LA CRÉATION DU HARI-POUBANA
' c De toutes parts, les eaux s'étaient séparées de la terre, le jour de Brahma commençait. L'immortel germe fécondait la nature^ Vhomme de pécAé Vasouki, terrassé par Indra, avait été chassé du ciel avec la troupe des dévas révoltés ^ ; précipité dans les mondes intérieurs, le chef des rakchasas luttait contre les desseins de Brahma^
« Pour le salut de la création, la propagation de la vie, la naissance du bien et Tanéantissement du mal, l'immortel Vichnou sortit du sein d'une fleur de lotus, sur la nappe immense des eaux, et il chassa le vieil homme, l'homme de péché,
rakchasa maudit» dans le naraca — enfer. »
(Voici le portrait, de cet homme de péché, du démon, que nous 3xtrayons du Sama-Véda. )
« Le meurtre d'un brahme en forme la tête; la boisson, des
i. La révolte des esprits qui passa dans le panthéon grec sons le nom de combat des Titans, et dans ia iégende ctirélienne sous le nom de ré* volte des anges.
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LA LË6BNDB DE LA OBNESE DANS L'INDE. St8
liqueurs eniyraotes, les yeux; le vol* et celui de l'or en par** tieulier» le visage; le meurtre d'uu gourou ~ directeur spiri* tuel — les oreilles ; celui d'une femme, le nez; celui d'un tau* reau, les épaules; l'enlèvement de la femme d'autrui, la poitrine ; Tavortement volontaire^ le cou ; l'oppression du jusle et de l'innocentée ventre; la violence exercée contre une per* sonne qui a imploré notre protection, le nombril ; médire de son gourou^ violer une vierge, trahir le secret qu'on nous a confié, feiro périr celui qui a mis en vous sa confiance, en sont les parties honteuses et les cuisses ; les petits péchés en sont les poils*
f Cet homme de péché est d'une taille gigantesque et d'une figure horrible; il est de couleur noire, il a les yeux hagards et étincelants, les pieds fourchus ; il fait le supplice des hommes* »
Tous les ouvrages de pratique vulgaire du catbolidmeeont pleins de phrases dans le genre de celie^i t
Il faut chasser l'homme de péché.
Il faut dépouiller le vieil homme-
Quanta Tbomme noir, d'une taille gigantesque, d'une figure horrible, aux yeux hagards et étincelants, aux pieds fourchus, et qui est chargé de torturer les hommes, le rakcbasa maudit, le diable en un mot du Sama-Véda, il a régné pendant dix* huit siècles sur la myUiologie de Rome, et la terreur qu'il inspirait a plus contribué 4pie l'amour de Dieu à fiûre répandre
abondamment sur ses alliés une pluie de dons pieux» de riches offrandes et de donations...
Son rôle est bien effacé aujonrd^uff
Quantum mutcUus ah illo. . .
Autrefois il était d'un rapport satisfaisant; de grosses fermes, abondamment pourvues de serfs attachés à la glèbe» à chaque
instant étaient offertes par de hauts barons à trois poteaux, qui, après avoir rançonné les juifs, les colporteurs, et brûlé quelques provinces, se dépouillaient de leurs rapines par peur de la grande marmite, de Thomme cornu, fourchu et poilu...
Les rois donnaient des chasubles d'or, des vases de vermeil, des chftsses enrichies de rubis ; ils passaient, comme Henri d'Allemagne, pendant trois jours les pieds dans la neige pour se faire relever d'une excommunication qui les livrait à V homme du péché... la plèbe donnait la dlme de ses sueurs... C'était le bon temps!
Puis il est arrivé un moment où le peuple, comme un mi^ neur qui fait annuler à sa majorité toutes les donations, tous les engagements obtenus de son incapacité, par dol, fraude et captation,.. a repris son bien^ a prétendu travailler pour son propre compte; le diable a eu beau geindre, crier, montrer sa grande fourche, faire ses grimaces les plus horribles^ menacer du feu éternel... on lui a ri au nez...
Et maintenant si on lui donne encore quelques sous pour sa famille^ c'est par un restant d'habitude, et souvent par pitié. Avant un siècle, nul ne pourra plus se soustraire aux charges de la vie sociale ; qui voudra vivre devra travailler, soldat aujourd'hui pour défendre son foyer, citoyen demain pour l'enrichir... Et le diable^ proprement couché dans son tombeau, dormira oublié dans la poussière des superstitions disparues.
Le respect s'en va, Tégoîsme gagne, où allons-nouSi grands dieux 1 Bientôt il n'y aura plus que des hommes, et la parole de Virgile :
Sic vos non vobis nidificatis aves^ ^
Sic vos non vobis melHficatis apes.
Sic vos non vobis parietis oves^
ne sera plus de mise.
Les oiseaux ne feront leurs nids que pour eux ; pour elles seules les abeilles feront lejir miel ; les brebis ne donneront leur croît qu'à ceux qui les auront élevées^ soignées, aimées et nourries. Les parasites seront chassés du nid, et les frelons de la ruche; là charrue et le marteau seront les rois du monde.
II n*y aura plus moyen de vivre, comme le bienheureux saint Joseph Labre, en demandant Faumône sur les marches ou dans l'intérieur d'un temple.
c En vérité^ je vous h dis, ce sera rabomination de la desolatUm. »
Que le lecteur veuille bien excuser les parenthèses dont nous encombrons parfois les textes indous, il est des rappro** chements que nous [ne pouvons résister à faire.
Nous poursuivons :
« Lorsque le Dieu rayonnant de lumière vit que la terre s'était couverte de fleurs, de verdure et d'épaisses forêts^ et que des milliers d'animaux y vivaient selon leur nature, que Fair était. peuplé d'oiseaux, que les fleuves et l'Océan, réservoir immense des eaux, étaient garnis de poissons.
tt II vit que l'œuvre de la création était achevée ; il prit une tige de cousa ^, et, ayant fait une oblation, il adora Swayam^ bhouva, le principe immortel qui existe par lui-môme.
€ Et ayant pris une particule des ciaq principes, "— l'air, l'éther, Teau, le feu^ et le fluide pur agasa, — qu*il réunit aux cinq principes de perception, et aux cinq principes de Tintelligence, il pétrit le tout ensemble et le divisa en deux parts.
i. Herbe sacrée des brahmes en mémoire de ce fait.
MO LA GBNtSB DB L'HUlfÂIflT&
« Ayant souf&é sur ces deux parts jdans lesquelles étaient réunis les cinq principes de matière subtile^ et les principes de perception et d'intelligence, il leur donna la vie, et ainsi la femme et Tbomme furent créés*
« Immortel Vichnou^ [divin Pouroucha-màle céleste^ toi qui fécondes la nature entière, manifestation visible de l'imoaortel Braluna« père des dieux et des hommes^ je vais dire ta puis-sance, ta grandeur, ta bonté, pour qu'à tous ceux qui répéteront ces cbants excellents qui te sont consacrés, tous les péchés soient remis, et que le swarga leur soit ouvert à l'heure de leur dernière transformation..* »
Après cette invocation à Vicbnou, destinée à rappeler som* mairement que l'homme lui doit la vie, le Hari-Pourana commence un chant en Tbonneur des perfections de Dieu que nous ne donnerons pas ici, car il n'a plus aucun rapport avec le sujet qui nous occupe.
Retenons bien que, d'après cette légende, Vicbnou anime Phomme et la femme d'un souf&e, après avoir formé leurs corps avec les principes subtils de la matière, unis aux principes immortels de rinielligeuce.
LA LÉGENDE DE LA GENÈSE DANS L'INDE. 3î7