‹ La genèse de l'idée de tempsChapitre 11 sur 33 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

d'odeur quand se dégage le chlore sont-elles a priori ? Cette façon de poser le problème est trop commode. Dans ses essais pour expliquer la genèse de l'idée du temps, Guyau suppose Texpérience avec les lois physiologiques et psychologiques qui la rendent possible, et qui elles-mêmes rentrent dans les lois générales de l'univers. La question est de savoir s'il faut, au lieu du jeu dès lois de la sensation, de l'émotion et de l'appétit, invoquer une loi transcendentale ou, pour mieux dire, une faculté transcendantale. Hypothèse paresseuse, ignava ratio ^ qui, loin d'expliquer l'expérience par des lois^ érige en loi l'absence même de loi naturelle sous le nom d'intuition pure ou de forme a priori.

En résumé, la représentation de la succession de plusieurs représentations n'est, selon nous, qu'un état de conscience plus complexe, d'ordre à la fois sensitif, appétitif et moteur. Pour se représenter une succession de représentations, il faut avoir simultanément : 1° telle sensation actuelle, 2° Hmage d'une sensation antérieure, 3° l'image synthétique et confuse de la transition, c'est-à-dire de la pluralité d'images intermédiaires liant l'image à la sensation.

THÉORIE EXPÉRIMENTALE ET THÉORIE KANTIENNE xxxi

Si on objecte que tout cela est un complexus présent d'images, non une succession dans le temps, nous répondrons qu'en fait nous ne concevons le passé que présentement ^ par une figuration présente. En outre, l'objection vient, comme nous l'avons montré ailleurs*, de ce qu'on suppose idéalement : 1® un présent indivisible, 2* une immobilité de la conscience en ce point présent. Or, 1° le présent de notre conscience a une durée, 2° l'immobilité est une conception statique fausse, qui ne répond pas à la réalité dynamique. Un être qui change en passant du plaisir à la douleur peut se sentir en train de changer , alors même qu'il ne conçoit pas encore le temps, ni le rapport des deux termes du changement. Le changer est saisi au moment même où il s'accomplit, dans la transition, sous forme dynamique. Notre mot abstrait cAang'cr exprime aujourd'hui une comparaison, et nous porte à croire que Têtre a besoin d'une comparaison d'images pour s'apercevoir du changement même. Il en a besoin ipoixv juger qu'il a changé, oui, mais pour avoir le sentiment particulier qui est corrélatif du changement, non.

1. Voir nos études sur la Mémoire dans la Revue des Deux- Mondes.

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