CHAPITRE X
minium, qui sont vénéneux. L’oxygène, avec les métaux appelés calcium, sodium, potassium, forme la chaux, la soude, la potasse. La chaux unie à l’acide carbonique forme les carbonates de chaux ou pierres calcaires, telles que le marbre, la craie, la pierre à bâtir, les stalactites des grottes; unie à l’acide sulfurique, elle forme le sulfate de chaux ou plâtre, et l'albâtre; à l’acide phosphorique : le phosphate de chaux, base solide des os; l’hydrogène et le chlore forment l’acide hydrochlorique; l’acide hydrochlorique et la soude forment l' hydrochlorate de soude ou sel marin.
y. — Toutes ces combinaisons, et des milliers d’auli-es, s’obtiennent artificiellement en petit dans les laboratoires de chimie; elles s’opèrent spontanément en grand dans le grand laboratoire de la nature.
La terre, dans son principe, ne contenait pas ces matières combinées, mais seulement leurs principes constituants volatilisés. Lorsque les terres calcaires et autres, devenues à la longue pierreuses, se sont déposées â sa surface, elles n’existaient point toutes formées; mais dans l’air se trouvaient, à l’état gazeux, toutes les substances primitives; ces substances, précipitées par l’cfifet du refroidissement, sous l’empire de circonstances favorables, se sont combinées suivant le degré de leur affinité moléculaire ; c’est alors que se sont formées les différentes variétés de carbonates, de sulfates, etc., d’abord en dissolution dans les eaux, puis déposés â la surface du sol.
Supposons que, par une cause quelconque, la terre revienne â son état d’incandescence primitive , tout cela se décomposerait; les éléments se sépareraient; toutes les substances fusibles se fondraient; toutes celles
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qui sont volatisables se volatiliseraient. Puis un second refroidissement amènerait une nouvelle précipitation, et les anciennes combinaisons se formeraient à nouveau.
lü. — Ces considérations prouvent combien la chimie était nécessaire pour l’intelligence de la Génése. Avant la connaissance des lois de l'affinité moléculaire, il était impossible de comprendre la formation de la terre. Cette science a éclairé la question d’un jour tout nouveau, comme l’astronomie et la géologie l’ont fait à d’autres points de vue.
11. — Dans la formation des corps solides, un des phénomènes les plus remarquables est celui de la cristallisation qui consiste dans la forme régulière qu'affectent certaines substances lors de leur passage de l’état liquide ou gazeux à l’état solide. Cette forme, qui varle*selon la nature do la substance, est généralement celle de solides géométriques, tels que le pri.sme, le rhomboïde , le cube, la pyramide. Tout le monde connaît les cristaux de sucre candi; les cristaux de roche, ou silice cristallisée, sont des prismes à six pans terminés par une pyramide également hexagonale. Le diamant est du carbone pur ou charbon cristalisé. Les dessins qui se produisent sur les vitres en hiver sont dus à la cristallisation de la vapeur d’eau sous forme d’aiguilles prismatiques.
La disposition régulière des cristaux tient à la forme particulière des molécules de chaque corps; ces parcelles, infiniment petites pour nous, mais qui n’en occupent pas moins un certain espace, sollicitées les unes vers les autres par l’attraction moléculaire, s’arrangent et se ju.xtaposent, selon l’exigence de leur forme, de manière à prendre chacune sa place autour du noyau ou premier centre d’attraction et à former un ensemble symétrique.
CUAl’ITRE X
I.ii cristallisation ne s'opère que sous l'empire rie certaines eireonstances favorables en dehors (lesquelles elle no peut avoir lieu; le deprrè do la température et le repos sont des con.litions essentielles. On comprend qu’une Irop forte chaleur, tenant les molécules écartées, no leur permettrait pas do se condenser, et que l’agitation s'opposant il leur arrangement symétrique, elles ne formeraient qu'une masse confuse et irrégulière, et partant pas do oristallisation proprement dite.
12. — La loi qui préside à la formation des minéraux conduit naturellement à la formation des corps organiriues.
L’analyse chimique nous montre toutes les substances végétales et animales composées des mêmes éléments que les corps inorganiques. Ceux de ces éléments qui jouent le principal rôle sont l’oxygène, l’hydrogène, l’azote et le carbone ; les autres ne s'y trouvent qu’accessoirement. Comme dans le règne minéral, la dilféronco do proportion dans la combinaison de ces éléments produit toutes les variétés do substances organiques et leurs propriétés diverses, toiles que ; les muscles, les os, le sang, la bile, les nerfs, la matière cérébrale, la graisse, chez les animaux; la sève, le bois, les feuilles , les fruits, les essences, les huiles, les résines, etc., dans les végétaux. Ainsi, dans la formation des animaux et des plantes, il n’entre aucun corps spécial qui ne se trouve également dans le règne minéral (1).
(l)Lf! tableau ci-aptes, de l’analyse de quelques substances, montre la difrérence des propriétés qui résulte de la seule difTérence dans la proportion des éléments constituants. Sur 100 parties;
Carbone. Ilydrog. Oxygène. Azote.
Sucre do canne.. 42.470 G.ftoO .70.(1:10 »
Sucre de raisin. . .’iO.TlO 6.780 îiG.,710 »
GENÈSE ORGANIOUE
J 3. — Quelques exemples usuels feront comprendre les transformations qui s'opèrent dans le règne organique par la seule modification des éléments constitutifs.
Dans le jus du raisin, il n’y a encore ni vin ni alcool, mais simplement de l'eau et du sucre. Quand ce jus est ' arrivé à maturité et qu’il se trouve placé dans des circonstances propices, il s’y produit un travail intime auquel on donne le nom de fermentation. Dans ce travail une partie du sucre se décompose ; l’oxygène, l’hydrogène et le carbone se séparent et se combinent dans les proportions voulues pour faire de l’alcool; de sorte qu’en buvant du jus de raisin, on ne boit réellement point d’alcool, puisqu’il n’existe pas encore.
Dans le j)ain et les légumes que l’on mange, il n’y a certainement ni chair, ni sang, ni os, ni bile, ni matière cérébrale, et cependant ces mêmes aliments vont, on se décomposant et se recomposant par le travail de la digestion, produire ces différentes substances par la seule transmutation de leurs éléments constitutifs.
Dans la graine d'un arbre, il n’y a non plus ni bois, ni feuilles, ni fleurs, ni fruits, et c’est une erreur puérile de croire que l'arbre entier, sous forme microscopique, se trouve dans la graine ; il n’y a môme pas, à beaucoup près, dans cette graine, la quantité d’oxygène, d’hydrogène et de carbone nécessaire pour former une feuille de l’arbre. La graine renferme un germe qui éclot quand elle
.Mcool 51.080 13.700 .34.320 »
lluilo (l’olive 77.210 13.360 0.430 n
HuiUi (le noix... 70.774 10.570 0.122 0..534
Gr.iissc.. 78.000 11.700 0.304 «
Fibrine 53.300 7.021 10.083 10.034
CllAPITHE X
se trouve dans des conditions favorables; ce germe gi-andit par les sucs qu’il puise dans la terre et les gaz qu’il aspire de l’air ; ces sucs, qui ne sont ni du bois, ni des feuilles, ni des fleurs, ni des fruits, eu s’infiltrant dans la plante, en forment la sève, comme les aliments, chez les animaux, forment le sang. Cette sève, portée par la circulation dans toutes les parties du végétal, selon les organes où elle aboutit et où elle subit une élaboration spéciale, se transforme en bois, feuilles, fruits, comme le sang se transforme en chair, os, hile, etc., etc., et cependant ce sont toujours les mêmes éléments ; oxygène, hydrogène, azote et carbone, diversement combinés.
14. — Les différentes combinaisons des éléments pour la formation des substances minérales, végétales et animales, ne peuvent donc s’opérer que dans les 'milieux et dans les circonstances propices ; en dehors de ces circonstances, les principes élémentaires sont dans une sorte d’inertie. Mais, dès que les circonstances sont favorables, commence un travail d’élaboration; les molécules entrent en mouvement, elles s’agitent, s’attirent, se rapprochent, se séparent en vertu de la loi des affinités, et, j)ar leurs combinaisons multiples, composent l’infinie variété des substances. Que ces conditions cessent, et le travail est subitement arrêté, pour recommencer quand elles se présenteront de nouveau. C’est ainsi que la végétation s'active, se ralentit, cesse et reprend, sous l’action de la chaleur, de la lumière, de l’humidité, du froid ou de la sécheresse ; que telle plante prospère dans un climat ou dans un terrain, et s’étiole ou périt dans un autre.
15. — Ce qui se passe journellement sous nos yeux peut nous mettre sur la voie de ce qui s’est passé à l’ori-
GENÈSE OIlGAÎilOUE -211
gine des temps, car les lois de la nature sont toujours les mêmes.
Puisque les éléments conslitufifs des êtres organi(|ues et des êtres inorganiques sent les mêmes; que nous les voyons iucessammeni, sous l'empire de certaines circonstances, former les pierres, les plantes et les fruits, on peut en conclure que les corps des premiers êtres vivants SC sont formés comme les premières pierres, par la réunion des molécules élémentaires en vertu de la loi d’affinité, à mesure que les conditions de vitabilitê du globe ont été propices à telle ou telle espèce.
La similitude de forme et de couleurs, dans la reproduction des individus de chaque espèce, peut être comparée à la similitude de forme do chaque espèce do cristal. Les molécules, se juxtaposant sous l’empire de la même loi, produisent un ensemble analogue.
l’Bl.NCn-E VITAL.
16. — En disant que les plantes et les animaux sont formés des mêmes principes constituants que les minéraux, il faut l’entendre dans le sons exclusivement matériel : aussi u’est-il ici question que du corps.
Sans pai'lerdu principe intelligent, qui est une question à part, il y a dans la matière organique un principe spécial, insaisissable, et qui n’a pu encore être défini : c’est le principe vital. Ce principe, qui est actif chez l'être vivant, est éteint chez l’ôtre mort, mais il n’en donne pas moins à la substance des pi’opriétés caractéristiques qui la distinguent des substances inorganiques. La chimie, qui décompose et recompose la plupart des corps inor-