‹ La genèse de la Bataille de la MarneChapitre 11 sur 30 · CHANGEMENTS SURVENUS DANS LA SITUATION · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS SURVENUS DANS LA SITUATION

Heureusement pour nous, la retraite rapide de nos troupes, les conditions de désarroi où le mouvement , s'exécutait, l'abandon sans combat de positions classiques si faciles à défendre, contribuèrent à donner au haut commandement allemand la conviction que nous étions incapables do réagir après des revers aussi étendus que ceux que nous venions de subir, et qu'il n'y avait aucun inconvénient à se démunir quelque peu en France

pour assurer la défense de la Prusse orientale.

Cette fausse manœuvre contribua grandement au relèvement de nos affaires, en rendant possible ce qui, sans elle, eût été irréalisable.

Qu'on suppose, en effet, le 5 septembre, cinq à six divisions de plus à l'aile droite allemande. Ou Paris sera attaqué, en même temps que la 1" armée exécutera son mouvement d'encerclement contre notre aile gauche. Ou une force suffisante sera dispoponible pour couvrir, contre les entreprises pou vaut déboucher de Paris, l'armée chargée de la manœuvre débordante. Dans l'un et l'autre cas, cette armée ne sera pas réduite à s'afîaiblir sur son front pour protéger son flanc droit et sa ligne de communication

contre une attaque française venant de Paris.

De toutes façons, que l'armée de Paris soit immobilisée par une attaque allemande sur le front nord-est, ou qu'elle échoue, dès ses premiers pas, devant un adversaire d'égale force sur l'Ourcq, elle fera défaut à l'ensemble des opérations, et la réunion de circonstances qui a été la cause première de la victoire de l'Ourcq et, par extension, de celle de la Marne ne se réalisera pas.

A la date du 2 septembre, l'éventuaHté d'une attaque imminente contre Paris était tellement plausible que le général' en chef ne pouvait manquer de l'envisager; ce jourlà, en effet, il écrivait au général Galliéni : « L'appui du général Maunoury qui doit

se porter à la défense des fronts nord'est de Paris est toujours assuré à l'armée anglaise sur sa gauche. » Le même jour, il écrivait encore au ministre de la guerre :

« Les forces anglaises participeraient ainsi à la défense de la capitale y et leur présence serait pour les troupes du camp retranché un sérieux réconfort ».

Mais, si la 6® armée est absorbée par la défense des fronts nord-est de Paris contre une attaque allemande, elle ne sera pas libre. Dès lors, comment le général en chef peut-il penser qu'elle sera en mesure d'agir en direction de Meaux ? II est de principe qu'on ne peut compter, pour une manœuvre, sur une troupe aux prises avec Tennemi, car elle n'est pas disponible; et

la combinaison du général en chef, déjà fautive par le fait qu'il perlait ses armées derrière des barrières fluviales qu'elles n'auraient jamais pu retraverser, pêche par la base en ce qui concerne la coopération de l'armée de Paris.

L'intervention de cette armée est, au contraire, devenue nettement réalisable dans la conception concrète de Galliéni, parce qu'elle était basée sur un fait nouveau, qu'on ne pouvait prévoir ni le 1", ni le 2 septembre, fait que le gouverneur de Paris entrevit dès le 3, dont il eut la certitude le 4, ainsi qu'on le verra plus loin, fait nouveau résultant de ce que l'état-major allemand, s'étant affaibli sur le front décisif, n'avait plus le moyen de poursuivre sa manœuvre enveloppante et de diriger en

même temps une attaque contre Paris (1), ou même de couvrir cette manœuvre par des forces suffisantes pour lui conférer toute sécurité.

La notion que Paris n'a plus rien à crain-

(4) Cette considération enlève, à notre sens, toute valeur au reproche fait au général Von Klùck de n'avoir pas continué sa marche sur Paris, au lieu de s'attacher à déborder la gauche des alliés : ne pouvant faire les deux à la fois, il se conforma aux vrais principes de la stratégie en cherchant à eu finir avec les armées d'opérations avant de s'en prendre au camp retranché dont notre défaite en rase campagne ne pouvait manquer d'amener la chute rapide. Sa déconvenue provint de ce qu'il ignorait l'existence de l'armée Maunoury; s'il Savait su, il eût appelé le corps d'armée resté dans le nord, et qui n'intervint que le 8 septembre ; il eût pu, en outre, s'affaiblir d'une division sans inconvénient, de manière à avoir en flanc-garde, sur l'Ourcq, cinq divisions au lieu de deux, ce qui eût changé la face des choses.

dre pour le moment est si nette dans l'esprit de Galliéni que, dans son ordre du 4 septembre, midi, après avoir indiqué que les armées allemandes ont cessé de marcher sur Paris pour prendre la direction du sud-est, il écrit : « Dans ces conditions^ <.<. Paris cessant d^ être menacé , toutes lesfora ces mobiles de l'armée de Paris doivent « manœuvrer de manière à conserver le « contact avec l'armée allemande, et à la « suivre pour se tenir prêtes à participer à « la bataille à prévoir. »

Si l'idée de faire agir la 6* armée en direction de Meaux était absolument logique chez Galliéni, le 3 et 4 septembre, parce qu'il base ses projets sur la constatation que Paris n'est plus menacé, elle était, au contraire, entièrement aléatoire, le l" sep-

tembre, chez le p^énéral Joffre, parce qu'il pensait que Paris allait être attaqué, vu qu'on ne pouvait songer à présenter la défense avec quatre divisions territoriales réparties sur un immense périmètre.

« Si l'armée allemande eût continué à « marcher le 4 dans la direction de Paris, « a fait observer le général Bonnal, elle fût « arrivée ce jour-îà sur la ligne Pontoise- « Gonesse, d'où elle pouvait bombarder le « fort de Vaujours. » La destruction totale de cet ouvrage démodé eût été une affaire d'heures.

On remarquera que, le 3 septembre, le général en chef, tout en se proposant depuis deux jours d'associer éventuellement le gouverneur de Paris à une reprise générale d'offensive, n'avait pas encore mis celui-ci

au courant de celle intention ; on n'a pas onblié, en effet, que Galliéni dut lui écrire, au cours de celte journée du 3, pour provoquer l'envoi d'instructions qui ne lui parvinrent que le 4, quand il avait déjà arrêté spontanément le programme qu'il finit par faire prévaloir et qui allait changer la face des choses.

Tl était pourtant de la dernière urgence de lui tracer, sans perdre une minute, la ligne de conduite qu'il aurait à suivre, le cas échéant, car sa situation devenait singulièrement complexe : n'allait-il pas avoir à assurer la défense des fronts menacés par suite de l'éloignement delà 6* armée, et en même temps à mettre cette armée à même de participer à l'offensive générale, ce qui ne pouvait manquer de comporter des mesures

de toute nature, des déplacements de trou pes, des préparatifs laborieux et qui demandaient du temps?

Gomme la suite de cette étude le démontrera, le plan qu'une parfaite compréhension d'une situation nouvelle fît adopter dès le 3 septembre au gouverneur de Paris, plan essentiellement pratique, était bien sa conception propre, caril était antérieur à l'arrivée de toute instruction du G. Q. G. : l'action de l'armée de Paris, devenue libre de ses mouveme/its, y intervenait en harmonie avec l'idée d'une reprise générale d'offensive, réalisable celle-là, pm'ce qu'elle devait avoir lieu entre la Marne et la Seine.

La combinaison de Galliéni était, dans toutes ses données, absolument dift'érenle de celle qui figure dans les instructions du

général en chef des 1" et 2 septembre, d'autant plus qu'elle tendait à une exécution immédiate.

Avant d'en venir aux comjiiunicatiuns qui s't^trtblirent entre le commandant en chef et le gouverneur de Paris au cours des journées qui précédèrent les batailles de rOurcq et de la Marne, mentionnons la proposition qui fut faite, le 1" septembre, au général Joffre, par le maréchal French, de s'établir sur la Marne pour y arrêter la marche des Allemands.

A cette offre, il fut répondu, le 2 septembre :

En raison des événements qui se sont passés depuis deux jours, je ne crois pas possible d'envisager actuellement une manœuvre d'ensemble sur la Marne avec la totalité de nos forces

Mais j'estime que la coopération de l'armée anglaise à la défense de Paris est la seule qui puisse donner un résultat avantageux, dans les conditions exposées dans la lettre ci-jointe au Ministre de la guerre, dont j'ai l'honneur de vous faire parvenir la copie.

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