LA COOPÉRATION DES ANGLAIS
II nous faut maintenant jeter un coup
d'oeil sur ce qui s'est passé dans l'armée
anglaise; on verra que les lenteurs et les
faux mouvements qu'on y relève pendant
les journées qui {)récédèrent la Marne
furent dus en partie à une insuffisance de
direction delà part du haut commandement
et que, sans l'intervention et l'activité de
Galliéni, les Britanniques eussent été à peu
près dans l'impossibilité de s'associer à la
reprise d'oflensive*
On n'a pas oublié que, le 3 septembre, il écrivail au général Maunoury : « Je vous « indiquerai votre direction de marche dès « que je connaîtrai celle de Tarrnée an- « glaise. »
Il se mit donc en communication immédiate avec le maréchal French qui, à son tour, lui fit téléphoner, le 3 septembre à 11 h. 30 :
« Maréchal me charge de vous dire qu'il vient « de recevoir ses premiers renforts qui doivent « être répartis demain dans les corps de « troupes.
« Il ne pourra bouger pendant la journée, « mais il est possible qu'il se mette en marche « demain soir, 4, dans la direction de l'est, « surtout si la 6e armée, qui ne paraît plug « avoir personne devant elle, entamait dans la « journée un mouvement analogue la portant è
« sa gauche, et si la zone de débarquement du <( ^-e corps pouvait être adaptée à la nouvelle « situation de manière à constituer avec -l'en- « semble de ces forces une armée aussi forte a que possible, s
Le 3 septembre, l'armée britannique s'était établie dans la région au sud de la Marne et du Petit Morin, la droite au sudest de La Ferté-sur-Jouarre, la gauche à Courtevroult.
Si on réfléchit que, ce jour-là, seules étaient valables les instructions du général en chef des l^'' et 2 septembre qui faisaient rétrograder l'armée du maréchal French derrière la Seine entre Melun et Juvisy, on aura quelque étonnementen voyant le maréchal manifester l'intention de se porter vers rest>
C'était là le résultat de l'intervention de Galliéni, après qu'il eut donné à, l'aruiée Maunoury son ordre préparatoire du 3, et le gouverneur de Paris ne pouvait que se féliciter de voir le commandant en chef anglais entrer ainsi dans ses vues.
Mais, le lendemain 4, changement de tableau.
Le colonel Huguet (liaison anglaise) envoyait au gouverneur militaire de Paris, apportée parle capitaine Bastidon, la copie du message qu'il venait d'envoyer au G. Q. G. (1) et dont voici le texte :
(1) Il résulte des termes de ce message que le maréchal French avait dû mettre le G. Q. G. au courant des démarches faites auprès de lui par le général Galliéni pour qu'il ne tint pas compte des instructions qu'il avait reçues et pour l'amener à marcher vers lest.
Melun, le 4 septembre 1914, 8 h. 15 du matin.
Maréchal, qui hier après-midi semblait très désireux de se porter vers l'est pour dégager gauche 5^ armée, a modifié sa décision sous
D'ailleurs, le même jour 4 septembre, avant l'adoption des propositions du gouverneur de Paris, le général en chef avait adressé au maréchal une lettre qui semble confirmer cette supposition. Il y est dit :
« Mon intention dans la situation actuelle est de poursuivre l'exécution du plan que j'ai eu l'honneur de vous communiquer (la retraite derrière la Seine), et de n'engager le combat que toutes forces réunies.
« Au cas où les armées allemandes poursuivraient leur mouvement vers le S.-S.-E., s'éloignant ainsi de la Seine et de Paris, peut-être estimerez- vous, comme moi, que votre action pourrait s'exercer plus efficacement sur la rive gauche du fleuve, entre Marne et Seine.
« Votre gauche appuyée à la Marne, étayée par le camp retranché de Paris, serait couverte par la garnison mobile de la capitale qui se portera à l'attaque, dans la direction de l'est, par la rive droite de la Marne. »
l'influence des conseils de prudence qui lui ont été donnés par son chef d'état-major.
Les troupes auront en principe repos aujourd'hui, mais devront se tenir prêtes à partir au premier signal, pour commencer leur retraite derrière la Seine.
Le mouvement s'exécutera en trois étapes, la première amenant les arrière-gardes sur le front Mauperthuis (sud de Coulommiers) — Faremoutiers — Tigeaux — Ghanteloup.
Si la 6e armée débouchait de Paris dans la direction de l'est, l'armée anglaise serait encore en état de Tappuyer à droite.
Mais, si la gauche de la 5" armée était trop
En résumé, le général en chef est décidé à poursuivre l'exécution de son plan, il entrevoit la possibilité d'une action de l'armée anglaise et de l'armée de Paris dans la direction de l'est, ai les Allemands s'éloignent de Paris et de la Seine ; mais il ne donne aucune instruction ferme et laisse toute liberté d'appréciation au commandant en chef des forces britanniques.
fortement rejelée vers l'ouest, ou si l'avance allemande devenait trop prononcée, l'armée anglaise serait obligée de continuer son mouvement de retraite derrière la Seine, tenant Corbeil par sa gauche, Melun par sa droite.
Le Q. G. des Anglais reste aujourd'hui 4 à Melun.
Au reçu de .cet avis, qui était quelque peu décevant, Galliéni prit le parti de se rendre auprès du maréchal French ; il partit pour Melun vers midi 30, en automobile,'" emmenant avec lui le général Maunoury.
Mais il ne trouva pas le maréchal à son quartier-général ; il ne put que conférer avec son chef d'état-major et insister pour qu'on revînt aux dispositions de la veille, afin d'éviter que l'armée anglaise s'éloignât de nos 5® et 6" armées, à un moment où il
s'agissait d'entrer avec elles en relation d'opérations offensives.
Cependant l'état-major anglais, persistant à se conformer aux prescriptions de la note secrète du 2 septembre du général en chef, et aux indications de la lettre écrite le même jour par legénéralJ offre au Ministre de la guerre, lettre dont il avait reçu communication (1), ne crut pas devoir renoncer à la marche en retraite qui devait l'amener derrière la Seine. Le général Galliéni en fut informé par un télégramme chiffré qui lui parvint le 4 septembre 1914, à 21 h. 45.
En voici la traduction :
(1) Voir page 94.
Lieu d'origine : Melun
Date et heure de départ : 4 septembre 18 h. 30.
Expéditeur : Colonel Huguet.
Destinataire : Gouverneur nnilitaire de Paris.
Texte. — « Maréchal non encore rentré, mais dès maintenant ordres donnés pour A. A (armée anglaise) occuper demain 5 ligne Ormeaux — Tournan — Ozoir. »
De ce nouveau mouvement en arrière, conforme aux instructions du G. Q. G, il résulta que, au moment où celui-ci prescrivit à l'armée anglaise de s'établir, le 5 au soir, sur la ligne Goulommiers — -Ghangis, afin d'en partir le 6 au matin pour attaquer en direction de Montmirail, l'exécution d'un tel ordre était impossible. Pour s'y conformer autant qu'il le pouvait, le mare-
rai French s'établit, le 5, au nord et au sud de Rozoy ; mais il n'en était pas moins très en arrière de la ligne qui lui avait été assignée, et ce fut le II' corps allemand, au lieu des Anglais, qui vint à Goulommiers ; de plus, ce corps, non accroché, eut ainsi toute facilité pour se reporter, vers la Marne et rOurcq, au secours du IV*.
Le général Galliéni comprit immédiatement que le retard des Anglais allait permettre à Von Kluck do renforcer sur rOurcq son corps de flanc-garde, attaqué par la 6^ armée. C'est pourquoi il écrivit le 6 au soir au maréchal French :
La 6® armée, qui a pris l'oflensive ce matin, rencontre une résistance sérieuse ; deux divisions ennemies sont signalées vers l'Ourcq, venant du sud ; elles ont atteint la Marne entre
Vareddes et Lizy, à 9 heures ; pour que les Allemands ne puissent ramener contre la 6^ armée les éléments faisant face aux Anglais, prière instante au maréchal French de porter son armée en avant, de manière que l'offensive générale soit bien générale. »
Le cotiiQiandant en chef de l'année anglaise se rendit à cette adjuration, et le gouverneur militaire l'en remercia, le 7 septembre, par la lettre suivante :
Monsieur le Maréchal, je sais que vous êtes en liaison intime avec le général Maunoury, auquel je m'occupe d'envoyer tous les renforts à ma disposition. Pour tenir compte de la nécessité de bien couvrir votre flanc gauche, le général Maunoury faitdiriger sur la rivegauche de la Marne la 8^ division d'infanterie.
J'ai la conviction absolue que, avec toutes les forces dont dispose le général Maunoury, et étant données nos positions concentriques autour des forces allemandes que nous avons en
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face de nous, notre opération d'ensemble doit être couronnée de succès, si nous concourons tous bien au but final.
Je tiens à vous exprimer ma propre reconnaissance pour le concours si efficace que vous nous avez donné hier, et, en ce qui me concerne, soyez assuré que je mets tous mes efforts pour obtenir ce résultat.
Le même jour, le général Joffre écrivait au général Galliéni, de Ghâtillon-sur-Seine :
... En ce moment, la situation paraît très bonne. Devant Maunoury, les Anglais et la 5^ armée, l'ennemi recule sans qu'il y ait eu d'action très sérieuse. Il est probable qu'il cherche à se retrancher. Plus à l'est, devant Foch, de Langle et Sarrail, jusqu'à l'Argonne, des actions plus sérieuses sont engagées. Nous n'y sommes pas en mauvaise situation. Cette bataille durera vraisemblablement plusieurs jours ; j'ai bon espoir sur l'issue; mais ce sera dur.