XXXII INTRODUCTION
Aucune comparaison d'idées à l'étal statique n'arriverait à donner le sentiment du changement si l'être vivant ne l'avait pas dynamiquement. L'animal, du moins à l'état normal et conscient, n'a point une idée morte et immobile de plaisir, puis une idée morte et immobile de douleur : au moment même où son plaisir se change en douleur, il y a autre chose en lui que des images statiques, objet d'une comparaison contemplative et rétrospective : il y a l'indéfinissable conscience de perdre le plaisir et d'acquérir la douleur, il y a l'expérience interne du changement en acte. C'est là, selon nous, l'élémentessentiel et primitif de toutes les idées ultérieures de temps, d'espace, de mouvement, etc. Mais cette expérience radicale du changement en train de s'effectuer, n'implique nullement une référence de la pensée à quelque intuition pure du temps. Ce n'est pas dans une intuition a /)rioW qu'on se voit changer, passer du plaisir à la douleur, c'est dans l'intuition expérimentale par excellence, qui est la conscience immédiate. En d'autres termes, dans le présent même, ou dans ce qui paraît tel à notre conscience, nous ne nous sentons pas inerte : l'appétit est une tendance qui se manifeste par un double sentiment de tension constante et do
THÉORIE EXPÉRIMENTALE ET THÉORIE KANTIENNE xxxiii
transition constante; nous nous sentons mouvants et non immobiles, avant de savoir ce que c^est que changement ou immobilité. A cette tension du vouloir et du mouvoir, à cette conscience d'énergie passant du potentiel à l'actuel, joignez le jeu de représentations si bien décrit par Guyau il fera apparaître les deux termes extrêmes d'une série mentale aune dimension, avec les termes intermédiaires en ordre déterminé, vous aurez alors tout ce que suppose la représentation d'une succession ou, pour mieux dire, d'une transition de représentations et d'appétitions. Vousaurezdevantlesyeuxde l'imagination psychologique l*une sorte d'avenue ouverte, avec les intermédiaires, comme les arbres qui bordent une allée : c^est la représentation statique et par cela même incomplète ; 2"* l'image de la tension et transition constantes qui ont accompagné chaque terme de la série :
c'est la représentation dynamique, appétitive et motrice. Voilà l'idée du temps : vous aurez beau chercher dans votre conscience, vous n'y trouverez que ces deux groupes de représentations, les unes variables et diverses, les autres constantes et uniformes^ dont le contraste interne au sein de l'appétit qui