UNE LEGENDE INDOUE ET CHALDÉENNE
Les deux grands ouvrages dans lesquels les Indous prétendent que sont consignées toutes les vérités divines et humaines, sont les Védaset Manou.
Tous les recueils religieux de l'Inde racontent la légende suivante :
c II y a trois fois mille générations d'hommes, lorsque les eaux envahirent la terre, les livres sacrés furent entraînés . dans les abtmes.
c Le Dieu Vicbnou prit la forme d'un poisson à tête humaine et les sauva des flots. Il les remit à Wiswamitra qui avait échappé au cataclysme avec toute sa tribu, en lui disant : < Voilà la parole divine révélée par Brahma lui-même à les ancêtres.
c Et comme beaucoup parmi ceux qui avaient été sauvés étaient ignorants et faibles, Vichnou leur enseigna à se cons-» traire des abris, à cultiver la terre, à élever des troupeaux, et à bâtir des temples pour rendre grâce aux dieux, et tous les soirs, car il avait conservé sa forme de poisson, il plongeait dans l'Océan, à l'embouchure du Gange, et reparaissait au soleil levant.
c C'est ce poisson divin qui avait saavé Wiswimitra sur les bords de la Virini.
« C'est lui qui enseigna aux honuneSi après le déluge, tout ce qui est utile à leur bonheur.
« Un jour il plongea et ne revint plus» car la terre s'é» tait de nouveau couverte de verdure^ de fruits et de trou-* peaux.
« Mais il avait enseigné aux brabmes le secret de toutes choses.*, i
(Hari'Pourana,)
Dans les litanies brahmaniques en l'honneur de Vichnou, le dieu poisson est honoré par l'invocation suivante
an Samudraga I
Esprit qui habites la surface des eaux.
Nous lisons dans le Syncelle, citant le prêtre chaldéen Bé«« rose^ le curieux passage que voici :
« On avait conservé avec beaucoup de soin à Babylone des archives contenant l'histoire de quinze myriades d'années» et traitant du ciel, de la lerrei de Torigine de toutes les choses des rois et de leurs actions. Il y était ensuite décrit Tétat du pays de Babylone, ses productions» ses limites» sa population. Dans le principe» les hommes vivaient à la manière des brutes, sans mœurs et sans lois, lorsque de la mer Erythrée (golfe Persique), sur la plage chaldéenne, sortit un animal ayant la forme d'un poisson, selon Apollodore, et portant sous sa tète de poisson une autre tête et des pieds d'hommes attachés à sa queue. Cet animal, appelé Oan, avait la voix et le langage des hommes, et l'on conserve encore à Babylone son effigie peinte.
a Cet être, qui ne mangeait point ,venait de temps en temps se
80 LA GENÈSE DE t'HUMANITË.
montrer aux hommes, pourlear enseigoer tout ce qui est utile, les arts mécaniques, les lettres, les sciences, la construction des villes et des temples, la confection des lois, la géométrie, l'agriculture et tout ce qui rend une société policée et heureuse. Depuis cette époque on n'en a plus ouï parler. Oan^ au coucher du soleil, descendait dans la mer et passait la nuit sous Teau ou près de Teau. Par la suite, d'autres animaux semblables à lui se montrèrent aussi. Il avait écrit un livre qu'il laissa aux hommes sur l'origine des choses et sur Tart de conduire la vie. »
Il est hors de doute que la même croyance fabuleuse à l'in* tervention céleste dans les affaires humaines, et à la révélation divine d*un livre de la loU sur l'origine des choses et les devoirs imposés par Dieu à ses créatures^ fut la cause de cette légende, que la Ghaldée reçut de l'Inde par les émigrations qui vinrent la coloniser*
Dans les deux contrées, l'esprit supérieur qui vient se révéler aux hommes prend la même forme, porte le même nom, enseigne les mêmes choses ; sa demeure est dans les profondeurs de l'Océan, et il laisse un livre sacré pour dévoiler les mystérieux secrets de la nature, et continuer sur la terre, après sa disparition, les bienfaits de son enseignement.
Ce nom de Oan, désignant l'esprit des eaux dans l'Inde et en Chaldée, est une preuve irrécusable de la filiation indoue de cette curieuse tradition.
— en sanscrit, est une interjection exprimant Pinvocation : ô Swayambhouva^ 6 Dieu qui existes par toi-même, ô Pouroucha, ô mâle divin.
Tchdkra I Sâgarânta malû yêsdm dM viryargUa la wakounam idam têsam pou/nyakyanam. ■
<K Tchâkra I voici la merveilleuse histoire des enfents
d'Iswakou qui conquirent par leur courage toutes les terres bornées par TOcéan. »
An est un radical qui signifie en sanscrit : esprit, être animé, d'où le verbe anim% exister, respirer, qui a donné naissance au grec JvtfAoç et au latin animus.
L'origine sanscrite de l'expression 6 an, ô esprit, ne saurait donc être discutée.
an, d'un autre côté^ écrit soit oan, soit ô-an, n'étant un vocable sémiticpie ni simple ni composé, il s'ensuit que les Cbaldéens ont conservé au poisson fabuleux le nom que la légende des bords du Gange lui avait donné, en l'écrivant par un seul mot Oan, sans séparer le nom de l'interjection invocative*.
Quelle antiquité extraordinaire celte fable de Vichnou, déguisé en poisson, ne donne-t-elle pas aux ouvrages sacrés des Indous, surtout en présence de ce fait que les Védas et Manou comptent plus de vingt-cinq mille ans d'existence prouvés par les documents les plus sérieux et les plus authentiques?
Le savant Halled, le traducteur des Sastras, qui a vérifié les Calculs brahmiques sur cent faits différents, affirme que la chronologie des brahmes est indiscutable et que peu de peuples possèdent des annales plus dignes de foi.
Quoi de plus naturel du reste? Nous comprenons qu*une peu-* plade sauvage qui n'a pas d'histoire, pas de chronologie, ne puisse rien démêler de sérieux, à ti*avers ses souvenirs confus et grossiers. Mais venir prétendre^ comme certams savants qui font de Torientalisme de cabinet, que les brahmes se sont fabriqué une chronologie à plaisir, c'est un peu trop compter sur rinfluence de leur parole et prêter gratuitement aux peu-
1. C'est ainsi qae nos géographes modernes écrivent Ota'iti an lien de Taïti. en miiiori est l'article le.
pies qui ont écrit les Védas et Manou... une absurdité sans motif.
Au siècle dernier, la science officielle, toute imprégnée d'hellénisme, ne voulait pas entendre parler de l'antiquité de rÉgypte... Qui oserait douter aujourd'hui des huit à dix mille ans que les ruines de Karnack, d'Esœh, de Louksor et de Denderah portent sur leurs épaules ?
Malgré les efforts des sectes religieuses dont le cbarlata* nisme et la révélation apocryphe sont tués par la philosophie brahmanique, malgré la conspiration de certains corps savants qui cantonnent la science dans leurs découvertes, le moment approche où Tlnde sera étudiée sur son sol comme elle doit Tôtre, et alors se réalisera la prédiction du grand Bumouf : « Nous saurons un jour que toutes les traditions antiques f défigurées par Vémigration et la légende^ appartiennent à Vhistoire de tlnde. »
Ainsi que nous venons de le démontrer, la légende du dieu poisson An n'a absolument rien de sémitique, rien de chaidéen.
Voici donc les Védas et Manou, qui sont Texpression de la sagesse de Brahma^ sauvés dans Tlnde par An et le livre sur Torigioe des choses et sur Tart de conduire la vie, écrit par Oan, au profit des Ghaldéeos. Nous n'avons plus qu'à suivre dans ces deux contrées le développement de la tradition religieuse et cosmique telle qu'elle résulte de leurs livres sacrés.
Alors que l'Inde a bravé l'outrage des siècles, qu^elIe est encore debout avec ses ruines vingt fois millénaires^ ses mo* numents, ses manuscrits, ses prêtres, ses fakirs, ses anachorètes, ses parias, la Chaldée a disparu, ne nous laissant que quelques colonnes tronquées sur les rives de l'Euphrate, quelques inscriptions, quelques lambeaux de ses livres reli-^ gieux.
kl*.
Pourquoi, d'un côté, cette grandeur, cette poésie, cette lumière ?
Et de Tautre, cette décadence rapide, ce silence, cette obscurité ?
Nous allons essayer de sonder le passé, et d'y trouver le secret de cette force de résistance, et de cette décrépitude.
CBAPITRE VIL
INDE ET CUALDÉB.
Oui, l'Inde est encore debout I
« Malgré le zèle aveuglé et destructeur des premiers chrétiens qui ont visité Tlnde, des musulmans qui, non moins fanatiques, ont détruit plus encore parce qu41s avaient imposé une domination plus durable... l'Inde est riche encore en monuments de cette mystérieuse antiquité, dont le fanatisme a en vain cherché à effacer les traces. L*étude du sanscrit et des langues qui se rapportent à cette langue mère est un puissant moyen de découverte dont riraportance grandit chaque jour. C'est le flambeau qui éclairera d'une vive et durable lueur les ruines de ce monde brahmanique, où les voyageurs de la science vont moissonner pour elle de si riches collections. Le soin religieux de recueillir et d'éterniser pour l'étude ces vénérables débris des temps antéhistoriques occupera peut-être bien des générations I Puis viendra une main puissante qui, à l'aide, pour ainsi dire, de ces ossements épars, reconstruira le peuple perdu, et, sur la forme de ce magnifique squelette, indiquera le caractère, les habitudes, la mission et la vie de l'un des grands ancêtres de Thumanité. o
De Jancigny, Aide de camp du nabab d'Âoude.
C'est un véritable bonheur pour nous, lorsque nous pouvons appeler à notre aide l'autorité d'un de nos plus illustres compatriotes, qui, comme nous, a habité l'Inde pendant de longues années^ et a été à même de se persuader de cette vérité , devinée par tous les grands indianistes, Villiam Jones, Colebrook, Wilson, Lassen et Burnouf, que cette vieille terre était réellement VAlma parens des autres contrées du globe.
Puisque nous sommes sur ce sujet, qu'on nous permette de citer encore. Nous sommes heureux de prbuver aux lecteurs qui, depuis quelques années^ nous ont donné tant de marques de sympathie que nous suivons une voie scientifique déjà ouverte par de grands esprits, comme aussi à certains détracteurs, notamment à Tanglo-allemand Max Mu lier, que les vieilles civilisations de Tlnde existent, bien qu'ils ne les aient pas aperçues en triant leurs racines et épluchant leurs radicaux.
« On peut entrevoir dès à présent ce que l'Inde appelle de recherches et de veilles ; la tâche de l'avenir est immense, celle que le présent nous impose est assez vaste encore pour ébranler plus d'un courage. . . Nous avons parcouru nous-même quelques recoins de ce champ immense, ouvert aux recherches du philosophe, du naturaliste, de l'homme d'État. Nous sommes encore sur la route, mais c'est pour Tindiquer aux plus entreprenants et aux plus dignes : semblable aux sentinelles placées sur ces voies merveilleuses oii la science triomphe des distances à l'aide du feu qu'elle a soumis, et qui montrent du doigt le but vers lequel le char peut glisser sans ci'ainte... nous restons en arrière, mais le char avance et le but sera atteint. La poésie aimerait peut-être à laisser cette vieille terre au milieu de cette confusion d'océans, de montagnes, de plaines, de frais ombrages et de déserts brûlants, avec son cortège de traditions et de légendes, dans son antique ^
86 LÀ 6BNË8B DE L*HUMâNITË
mjBtérieQse splendeur. Mais ily a assez de grandeur et d'intérétdanslaréalitéylechampdesvérf^é^mt^oue^est assez vaste et assez fertile pour qu'on puisse abandonner sans regret le luxe vague et stérile des conjectures, etsl le pain de la science^ comme celui qui soutient la vie matérielle, doit être arrosé des sueurs de rhumanité,au moins l'avenir promet à Cohser* vation persévérante et impartiale d'abondantes moissons. »
Db Jànciony
N'est-cô pas la thèse que nous soutenons dans tous nos ouvrages ? Nous aussi, nous nous glorifions d'être une sentinelle avancée^ et dlndiquer la voie aux générations qui vont suivre !...
Si rinde est encore debout, prête à livrer à la science toutes ses richesses, tous ses trésors, à laisser tomber le voile qui cache encore les secrets des civilisations disparues, nous le devons à une foule de causes importantes, dont la réunion eût sauvé de même la Chaldée, TÉgjpte, la Grèce, et qui sont:
lo L'immensité de la contrée protégée au sud- ouest, sud, sud-est par TOcéan, au nord-ouest, nord, nord*est, par rindus, la chaîne deTHimalaya, le Gange et lo Brahmapoutre.
2^ Un chiffre de population en harmonie aveo cette étendue.
3® LTÎnîon parfaite entre tous les habitants au point de vue religieux, social et politique.
4.^ Le respect le plus absolu pour les divisions de castes, que chacun croyait émanées de Dieu.
5° Un esprit d'immobilité dans les institutions, développé jusqu'au fanatisme.
6*^ Uneconstit'jtior; Hp lafamille et delà commune tellement
forle qu'elle a résisté jusqu'à aujourd'hui à toutes les invasions, à toutes les révolutions.
Sir Charles Metcalfe étudiant cette constitution a dit : « Les villages indous sont de véritables républiques qui vivent par elles-mêmes, indépendamment de toute autorité extérieure, elles semblent douées d*uue éternelle durée» dans une région où aucun empire ne peut durer. Les dynasties s'écroulent successivemeut, les révolutions succèdent aux révolutions» les Afghans, les Mogols, les Mahrattes, les Sikhs sont maîtres tour à tour, rhabitant ne cesse pas d'être Indou, le village reste toujours le même. En temps de troubles, il s'arme et se fortifie. Une armée ennemie vient-elle à traverser le pays, les villageois mettent leurs troupeaux à couvert dans l'enceinte de leurs murailles et laissent passer l'ennemi sans le provoquer. S'ils ne sont pas en force pour résister, ils se sauvent dans les villages voisins, et, quand l'orage estpassé, ils reviennent re« prendre leurs travaux . Si une province reste pendant plusieurs années livrée au pillage^ de telle sorte que les villages soient inhabitables, les villageois dispersés retourneront dans leurs foyers aussitôt qu'ils croiront pouvoir le faire avec quelque sécurité. L'exil peut durer pendant une génération, la génération suivante reviendra infailliblement. Les ûls prendront' la place de leurs pères; le village sera reconstruit au même lieu. Les maisons dans les mêmes positions, les mêmes terres enfin seront occupées par les descendants de ceux qui ont été con^ craints de fuir. Cette union indestructible de la communauté villageoise a contribué, je crois, plus que toute autre chose, à conserver la société indoue, au milieu de toutes les révolutions politiques dont ce pays a été le théâtre; et elle donne lieu de croire que, grâce à elle, les habitants vivent heureux et jouissent d'une liberté réelle. »
C'est grâce à cette organisation^ aux castes et à Tunité des croyances religieuses, que la société indoue s^est conservée,
et vit encore maintenant à pQu près comme au temps de Manou.
Nous aurons occasion de voir à sa date, que c*est à l'Inde que les nations indo-européennes doivent rattacher tout leur système de fonctionnement communal.
A côté de chaque village indou qui a conservé son organi* sation primitive, se trouve le temple ou pagode ou Ton vénère les mômes dieux, desservis par les mêmes brahmes; les mômes cryptes souterraines où Ton conserve les mêmes manus^ crits, et cela durera ainsi tant qu'il y aura sur terre un Indou ^ un village, un temple.
Cette contrée a rejeté ou absorbé tous ses conquérants sans rien leur demander, sans leur emprunter la plus petite coutume, et les Anglo-Saxons, si réfractaires cependant, se sont faits Indous dans l'Inde et administrent le pays comme les rajahs, pour éviter le sort de leurs devanciers. Cette organisation, en supprimant toute liberté individuelle, toute initiative, en plaçant l'homme pendant toute sa vie sous la tutelle de la famille, la famille sous la tutelle de la caste, la caste sous la tutelle du village et le village sous la direction suprême des brahmes, conserva, il est vrai, les grandes conquêtes scientifiques, philosophiques et littéraires du passé, mais sans les développer, sans permettre aux Indous de s'avancer plus avant dans cette voie du progrès où ils avaient débuté avec tant de succès, que tous les systèmes de philosophie du monde, même le positivisme, ont été et sont encore leurs tributaires, et qu'ils ont créé de toutes pièces tous les axiomes et tous les principes fondamentaux des sciences.
La contrée conjprise entre l'Inde, l'Oxus et l'Euphrate reçut par voie d'émigration, à des époques différentes, le trop-plein de la population de l'Inde. Tantôt des chefs qui avaient voulu secouer le joug des brahmes, comme Hara-Kala, dont les Grecs ont fait Hercule, étaient obligés de s'y réfugier avec leurs
LES PRÉIUGëS OB'FIGIELS. 80
compagnons, pour échapper aux représailles des prôtres, tantôt, au contraire, c'étaient des parias^ des esclaves, qui se réunissaient par masses et émigraient à la recherche d'une terre plus hospitalière. Telle fut l'émîgralion que dirigea Artaxa. Ghal-* déens^ Babyloniens, Assyriens, Mèdes, Perses, et une foule d'autres tribus inférieures, divisés, toujours en lutte les uns avec les autres, habitants d'une terre sablonneuse, parsemée d'oasis, qui s'opposait à un développement d'une grande durée, et à l'établissement sérieux d'un vaste empire, jetèrent tour à tour quelques lueurs fugitives, et ont depuis longtemps disparu dans la poussière du désert et la légende du passé.
La fiabylonie, constamment démembrée depuis le fabuleux Nemrod et l'apocryphe Sémiramis, fut la proie de toutes les peuplades de ces contrées nomades, pasteurs d'£lam et de Sennaar. Assyriens, Perses^ Macédoniens, Partbes, Sassanides, Arabes, et en dernier lieu Persans et Turcs, régnèrent successivement sur les bords de i'Euphrate et du Tigre ; quelques ruines, qui n'ont pas l'importance qu'on a bien voulu leur donner, indiquent seules aujourd'hui la place où furent Babylone et Ninive.
On se tromperait grandement si l'on concluait des splen-» deurs de ces deux villes exagérées par les écrivains de Tanti* quité à une extraordinaire puissance assyrienne et babylonienne. En dirigeant et éclairant, ainsi que nous l'avons fait, une visite sérieuse des lieux où s'élevèrent ces cités, par une saine critique historique et une connaissance approfondie deK mœurs, des coutumes des peuples qui ont habité ces contrées, et qui ont presque toujours été des demi-numades issus des pasteurs du Deccan, on reste convaincu de cette vérité^ que : Ninive et Babylone furent, sur le Tigre et sur I'Euphrate, deux camps retranchés, dans lesquels les rois mettaient à couvert leurs trésors ; les prêtres» leurs temples, les statues des dieux et leurs richesses ; et où la nation tout entière, qui d'ordinaire
vivait SOUS la tente, parsemée dans les oasis auprès de ses troupeaux, ou occupée sur les rives des deux fleuves à feire des briques, recevait uu asile en cas d'invasiou.
Nous savons aujourd'hui qu'Athènes n'eut jamais plus de vingt à vingt-cinq mille habitants, Sparte, plus de quinze à vingt, et que toutes ces grandes luttes du Péloponèse ne furent que des querelles de village. C'est à cette échelle qu'il faut ramener toutes les exagérations asiatiques, et se rappeler que si Philippe ut la conquête de toute la Grèce, avec huit à dix mille hommes, son ûls Alexandre soumit Babylone, conquit toute l'Asie, et s'avança jusqu'aux rives de l'Indus avec vingt* cinq mille fantassins et cinq mille chevaux, que ces conquêtes avaient dû considérablement diminuer.
Les historiens grecs prétendent que ce souverain vainquit Porus, et qu'une mutinerie de ses soldats l'empêcha de conquérir l'Inde.
L'Inde, dont l'histoire de cette époque est aussi peu fabuleuse que notre histoire moderne, comptait alors quatre-vingts millions d'habitants; les rives de Tlndusétaient habitées par des l^opulations énergiques dont les descendants, plus tard, ne furent jamais subjugués par les invasions mogoles, et qui ont tenu pendant plus d'un demi-siècle toute la puissance anglaise en échec* Il est beaucoup plus conforme à la vérité de croire qu'Alexandre, battu à la première rencontre ^ réduit aune armée amoindrie par ses précédentes luttes, préféra une prudente retraite à un anéantissement fatal. Chose remarquable, toutes les grandes invasions tentées contre l'Inde échouèrent dès leur début* Du kalife Oualid, qui le premier tenta de subjuguer rinde et fut repoussé^ il s'écoula cinq siècles^ avant que les
i. Platarqae soulôye un coin du voile qaand il raconte qu'Alexandre,
pour opérer sa retraite, brûla toutes les riches «iépouilles et le nombreux butin fait par ndà soldats en Asie. Cela sent singolièrement une défaite*
LBS PHËiUGËS OFFICIELS. 01
musulnians, qui disposaient de forces vingt fois plus considé' râbles qu'Alexandre, pu.ssent remettre les pieds dans le pays.
Il est également à présumer que si le héros macédonien eût été vainqueur, ses soldats, excités par le pillage de la contrée la plus riche du globe, l'eussent suivi jusqu'au delà du Gange*
Les annales indoues n'ont gardé aucun souvenir de ce fait* Le nom grécisé de Porus ne peut s'appliquer à aucun des souverains qui régnaient à cette époque. Il est clair que les Grecs, dont on connaît l'orgueil patriotique, ont arrangé le conte que l'on connaît pour dissimuler une défaite d'Alexandre ou tout au moins cacher les causes véritables de son retour...
Mais il est un enseignement qui reste.
Quand on voit le ûls de Philippe se promener avec une poignée d'hommes dans toute l'Asie, on se demande naturellement où retrouvaient toutes les nations si puissantes, au dire des antiques, et môme des assyriologues de notre époque, qui s'appelaient les Assyriens^ les Babyloniens, etc...
Elles avaient disparu, nous dira-t-on!
Eh bien, je ne comprends pas que la science se paye de pareilles raisons. Est-ce que la chute d'une civilisation fait disparaître les habitants comme un cataclysme diluvien? Voyez la Chine en décadence depuisdes siècles, etregorgeantde population, toute la haute Asie et l'Indesont dans la même situation, et les grandes nations chaldéenne^ babylonienne, assyrienne, etc., auraient disparu en quelques siècles, comme par une conjuration magique?.. Allons doncl...Ghaldé6ns, Babyloniens, Assyriens, Perses, etc., ne furent que des peuplades peut-être un peu plus importantes que celles de la Grèce, et Babylone et Ninive eurent leurs heures d'éclat dans leur cercle restreint^ comme Athènes et Sparte devaient avoir plus tard les leurs, voilà la vérité historique. Les inscriptions chaldéennes et babyloniennes ont beau donner du roi des rois, du vainqueur de la terre à tous les Assur et à loiis les Nabuchnotsar, on ne
fait pas de l'histoire avec des inscriptions, et ceux qai écrivent des volâmes sur quatre lignes de cunéiformes, semblent ne pas se douter à quel degré d'hyperbole arrive rimagination orientale quand elle parle aux dieux et aux rois.
Toutes les peuplades éparpillées de Ilndus à TEuphrate furent des colonies indoues de la dernière heure. Manou-Vena les avait déjà précédés avec plusieurs centaines de mille de guerriers, mais ne trouvant pas sans doute le pays suffisamment iertile, il avait poussé jusqu'aux rives du Nil.
« Sous le règne de Viswamitra, premier roi de la dynastie de Soma-Vansa, à la suite d'une bataille qui dura cinq jours, Manou-Vena, héritier des anciens rois, abandonné par les brahmes, émigra avec tous ses compagnons par TArie (Iran) et les pays de Barria (Arabie) jusqu'aux rives dé Masra (le Nil), -— en sanscrit Maha, grand, Ar, fleuve. —
{Extrait du sanscrit du Yedamargaa).
On peut donc résumer ainsi les causes de la décadence rapide des Ghaldéens, Assyriens, Babyloniens et autres peuplades de l'Asie.
1^ Le peu de fertilité du sol, en dehors des lignes du Tigre et de l'Euphrate, s'opposa toujours à un déveloipenont sérieux de populations et à l'établissement d'une autorité cen* traie respectée de tous.
2^ Toutes les tribus tour à tour victorieuses ou vaincues se disputèrent constamment la possession des deux camps retranchés de Ninive et de Babylone. Celles qui ne possédaient point ces vastes forteresses ne jouissaient d'aucune sécurité, ni pour eux ni pour leurs troupeaux.
30 La nature du terrain, composé de déserts çt d'oàsis^ avait créé autant de tribus que de terres habitables.
4<^ Chaque peuplade, purement nomade au début, con-
serva toujours ses mstiûcts, malgré toutes les tentatives d'é* tablissement durable que la contrée ne permettait pas.
5*» Ninive et Babylone s'élevèrent par la guerre et le pillage ; vaste dépôt de toutes les richesses conquises, repaire de soldats et d'aventuriers, lieux de débauches célèbres dans toute TÂsie, ce fut également par la guerre et le pillage qu'elles succombèrent.
Tout ce qui nous est resté de la civilisation de ces deux villes n'est pas né sur le sol où elles se sont élevées. Textes bien rares, il est vrai, inscriptions^ écriture, statues des dieux^ croyances religieuses, sciences occultes et astronomiques, paraissent différents des conceptions que la science officielle nomme sémitiques. On a inventé un peuple pasteur, d'origine touranienne, à qui on a donné la mission d'aller coloniser TAssyrie et la Babylonie.
Nous avons vu, dans le premier chapitre de cet ouvrage, le réjouissant débat, dans lequel les uns appellent ces peuples les Âccades ou les Sumériens, pendant que les autres, avec une pointe d'ironie, mettent au défi les maîtres de Vassyriologie de prouver l'existence de cette nation imaginaire, dont pas un texte, pas une inscription, pas un fait, pas une ruine, pas un document, si faible qu'il soit, ait jamais indiqué la présence sur l'Euphrate...
Et dire que toutes ces singulières inventions ne sont faîtes que pour soustraire la civilisation chaldéenne à Tinfluence de l'Inde.
Ghaldée, Babylonie, Perse, toute cette partie de l'Asie enfin, fut le grand chemin des émigrations indoues vers TAsie Mineure, l'Egypte et la Grèce ; les peuplades qui s'y fixèrent, comme celles d'Egypte, de l'Asie Mineure^ de la Grèce, conservèrent les souvenirs, les traditions, les croyances, les dieux de la mère patrie; à chaque pas nous allons les retrouver, et, d'une manière indiscutable, les rattacher à leur berceau.
Sar ce point, nous ne craindrons jamais de nous répéter : il n'y a pas de conceptions spéciales, accusant des différences marquées de races, que Ton ait le droit d'appeler : - Indoues ou aryennesi
Sémitiques,
TouranienneSy
Egyptiennes,
Et grecques.
Il n'y a que des traditions communes qui se modifient et se transforment sans jamais perdre leur cachet d'origine. Les formes du langage pourront chajigev,ïidéeylA conception resteront les mêmes.
L'Inde a conservé la race blanche, et a repeuplé le monde après le dernier diluvium, mais elle fait remonter elle-même toutes ses traditions aux Rutes, peuple qui, suivant la légende^ aurait occupé toute l'Asie et l'immense continent polynésien disparu. . .
Qui peut prévoir où s'arrêteront les déductions de la science et de Thistoire, quand nous aurons fouillé toutes les ruines, et fait parler tous les manuscrits de la haute Asie?