BULLETIN DE RENSEIGNEMENTS DU G. Q. G. N
30 août 1914, 19 heures 30.
... VL — Russie. — Les Russes occupent .la Prusse orientale. Ils masquent les forteresses par des troupes actives et des formations de réserve. Le gros des armées est transporté à l'Ouest par les voies les plus rapides et prononce de plus en plus son offensive sur Berlin. En Galicie, la grande bataille commencée depuis plusieurs jours continue dans de bonnes conditions...
De plus, nous tenons de source absolument sûre que, au cabinet du ministre delà guerre, un officier dont l'opinion ne pouvait être que le reflet des informations venant du grand quartier-général, déclarait formellement, dans les derniers jours d'août 1914, que « la situation se trouvait compromise par la faute des troupes, qui s'étaient mal battues : il n'y avait plus d'espoir que dans les Russes qui, heureusement étaient victorieux sur toute la ligue » (1).
(1) Le Correspondant du 10 septembre 1919 a publié un journal rédigé par M. Maurice Tassin, très notable habitant de Bar-sur-Aube, lequel, ayant abrité le grand quartier-général pendant quelques jours, avant la bataille de la Maine, raconte qu'il ne put s'empêcher de dire au général en chef : « Mais, mon général, il n'y a donc plus d'armée française ? Va-t-elle donc retraiter jusqu'à la Loire et à la Garonne? »
11 fallait que le général en chef fût bien décidé à éviter toute action décisive jusqu'au moment où les victoires russes viendraient le dégager, pour qu'il eût pris les dispositions contenues dans les ordres des l"et 2 septembre, car elles avaient le grave inconvénient de sacrifier Paris.
Déjà, le 28 août, conformément à l'avis émis par lui, la décision d'abandonner la capitale, devenant ville ouverte^ avait été prise par le gouvernement.
C'était méconnaître l'opinion de Vauban : « Paris est aussi nécessaire à l'existence de
A ces questions, qui se pressaient, le générai répondit à mi-voix : « Monsieur, quand on saura la vérité, on sera indulgent pour nous ». Et un officier d'ordonnance intervint pour ajouter : « Monsieur, nous avons affaire à un ennemi qui a un moral et une organisation supérieurs ».
« la France que le cœur l'est à l'existence « de l'homme », et celle de Napoléon : « Une grande capitale est la patrie de l'élite « de la nation ; c'est le centre de l'opinion, « c'est le dépôtde loul. C'est la plus grande « des inconséquences de laisser un point « aussi important sans défense immé- « diale. »
Heureusement, cette mesure, grosse de conséquences désastreuses, fut rapportée le 30, sur les instances de représentants de la capitale et de certains ministres, M. Briand, entre autres.
11 n'en est pas moins vrai que la retraite de nos armées ei) arrière de la Seine et de l'Aube laissait Paris, dont l'organisation défensive présentait tant de lacunes, exposé aux entreprises des armées allemandes mu-