LES INTENTIONS REELLES DU COMMANDEMENT
« Soustraire les armées à la pression de r ennemi ». — Pour nous, c'était là, et avant tout, le but que se proposait d'atteindre le général en chef eu poussant la retraite jusque derrière la Seine. Il n'avait pas été sans se dire que, au demeurant, nous n'étions pas seuls, que les Russes étaient de la partie, et que, pour ne rien compromettre, le mieux était de se réserver jusqu'au moment où leur marche victorieuse sur Berlin viendrait obliger une bonne partie des armées
allemandes à lâcher prise pour se retourner contre eux. Alors seulement le moment serait venu d'une reprise d'offensive qui sç trouvait ainsi ajournée à une date indéterminée; en attendant, on serait en bonne posture défensive (1) derrière la Seine et
(1) Le général Joffre, commandant en chef, avait « à ce moment (4 septembre 1914) l'intention de continuer la retraite générale jusqu'à la Seine, et de prendre une position défensive derrière le fleuve ». (Général Bonnal, Les conditioiis d« la guerre moderne).
Analysant l'ouvrage du général prussien von Bernhardi, « La guerre d'aujourd'hui, » le général Bonnal écrit encore dans le même ouvrage : « Le gé- < uéral penche à croire que le parti vaincu, cédant et « reculant devant la loi du vainqueur, exécutera une « défense de position pour arrêter l'ennemi et gagner du « temps.
« C'est ce qu'allaient faire nos armées, après leur « échec, de Charleroi suivi de leur retraite vers le sud,
l'Aube, et, à tout événement, si les effets de l'offensive russe tardaient à se faire sentir, on aurait derrière soi la ligne Briare — Morvan — Dijon — Besançon, sur laquelle il CvSt notoire qu'un recul éventuel, ne pouvant manquer de procurer le temps nécessaire, fut entrevu.
En vérité, c'était se faire des illusions sur la capacité des armées russes qu'on aurait dû mieux connaître, et sur l'avenir de leur marche en Prusse orientale ; mais ces illusions sont indéniables ; elles ressortent de divers documents émanant du grand quartier-général, qui montrent quelles espé-
« quand le combat de l'Ourcq, engagé inopinément le « 5 septembre par l'armée de Paris, provoqua une « grande bataille, laquelle se termina le 1 1 par la « victoire de la Marne ».
rances on y fondait sur les succès décisifs des troupes du tzar pour nous dégager de l'étreinte allemande:
Communiqué du 24 août 1914, au matin.
... La grandebataille entre le gros des forces françaises et anglaises et le gros des forces allemandes continue. Pendant que cette action se poursuit dans laquelle iious avons Vimportante mission de retenir la presque totalité des armées ennemies, nos alliés de VEst obtiennent de gros succès dont les conséquences doivent être considérables.
Au moment où ce communiqué était rédigé, on savait, au grand quartier-général, que les choses menaçaient de mal tourner en Belgique; aussi s'empressait-on de re-
présenter notre tâche comme étant, par le fait, subordonnée, et consistant en une sorte d'accrochage en grand pour permettre la victoire décisive des armées russes.
Communique du 2//- août 1914, 15 heures.
... Nos opérations ont permis à la Russie d'entrer en action et de pénétrer jusqu'au cœur de la Prusse orientale...
Communiqué du 25 août, 15 heures.
...Pendant ce temps, les Russes marchent par les chemins de la Prusse orientale, et rAllcmagne est envahie..»