volcaniques, d’ouverture de quelques nouveaux volcans, d’inondations subites de certaines contrées , quelques îles pourront sortir de la mer et d’autres s'y abimer ; mais le temps des cata-
coiiverl et réuni il la terre ferme. D’aneiens documents constatent que sur cet emplacement, où l’on navigue aujourd’hui, il y avait le village de Saint-Denis-chef-de-Caux.La mer ayant envahi le terrain au XIV® siècle, l’église fut engloutie en 1378. On prétend qu'on en voit les restes au fond de l’eau par un temps calme
Sur presque toute l’étendue du littoral de la Hollande, la mer n’est retenue qn’Ji force de dignes qui se rompent de temps en temps. 1.,’ancien lac Flevo, réuni à la mer en 1U25, forme aujourd’hui le golfe du Zutjdcrzée. Cette irruption de l'Océan engloutit plusieurs villages.
n’après cela, le territoire do Paris et de la France serait un jour de nouveau occupé par la mer, comme il l’a déjà été plusieurs fois, ainsi que le prouvent les observations géologiques. Les parties montagneuses formeront alors des îles, comme le sont maintenant •Tersey, Guertiesey et l’Angleterre, autrefois contiguës au continent.
On naviguera au-dessus des contrées que l’on parcourt aujourd’hui en chemin de fer; les navires aborderont h .Montmartre, au mont Valérien , aux coteaux de Saint-Cloud et do Meudon ; les bois cl les forêts où l’on se promène seront ensevelis sous les eaux, recouverts de limon, et peuplées de poissons au lieu d’oiseaux.
Le déluge biblique ne peut avoir eu cette cause, puisque l’invasion des eaux a été subito et leur séjour de courte durée, tandis qu’autrement elle eût été de plusieurs milliers d’années, et durerait encore, sans que les hommes s’en fusseut aperçus.