CHAPITRE PREMIER
LVS ÂRTAS,
Les premiers savants qui s'occupèrent des peuples qui possèdent les Védas, Manou et tous ces monuments de la pensée des âges antiques, qui attendent encore des traducteurs, nommèrent tout simplement ces peuples, les Indoust..,
1t n'était que logique de leur laisser leur nom, et du reste William Jones, Colebrooke, Strange,pour ne citer que les plus illustres, avaient trop le respect des traditions historiques, pour céder à cette maoie toute moderne de fiatbriquer des noms de peuples pour étayer an système. Dernièrement, un orientaliste appelait les Israélites les Abrahamides 9 et il paraissait
fort satisfait de celte découverte. . . Nous ne savons où la science officielle s'arrêtera sur celte pente , qui conduit la plupart de ceux qui s'occupent des civilisations anciennes à défigurer faits, choses et peuples, par des noms d'emprunt.
Lorsque les Accadiens vinrent coloniser Babylone , dit l'un... Pardon, reprend le sepond, c'est les Sumériens qu'il
faut dire.
Où prenez-vous ces gens-là? s'écrie un troisième, Babylone
a été colonisé par les Kasdéens.
Non ! exclame un quatrième, ces peuples se nommaient les
Proto-Kasdéens.
Vous n'y êtes point, fait un cinquième , il faut les appeler lesKasdéo-Scylhiques... Arrive un sixième qui leur dit : Tous ces peuples n'ont Ijamais existé, la Chaldéo-Babylonie a été colonisée par les Sémites.
Et tout cela , pour ne pas donner à ces peuples le nom cpnsacré par les siècles et l'histoire : les Chaldéens ou les Chaldéo-Babyloniens.
Il est vrai que si vous dites simplement : Lorsque les Babyloniens réduisirent les Juifs en servitude..., vous êtes compris par tout le monde... Comme il est plus profond au contraire de s'exprimer ainsi : Lorsque les descendants des Proto-Kasdéens asservirent les Abrahamides...
Âht qa*en termes galants ces choses-là sont mises!
certains savants auront besoin avant peu qu'on lès traduise en français...
Les Indous de l'antiquité ne pouvaient échapper à cette fureur de baptiser les gens, au lieu de leur laisser le nom de la terre sur laquelle ils se sont développés — India — la terre du Lotus, ainsi nommée parce que, d'après les croyances de ses habitants, elle aurait la première, entre toutes les contrées du globCj émergé de rOcéaa comme la fleur aimée de Yich-
Dou. .. lis ont été appelés^ dans le monde officiel de la science, par les uns les Aryas, et par les autres, qui ont voulu tout à fait franciser le nom , les Ariens. Si vous demandez ce quQ c'est que les Aryas ou Ariens, on vous répond dans l'école :
— Les Aryas sont des peuples de race blanche qui ont con quis l'Inde et qui lui ont apporté la civilisation védique.
Continuons les questions :
D'où venaient ces peuples?
— Des plateaux de l'Asie centrale
Si vous persistez sur ce ton , on vous apprendra que le berceau de la race dite arienne est la contrée qui s'étend à Test de la mer Caspienne et sur les rives de l'Oxus.
C'est déjà de là qu'on fait venir les Touraniens et toute la pléiade des Sumériens et des Kasdéo-Scythiques.
Un pareil système paraîtra singulier, pour ne pas dire plus... lorsqu'on saura que cette contrée que nous avons déjà caractérisée à propos des Touraniens, et que Ton donne comme le berceau de la race antique des Indous , ne possède pas une ruine, pas un souvenir, pas le moindre vestige qui permettent une pareille hypothèse. Ni monuments, ni traditions d'aucunes sortes, voilà le bilan de cette terre qui aurait produit la civilisation la plus étonnante des temps anciens. C'est à un point qu'il serait tout aussi logique de faire sortir ces prétendus Aryas des. plaines sablonneuses du Sahara.
Un avenir prochain fera table rase de toutes ces élucubrations germaniques conçues dans un but facile à dévoiler. Nos voisins ne font pas de la recherche de la vérité l'objectif de leur science, ils n'ont en vue que l'intérêt de leur race qui, selon eux, est à la tête des nations et qui est destinée à dominer le monde.
Faire aller les peuples blonds à cheveux dorés de l'est de la mer Caspienne dans l'Inde, créer des espèces de Germains sur l'Oxus pour les envoyer conquérir le Gange, attribuer les.
Védas et Manou aax races daNord en les enlevantaux races da Sud... tout cela sert admirablement leurs projets; leurs aocô- 1res ODt ainsi dominé tout l'Orient; toutes les civilisations anciennes sont sorties d'eux ; ils vont à leur tour dominer le monde moderne, et préparer les civilisations de l'avenir... Que Ton ne croie pas à un rêve, à un parti pris die notre part, cela 3'enseigne dans toutes les universités d'Allemagne, la jeunesse écoute avec enthousiasme ces leçons dans lesquelles on nomme les Aryas-Indous les vieux Germains de l'Oxusetda Gange, et elle se prépare à jouer le même rôle de conquête en Europe. La lutte contre la France désarmée et surprise les a grisés à un point qu'ils se croient poussés en avant par une sorte de fatalisme naturaliste que leurs professeurs extraient, à grands renforts de syllogismes, du jeu des forces physiques, seul Dieu qui domine le monde dans cette sciejace nouvelle.
On leur dit, à ces jeunes gens, que l'homme se développe par les seules forces matérielles, qu'il y a fatalement des races supérieures qui ont le droit de dominer le monde, que les Germains, descendants des Aryas, sont, à tous les points de vue, physiologiques et scientifiques, supérieurs aux autres peuples, et qu'ils ont le droit par conséquent d'imposer, même par la force, leur direction... déjà ils disent leur domination.
Cette nouveauté est tout simplement la réédition du vieux système brahmanique, et les Allemands aspirent à jouer le rôle des brahmes, maitres de la terre et des hommes^ en Occident.
Qu'on ne s'y trompe pas : On mène les nations avec une croyance quelle qu'elle soit quand on parvient à la faire passer dans les masses. •
Les formules religieuses ontfait leur temps, la foi estmorte. Les hommes des bords du Rhin s'unissent en ce moment par une formule scientifique qui n'est pas la science^ mais qulls tiennent pour telle... attendant l'heure d'imposer cette supré-
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LA LË6BNDE DE LA OENËSE DAN$ L'INDE. M5
matie qu'ils s'arrogent avec des doctcioea et des moyeo9 qqi sont OQ retour complet à la barbarie.
tt Que m'importe le droit? s'écrie Tallemand Max Stimer, Je n*en ai pas besoin; ce que je puis acquérir par la force, je le possède et j'en jouis, ce dont je ne puis m'emparer, j'y renonce, et je ne vais pas^ en manière de consolation^ me pavaner avec mon prétendu droit béréditaire, avec mon droib imprescriptible. »
« Une intelligence plus profonde de Tbistoire, ajoute Strauaa, nous a appris que c'est l'instinct d'expansion des peuples qui éclate dans l'ambition des conquérants, et qu'ils ne août que les représentants d'aspirations générales, »
Yoilà qui est fait ; avec des aspirations générales, on pille les voisins* on vole les richesses amassées par quinze siècles d'industrie, de travail et d'intelligence... et la nation la pluaav^ncée, la nation supérieure est celle qui dévaste, incendie, et .s'approprie le mieux le travail des autres* »•
Et ces cyniques traduisent cela en formules philosophiques.
Et les nalLs, pour ne point leur donner une appellation plus sévère, tous ces prétendus savants français qui se mettent à la remorque des Strauss, des Schopenhauer, des Max Stirner» des Alexandre Ecker et autres^ ne voient pas que ces gens-là font de la science de convention pour TAIlemagnei et que foire de la science sur ce terrain avecrAllem^pe, c'est en faire contre Ja France.
Et voilà pourquoi, alors que William Jones, Colebrooke, Thomas Strange, Princeps, Bumouf, d'accord avec les brahmes et les savants pundits de l'Inde^ disaient to Indim^ les Allemands ont dit /01 Arias.
Les Indous se développant sur les bords du Gange, c'est la civilisation partant du Sud pour remonter vers le Nord, c'est
f9ô LA GENÈSE DE L'HUMANITÉ.
l'homme du soleil et dés grandes végétations de l'Orient^ allant civiliser le sauvage des steppes de la Tartane, c^est le passé de l'Egypte, de la Grèce, de Tltalie; ce sont les races indo-européennes, les races latines, la France prêchant le droit humanitaire, le triomphe de la moralité et du devoir contre la force brutale et les instincts des barbares.
Les Aryas se développant sur les rives de l'Oxus et allant conquérir Tlndé, c'est la civilisation partant du Nord pour envahir le Sud, c*est la lumière venant d'Attila, de Tzenguiz- Khan^ de Tamerlan, des barbares du moyen âge et des retires de 4870^ c'est Tinstinct d'expansion de la race supérieure qui se répand sur le monde, c'est l'absolution des invasions. ••
C'est la force qui prime le droit.
C'est l'individualité réduite au rôle de rouage-esclave dans l'ensemble^ c'est la foule suivant le conquérant, l'homme providentiel. C'est l'éternel despotisme étouffant l'immortelle liberté.
Laissons la science allemande et faisons de la science universelle.
En plaçant les Aryas et leur civilisation, au milieu des steppes, des déserts de sable de l'Asie centrale, les inventeurs de ce système ont calculé que l'absence de toute ruine, de toute tradition écrite ou populaire pourrait devenir un argument; cela semble puéril, mais cela est; nous avons entendu un professeur d'Heidelberg soutenir que des bouleversements géologiques avaient tourmenté, à des dates relativement récentes dans l'âge de l'humanité, les contrées habitées anciennement par les prétendus Aryas^ et fait ainsi disparaître tous les vestiges de leur primitive civilisation.
Le raisonnement est tout à fait logique à la manière allemande.
Étant donnée une hypothèse, on soutient tous les points
spécieux oa erronés de son opinion par d'autres hypothèses.
Les inventeurs des Aryas sont Incapables d'invoquer la moindre preuve historique, aussi ne se laissent-ils jamais aller jusqu'à la discussion^ ils imposent leur opinion comme un axiome.
Le mot i*arya signifie en sanscrit : excellent^ noble, brave.
Dans les vieux écrits de la primitive époque antévédique, que les brahmes appellent époque pastorale, cette expression n'a jamais été employée qu'adjectivement. Plus tard, lorsque les différentes peuplades se furent disciplinées sous le joug sacerdotal des brahmes, le mot d'arya devint une épithète accolée communément aux noms des membres de la caste guerrière, les xchatrias, des gouverneurs de province, et des professeurs de science théologique, qui avaient la direction suprême des enfants des castes élevées, jusqu'à seize ans.
Ainsi on disait :
Arya xchatriaf noble chef.
Ana gourou, vénérable professeur.
Avec le temps, cette qualification devint un véritable titre de noblesse, interdit à tous ceux qui n'appartenaient pas aux deux castes sacerdotale et royale.
Dans leurs chants, les poètes appelèrent plus tard la nation indoue tout entière du nom d'Arya,mais alors ce mot redevenait un simple qualificatif; c'était l'expression de nobk, civilisé, dif cliqué mx peuples àe rinde, en opposition avec celle, de guhaha^ barbare, que les Indous, comme les Grecs, appliquaient aux peuples étrangers.
Nous mettons au défi tout orientaliste sérieux de nous montrer un seul texte ancien ou moderne, prouvant qu'à une époque quelconque de leur histoire, dans le passé comme dans le présent, les Indous aient considéré cette expression
t06 LA 6EN&SB DS L'HUMANITâ.
d'Aryas comme leur oom de race, un seul texte qui démontre la prétendue invasion des peuples fabuleux de TOxus. Il est un texte de Manou qu'il n'est pas permis d'ignorer :
« Couroukchelra, Matsya et le pays de Pantchala^ qui recevra aussi le nom de Canya-Goubja (montag^ne de la vierge), Sourasvaca, aussi appelé Matboura, forment la contrée de Brahmarchi, située près de celle de Brabmavarta. »
Ces deux contrées de Brabmarcbi et de Brabmavarta, appe*lées dans l'Inde le pays des bommes vertueux, sont indiquées par l'bistoire et la tradition comme étant les provinces que les brahmes regardent comme leur berceau.
Brabmarcbi et Brabmavarta sont situés au centre même de l'Indoustan, entre le Gange et le Godavéry.
On voit ce que valent ces bistoires d'Aryas et de brabmes guerriers envabissant l'Inde par l'Indus et venant soumettre les populations agricoles de ce pays...
On rougirait d'inventer de pareilles fables s'il s'agissait de traditions bistoriques modernes. . . Tout semble permis quand il s'agit de l'Orient.
Causant un jour avec un savant Htri que Ton prétend être une des colonnes des sciences indianisteSi nous lui citions sur une question qui nous divisait, l'autorité d'un savant pundit, que l'illustre William Jones ne nommait qu'avec respect, et qui est un des commentateurs les plus autorisés de Manon* Nous voulons parler de Collouca-Batta.
~ Hé I monsieur, nous fut-il répondu, tous vos pundits et tous vos brabmes ne sont pas des autorités que nous admettions dans la science. '
Voilà où nous en sommes.
Celui qui nous parlait ainsi eût été fort embarrassé de résoudre les problèmes qui encombrent les premiers siècles de
LA LË6BNDR DB LA OBNÈSB DANS L'INDE. MO
notre histoire.. • Mais, sans avoir quitté les rives de la Seine, il avait la prétention d'enseigner aux Indous, aux brahmes, qui passent leur vie dans l'étude des antiquités nationales, comment il fallait comprendre leur propre histoire, et commenter leurs législateurs et leurs livres sacrés...