‹ La genèse de la Bataille de la MarneChapitre 12 sur 30 · LETTRE AU MINISTRE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LETTRE AU MINISTRE DE LA GUERRE

J'ai reçu les propositions du maréchal French que vous avez bien voulu me communiquer; elles tendent à organiser, sur la Marne, une ligne de défense qui serait tenue par des forces suffisamment denses en profondeur, et particulièrement renforcées sur le flanc gauche.

Les emplacements actuels de la 5'- armée ne permettent pas de réaliser le programme tracé par le maréchal French, et d'assurer à l'armée anglaise, en temps voulu, une aide efficace.

Par contre, l'appui du général Maunoury qui doit se porter à la défense des fronts N.-E. de

la capitale sera toujours assuré à l'armée anglaise. Celle-ci, pourrait, dans ces conditions, tenir sur la Marne pendant quelque temps^ puis se retirer sur la rive gauche de la Seine, de Melun à Juvisy. Les forces anglaises participeraient ainsi à la défense de la capitale, et leur présence serait pour les troupes du camp retranché un sérieux réconfort.

Je dois ajouter que des instructions viennent d'être données aux armées (1) pour coordonner leurs mouvements et qu'il pourrait être désavantageux de modifier ces instructions (2). Elles tendent à placer nos troupes dans un dispositif leur permettant de reprendre l'offensive dans un délai assez rapproché.

La date de leur mouvement sera communiquée au maréchal French pour permettre à l'armée anglaise de participer à l'offensive générale.

(1) Les instructions des 1" et 2 septembre.

(2) Galliéni allait s'en charger deux jours plus tard.

Cette lettre mérite de retenir l'atteotion.

Elle prouve tout d'abord que le général en chef, après avoir parlé d'une reprise d'offensive sur la Somme, ne se souciait nullement de la réaliser quelques jours après sur la Marne. Y eût-il été plus disposé en arrivant sur la Seine? On peut en douter quand on se souvient que l'éventualité d'un repli sur la ligne Briare-Morvan- Dijon-Besançon a été envisagée. (1)

Pour légitimer sa fin de non -recevoir, le général Joffre donne des raisons très contestables. — Le 2 septembre, l'armée

(1) On a même envoyé reconnaître les positions, étudier les jtra vaux à faire. Je tiens de très bonne source ce renseignement qui, d'ailleurs, a été publié sans être l'objet d'un démenti.

anglaise est sur le front Dainmartin — Lizy-sur-Ourcq, tandis que notre 5* armée est sur la ligne Epieds — sud de Fère-en- Tardenois — Le Ponsard — Jouy. Rien ne s'oppose donc à ce que, dans la journée du 3, pendant que les Anglais viendront s'établir au sud de la Marne, entre Meaux et La Ferté-sous-Jouarre, la 5* armée (qui s'est effectivement portée ce jour-là au sud de la rivière) s'arrête, après avoir franchi le cours d'eau, et s'établisse à la droite des Anglais, sa droite vers Dormans, le détachement d'armée Foch et le groupe du 10* corps qui le flanquait à gauche s'écoulant sur Epernay, la 4 ® armée sur Châlons.

Aussi bien n'est-ce pas la valeur du projet qui est en cause: c'est la possibilité de son exécution.

Si l'armée anglaise « participe à la défense de la capitale », si elle lutte sur la Seine « entre Melun et Juvisy », elle ne sera pas plus libre que l'armée Maunoury défendant « les fronts nord-est du camp retranché ». Comment en faire état en vue d'une reprise d'offensive? Quel réconfort sa présence entre Melun et Juvisy pourral-elle bien apporter à nos soldats lorsqu'ils combattront à Ecouen, à Louvres, à Dammartin, à Lagny?

Certes, le ministre de la guerre n'a guère été difficile à contenter s'il a accepté semblables explications (1) sans demander des éclaircissements.

(1) Au sujet de la correspondance du général en chel avec le Gouvernement, nous attirons l'attention sur la lettre qu'il écrivait le 7 septembre, de Châ-

Quoiqu'il en ait pu être, nos armées n'en allaient pas moins continuer à marcher « dans la direction générale nord-sud » quand l'entrée en scène de Galliéni vint tout modifier. Il sut voir, comprendre, concevoir, et faire prévaloir sa conception. Puis, après avoir provoqué la manœuvre d'en-

tillon-sur-Seine, au général Galliéni : <... Je vous « serai reconnaissant de ne pas envoyer au Gouvere nement de renseignements relatifs aux opérations. « Dans les comptes-rendus que je lui envoie, je ne « lui fais jamais connaître le but des opérations en « cours, ni mes intentions, ou du moins, dans ce que « je lui dis, je lui indique les parties qui doivent res- « ter secrètes. En agissant autrement, certaines opé- < rations pourraient parvenir à la connaissance de « l'ennemi en temps utile pour lui. C'est pour cela • que je considère comme indispensable que je sois « le seul à traiter ces questions avec le Gouverne- « ment, parce que je suis plus à même de juger ce M qui peut être dit sans inconvéuieut. »

semble qui en fut la conséquence, il sut s'y associer dans des conditions de coup d'oeil d'activité et d'énergie telles que le succès reuiporté dans sazone particulière d'opérations, se propageant de proche en proche sur tout le front, y déternaina la victoire.

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