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CHAPITRE VIL

LA CRÉATION DE l'HOMMB DU 8IVA-P0URANA.

Le Swa-Pourana est un poëme en Thonnenr de Siva^ troisième personne de la trinité. Les invocations du Proœmium, au principe immortel, an feu, au soleil, à Teau, etc. » sont conçues dans le même goût que celles du Hari-Pourana ; il est dçnc inutile d'en donner une seconde édition.

II est curieux de remarquer que, dans Flnde, chacune des personnes de la trinité, Brahma, Vichnou, Si va, a ses adorateurs particuliers, et comme les trois dieux se confondent dans l'unité pour les brahmes théologiens, adorer Brahma, c'est adorer Zyaus, le dieu suprême, dans sa faculté fécondatrice universelle ; Vichnou, c'est adorer le dieu unique dans sa &culbé créatrice et conservatrice ; et Siva représente le culte du môme esprit supérieur dans sa faculté modificatrice et transformatrice. Il est admis également qu'en rendant ses hommages à un des trois dieux on les adresse aussi à tous.

Le Siva-Pourana attribue la création de Tbomme à Siva dans la prière suivante :

Prière à Siva*

« Siva, vous êtes le dieu du feu, que mes péchés soient détruits par vous comme l'herbe jaunie des jungles est détruite

par le feu. C'est par votre souffle puissant qu'Adhima et Héva t, . les ancôtres de cette race d'hommes ^i ont reçu la vie et oat couvert la terre de leurs descendants.

' «0 Siva, vous êtes la prière, car c'est vous qui avez inter^ cédé le Seigneur de toutes choses, lorsque nos premiers pères furent chassés par leur désobéissance du séjour délicieux où croît Tarbre sacré assouata.

€ Vous êtes le sacrifice, vous êtes la rédemption, le suprême espoir des hommes, car c'est vous qui les arrachez aux griffes des rakchasas — démons maudits, — à Theure de la dernière transmigration.

«c Vous êtes, 6 Siva, le directeur suprême de tout ce qui existe, car c'est par vous que cet univers se modifie, se transforme, et donne constamment la vie aux milliers d'êtres de toutes espèces qui le composent.

« Écoute favorablement ces chants que j'adresse à tes perfections infinies; c'est de toi que le radieux soleil tient tout son éclat, à toi que les sept planètes doivent leur existence ; tu es recueil de l'infini, la lumière des espaces éternels ; fais que l'eau des ablutions soit toujours pure, les pindas du sacrifice 3

i. En sanscrit Adhima signifie le premier hommes et Héva, le complément de la vie.

2. Les Indoos reconnaissent une foule de races, d'hommes antérieures à l'espèce actuelle dont ravénement de ciiaeune aurait fait disparaître la précédente.

3. Petites galettes de farine de riz ou de riz cuit que les brahmes con* sacrent à l'autel pendant le sacrifice et distribuent aux assistants.

toujours d^icieux, et que la vertu ne disparaisse jamais de ce monde qui périrait sans ton secours. »

Après cette invocation, comme dans le Hari-Pourana, le poète passe aux récits légendaires des exploits du Dieu.

Dans cette prière, le Siva-Pourana attribue à Siva la création du premier couple humain, et établit que c'est par son intercession que les hommes ont été relevés de la faute ori-* ginelle.

Brabmanistes, vichnouvistes et sivalstes, tout en faisant hommage de la création à leur dieu particulier, c'est-à-dire h Tune plutôt qu'à Tautre des acuités de Swayambhouva, Tétre existant par lui*môme, sont, comme on le voit^ parfaitement d'accord sur la tradition.

VassotMa^ ou arbre sacré, appelé en tamoul arasscHnaram^ en téliga ravy-tnanou, en kanara arouly-mara ^, est le ficus religiosa ou figuier des pagodes. Tous les temples dans rinde sont entourés d'une ceinture de ces arbres qui forment ce que Ton appelle le bois sacré.

Les temples de l'Egypte, de la^ Judée, de la Grèce et de Rome étaient construits également au milieu des bois sacrés.

C'est sous Tombrage de Vassouata que les brahmes enseignent en se promenant la théologie et la philosophie à leurs élèves, aussi cet arbre est-il connu également sous le nom d'arbre de la science.

La Grèce eut aussi sa secte de péripatéticiens, ainsi nommés parce qu'ils professaient en se promenant.

Oq ne peut toucher à aucune coutume du monde ancien , sans constater immédiatement qu'elle existait de toute antiquité dans rinde.

Diogène et toale la catégorie des cyniques sont issus direc-

i. Ce sont les trois langues savantes en nsage dans le sud de l'indoùsun.

810 LA GENÈSE DE L'HUMANltÉ.

tement des fakirs indoas^ qui ne voulaient des biens de ce monde qu'un peu d'eau pure, une poignée de graines pour /Ivre et un peu d'ombre pour se reposer.

Et toutes ces coutumes que nous signalons à chaque pas ne sont pas le résultat de faits isolés, elles forment un tout mmense qui a constitué cette extraordinaire civilisation brahmanique qui, après avoir rayonné sur le monde, a encore eu la force d'imposer à l'Europe la plupart de ses traditions.

Redisons-le à satiété ; étudier les peuples anciens indépen^ damment les uns des autres, les grouper en civilisations différentes^ ignorer leurs rapports constant^, refuser d'admettre qu'ils vécurent tous sur un fond commun, et qu'au plus ancien appartient Vinitiative^ c'est faire la môme besogne scientifique que le prétendu érudit qui, dans huit à dix mille ans d'ici, étudierait les peuples de l'Europe disparue, en niant les rapports de constitutions sociales, de législations, de traditions religieuses, de philosophie et de science qui les unissaient, et qui chercherait à prouver que les races slaves, germaines, celtes, saxonnes et latines n'ont rien eu de commun au XIX® siècle comme croyances et traditions.

Supposer, dans la suite des siècles, l'Amérique et l'Europe transformées en déserts, et de nouveaux habitants, ignorants du passé, substitués aux anciens... Tout à coup des fouilles faîtes dans les deux contrées font découvrir des monuments semblables, des inscriptions identiques, mais transcrites dans des langues différentes..., nous voyons d'ici les luttes des savants durer des siècles ; chacun pour se singulariser créerait des civilisations à part, inventerait des peuples qu'on appellerait des Proto-Colombiens, parce que le nom de Colombie se serait conservé dans une inscription... et la science officielle à coup sûr ferait venir les peuples d'Europe d'Amérique, si cette dernière contrée se trouvait à cette époque la plus peuplée et la plus florissante.

Celui qui s'aviserait de terminer le débat, en déclarant que tous ces peuples ont eu une origine commune, un môme berceau, et qu'il n'y a pas eu de civilisations différentes, opposées môme, se ferait honnir de la bande et repousser de la congrégation.

C'est ce qui se passe de nos jours à propos des peuples anciens.

En science ethnographique et philosophique comme en politique, la sagesse humaine n'admet pas encore qu'on ne soit ni d'un groupe ni d'un parti, qu*on refuse d'être le soldat d'un système, et que l'on s'isole pour étudier le vrai et le bi$n.

Chacun tire sur la sentinelle perdue... jusqu'au jour où les ennemis viennent ramasser le fusil du mort^ et s'en servir à leur tour.

Vous aurez beau faire et beau dire, un avenir prochain prouvera qu'il est un axiome pour les sciences ethnographiques comme pour les sciences exacteSt et que l'axiome ethnogra* phique peut se formuler à peu près ainsi :

Tous les peuples de la rùce blanche sont partis d'un foyer commun, avec un fond commun de traditions, et ils se sont ensuite développés, suivant les latitudes, nuançant leur peau, transformant leurs types, modifiant leurs idées, sans perdre leur cachet d'origine, sans changer les principes de leurs conceptions.

Les prêtres ont attribué ce fait indiscutable à la révélation. Les philosophes rationalistes ne voient là qu'un fait de sélection naturelle et sociale, qu'un fait de filiation obéissant h des lois fatales au point de vue matériel et psychologique, lois qui ont le progrès pour but... avec Dieu au commencement et à la fin de la route.

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